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09/02/2010

Aafia, un spectre au tribunal : Le « versant sombre des USA ».

Le grand soir

18 août 2008

Lucio MANISCO

arton7009-bfb63.jpg« The dark side », « « Le versant obscur », de Jane Mayer, publié le mois dernier aux Usa, rapporte les violations des droits de l’homme et du droit international, l’abrogation du « Bill of rights » et des garanties constitutionnelles perpétrées par l’administration Bush après le 11 septembre, sous l’égide de la lutte contre le terrorisme. Le titre rappelle la réflexion menaçante du vice président Cheney juste après l’attentat contre les Tours Jumelles : « Maintenant l’Amérique va devoir entrer dans le versant obscur de son histoire ».

Blessée et enchaînée dans la salle du tribunal


C’est ainsi que nous avons eu les guerres en Afghanistan et en Irak, Abou Ghraib, Bagram, Guantanamo, la torture institutionnalisée sous divers noms par les locataires de la Maison Blanche, et le transfert secret dans des prisons étrangères de citoyens suspectés de terrorisme par la Cia. Mais le drame sur le quel s’est levé le rideau ce 5 août dans une salle du tribunal fédéral du district de Manhattan nous révèle à présent à quel point ce « versant » est ténébreux et combien inexorable d’inhumanité « la descente aux enfers des Etats-Unis d’Amérique », dans le rapport qu’en fait l’avocate Elisabeth Fink.

Devant le juge Ronald L. Ellis, a été amenée une femme pakistanaise enchaînée, de 36 ans, blessée aux épaules par deux coups d’armes à feu, squelettique, tremblante et en état de choc : son nom est Aafia Sidiqqi. Ce nom n’est pas nouveau dans la chronique de l’antiterrorisme. L’ex-ministre de la justice John Ahscroft la déclara en 2004 militante d’Al Qaeda, en fuite, impliquée dans l’attentat des Deux Tours et autres complots terroristes aux Etats-Unis. Un bref portrait diffusé par le Fbi la décrivait comme « scientifique connue », diplômée en neurologie au Massachusetts Istitute of Technology et à l’université Brandeis, aux Usa, et mère de trois enfants. L’information sur sa fuite avait apparemment été falsifiée pour justifier l’état d’ « alarme jaune » proclamé par Ashcrot : en réalité Aafia Siddiqui avait été enlevée en mars 2003 avec ses trois enfants, à Karachi, par les services secrets pakistanais, et remise au personnel militaire étasunien qui l’avait transférée dans la terrible prison à l’intérieur de la base de Bagram, en Afghanistan. La nouvelle de son arrestation avait été donnée par les autorités pakistanaises, mais n’avais jamais été confirmée par celles des Usa qui avaient gardé un silence total sur cette arrestation jusqu’au démenti retentissant du mois dernier. C’est ce démenti qui a provoqué une véritable crise diplomatique, toujours en cours, entre Islamabad et Washington.

Depuis 5 ans, plusieurs sources avaient attesté en termes terrifiants de la présence d’Aafia, connue comme « la prisonnière 650 » dans ce qui est devenu le tristement célèbre « département tortures » de la prison de Bagram. Imram Khan, l’ex-champion pakistanais de cricket, qui s’est ensuite présenté comme candidat à la présidence contre Musharraf, l’avait appelée « la dame en gris », « presque un fantôme, un spectre dont les hurlements et les pleurs continuent à hanter le sommeil de ceux qui l’ont entendue ». Un autre détenu, qui avait réussi à s’enfuir, raconta ensuite à une télévision arabe qu’il avait vu plusieurs fois la jeune femme traînée, enchaînée, par des soldats étasuniens le long du couloir qui allait aux latrines de la prison, « et ils la ramenaient ensuite dans sa cellule, elle avait l’air d’être devenue folle, elle pleurait et tapait frénétiquement à coups de poings contre la porte de sa cellule ».

« Torturée pendant 5 ans »

Sa sœur Fawzia, qui habite à Karachi, a déclaré : « Elle a été violée et torturée pendant 5 ans, nous ne savons rien de ce qui a pu arriver à ses trois fils. C’est un crime effroyable, bien pire que n’importe quel autre crime dont on pourra jamais l’accuser ». Dans la salle du tribunal de Manhattan, le procureur Christopher Lavigne a réaffirmé quant à lui que « madame Siddiqui, jusqu’au 5 juillet dernier, date de son arrestation, n’avait jamais été détenue par les autorités américaines », mais la version qu’il donne des circonstances de sa présumée arrestation il y a quinze jours non seulement est invraisemblable mais défie toute logique.

Aafia Siddiqui aurait ainsi été arrêtée devant un commissariat de police afghane et trouvée alors en possession de quelques fioles de substances chimiques suspectes, d’une liste de cibles « sensibles » aux Etats-Unis et du « Manuel anarchiste pour la fabrication de bombes ». Aucune explication n’est donnée sur la raison pour laquelle une scientifique diplômée en neurologie, et qui serait connue pour son extrémisme islamique, se promenait avec ce type de matériel dans son sac à main devant un commissariat de police.

Plus incroyable encore, la suite de la version du procureur : deux agents du Fbi, deux soldats américains et deux interprètes se présentent au local de l’administration pour interroger la dame et ne s’aperçoivent pas qu’elle se trouve derrière un rideau d’où elle va surgir en criant « Allah est grand » ; pis, s’étant emparée d’une mitraillette posée sur le pavement par un soldat Us, elle ouvre le feu sans toutefois blesser personne. Elle est alors à son tour abattue de deux coups de revolver automatique de calibre 9 par un des interprètes.

L’avocat de la défense, Elisabeth Fink, désigne la femme gracile (elle ne pèse pas plus de 40 kilos), assise en état de choc manifeste, un voile sombre sur la tête et menottée dans la salle du tribunal, et demande au juge : « Cette histoire est grossièrement absurde : comment pouvez-vous y croire ? ». Réponse sèche du magistrat : « Je n’ai aucun motif de douter de l’information que me donne le procureur ». Et sont ainsi rejetées les demandes de mise en liberté provisoire et l’exigence de soins pour les blessures rapportées plus haut.

Version officielle comme argent comptant

Le jour suivant, les quotidiens britanniques Guardian et The Independant ont consacré des pages entières au cas d’Aafia Siddiqui, en se demandant comment l’imputée n’a pas été internée à Guantanamo en tant que « combattante ennemie », et a au contraire été incriminée à New York pour tentative d’homicide contre des militaires étasuniens, délit passible de six ou sept années de prison. Plus concis et ascétique le compte-rendu du New York Times, qui se borne à observer comment d’autres cas de terrorisme ont été jugés par des tribunaux normaux quand les preuves de délits mineurs rendaient plus certaines les condamnations. Aucune mention par le quotidien new yorkais des tortures infligées à Siddiqui : on prend pour argent comptant les démentis gouvernementaux.

JOHN ANDREW MANISCO, LUCIO MANISCO

Edition de mardi 12 août de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

L’avocate Elisabeth Fink : « une histoire d’horreur »

Connue en Italie pour sa défense de Silvia Baraldini devant les tribunaux étasuniens et à la Haute Cour de Strasbourg, Elizabeth M. Fink a déclaré au téléphone : « Le cas de Aafia est une histoire horrifiante, qui nous plonge dans un abîme jamais atteint dans la justice de notre pays. Nous avons l’intention, ses défenseurs, de nous battre par tous les moyens devant les tribunaux fédéraux et devant l’opinion publique nationale et internationale pour que justice soit enfin rendue à cette femme victime de le violence d’Etat ». L’avocate a ajouté : « J’ai défendu des dizaines de détenus de la révolte d’Attica (pour qui elle a obtenu des réparations après 19 années de procès, NdT) et des soit disant terroristes d’hier et aujourd’hui, mais je n’ai jamais éprouvé l’émotion et l’horreur que j’ai eues quand j’ai tenu dans mes mains les mains tremblantes d’Aafia, à travers les grilles du parloir de notre premier entretien. C’est une femme profondément traumatisée par les tortures qu’on lui a fait subir pendant les 5 années de sa détention, et par l’angoisse de ne pas savoir ce que ses fils sont devenus. On lui a seulement bandé ses blessures, alors qu’elle aurait besoin de bien d’autres soins dans un hôpital. A cause de la lutte contre le terrorisme la justice des Etats-Unis est devenue arbitraire, aveuglément féroce, infâmante pour le nom de notre pays dans le monde entier. Le cas Baraldini, un cas d’injustice flagrante et d’acharnement judiciaire, a paradoxalement été très peu de chose comparé à ce qui se passe maintenant dans les tribunaux spéciaux de Guantanamo et dans les tribunaux pénaux des Etats-Unis ». J. M. et L.M.

Note de P&P : le 3 février 2010, Aafia Siddiqui a été jugée coupable de tentative de meurtre sur des militaires américains et des agents du FBI en Afghanistan en 2008. Elle risque la réclusion criminelle à perpétuité -- une victime innocente de plus de la "War on Terror", supercherie orchestrée par les pathocrates. Combien d'autres comme elles disparaissent et sont torturés chaque jour, victimes du fascisme anti-islamique américain ?

30/05/2009

Les photos censurées montrent des prisonniers violés par des soldats US

Libertés Internets

28 mai 2009

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© The Alder
Scènes de tortures quotidiennes pratiquées en toute légalité dans les géôles étasuniennes

 

Seymour Hersh parle même de vidéos dans lesquelles on entend “le cri d’enfants violés et torturés devant leurs parents”…Et si tout cela vous paraît incroyable, si vous vous dites “Ce n’est pas possible, les Etats-unis ne font pas cela”, allez donc interroger un survivant de My Lai au Vietnam ou bien un paysan Salvadorien des années 1980…

[Gregor Seither - IES News Service - 27/05/2009]

(…) Antonio Taguba, l’officier de l’Armée U.S. qui a mêne l’enquête sur les actes de torture et de maltraitance commmis sur les prisonniers d’Abou Ghraib à Bagdad par des soldats U.S, a confirmé, dans un interview à la presse britannique, que parmi les photos saisies chez les geoliers tortionnaires, figurent en effet des images de soldats U.S. entrain de violer des prisonnières et de commetre des abus sexuels sur des prisonniers. Sur au moins une photo on pourrait voir un soldat U.S. entrain de violer une prisonnière irakienne et sur une autre, un soldat interprète entrain de sodomiser un prisonnier.

D’autres photos montrent les soldats entrain d’introduire des objets divers dans l’anus ou le vagin de prisonniers/ères, comme par exemple une matraque, des fils électriques ou encore un tube de néon. Une autre photo montrerait un géolier entrain d’arrcher les vètements d’une prisonnière, exposant sa poitrine.

Le Major General Taguba a précisé, dans son interview accordé au Daily Telegraph, que ces photos figuraient déjà dans son rapport de 2004 et qu’à l’époque il avait déjà signalé les nombreux témoignages de viols et d’abus sexuels commis par les soldats U.S. à Abou Ghraib.  L’Administration U.S. avait volontairement empéché la publication de ces photos.

Aujourd’hui encore, le nouveau président U.S. Barack Obama tente d’empécher la divulgation de ces 2 000 photos, affirmant qu’elles risquaient de provoquer la colère du monde arabe et donc mettre en danger les troupes U.S. à travers le monde. Les photos ne documentent pas seulement les abus et actes de torture commis à Abou Ghraib mais également des atrocités commises en Afghanistan et en Irak, de 2001 à nos jours.

Le Maj Gen Taguba, qui a demandé sa mise à la retraite de l’armée en 2007, a déclaré qu’il approuvait la décision d’Obama de ne pas publier ces photos :

“Ces images montrent des cas de torture, de viol et d’actes incroyablement indécents. Je ne vois pas l’utilité de les révélér au public à moins de les verser à un dossier légal. La seule conséquence d’une telle publication serait de mettre nos troupes en danger, les seuls défenseurs de notre politique étrangère, à un moment où nous avons le plus besoin d’eux.

Il n’est pas nécessaire de montrer ces images, leur seule description dans mon rapport est déjà suffisante pour se faire dresser les cheveux sur la tête. Vous pouvez me croire.”

En avril dernier, l’administration Obama avait déclaré qu’elle était prête à révéler ces photos, suite à un jugement en faveur de la American Civil Liberties Union (ACLU) qui en avait exigé la publication. Mais c’était sans compter avec le puissant lobby militaire à Washington qui a mené une campagne tenace pour faire disparaître ses photos en usant de l’argument de la “sécurité de nos troupes”.

Début mai, Barack Obama a donc fait volte face en déclarant : “A mon avis, l’unique conséquence directe de leur publication, sera d’enflamer l’opinion publique anti-Américaine et exposer nos troupes à un grand danger.”

25/01/2009

L'ONU veut poursuivre Bush et Rumsfeld

 

 

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Photo : La Presse Canadienne /Brennan Linsley (archives)

Le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Manfred Nowak, demande au nouveau gouvernement des États-Unis d'engager des poursuites judiciaires contre l'ex-président George W. Bush et son ancien secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, pour torture et mauvais traitements de prisonniers à la prison de Guantanamo.

Selon Manfred Nowak, qui s'exprimait mardi sur les ondes d'une chaîne de télévision allemande, il est juridiquement du devoir des États-Unis d'engager ses poursuites.

Le rapporteur spécial de l'ONU, auteur d'un rapport d'enquête sur la prison de Guantanamo, a expliqué que les États-Unis étant signataires de la Convention de l'ONU contre la torture, ils devaient s'y conformer. Manfred Nowak a d'ailleurs rappelé que le libellé de ce texte oblige ses signataires à recourir « à tous les moyens, en particulier ceux du droit pénal », pour poursuivre les coupables de tels actes.

« Nous avons tous ces documents, aujourd'hui d'accès public, qui prouvent que ces méthodes d'interrogatoire ont été expressément ordonnées par monsieur Rumsfeld. Mais évidemment, les plus hautes autorités des États-Unis étaient au courant », a déclaré Manfred Nowak.

Questionné sur la possibilité réelle de voir de telles poursuites engagées un jour contre le président sortant et son secrétaire à la Défense, M. Nowak a répondu que « les preuves sont sur la table. On ne va pas tourner autour du pot: c'était de la torture », a-t-il ajouté.

Manfred Nowak se questionne cependant sur la capacité du droit américain de reconnaître comme telles les formes de tortures employées à la prison de Guantanamo lors de l'interrogatoire des prisonniers qui y sont détenus.

Or, le rapporteur spécial de l'ONU n'est pas le premier à préconiser ce genre de poursuites contre les membres de l'administration Bush. Plusieurs procédures judiciaires pour torture ont en effet été intentées contre Donald Rumsfeld par des groupes de défense des droits de l'homme français, allemands et américains.

Dans un rapport du Sénat américain, Donald Rumsfeld figure d'ailleurs parmi les personnes désignées comme étant responsables des mauvais traitements sur des détenus dans les prisons américaines.

Selon ce même rapport, l'ex-secrétaire à la Défense aurait autorisé en novembre 2002 l'utilisation de techniques d'interrogatoire musclées à la prison de Guantanamo pour faire parler les détenus.

L'ex-président George W. Bush aurait également lui-même signé un document le 7 février 2002, autorisant le recours à des méthodes d'interrogatoire coercitives contre de présumés terroristes détenus à Guantanamo.


Radio-Canada.ca avec Agence France Presse

18/11/2008

Flashback : Afghanistan – quand les Français filment leur bombardement

P&P : Suite aux récentes menaces des Talibans concernant la présence française en Afghanistan, rappelons quelques faits :

EXCLUSIF BAKCHICH TV / lundi 25 août par ÉMILE BORNE

Bernard Kouchner et Hervé Morin étaient auditionnés ce mardi 26 août par nos députés sur la situation en Afghanistan. Le ministre de la Défense n’a pas reculé et a prévenu son monde : « Nous n’avons pas d’autre choix que de continuer l’effort entrepris par la communauté internationale, cet effort sera nécessairement long ». La guerre n’est pas prête de s’arrêter et les soldats français ne reviendront pas de sitôt au pays… Et le ministre de prédire que de nouvelles pertes sont à craindre. Et oui, cette guerre qui ne disait pas son nom commence à montrer son vrai visage. Il était temps. Cité par le Canard Enchainé, le patron des armées, Jean Louis Georgelin, confiait récemment à ses collaborateurs. "Comme je le répète depuis un moment, l’Afghanistan devient un merdier ingérable". On comprend pourquoi, ces jours ci, il s’est fait discret ! « Bakchich » a mis la main sur des images inédites d’une frappe aérienne menée fin 2005 par l’armée française sur les Talibans. A voir avant de lire l’interview d’un officier « proche du dossier », comme on dit.

Ces images d’Afghanistan devaient rester secrètes. Filmées fin 2005 par des soldats français (vidéo de 4’10’’), elles montrent notamment nos forces spéciales en train de bombarder une base de Talibans dans une zone frontalière avec le Pakistan. Ces frappes interviennent dans le cadre de l’opération militaire américaine Enduring Freedom (« Liberté immuable »), lancée en octobre 2001 par les Etats-Unis. Objectif : chasser les Talibans du pouvoir en Afghanistan et traquer Al Qaïda. Les forces spéciales françaises ont participé à Enduring Freedom de 2003 à 2006 avec environ 200 hommes sur le terrain. Ceux-ci appartenaient aux commandos marine, au 1er RPIMa (Régiment de parachutistes d’infanterie de marine), au 13è RDP (Régiment de Dragons parachutistes) et au CPA10 (commandos parachutistes de l’air). Ils opéraient sous commandement américain et, manifestement, l’armée américaine leur a sous-traité différentes actions. Dont ce bombardement.

INTERVIEW

« La visite précipitée de Nicolas Sarkozy à Kaboul a fait apparaître les Français comme des faibles aux yeux des Talibans »

Bakchich a également rencontré un officier français spécialiste de l’Afghanistan qui souhaite conserver l’anonymat. Il revient de ce pays où des combattants talibans lui ont raconté comment ils perçoivent les troupes françaises et leurs bombardements.

Comment les Talibans voient-ils les troupes étrangères présentes en Afghanistan dans le cadre de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) ?

Les Talibans se considèrent du côté du bien et estiment que les forces étrangères se comportent en barbares. Surtout les Américains. Par exemple, ils ne comprennent pas que ces derniers ne procèdent pas à des échanges de prisonniers, ce que les Talibans avaient l’habitude de faire dans le passé. La doctrine de guerre de l’administration Bush les considère en effet comme des terroristes et non comme des soldats. Les Talibans se plaignent aussi que les Américains torturent leurs prisonniers alors qu’eux-mêmes affirment qu’au nom de l’Islam, ils n’ont pas – et ne peuvent pas avoir – recours à ces pratiques. Enfin, ils perçoivent avec le plus grand mépris les bombardements de ce qu’ils appellent les « forces occupantes ». Pour eux, le combat d’homme à homme est une vertu masculine. Le bombardement qui tue sans discernement est considéré comme une pratique injuste.

Justement, l’armée française bombarde régulièrement leurs positions. Quel impact cela a-t-il sur la perception qu’ont les Talibans des soldats français ?

La seule chose que les Talibans disent des Français est : « ils bombardent ». Ce qui, à leurs yeux, nous place moralement du mauvais côté. On est donc loin de l’image des Français qui nous est restituée par les grands médias nationaux faisant l’éloge de la « French touch » et du comportement humain des soldats sur le terrain ainsi que dans les villages afghans. Aujourd’hui, les Talibans ne font plus aucune différence entre les Français présents en Afghanistan avec des armes et ceux présents sans armes, comme les humanitaires. Ils se disent que dans les deux cas de figure ce sont des étrangers qui les occupent.

Selon vous, comment a été interprétée la visite de Nicolas Sarkozy en Afghanistan après le décès de dix militaires français au cours d’une attaque talibane le 18 août dernier ?

La visite précipitée de Nicolas Sarkozy à Kaboul leur a fait apparaître les Français comme les faibles ou le ventre mou de la coalition internationale présente en Afghanistan. Ce qui ne peut que les inciter à concentrer désormais sur eux leurs attaques.

Source : Bakchich.info

13/07/2008

Pédocriminalité: l'enquête qui accuse



Pédocriminalité: l'enquête qui accuse Serge Garde, coauteur du 'Livre de la honte' témoigne

Des enfants sont en danger...

Des menaces de mort pèsent sur des journalistes.

Des réseaux pédocriminels se sentent à l'abri de la Justice.

Dans le même temps, des démarches visent à interdire un livre.

Un livre qui relate une enquête minutieuse sur "Le dossier de la honte".

Le 24 février 2000, Serge Garde publie un dossier de trois pages dans le quotidien L'Humanité. Il y révèle l'existence d'un CD-Rom informatique contenant 8.500 documents de pédocriminalité. On y voit des scènes de viols d'enfants, et même des viols de nourrissons. Quelque mois plus tard Laurence Beneux publie un article dans le Figaro et participe à un reportage sur Canal+. Logiquement, la Justice et la police auraient dû prendre le relais, averties par les révélations des journalistes qui montrent sans conteste qu'il existe en Europe des véritables réseaux pédocriminels. Des enfants sont en danger. Des réseaux obscurs s'adonnent au trafic de jeunes vies. Ce marché immonde rapporte davantage que la drogue. Il ne nécessite pas d'investissements. Il suffit de se "procurer" un enfant puis d'un appareil photo pour promouvoir la marchandise... Et, surtout, c'est une activité dont les risques vis-à-vis de la Justice sont bien limités. Tellement limités que les journalistes qui ont mené l'enquête dénoncent: "Du côté des institutions, police et Justice, c'est la gêne, le dénigrement et parfois la désinformation pour masquer une dépénalisation de fait de la pédosexualité dans de nombreux dossiers". Ils posent la question: Pourquoi la police et la Justice n'ont-elles pas poussé l'enquête?

Serge Garde nous raconte l'histoire du "dossier de la honte"

Serge Garde, vous venez de publier, avec Laurence Beneux, un livre qui a pour titre Le Livre de la honte. Pourquoi ce titre?

Parce que ce que nous racontons est honteux. Parce que la façon dont la Justice française a traité cette affaire de pédocriminalité ne mérite pas d'autres qualifications. C'est honteux car, au départ, nous avons publié dans L'Humanité et dans Le Figaro des révélations concernant un CD-Rom contenant 8.500 documents de pédocriminalité et de viols d'enfants, de nourrissons, et nous avions rapporté qu'à partir de ce CD-Rom la police hollandaise avait établi un fichier contenant 472 portraits d'enfants. D'enfants en danger car on les voit sur le CD-Rom dans des situations absolument sans équivoques. Pour beaucoup d'entre eux, on est témoin des scènes de leur viol. Ce qui nous a donc particulièrement choqués, c'est qu'à la suite de nos révélations concernant ce document, rien n'a été fait pour rechercher ces enfants en danger. Or ce document existe bien, il est en possession de la police hollandaise, il a été transmis à Interpol et donc aussi aux autorités françaises. Rien, absolument rien n'avait été entrepris de la part de la Justice, ni de la police et, il y avait même un certain embarras sur l'existence de ce fichier. Quand nous avons questionné les autorités, afin de savoir si elles avaient connaissance de ce fichier... il y a eu un refus de nous répondre.

D'où provient ce document informatique que vous vous étes procuré?

Le CD-Rom a été retrouvé chez un pédotrafiquant néerlandais domicilié a Zandvoort qui s'appelait Gerrit Ulrich. C'était une sorte d'activiste informatique, dans le sens qu'il intervenait beaucoup sur Internet. Il était évident qu'on se trouvait en face d'un élément important d'un réseau. Sur le fichier tiré de ce CD-Rom, les visages des enfants sont identifiables, tout comme les visages de certains violeurs. Donc, pour nous il était évident que la police française, tout comme la Justice des autres pays européens se trouvait devant une urgence. Rechercher les enfants afin de les sauver et mettre hors d'état de nuire les adultes violeurs. Nous nous étions dits qu'à partir du moment où nous publiions les révélations sur l'existence de ce document, notre travail de journalistes etait terminé et que le travail de la Justice devait commencer. Sauf... que c'est tout le contraire qui s'est produit. Nous avons été contraints de constater que la seule activité de la Justice française dans cette affaire a été celle d'essayer de minimiser, voire d'enterrer l'affaire... et le pire, c'est qu'ils sont sur le point de réussir.

Comment avez-vous trouvé ces documents?

Je me trouvais en Belgique avec Laurence Beneux, et nous étions en train d'enquêter sur ceux qu'on appelait en Belgique les "témoins X", c'est-à-dire des témoins qui apportaient des éléments sur l'existence de réseaux de prostitution d'enfants impliquant des personnalités belges dans le cadre de l'affaire Dutroux. On les appelle "témoins X" pour protéger leur sécurité. L'unité d'élite de la gendarmerie belge qui travaillait sur les "témoins X" a été stoppée net. Ces gendarmes ont commencé à avoir de très sérieux ennuis à partir du moment où plusieurs "témoins X" ont mis en cause des personnalités politiques importantes, voire des membres de la famille royale belge. C'est en travaillant sur ce phénomène qu'une personne m'a dit que je devrais contacter l'association Morkhoven, en Belgique. Ça m'a intrigué, et c'est comme ça que j'ai contacté l'association Morkhoven. C'est cette association qui avait découvert le CD-Rom, et qui avait "négocié" la remise à la police néerlandaise.

Des enfants ont été identifiés?

En conduisant l'enquête, nous avons été littéralement assaillis par les demandes des parents qui éprouvaient des inquiétudes très vives concernant des enfants qui ont disparu ou qui déclarent avoir été abusés devant des caméras ou les objectifs d'appareils photos. Alors que la Justice restait inactive, c'est nous, les journalistes qui avons accepté de recevoir des parents pour qu'ils puissent consulter ce fichier à la recherche d'un enfant.

Un jour, une maman, habitant la région parisienne a dit "c'est mon fils". Puis il y en a eu une deuxième. Ce deuxième enfant a été reconnu par sa mère, par deux pédopsychiatres qui l'ont eu comme patient ainsi que par une travailleuse sociale. Nous avons reçu la visite de dizaines et de dizaines de parents, grands-parents, je pense que nous avons reçu environ deux cents personnes qui sont venues visionner ce fichier, qu'ils ne pouvaient pas voir ailleurs. Il y a même eu des personnes qui sont venues de Floride, et au total nous sommes arrivés à l'identification d'une vingtaine d'enfants français et belges. Donc, plusieurs mois après nos révélations nous pouvons dresser le bilan suivant: travail de la justice, aucune identification; travail des journalistes et des associations, une vingtaine d'enfants identifiés.

Mais quelle a été la position des autorités judiciaires?

Du côté de la Justice la seule activité évidente ça a été de dire: les mamans qui ont reconnu leurs enfants se trompent. Nous avons même pu constater que des mensonges ont été distillés à la presse. Il y a eu une véritable pratique de désinformation. Je sais que ce que je dis est grave, mais j'affirme que le parquet de Paris a pratiqué la désinformation en lançant, via les agences de presse, des informations fausses en accréditant l'idée que les parents qui avaient identifié un enfant sur le fichier s'étaient trompés. Et puis, nous avons même vu une intervention du substitut du procureur des mineurs à Paris, Yvon Tallec, qui devant les caméras de France 2, au cours d'un journal télévisé, a eu une déclaration incroyable. Il affirmait qu'il fallait minimiser cette affaire du CD-Rom pédocriminel. Et, pour motiver ses propos, il a avancé trois raisons: la première raison c'est que, selon ce magistrat, les documents contenus sur le CD-Rom seraient des documents anciens. Or, comment peut-on juger à partir d'une photo d'un visage d'enfant s'il s'agit d'une image ancienne ou récente? Et, même s'il s'agissait d'images anciennes... on est dans le domaine du crime sexuel et la prescription du crime n'intervient que 10 ans après la majorité légale de la victime! C'est-à-dire que les nourrissons qui sont violés, comme c'est le cas de ceux que nous voyons sur le CD-Rom, pourront porter plainte jusqu'à leur vingt-huitième anniversaire.

La seconde raison évoquée par ce magistrat est, elle aussi, aussi incroyable que la première. Il affirme qu'il n'y aurait quasiment pas d'enfants français sur ce fichier. Or, moi je souhaite qu'un magistrat puisse me dire, sur la base de ces photos, quel enfant est ou n'est pas français... c'est complètement aberrant!

La troisième raison invoquée par ce magistrat, sidère tout le monde. Il affirme que les images d'enfants photographiés sur le CD-Rom proviennent en réalité de certaines revues, et que les enfants étaient consentants, ou que leurs parents l'étaient. Nous sommes donc confrontés à un magistrat, qui sur Paris a le pouvoir de procéder a un classement sans suite, et qui nous dit en substance que, dans ce cas de proxénétisme, il n'y aurait aucun problème dès lors que les parents seraient consentants! Si nous le comprenons bien, ce magistrat nous explique que si un enfant dit "oui" il n'y a pas de viol. Effectivement, si l'on adopte ce point de vue, on comprend pourquoi Paris est une des régions de France où les classements sans suite et les non-lieux dans ce type de crime sont les plus fréquents. Quand nous avons compris comment la Justice parisienne commençait ses investigations sur l'affaire du CD-Rom, nous nous sommes rendus compte qu'on allait vers l'étouffement de l'affaire. C'est pour ça que nous avons poursuivi notre travail d'investigation et que nous avons écrit ce livre.

Combien d'enfants disparaissent chaque année en France?

Je n'ai pas de réponse précise. En France, on peut avoir des statistiques sur tout, même sur le nombre de saumons contrôlés dans le bassin de la Loire en l'an 2000, mais sur les enfants disparus, il n'y a pas de chiffre, ou s'il existe, il est caché. Le seul chiffre que j'ai pu retrouver, remonte à 1982: il fait état de la disparition de plus de soixante-dix enfants de moins de 12 ans. Il ne s'agit pas de fugues, mais bien de disparitions corps et biens. Mais je n'ai pas souvenance d'enquêtes concernant ces disparitions. Récemment le député du Val d'Oise Robert Hue a posé la question à la Garde des Sceaux: il serait bien qu'on ait des chiffres sur le nombre d'enfants qui disparaissent en France, et cela depuis dix ans. J'attends avec impatience la réponse de la ministre.

Dans le CD-ROM que vous avez retrouvé, y a-t-il des photos d'enfants français?

Il y a des enfants de la région parisienne, beaucoup de la région Chambéry-Annemasse, ensuite c'est diversifié. Pour l'Yonne, c'est terrible. Dans le cadre de l'affaire des "disparues de l'Yonne", des parents ont demandé à visionner le fichier. Après énormément de résistances, la juge d'instruction parisienne qui bloque tout à Paris sur cette affaire a été amenée à transmettre un exemplaire du fichier dans les différents commissariats et gendarmeries. Malgré qu'elle l'ait fait pendant les mois d'été, des parents ont consulté le fichier, notamment à Auxerre. Deux jeunes filles ont été reconnues et identifiées par des familles de disparues de l'Yonne. Je ne sais pas encore jusqu'à quel point cette identification est valable, mais si c'est le cas, alors toute la version officielle de l'affaire des "disparues de l'Yonne" tombe. Actuellement on est dans l'hypothèse d'un serial killer de campagne, solitaire, Emile Louis. Dans le cas d'une vérification positive, comment pourrait-ton expliquer qu'on retrouve les photos de ces disparues dans le cadre d'un réseau informatisé en Hollande?

Comment pouvez-vous être sûr de l'existence de véritables réseaux?

Lorsque j'ai eu entre les mains le CD-Rom et le fichier, j'ai également pu disposer de 200-250 feuilles, des photocopies des agendas, des carnets d'adresses de Gerrit Ulrich et de certaines personnes qui gravitaient dans la même sphère. Sur le carnet d'adresses d'Ulrich, on relève des contacts en Hollande, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Suède, aux USA, en Bulgarie, en Pologne en Lettonie et... en France! Il y a aussi des références bancaires: l'Europabank for reconstruction and Development, la Banque nationale d'Ukraine, mais aussi, le Crédit agricole et le Crédit Lyonnais...

Pour quelle raison la justice éprouve des difficultés à admettre l'existence des réseaux pédocriminels?

Je reste convaincu que la pédocriminalité est niée parce qu'elle est invisible. La justice française est habituée à traiter d'abord la criminalité visible, celle qui crée un trouble à l'ordre public. Dans le cas de viols d'enfants, c'est invisible, et le scandale ne va apparaître que lorsqu'il y a le dépôt de la plainte, et que le juge va faire son travail. C'est-à-dire que c'est le juge qui va devenir le vecteur du scandale. Et ceci, les juges ne le supportent pas; ils sont là pour rétablir l'ordre lorsque l'ordre public est troublé par un scandale. La tendance générale de la Justice en France c'est de minimiser ce qui n'est pas visible. C'est valable pour les viols d'enfants, comme pour la délinquance économique. Il y a en plus d'autres phénomènes qui vont jouer, et qui vont conduire à l'étouffement de ces plaintes.

Prenons un autre exemple, dans l'Yonne, l'affaire du pavillon d'Appoigny. Dans ce village, un individu, Claude D., avait ouvert, avec sa femme, un véritable bordel spécialisé dans le sadomaso très hard. Moyennant un tarif affiché dans la cave, on pouvait torturer des jeunes filles -qui avaient été kidnappées, et qui appartenaient à la DDASS. Elles étaient sous le même contrôle social - théorique - que les disparues de l'Yonne. Les "clients" pouvaient écraser une cigarette allumée sur un sein pour 600 francs, ou apposer une croix gammée au fer rouge - il y avait une idéologie nazie dans ces activités - sur la peau d'une jeune fille pour beaucoup plus cher. Il est clair, quand on voit l'addition que cela pouvait représenter, qu'il y avait beaucoup de notables parmi les clients. Les voisins n'arrêtaient pas de voir arriver de grosses cylindrées qui venaient s'arrêter devant le pavillon. Et le tenancier tortionnaire avait un carnet, dans lequel il notait les noms de ses clients. On retrouve là le réflexe de certains nazis qui étaient très fonctionnaires, et qui avaient le souci du détail et qui tenaient des registres sur leurs crimes comme si c'était une activité industrielle ou commerciale.

Claude D. a été arrêté parce qu'une jeune fille a réussi à s'échapper et qu'elle a pu prévenir les gendarmes. Deux prisonnières ont été sauvées à ce moment-là, mais on ne sait pas depuis combien d'années ça durait et combien de jeunes filles sont passées entre les mains de ces tortionnaires et ce qu'elles sont devenues. Pendant l'enquête, le carnet d'adresses a disparu. Le plus beau, c'est qu'il s'est volatilisé dans le bureau du juge d'instruction. Et donc, lorsque Claude D. a été jugé, il n'y avait pas de clients dans le box des accusés. Une affaire de proxénétisme sans clients. Il a été condamné à perpétuité en 1991, et il a été remis en liberté dès l'an 2000. Certains pourront dire que le carnet avec tous les clients n'a pas été perdu pour tout le monde.

Retrouve-t-on souvent des personnalités influentes, des notables à l'intérieur de ces réseaux?

Je pense à ce qu'a dit le juge Connerotte qui était en charge du dossier Dutroux, au moment où il a été dessaisi: "On a touché au jouet des riches"... Il s'agit là d'un tabou, et donc ça coûte cher. Ce magistrat travaillait à la recherche d'un réseau, il a été dessaisi, et l'on a réécrit l'affaire Dutroux. Officiellement, c'est l'affaire d'un pervers isolé.

Moi, j'essaie d'en rester aux faits. Je pense que la pédocriminalité, la pédosexualité est sans doute l'une des dernières pratiques sexuelles qui permettent de "tenir" ceux qui se font piéger ou qui s'y adonnent. En France, au moins, le fait qu'un responsable vive sa vie dans des circonstances que certaines morales reprouvent, tout le monde s'en fiche, pourvu que ce soit entre adultes consentants. La pédosexualité est sans doute l'un des derniers domaines où l'on peut être l'objet de chantage. Je crois qu'il y a en France une longue tradition dans ce domaine. Je repense aux activités du SAC, un organisme para-policier, où l'on retrouvait des flics, des truands, tous avec la même carte tricolore. Le SAC avait certaines activités financières, et notamment il avait dans son giron une société dirigée par un certain Charlie Lascorz dont le travail consistait à organiser des parties fines, à inviter des personnalités et à les piéger en les filmant, en les photographiant. Ensuite les gens se trouvaient confrontés à des chantages, qui n'étaient pas seulement financiers, mais qui pouvaient s'apparenter à un trafic d'influence.

Je peux penser qu'actuellement, organiser une partie fine et introduire au cours de la soirée des mineurs avec prise de photos, ça piège tous les participants. Et je vois mal comment certains groupes se priveraient de cette arme qui peut leur procurer des parcelles de pouvoir et de l'argent.

Comment est appliqué le droit en France pôur les affaires de pédocriminalité?

Globalement, la Justice fonctionne normalement, même si les juges ne sont pas formés, ou n'ont pas de moyens, mais il y a en France un certain nombre de secteurs où le droit n'est pas appliqué. La région de Nice jusqu'à une période récente, les régions alpines, des poches dans la vallée du Rhône, Paris... Le droit prescrit que tout acte sexuel commis par un adulte sur un mineur de moins de 15 ans est un crime. C'est ça les textes. Et ces textes ne sont pas appliqués dans ces zones de non-droit. Lorsque 60 à 80% des plaintes exprimées par les enfants sont classées sans suite, ça veut dire que l'on considère ces enfants comme des présumés menteurs alors qu'ils sont à priori victimes. On leur dit "non, vous êtes coupables de mensonge". Il y a une inversion des valeurs. Lorsqu'on a été victime de ce genre de crimes sexuels, il y a une étape qui est indispensable pour pouvoir se reconstruire, c'est le fait qu'on vous reconnaisse le statut de victime. Pour tous ces enfants, c'est un déni de justice. On leur dit, "vous êtes des menteurs et pas des victimes". Ça ne peut s'appeler autrement que du non-droit.

Combien de documents pédocriminels avez-vous découverts?

Au début de l'enquête, nous avions un CD-ROM, qui contient 8.500 documents. Et puis, au cours de cette enquête, Laurence Beneux a trouvé un deuxième CD-Rom.

Lorsque l'enquête a été publiée au printemps 2000 dans L'Humanité puis dans Le Figaro, la Garde des Sceaux s'est déclarée troublée. Elle intervient alors dans le journal de France 3, où elle va tenir un langage étonnant... "Nous avons le fichier [qui était en possession d'Interpol], mais nous ne pourrons rien faire tant que nous n'avons pas le CD-Rom". Et ça, c'est étonnant, car déjà dans le fichier il y a des documents assez précis pour pouvoir commencer à travailler. Le lendemain de cette intervention, je remets donc le CD-Rom au procureur général auprès de la Cour d'appel de Paris, Alexandre Benmaklouf. Ce que je ne savais pas, quand je remettais le CD-Rom au procureur général, c'est qu'il l'avait déjà. Depuis un an. Et l'affaire avait été classée au bout de quelques semaines, au motif qu'il n'y avait pas matière pour une incrimination pénale. Je rappelle que dans ce CD-Rom il y a des viols de nourrissons...

Ensuite, Laurence Beneux, qui travaillait à l'époque pour Canal+, a eu accès au deuxième CD-Rom, qui contient des scènes de torture de petites fillettes insoutenables, et elle le remet à la Justice. Depuis, rien. C'est-à-dire que la Justice possède deux CD-Rom, et... strictement rien.

Au moment où nous parlons, nous avons vingt CD-Rom. C'est-à-dire entre 80.000 et 100.000 documents pédosexuels et pédocriminels. Ce sont des documents qui doivent servir pour identifier les enfants, pour les sauver. Derrière chaque photo, il y a un enfant réel, qui a été violé, qui souffre. Qu'est-ce qu'on va faire de ces CD-Rom? Pour moi, il n'est pas question de les remettre à la Justice française, quand on voit ce qu'elle a fait des deux premiers que nous lui avons confiés, je ne peux pas être complice de ça.

Vous avez déjà été menacé?

Oui. Des menaces de mort. Au moment de la sortie du livre. J'interprète ça comme des pressions, des tentatives de vouloir m'empêcher de faire mon travail, on veut me faire peur, me déstabiliser. Je pars du principe que si un jour on voulait m'abattre, on ne me préviendrait pas à l'avance. Je travaille en réseau avec d'autres journalistes. C'est ça la meilleure protection.
 
Source : Amnistia 

02/02/2008

Tazer : 167 morts depuis 1999

le taser l’arme de la police qui va mettre le feu aux quartiers

Bonsoir à toutes et à tous,

Ci-joint notre communiqué de presse, pour les liens actifs vers les vidéos, se rendre sur notre site

Réactions d’un syndicat de police et du Ministère de l’Intérieur dans la brève Reuters qui suit.

Ne pas hésiter à faire suivre...

Taser, l’arme qui va mettre le feu aux cités

mercredi 18 octobre 2006

Alors que l’attribution des armes Taser à plus de 5000 représentants des forces de l’ordre est imminente, RAIDH s’inquiète des conséquences de l’escalade de violence que provoquera l’introduction de ces pistolets à électrochocs, à 10 jours de la commémoration de la mort par électrocution de Ziad Benna et Bouna Traore...

Dans les tous prochains jours, le Taser X26, une arme qui adresse une décharge électrique de 50 000 volts et paralyse le système nerveux de la victime pendant plusieurs secondes sera mise à disposition de 3 000 policiers et 2 000 gendarmes.

Voir les effets de ces armes sur

- une personne en état d’ébriété (un peu long mais édifiant)


- une manifestante (immobilisée, au sol)


- une femme qui refuse de descendre de sa voiture (1er coup de taser au bout de 30 secondes !)

 

- Autres vidéos et matériel de campagne...

Informés par le RAIDH sur l’équipement prochain des forces de l’ordre en pistolets à électrochocs paralysants et sur leurs dangers, 11 parlementaires ont adressé des questions écrites au Ministre de l’Intérieur depuis le 12 juin dernier.

Aucune réponse du ministère de l’Intérieur depuis lors... Et les résultats du rapport d’expérimentation du Taser testé depuis janvier 2004 sur 130 personnes en France, demeure toujours secret...


Ainsi :

Nicole Borvo Cohen-Seat, sénatrice (PS) Monique Cerisier-Ben Guiga, sénatrice (PS) Yves Détraigne, sénateur (UDF) Francis Hillmeyer, député (UDF) Jean Gaubert, député (PS) Yvan Lachaud (UDF) Bruno Le Roux (PS) François Liberti (CR) Martine Lignières-Cassou (PS) François Marc Sénateur (PS) Christophe Masse (PS) Bernard Piras, sénateur (PS) Ivan Renar, sénateur (PC)

ont fait part de leurs préoccupations face aux dangers que fait courir à tous l’introduction des pistolets électriques à électrochocs paralysants.Ils soumettent au ministère leur désir de voir publié le rapport d’expérimentation de ces armes par les forces de l’ordre équipées pendant la période de tests. Les Sénatrices Nicole Borvo Cohen-Seat et Monique Cerisier-Ben Guiga demandent également « un moratoire immédiat sur les commandes de Taser effectuées par le ministère dans le cadre de l’appel d’offre en cours ». Parallèlement, Ivan Renar suggère au ministre de l’Intérieur l’interdiction de la vente libre de ces armes.

Car celles-ci seront en plus en vente libres et fournies au " polices municipales " et aux boites de sécurité privées

Un pistolet à électrochocs paralysants laisse moins de traces qu’une matraque, crée des souffrances aiguës et sera succeptible d’être utilisé par les forces de l’ordre pour intimider, humilier ou faire parler des suspects, détenus, prisonniers ou simples citoyens. Dans ces conditions, ce pistolet s’apparente à une arme de torture au sens de la Convention des Nations Unies

contre la torture de 1984. La France ayant ratifié cet instrument en 1986, est dans l’obligation de prévenir tout acte de torture qui pourrait être commis sur son sol. En dotant des forces de l’ordre au contact constant de la population de pistolets à électrochocs paralysants, telles les B.A.C, nos autorités se rendent coupables de défaut de vigilance et exposent la population à des souffrances extrêmes et injustifiées.

RAIDH entend continuer à dénoncer les risques que la diffusion de pistolets à électrochocs paralysants dans notre société fait courir à toute la population. RAIDH appelle tous les citoyens à se joindre à la mobilisation pour que tous soient informés des dangers que représentent ces armes dont sont munis ceux qui ont pour première mission de nous protéger.

167 morts rien qu’aux Etats-Unis et au Canada depuis 1999 Plus de 1500 signataires à la pétition Taser de RAIDH.

Nous ne laisserons pas les dernières aggressions envers la police et "l’anniversaire" des émeutes servir de prétexte facile à une utilisation généralisée du Taser.

RAIDH - Réseau d’Alerte et d’Intervention pour les Droits de l’Homme


 Note de P&P : Vous avez bien lu, le Tazer a déjà fait 167 morts aux Etats Unis et au Canada depuis 1999. Parallélement le gouvernement français a financé avec les deniers publics l'achat de milliers de tazers pour les forces de police et de gendarmerie et il a en outre autorisé la vente libre de cette arme.

27/11/2007

L’infâme secret de la torture

 Article rédigé par Naomi Klein et publié dans The Nation, le 12 mai 2005.

Traduction par Paxhumana.info

 
J’ai récemment eu un aperçu en action des effets de la torture lors d’un événement en l’honneur de Maher Arar. Ce Canadien d’origine syrienne est la plus célèbre victime d’un genre d’extradition spécial appelé « restitution » [rendition], qui est un procédé par lequel les fonctionnaires des États-Unis sous-traitent la torture dans d’autres pays. Arar changeait d’avion à New York lorsque des enquêteurs l’ont mis en détention puis l’ont « restitué » à la Syrie, où il a été maintenu pendant dix mois dans une cellule à peine plus large qu’une tombe et d’où il était périodiquement sorti pour être battu.

Arar a reçu les honneurs pour son courage par le Conseil Canadien pour les Relations Américano-Islamiques, un groupe d’opinion à tendance modérée. L’assemblée lui a offert une très sincère standing ovation, mais un sentiment de peur se mêlait à la célébration. Un grand nombre d’importants dirigeants communautaires gardaient leur distance avec Arar, ne lui répondant que de façon hésitante. Certains des intervenants furent même incapables d’appeler cet honorable invité par son nom, comme s’il avait quelque chose qui pourrait les contaminer. Et peut-être avaient-ils raison : la maigre « preuve » - discréditée ultérieurement - qui a envoyé Arar dans un cachot infesté de rats était la « culpabilité par association ». Et si cela a pu arriver à Arar, prospère ingénieur en informatique et bon père de famille, qui est à l’abri ?

À l’occasion d’une rare allocution publique, Arar a abordé cette peur sans détour. Il a déclaré à l’assemblée qu’un commissaire indépendant a essayé de rassembler des preuves montrant que des fonctionnaires censés faire appliquer la loi agissaient dans l’illégalité lors d’enquêtes concernant des musulmans canadiens. Le commissaire a entendu des douzaines de récits de menaces, de harcèlement et de visites inopportunes au domicile. Mais, a dit Arar, « pas une seule personne n’a porté plainte. La peur les en a empêchés. » La peur d’être le prochain Maher Arar.

La peur est encore plus forte chez les musulmans aux États-Unis, où le Patriot Act donne à la police le pouvoir de saisir les archives de n’importe quelle mosquée, école, bibliothèque ou groupe communautaires sur la seule suspicion de liens terroristes. Quand cette surveillance intense est couplée à la menace toujours présente de torture, le message est clair : Vous êtes sous surveillance, votre voisin pourrait être un espion, le gouvernement peut tout savoir à votre sujet. Au moindre faux-pas, vous pouvez disparaître dans un avion à destination de la Syrie ou dans « le trou sombre et profond de la Baie de Guantanamo », pour emprunter une expression de Michael Ratner, président du Centre pour les Droits Constitutionnels.

Mais cette peur doit être finement dosée. Les gens qui subissent des intimidations doivent en savoir assez pour avoir peur, mais pas trop au point qu’ils en appellent à la justice. Ceci explique pourquoi le Département de la Défense va autoriser la publication d’informations soi-disant compromettantes au sujet de Guantanamo - des images d’hommes dans des cages, par exemple - tout en menant des actions pour faire disparaître des photographies du genre de celles qui se sont échappées d’Abou Ghraïb. Et cela pourrait aussi expliquer pourquoi le Pentagone a approuvé la publication du dernier livre d’un ancien traducteur militaire, qui inclut des passages sur l’humiliation sexuelle de prisonniers, tout en lui interdisant de mentionner l’utilisation généralisée de chiens d’attaque. Cette utilisation stratégique des fuites d’informations, combinées avec des démentis officiels, induit un état d’esprit décrit par les Argentins comme le « savoir/ne pas savoir », un vestige de leur « sale guerre ».

« Manifestement, on encourage les agents des renseignements à cacher l’utilisation de méthodes illégales », selon Jameel Jaffer de l’ACLU [Union Américaine des Libertés Civiles - American Civil Liberties Union]. « D’un autre côté, quand ils utilisent la "restitution" et la torture comme menaces, il est indéniable qu’ils bénéficient, d’une certaine façon, du fait que les gens savent que les agents des renseignements sont prêts à agir illégalement. Ils bénéficient du fait que les gens comprennent la menace et la jugent crédible. »

Et les menaces ont bien été comprises. Dans une déclaration sous serment enregistrée dans le cadre d’une remise en question de la section 215 du Patriot Act déposée par l’ACLU, Nazih Hassan, président de l’Association de la Communauté Musulmane d’Ann Arbor, au Michigan, décrit ce nouveau climat. Les inscriptions et la participation ont baissé, les donations ont dégringolé, des membres de la direction ont démissionné - Hassan dit que ses membres craignent de faire quoi que ce soit qui pourrait leur valoir l’inscription de leur nom sur une liste. Un membre a témoigné anonymement qu’il a « cessé de s’exprimer sur des sujets politiques ou sociaux », parce qu’il ne veut pas attirer l’attention.

Voici le vrai but de la torture : de terroriser - pas seulement les personnes qui sont dans les cages de Guantanamo ou dans les cellules d’isolement de Syrie, mais aussi, et surtout, l’ensemble de la communauté qui est informée de ces abus. La torture est une machine créée pour briser la volonté de résister - la volonté du prisonnier et la volonté collective.

Cette affirmation n’est pas controversée. En 2001, l’ONG américaine des Médecins pour les Droits de l’Homme a publié un manuel sur la manière de traiter les survivants de la torture, qui notait : « Les tortionnaires essayent souvent de justifier leurs actes de torture et de mauvais traitements par leur besoin de rassembler des informations. De telles conceptualisations voilent le but réel de la torture... Le but de la torture est de déshumaniser la victime, briser sa volonté et en même temps, en faire un exemple horrifiant pour ceux qui sont en contact avec la victime. De cette manière, la torture peut briser ou porter atteinte à la volonté et la cohésion de communautés entières. »

Cependant, malgré ces connaissances, on continue de débattre de la torture aux États-Unis comme s’il s’agissait seulement d’une méthode moralement questionnable d’extraire de l’information, et non pas d’un instrument de terreur de l’État. Mais il y a un problème : Personne n’affirme que la torture est un outil d’enquête efficace - surtout pas les personnes qui la pratiquent. La torture « ne marche pas. Il y a de meilleures façons de gérer les détenus », comme le disait le directeur de la CIA Porter Goss à la Commission de Renseignement du Sénat le 16 février. Et un rapport récemment déclassé par un officiel du FBI à Guantanamo affirme que la coercition extrême n’a produit « rien de plus que ce que le FBI a obtenu en utilisant de simples techniques d’interrogatoires. » Le propre manuel de terrain de l’armée sur les interrogatoires affirme que la force « peut pousser la personne interrogée à dire n’importe quelle chose qu’elle pense que l’interrogateur veut entendre ».

Et malgré cela, les abus continuent - l’Ouzbékistan est maintenant le nouveau point chaud pour les extraditions ; le « modèle El Salvador » importé en Irak. Finalement, la seule explication rationnelle de la popularité persistante de la torture vient d’une source inattendue. On a demandé à Lynndie England, la bouc émissaire pour Abou Ghraïb, à l’occasion de son procès expédié, pourquoi elle et ses collègues ont forcé des prisonniers nus à former une pyramide humaine. « C’était un moyen pour les contrôler », a-t-elle répliqué.

Exactement. Comme outil d’interrogatoires, la torture est un échec complet. Mais quand il s’agit de contrôle social, rien ne marche aussi bien que la torture.