10.01.2008

les traités servent les intérêts de ceux qui les écrivent

Un « mini-traité » de… 1300 pages.
par Silvia Cattori

En 2005, un Français comme les autres, Étienne Chouard, professeur au lycée Marcel Pagnol de Marseille, a présenté sur son blog ses analyses du projet de Traité constitutionnel européen. Au cours de la campagne référendaire, son site suscite un véritable engouement et devient l’un des plus fréquentés de France. Tranchant avec l’opacité des discours officiels, la simplicité de ses argumentaires touche un vaste public pour qui « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Silvia Cattori a rencontré ce citoyen exemplaire qui revient sur le devant de la scène à l’occasion de la signature du mini-traité européen. Il raconte son parcours et décrit sa vision d’institutions selon lui dénaturées.
 

Silvia Cattori : En consultant votre site internet on découvre, qu’en 2004, vous étiez favorable au Traité constitutionnel européen, mais qu’après en avoir étudié son contenu, vous avez radicalement changé d’avis. Pourriez-vous nous résumer les raisons de votre revirement ?

Étienne Chouard : Ma trajectoire est celle de quelqu’un qui faisait confiance aux politiciens. Je ne faisais pas de politique. Quand j’ai commencé à comprendre ce qu’étaient devenues les institutions européennes, je suis tombé de haut. Je me suis rendu compte que les hommes au pouvoir étaient en train d’écrire eux-mêmes les limites de leur pouvoir, qu’il y en avait pas ou peu, et qu’elles étaient écrites de façon à ce que nous ne comprenions rien.

Dans les institutions européennes, plus aucun acteur n’est responsable de ses actes devant les citoyens ; il y a quelques apparences de responsabilité, mais ce sont des faux semblants, des leurres.
Mais surtout, le Parlement ne compte pour rien dans les institutions : il n’a pas l’initiative des lois, il ne participe à l’élaboration de la loi que sous la tutelle (la surveillance ?) du Conseil des ministres qui s’est promu co-législateur au mépris de la plus élémentaire et indispensable séparation des pouvoirs, et encore, pas dans tous les domaines ! En effet, il y a des domaines soumis à ce qu’on appelle les « procédures législatives spéciales », une vingtaine, dont on n’affiche la liste nulle part, et dans lesquels le Conseil des ministres décide seul, sans le Parlement. Le saviez-vous ?

C’est impressionnant de voir le nombre d’institutions européennes non élues qui ont un pouvoir important et mal contrôlé.

La Banque centrale européenne, non plus, ne rend de comptes à personne. C’est extravagant, la façon dont cela a été écrit : on voit bien, on voit partout, que ce sont des ministres qui ont écrit ces règles sur mesure, pour eux-mêmes.

En regardant bien, on s’aperçoit même que ces institutions ont été écrites plus pour l’intérêt des banques et des multinationales que pour l’intérêt général. On peut se demander pourquoi.

Quand on lit le livre de Jean-Pierre Chevènement, on découvre que Jean Monet, cette icône, ce symbole de l’Europe, ce quasi saint pour les « eurolâtres », était un banquier français qui vivait aux États-Unis et qui s’était imprégné de leurs valeurs. En fait, il avait conçu et construit l’Union européenne pour affaiblir l’Europe, pour empêcher les souverainetés populaires de se reconstruire après la guerre. Il l’écrit lui-même ! C’est consternant !

Quand on lit les traités européens avec ces lunettes, ils ressemblent à cette vision-là de Monet : ces institutions permettent aux multinationales d’écrire le droit et interdisent aux parlements nationaux et aux peuples de s’y opposer. C’est un régime inacceptable ; pourtant, Monet et ses fidèles nous l’ont imposé par voie de traités depuis 50 ans sans que le peuple n’ait jamais vraiment son mot à dire.

Il y a eu un simulacre de débat sur Maastricht ; je vous rappelle, qu’alors, on n’a absolument pas parlé d’institutions ; on a parlé de monnaie, certes, mais même pas de ce qui compte le plus en matière monétaire : on ne nous a rien dit, notamment, de l’abandon total de la création monétaire aux banques privées (article 104) qui est pourtant un pur scandale, la cause majeure de la dette publique qui asphyxie nos États et une cause importante du chômage endémique qui asphyxie nos économies.

En 1992, on ne nous a invités à débattre que de l’indépendance de la Banque centrale et de la nouvelle monnaie unique, qui sont sans doute de bonnes choses. Mais, de la faiblesse du Parlement, de la confusion des pouvoir, de l’indépendance des juges, de l’impuissance des citoyens, de la révision sans référendum, de toutes ces honteuses et dangereuses institutions, on n’a pas du tout parlé. Du vote de Maastricht, on ne peut donc pas dire honnêtement qu’il cautionne les institutions.

Si on envisage l’ensemble de la construction européenne sur cinquante ans, les peuples n’ont donc finalement pas eu droit au moindre débat sur l’essentiel.

La seule fois où on nous a demandé vraiment notre avis, en 2005, la première fois où on nous a retiré le bâillon, on a crié « Non ! » Aussitôt, on nous a remis le bâillon et puis le viol a recommencé. Et on nous dit : « Vous n’en voulez pas, mais vous l’aurez quand même, par la voie parlementaire… »

2007 a donc confirmé ce que 2005 avait révélé : la méthode et le contenu du traité de Lisbonne confirment que l’on a une bande de violeurs aux manettes, et ce qui se passe là, c’est un coup d’État. C’est un coup de force. La définition du coup d’État, c’est un pouvoir exécutif qui ne se plie pas au suffrage universel. Nous y sommes.

Silvia Cattori : Tout cela a pu se faire car les citoyens ont abandonné leurs responsabilités et s’en sont remis naïvement à leurs représentants sans sans imaginer qu’ils pouvaient abuser de leurs pouvoirs et sans contrôler leur action.

Étienne Chouard : Oui. Le mensonge est partout et les gens honnêtes n’osent pas y croire. On parle d’un mini traité simplifié, qui n’est ni « mini », ni « simplifié ». Il faut lire trois mille pages maintenant pour savoir ce qu’il y a dans le traité de Lisbonne. C’est extrêmement compliqué. Il y a toutes sortes de renvois et tout ce qui était dans le traité de 2005 se retrouve ici. Même ce qu’ils ont dit vouloir retirer. L’hymne, ils vont le garder. Le drapeau va rester. La référence à l’euro va rester. Ils ont dit qu’ils retireraient le drapeau. Mais vous le croyez, qu’ils vont le retirer ? Ils ont retiré l’étiquette « constitution ». Mais sur une fiole de poison, qu’est-ce qui est dangereux ? L’étiquette ou le poison ? Quand on retire l’étiquette, est-ce que le poison est moins dangereux ?

On nous prend pour des imbéciles.

C’est une constitution, à l’évidence, mais une mauvaise constitution écrite par des gens qui ne devaient pas l’écrire. On a des élus, mais ce n’est pas à eux d’écrire la constitution. Je tiens à cette idée forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ; ce n’est pas aux parlementaires, aux ministres, aux juges, d’écrire la constitution ; c’est à d’autres, à des gens désintéressés.

Il n’y a pas d’autre moyen, pour nous les simples citoyens, d’être protégés contre les abus de pouvoir, qu’une Assemblée constituante, mais attention : surtout pas élue parmi les candidats des partis, car les partis ont de nombreux membres au pouvoir dont les amis écriraient à nouveau des règles pour eux-mêmes et on n’en sortirait pas.

Ce que Giscard lui-même a affirmé [1] de ce traité de Lisbonne devrait amener les 16 millions d’électeurs qui ont voté non à descendre dans la rue, car c’est le même traité que le précédent, illisible, et s’il est compliqué, Giscard dit que c’est pour rendre impossible le référendum ; Giscard dit aussi que tout ce qui tenait à cœur aux Conventionnels en 2004 se retrouve dans le traité de Lisbonne, sauf que c’est dans un ordre différent.

Ma conclusion est celle-ci : tout cela arrive parce que ceux qui écrivent les règles les écrivent pour eux-mêmes et qu’ils trichent.

Silvia Cattori : Aucun acteur n’a de compte à rendre ?

Étienne Chouard : Aucun ; les citoyens ne comptent pour rien. Ils n’ont aucun moyen de résister contre les abus de pouvoir dans ces institutions. Le seul bon moyen serait le référendum d’initiative populaire et nous ne l’avons pas. Je dirais même qu’on ne l’aura jamais si ce sont des représentants élus qui écrivent les règles. Le droit de pétition (de l’article 11 du traité de Lisbonne consolidé) n’a aucune valeur contraignante. On n’a pas besoin d’un article comme ça pour faire des pétitions : même si on le retirait, les gens pourraient toujours faire pétition.

Silvia Cattori : Le traité de Lisbonne ne comporte-t-il pas au moins un élément positif, par exemple la possibilité pour un État de sortir de l’Union européenne ?

Étienne Chouard : Oui, et cela existait déjà dans le TCE rejeté en 2005, et c’est repris, comme tout le reste.

Silvia Cattori : Dans ce cas de figure, comment un État qui le souhaiterait pourrait-il sortir de l’Union ? Cette procédure est-elle applicable ?

Étienne Chouard : Cela ne serait pas simple de sortir de l’Union européenne et cela coûterait très cher ; il y a beaucoup de rouages en œuvre ; il faudrait un gouvernement très déterminé. Cette situation de non-retour me fait penser à l’AGCS (l’Accord Général sur le Commerce des Services) d’où on ne peut pas sortir non plus : cet accord (négocié et signé sans nous en parler, dans le plus grand secret) a le même génome antidémocratique que l’Union européenne : ce sont les mêmes qui l’ont conçu, ce sont les mêmes intérêts qui sont servis : les multinationales et les banques.

À quoi sert l’AGCS ? À faire disparaître toutes les contraintes sur le commerce des services. Aujourd’hui, un État souverain peut encore interdire quantité d’abus pour se protéger contre les investisseurs prédateurs : quand une grande entreprise veut venir s’installer quelque part, le pays a ses propres règles pour défendre son droit social, son droit environnemental, son droit fiscal, ses ressources naturelles, etc.

Cela va disparaître : Les États, dans les négociations secrètes de l’AGCS, sont en train de s’interdire d’interdire (aux entreprises), les uns les autres : je ne t’interdis plus cela, mais toi, tu arrêtes de m’interdire ça… Les citoyens vont se retrouver nus, sans défense et personne n’en parle ! Tous les services publics sont menacés par ces mécanismes. Et cela est irréversible : les amendes que les États acceptent de devoir payer en cas de retrait ne sont pas payables, tellement elles sont prohibitives.

Les accords de l’AGCS sont donc négociés en secret par une personne seule : le commissaire européen au commerce extérieur… Une personne seule pour 480 millions de personnes négocie en secret des accords décisifs qui lèsent tout le monde de façon irréversible. C’est un pur scandale, c’est très grave.

Silvia Cattori : En voyant les chefs d’État et de gouvernement de l’Union signer le traité à Lisbonne qu’avez-vous ressenti ?

Étienne Chouard : L’impression d’être violenté, à l’évidence, et par ceux-là mêmes qui prétendent partout me défendre… L’impression d’être dans un piège contrôlé par des menteurs professionnels et des voleurs en bande. Ce qui me désole est que les gens ne soient pas du tout informés et ne se sentent donc pas concernés.

Silvia Cattori : Il y a un aspect très important qui est également peu présent dans le débat : la politique étrangère de l’Union ; la participation de ses principaux membres à des opérations militaires via l’OTAN. Or, là aussi, alors que les sondages montrent que les citoyens sont très majoritairement opposés à ces guerres illégales, ils sont totalement impuissants à les empêcher. Alors que les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak se révélent être des aventures coloniales, M. Sarkozy tente de resserrer les liens de l’Union européenne et des États-Unis dans la perspective d’un conflit avec l’Iran dans l’intérêt d’Israël. Que pensez-vous de cet aspect de l’Union ?

Étienne Chouard : On a l’impression que tout cela a été programmé depuis le début. Cela s’est fait de manière progressive. Le Non les a un peu ralentis mais, deux ans plus tard, les autorités font passer le traité en force. Et les citoyens ne réagissent pas, ce qui confirme sans doute les gouvernants dans l’opinion qu’ils ont tous les droits. L’ambiance est au pessimisme. Oui, ils peuvent enlever des enfants africains dans les écoles, oui ils peuvent aller faire la guerre au bout du monde. Il faut lire Alain Badiou (De quoi Sarkozy est-il le nom). Les critiques des médias ont été si virulentes contre ce livre que j’ai failli ne pas le lire. Je le trouve pourtant passionnant. C’est très bien analysé ; il dit bien que l’ambiance n’est pas au pétainisme, mais au néo pétainisme.

Il faut aussi lire François-Xavier Verschave (« De la Françafrique à la Mafiafrique , pour commencer) pour comprendre que la décolonisation n’a pas eu lieu.

Silvia Cattori : Votre réflexion rejoint celle que le sociologue Jean-Claude Paye a conduit à propos des libertés fondamentales dans l’Union [2]. Comme vous, il constate que les institutions ont été construites de telle façon que les décisions échappent aux citoyens.

Étienne Chouard : Effectivement, je ne suis pas le seul à le dire, loin de là, et en fait, tous ceux qui étudient honnêtement les institutions sont scandalisés et regrettent d’avoir trop fait confiance à leurs élus.

Silvia Cattori : Ces sommets, Lisbonne, le G 8, ne seraient donc que des mascarades où des dirigeants, entre festins et embrassades, prennent des décisions sans en référer à leurs mandants comme si on était dans un système dictatorial ?

Étienne Chouard : Ce n’est pas —encore— une dictature car, dans une dictature, il n’y a pas de liberté d’opinion ni d’expression. C’est donc plus soft que cela, c’est poli, c’est joli à voir, c’est en train de devenir totalitaire, mais il y a moins de prise à la critique, c’est plus difficile à condamner. Le discours mensonger, inversant les valeurs, Orwell l’annonçait fort bien dans 1984, consistait à dire « la guerre, c’est la paix », « le travail ; c’est la liberté », et le simple fait de le répéter retire des armes aux résistants potentiels. La manipulation par le langage fonctionne bien. Elle demande, de la part des résistants, une formation, un apprentissage de ces manipulations.

Silvia Cattori : Quels outils les partisans du non ont-ils pour vaincre ces obstacles ?

Étienne Chouard : Il y en a un qui sera peut-être assez fort : c’est une requête individuelle auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui ne fait pas partie de l’Union européenne mais dont l’Union a signé la Convention qu’elle doit donc respecter.

La Cour peut être saisie par une unique personne contre un État. C’est une cour qui protège les individus isolés.

Son argumentation est puissante (voyez le site 29mai.eu), je m’en sers déjà à tout propos. La requête consiste à attaquer l’État français pour violation de l’article 3 du protocole 1 de la Convention qui dit que les « hautes parties contractantes s’engagent à garantir à leurs citoyens des élections libres qui permettent un libre choix du corps législatif ».

En fait, notre corps législatif est désormais très largement européen. Et au niveau européen, est-ce que le corps législatif est élu ? Pour l’essentiel, non : nous n’avons pas le choix. Le corps législatif en France, ce n’est pas l’Assemblée nationale : 80 % des nouvelles lois qui s’appliquent en France sont des normes européennes automatiquement transposées dans notre droit national, sans vrai débat parlementaire.

Alors, qu’en est-il donc en Europe ?

Au niveau constituant d’abord, c’est une CIG (Conférence intergouvernementale, non élue) qui écrit et corrige les traités, c’est-à-dire la Constitution européenne (qui cache désormais son nom, hypocritement). Les parlements (les seuls qui soient élus) ne peuvent que ratifier ou pas les traités écrits par des non élus, en bloc : ils n’ont ni droit d’initiative, ni droit d’amendement : ils sont donc réduits à la portion congrue, alors que ce sont eux qui sont élus !

Au niveau constituant, donc, le pouvoir échappe aux élus.

Ensuite, les lois ordinaires européennes sont écrites par la Commission (non élue) qui a l’exclusivité et l’initiative des lois, et ces lois sont ensuite discutées et votées par le Conseil des ministres (non élu) en « codécision » avec le Parlement européen (le seul qui soit élu).

Mais —écoutez bien cela, c’est essentiel— il n’y a pas codécision sur tous les sujets : il y a une quantité de sujets où des non élus (Commission et Conseil) décident seuls de la loi européenne.

Ces domaines où les exécutifs écrivent ce que j’appelle des lois sans parlement (c’est plus clair que l’expression chafouine « procédures législatives spéciales ») sont soigneusement cachés, ils n’y a pas de liste : demandez donc à vos parlementaires ou à vos ministres ou à vos journalistes de vous dire quelques uns de ces domaines : ils ne les connaissent pas eux-mêmes (ou alors ce sont de vrais bandits de ne pas en parler clairement à tout le monde).

Cette stérilisation progressive du suffrage universel est une raison solide d’attaquer l’État français pour violation de la Convention européenne des droits de l’homme : nos propres représentants sont en train de vider nos votes de toute force : la démocratie agonise dans un décor factice de démocratie simulée.

Une seule requête suffit, mais en en envoyant des milliers, on crée une force politique en appui d’une requête juridique.

C’est gratuit. Si on perd, cela n’aura coûté que le timbre d’envoi.

De plus, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a intérêt à montrer quelle sert à quelque chose, et c’est un cas d’école (inédit) qui pourrait faire jurisprudence.

En tout cas, c’est le seul moyen dont nous disposons, nous : simples citoyens. Tous les autres moyens dépendent de nos représentants, parlementaires et ministres, qui ont montré qu’ils sont décidés à nous violer. Si on attend d’eux qu’ils nous défendent, on va attendre longtemps, c’est perdu d’avance.

Cette requête donne de l’espoir car la Cour peut bloquer le processus de ratification, le temps de décider sur le fond. Il me semble que c’est une arme puissante, nouvelle.

Silvia Cattori : Que dites-vous à ces citoyens suisses et norvégiens qui ont refusé jusqu’ici d’adhérer à l’Union européenne, généralement qualifiés d’« attardés qui refusent le progrès » par leurs détracteurs ?

Étienne Chouard : J’espère pour eux qu’ils vont continuer de résister. Je les envie, car j’ai l’impression que nous sommes enfermés par nos propres élus dans un piège épouvantable. Notre désindustrialisation a commencé et elle va à grand pas. On nous oblige à ouvrir nos frontières avec des pays qui ne respectent ni les droits du travail, ni les droits environnementaux, ni aucune des contraintes que nous imposons à nos propres entreprises en vertu du progrès social. Mis en concurrence déloyale avec des pays qui sont si peu comparables, on ne peut que continuer de dégringoler vers la ruine générale.

Ne riez pas : des pays ont déjà vécu cette descente aux enfers en appliquant ces mauvaises recettes : voyez le cas effrayant de l’Argentine, cobaye du néolibéralisme…

Silvia Cattori : Si on demandait aux citoyens s’ils veulent rester ou sortir de l’Union, que choisiraient-ils selon vous ?

Étienne Chouard : le coup d’État de Lisbonne me conduit à me demander s’il ne faut pas sortir de toute urgence de cette UE-MB (Union européenne des multinationales et des banques). Je commence effectivement à désespérer de changer l’UE, dont le programme génétique semble être conçu contre les peuples et contre la démocratie.

Peut-être faut-il sortir de cette UE-là pour construire enfin une vraie société européenne, voulue et défendue par les peuples concernés (et pas par leurs élites décalées).

Silvia Cattori : Pourquoi ne pas faire campagne pour en sortir carrément, si les chances de revenir sur le traité sont nulles ?

Étienne Chouard : Je n’ai pas encore renoncé à mon rêve européen de fraternité. Je voudrais que l’on recommence avec moins de pays à la place de ce monstre conçu par et pour les grandes corporations. Là on est en train de marier des peuples avec le consentement de leurs « pères ». Un mariage réussi et durable se fait forcément avec le consentement des peuples concernés.

Silvia Cattori : Les sociaux-démocrates ne portent-ils pas la principale part de responsabilité dans cette forme de construction européenne ? Jacques Delors n’a-t-il pas fait l’Europe du marché ?

Étienne Chouard : Jacques Delors et la plupart des leaders socialistes nous ont évidemment trompés, ils nous ont menti mille fois, et cette évidente trahison des chefs de la gauche est une catastrophe pour le pays.

Je leur faisais confiance, et très particulièrement à Jacques Delors : je me souviens du dernier jour avant le référendum de Maastricht : Jacques Delors nous avait parlé à la télévision ; il avouait qu’on n’avait encore pas « fait de social » jusque-là en Europe, mais il prenait date avec nous, solennellement, en nous regardant avec ses yeux bleus tristes et sincères, il nous a promis ardemment de commencer à « faire du social » dès le lendemain de notre vote Oui. Il nous l’a promis pour qu’on vote OUI. Quinze ans après, nous sommes plus que jamais en recul social sur tous les plans… J’ai l’impression d’avoir été trompé par un des hommes en qui je faisais le plus confiance. C’est triste et révoltant à la fois.

La chute est rude.

Silvia Cattori : Vous avez parlé d’abandon total de la création monétaire. Vous pouvez préciser de quoi il s’agit ?

Étienne Chouard : Il y a un rouage essentiel qui m’est apparu cette année. Je commence même à y voir le cœur du piège, le diamant central, le moteur de notre impuissance… C’est l’article 104 de Maastricht (qui est devenu l’article 123 du traité de Lisbonne).

Il dit ceci : « Les États n’ont plus le droit d’emprunter auprès de leurs banques centrales ». Pour le commun des mortels c’est incompréhensible.

De quoi s’agit-il ? Depuis des siècles, les États ont abandonné une partie de leur pouvoir de créer la monnaie aux banques privées : les banques ont obtenu des gouvernants, très certainement par corruption, le droit (fondamental) de créer la monnaie.

Mais au moins, jusqu’à une période récente (1974 en France), les États partageaient encore avec les banques privées le droit de créer la monnaie : quand un État avait besoin d’argent pour créer des voies ferrées, des logements ou des hôpitaux, l’État créait lui même sa monnaie, et il ne devait pas payer d’intérêts pendant les remboursements - ne relâchez pas votre attention et n’oubliez pas : c’est le point crucial, celui qui vous condamne aux travaux forcés au profit de rentiers oisifs.

C’est comme cela que l’État créait la monnaie : l’État empruntait auprès de sa banque centrale (qui créait cette monnaie pour l’occasion) et, au fur et à mesure où l’État remboursait cet emprunt, la Banque centrale détruisait cet argent, mais sans faire payer d’intérêts à l’État !

Depuis 1974 en France, à l’époque du serpent monétaire européen, l’État —et c’est sans doute pareil dans les autres pays européens— s’est interdit à lui-même d’emprunter auprès de sa banque centrale et il s’est donc lui-même privé de la création monétaire. Donc, l’État (c’est-à-dire nous tous !) s’oblige à emprunter auprès d’acteurs privés, à qui il doit donc payer des intérêts, et cela rend évidemment tout beaucoup plus cher.

Dans quel intérêt ? L’intérêt général ? Vous plaisantez, sans doute !

Je vous fais remarquer que, précisément depuis 1974, la dette publique ne cesse d’augmenter et le chômage aussi.

Je prétends que c’est lié.

Ce n’est pas fini : depuis 1992, avec l’article 104 du traité de Maastricht, cette interdiction pour les États de créer la monnaie a été hissée au plus haut niveau du droit : international et constitutionnel. Irréversible, quoi, et hors de portée des citoyens.

On ne l’a dit pas clairement : on a dit qu’il y avait désormais interdiction d’emprunter à la Banque centrale, ce qui n’est pas honnête, pas clair, et ne permet pas aux gens de comprendre. Si l’article 104, disait « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des riches rentiers, propriétaires de fonds à prêter à qui voudra les emprunter », il y aurait eu une révolution.

Ce hold-up scandaleux coûte à la France environ 80 milliards par an (*) et nous ruine année après année ; mais on ne peut plus rien faire.

Ce sujet devrait être au cœur de toutes nos luttes sociales, le fer de lance de la gauche et de la droite républicaines. Au lieu de cela, personne n’en parle. C’est consternant.

Silvia Cattori : C’est difficile pour le citoyen d’imaginer que leurs élus se compromettent tous à ce point. Finalement ce sont des citoyens isolés, qui comme vous, s’investissent de manière désintéressée, qui reprennent en main le débat que leurs élus ont abandonné.

Étienne Chouard : Il y a des gens qui se battent. Maurice Allais, prix Nobel d’économie, tempête contre la création monétaire abandonnée aux banques privées ; il proteste énergiquement et affirme que c’est une honte, que les banques privées se comportent (parce qu’on les y autorise) comme des faux monnayeurs et que cela nous ruine. L’esprit libre Maurice Allais dit aussi que les multinationales qui nous imposent ce grand marché dérégulé sont malfaisantes. L’ultra libéral Maurice Allais dénonce la « chienlit laisser-fairiste » de l’Union européenne. Peut-on être plus clair ?

Et bien, ce monsieur qui a voué un grande partie de sa vie à l’étude de la monnaie et qui a probablement reçu tous les honneurs et toutes les médailles du monde, ce grand spécialiste de la monnaie est « triquard » (interdit de tribune) dans les grands médias, il n’arrive plus à publier ni dans Le Monde, ni dans Le Figaro.

Qui ne voit le lien évident entre la persécution d’un citoyen courageux qui appuie là où ça fait mal et le fait que les grands médias aient été achetés -et soient désormais contrôlés- précisément par des multinationales et des banques ?

Maurice Allais développe une idée majeure (que nous devrions tous étudier) quand il dit qu’il faut rendre la création monétaire aux États, à une banque centrale indépendante, qu’il faut que la banque européenne (BCE) récupère la création monétaire en la reprenant aux banques privées.


10.12.2007

L'astuce du psychopathe - 3e partie

Silvia CATTORI : Le conflit serait donc une forme de nourriture pour ce type de personnalité perverse/pathologique. Parce qu’il leur permet de projeter leur agression, leur violence, sur les autres et d’éviter de se remettre en question ?

Henry : On pourrait dire que, n’ayant pas d’émotion en propre, ils se nourrissent de leur pouvoir à déclencher les émotions des autres. Ils jouissent du pouvoir que cela leur donne. Être « au-dessus » de telles démonstrations émotionnelles les fait se sentir supérieurs.

Silvia CATTORI : Quand M. ŁOBACZEWSKI démontre que le menteur a toujours raison, il est très convaincant. Son analyse du mensonge est très pertinente. Il y a là une nouvelle matrice pour comprendre comment fonctionnent les psychopathes. Il explique très bien ce mécanisme du mensonge. Que le mensonge est à ces gens, leur manière de fonctionner et de gagner. Je voudrais en savoir plus sur ce mécanisme du mensonge et ses effets. Comment fonctionne-t-il ? Ces menteurs sont-ils présents dans tous les secteurs de la société ?

Henry : Mentir est une stratégie très efficace, parce que très peu de gens pensent qu’il y a des menteurs purs et durs dans la société, des gens qui mentent systématiquement.

Pensez à un divorce ou à une autre affaire exposée devant un juge et des jurés. La plupart d’entre nous se rendra aux audiences avec en tête l’idée que la vérité est quelque part entre les deux. Les deux parties en conflit dans une affaire raconteront leur histoire, chacun embellissant un peu sa version, chacun se mettant sous son meilleur jour, et le juge ou le jury supposeront que la vérité est quelque part entre les deux.

Mais qu’arrive-t-il quand l’un des deux individus est un menteur et que l’autre dit la vérité ? Le menteur est à son avantage parce que le juge ou le jury s’attendra encore à ce que la vérité soit quelque part entre les deux. Donc, quelqu’un qui est victime d’un menteur et d’un manipulateur ne peut s’en sortir. Dire la vérité ne peut rendre à cette personne toute la justice qu’elle mérite, tandis que l’auteur d’un crime tirera toujours quelque chose du mensonge.

La vie quotidienne est comme ce tribunal. On est toujours disposé à donner aux autres le bénéfice du doute, si l’on est une personne morale. Le menteur et le manipulateur ne feront jamais cela et utiliseront contre elle la bonne volonté de la personne de conscience.

Mentir est donc toujours une stratégie gagnante. Cela peut en soi être le signe que nous vivons au sein d’un système pathologique !

Laura : Quand on considère la structure interne infantile du psychopathe, il n’est pas si difficile de comprendre l’aspect du mensonge. Le psychopathe ne ment même pas réellement, il « crée juste une réalité » afin qu’elle se conforme à ses désirs.

Je vais essayer d’expliquer. La réalité psychopathique existe de façon arbitraire : ils déclarent que les choses sont ainsi. Pour eux, ces déclarations représentent la réalité. La déclaration du moment peut contredire ce qu’ils ont dit à un autre moment. Cela ne signifie rien pour eux. Ils n’essaient jamais de gérer la contradiction car pour eux, il n’y a pas de contradiction.

Souvenez-vous, les psychopathes ne peuvent comprendre des abstractions comme l’espace et le temps, et ce qu’ils ont dit il y a un moment sous le coup d’impulsions diverses est maintenant du passé, et par conséquent n’existe plus.

Les psychopathes démontrent un manque total de compréhension de ce que nous appelons les « faits ». Les humains normaux ont réellement du mal à concevoir cela, parce que pour nous, les faits font fondamentalement partie de notre vie. Nous vivons par eux, nous évaluons et jugeons en fonction d’eux. Nous établissons des faits, ensuite nous procédons à des tests et établissons d’autres faits. Quand nous débattons, nous commençons par des faits et montrons comment nous tirons nos conclusions à partir de ces faits.

Les psychopathes ne font pas cela. Cependant, parce qu’ils projettent leur propre structure interne sur les psychopathes, la plupart des gens ne comprennent pas cela. Les humains normaux qui ont un mode de pensée psychopathique essaient de se convaincre qu’il existe une autre raison expliquant cette bizarre condition mentale. Quand les psychopathes ne se préoccupent pas des faits, nous pensons que c’est intentionnel, qu’ils jouent un jeu avec nous. Nous pensons qu’ils sont bien au courant des faits, mais qu’ils ne veulent pas l’admettre.

Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Les psychopathes ne savent pas ce que sont les faits. Le concept de fait est en réalité une abstraction qu’ils ne peuvent saisir. Un cas illustrant cela est rapporté par un psychothérapeute : il demanda à sa patiente, une psychopathe, d’observer une chaise située à environ 1,80 mètre, près du mur. Il lui demanda ensuite de décrire la chaise. Ce qu’elle fit, de manière assez détaillée, excepté pour les pieds. La chaise qu’elle décrivit n’avait pas de pieds.

Le thérapeute le lui fit remarquer, et lui demanda comment la chaise pouvait être suspendue en l’air, sans pieds pour la soutenir. Elle répondit : « Je l’ai posée là. ». Le thérapeute demanda : « Si vous regardez ailleurs, tombera-t-elle par terre ? » Elle dit : « Non. Si je regarde ailleurs, la chaise n’est plus là ». Le thérapeute demanda : « Si vous regardez ailleurs, et qu’il s’avère que la chaise est toujours là ? ». Elle ignora la question.

L’idée populaire New Age basée sur l’adage « on se crée sa propre réalité » est un exemple de la manière dont la pensée psychopathique a infiltré notre société. Le principe est : « Si suffisamment de gens croient que quelque chose est vrai, alors ce qu’ils croient EST la réalité. »

En réponse à cela, on peut faire remarquer avec raison : « Il fut un temps où tout le monde, pour ce que nous en savons, croyait que le soleil tournait autour de la terre. C’était faux, et le croire n’y changea rien ». Mais si vous demandez à un psychopathe : « Êtes-vous en train de dire qu’à cette époque, le soleil tournait en fait autour de la terre — et que c’est seulement pour obéir à un changement de pensée chez les gens que la terre s’est mise à tourner autour du soleil ? », il vous ignorera ou vous accusera de déformer les « faits ».

Un être humain normal pensera naturellement que le refus du psychopathe à répondre à cette question, le fait qu’il se retourne contre vous en vous accusant de présenter les faits (ainsi que lui-même) sous un faux jour, est une admission tacite que ce qu’il dit est faux. Mais vous auriez tort sur ce point. Face aux preuves qu’ils ont tort, les psychopathes n’hésitent pas à faire des déclarations et des affirmations concernant sur ce qu’ils insistent être la réalité.

Ron SUSKIND, ancien reporter au Wall Street Journal et auteur de The Price of Loyalty : George W. Bush, the White House, and the Education of Paul O’Neill, a écrit : « Au cours de l’été 2002, après avoir écrit un article dans Esquire qui déplut à la Maison Blanche — article parlant de l’ancienne Chargée de communication de BUSH, Karen HUGHES — je rencontrai un conseiller en chef de BUSH. Il exprima le mécontentement de la Maison Blanche, puis me dit quelque chose que je ne compris pas totalement sur le moment — mais qui, je le crois maintenant, plonge au cœur même de la présidence de BUSH.
L’assistant déclara que les types comme moi faisaient partie “de ce que nous appelons la communauté fondée sur la réalité”, qu’il définit comme les gens qui “croient que les solutions émergent de votre observation judicieuse de la réalité discernable”. J’acquiesçai et murmurai quelque chose à propos des principes des Lumières et de l’empirisme. Il me coupa : “Le monde ne fonctionne plus réellement ainsi” . “Nous sommes un empire maintenant, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité — comme vous le faites, judicieusement — nous agissons à nouveau, créant de nouvelles réalités, que vous pouvez étudier aussi, et c’est ainsi que les choses se règleront. Nous sommes les acteurs de l’Histoire… et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à étudier ce que nous faisons”
 »

Ils ne mentent pas réellement — ils créent de « nouvelles réalités ». Rien de ce que nous appelons réalité n’est réel pour eux. Quand un être humain normal parle d’une chaise, il se réfère à une chaise qui tient sur ses propres pieds. Elle est là, que quelqu’un la voie ou non, que quelqu’un la mentionne ou non, que quelqu’un « déclare » ou non sa présence. Elle a sa propre existence souveraine. Mais il n’en est pas ainsi pour les vrais psychopathes. Les psychopathes, avec leur structure interne infantile, sont inaptes à comprendre que tout ce qui n’est pas eux existe en propre, séparé d’eux. Quelque chose ne devient réel qu’à partir du moment où ils reconnaissent cette réalité, et ils ne reconnaissent que ce qui est important pour eux en terme de ce qu’ils désirent, de ce qui leur procurera du plaisir.

Quand un être humain normal demande que les déclarations du psychopathe soient évaluées, le psychopathe déclare que celui qui fait une telle demande n’a aucune intégrité, ce qui signifie réellement que leur position – leur déclaration – ne tient pas !

Du point de vue du psychopathe, le monde est comme une scène holographique. Ils « déclarent » l’existence des choses. Tout est hologramme. Ils programment les hologrammes. Ils interagissent avec eux de toutes les manières qui leur conviennent. Ils sont sous leur contrôle total. Quand ils décident de supprimer un hologramme, il disparaît.

Un hologramme n’est pas censé penser par lui-même. Un hologramme n’est pas censé mesurer, évaluer, apprécier, etc. Et surtout, un hologramme n’est pas censé critiquer son maître.

Quand cela arrive, ils le châtient d’abord pour le ramener dans le rang. Si cela ne marche pas, ils le font « disparaître ». Et s’ils doivent le tuer pour ce faire, c’est ce qui arrive.

L’expérience a montré que peu importe ce que nous disons, ce que nous leur faisons remarquer, la quantité de preuves fournies, cela ne signifie rien pour les psychopathes. Ils n’ont qu’un but : nous tromper afin qu’on les classifie comme humains normaux de sorte qu’ils puissent continuer à nous duper, nous contrôler et nous utiliser pour leur propre pouvoir et gloire, parce que c’est ce qui leur donne du plaisir.

Silvia CATTORI : Il y a par conséquent une interaction constante : l’individu pervers/pathologique ne peut dominer seul, il a besoin d’alliés. Il doit donc former des clans et les unifier, offrant des avantages à ceux qui servent ses intérêts. Avantages qui les lient ensuite entre eux, les maintiennent assujettis ? Autrement dit, si le système est pervers, alors chacun devient pervers et tout est perdu ?!

Henry : Oui et non. Il existe des faiblesses inhérentes au système pathocratique. Mais cela prend du temps. LOBACZEWSKI décrit la dynamique à l’œuvre dans les pays de l’Est sous le communisme. Les pathocrates sont incapables de faire quoi que ce soit d’authentiquement créatif. Ils dépendent des gens de conscience pour leur créativité. Une société sans créativité est condamnée à périr tôt ou tard. Quand les principaux postes de pouvoir de cette société, du gouvernement, de l’industrie, des affaires sont tenus par des pathocrates, le cycle dégénérescent commence.

En même temps, les gens normaux commencent à voir la société pour ce qu’elle est, et ils inventent des stratégies de survie. Ils commencent à reconnaître que leurs dirigeants ne sont pas comme eux.

Malheureusement, quand une société recouvre ses sens, une autre idéologie masquant un autre groupe — ou bien le même groupe sous un autre nom — de déviants est déjà en place, prête à prendre sa place. Quand le communisme s’écroula en Union soviétique et dans les pays d’Europe de l’Est, les pathocrates capitalistes étaient prêts à s’emparer du butin, et parmi les pathocrates, certains communistes furent même capables de trouver un nouveau « nid » confortable au sein des « nouvelles » démocraties capitalistes.

La question est celle-ci : un tel processus a-t-il déjà commencé aux États-Unis — qui sont, à notre avis, le centre de gravité de la pathocratie aujourd’hui ? Étant donné que les pathocrates semblent motivés par un programme visant à réduire la population mondiale par millions sinon par milliards, par le biais des guerres ou d’autres moyens, nous sommes en droit de nous demander si nous aurons le temps de voir s’achever ce cycle. Nous ne sommes pas très optimistes.

Mais même si une expression particulière de la pathocratie tombe, le système lui-même reste en place, émergeant ailleurs, au sein d’un nouveau « centre ».

Silvia CATTORI : L’exemple qui va dans cette direction est ce qui s’est passé avec la guerre contre l’Iraq. M. BUSH voulait la guerre à tout prix. M. BUSH ment et il gagne. Il trouve des alliés de la même espèce que lui, comme MM. BLAIR et BERLUSCONI. Les gens qui dénoncent leurs crimes et les combattent perdent. Cela semble être un parfait exemple de ce qui est décrit dans Ponérologie. Est-il impossible de dire non à ces monstres ?

Henry : Comment dire non quand les médias sont complètement contrôlés par d’autres pathocrates ? Vous pouvez descendre dans la rue, comme des millions de gens l’ont fait avant l’invasion de l’Iraq, mais cela n’a pas d’importance parce que les dirigeants politiques pathocratiques ne se soucient absolument pas de ce que pensent les gens. Il leur est indifférent qu’il y ait des milliers ou des millions de gens contestant leur politique — ils ont d’effrayantes armes militaires à leur disposition. Ensuite, les médias ont déformé le message des dissidents et les ont présentés comme des traîtres. Ils sont toujours considérés comme des traîtres après quatre ans, alors qu’il est devenu clair comme de l’eau de roche que BUSH and Co ont eu tort de faire la guerre et qu’ils ont menti sur tous les points.

Pourtant, les États-Unis sont toujours en Iraq et il est politiquement impossible de réclamer plus qu’un simple « débat » sur une future réduction des troupes.

Ainsi, une des questions est celle-ci : dans un environnement aussi contrôlé, combien de gens voient-ils la réalité ? Et une autre se pose : dans une telle réalité, comment les gens qui voient les mensonges réagissent-ils et répondent-ils en faveur d’un changement ?

La majorité des gens ont eu leur conscience écrasée et ont accepté tant de compromis qu’ils sont incapables de penser ou de ressentir les choses correctement. Ils croient qu’il y a un nombre illimité de fondamentalistes islamiques se préparant à faire exploser leurs maisons et leurs écoles, peu importe la totale absurdité de cette idée, et malgré le fait que la majorité de tels attentats à la bombe soient des opérations « false flag [1] ». Le fait bien établi que les agences de renseignement commettent des attentats à la bombe et accusent ensuite leurs opposants — il est impossible d’arguer que ce type de chose n’est pas une pratique régulière — devient moins crédible pour les gens aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs, que le conte de fées décrivant des centaines de fondamentalistes islamiques prêts à se faire exploser au nom d’Allah !

Repensez à ce que LOBACZEWSKI écrit à propos du raisonnement confus qui se produit quand quelqu’un est en présence d’un psychopathe. Via les médias, cette confusion s’étend au-delà du contact personnel immédiat et devient un fléau affectant la société dans son ensemble. La société elle-même est infectée par la maladie.

Et pour ceux qui luttent pour retrouver leur santé mentale et qui voient les mensonges, la puissance à laquelle ils sont confrontés est si écrasante qu’ils peuvent facilement abandonner. La tâche semble trop grande.

Laura : Est-il impossible de dire « non » à ces monstres ? Non. Difficile ? Oui.

Les individus qui pensent que le changement peut s’effectuer via des processus légaux ou politiques ne comprennent pas que les lois et la politique, en général, soient toutes deux créées et contrôlées par des individus pathologiques qui les établissent à leur avantage, et non à celui de leurs compatriotes . Ainsi, les lois et la politique sont-elles des mesures insuffisantes pour contrer une société pathologique engendrée par les efforts et l’influence des déviants.

Une autre chose qu’il est important de retenir eu égard à la recherche de solutions via les moyens légaux ou politiques : la roublardise des déviants pathologiques est bien supérieure à celle des êtres humains normaux. La plupart des gens sont familiers de l’idée de la ruse exceptionnelle dont font preuve les fous, mais la psychopathie, sous ses différentes formes, possède un élément additionnel : le Masque de Santé mentale.

Récemment, nous avons vu Cindy SHEEHAN s’éveiller au fait que le parti démocrate n’était qu’une autre idéologie derrière laquelle opérait la psychopathie. Elle est partie, et d’après ce que j’ai compris, a maintenant décidé que le « 911 Truth Movement » était l’endroit où il fallait être. Je suis désolée de devoir l’informer que les psychopathes supervisent aussi ce spectacle. Vous ne pensiez tout de même pas qu’ils commettraient des crimes comme le 11 septembre sans assurer leurs arrières par l’invention et le contrôle d’un « mouvement pour la vérité », n’est-ce pas ?

Je reçois sans cesse des lettres de groupes d’action politique qui demandent de l’argent et du soutien. J’ai donné de l’argent et mon soutien, et j’ai aussi écrit de nombreuses lettres et e-mails leur disant que leurs « actions politiques » n’auraient aucun effet s’ils ne prenaient pas en compte la psychopathie dans l’équation. Ils étaient tous tellement certains que remettre les démocrates au pouvoir allait tout changer, mais le fait est que rien n’a changé. Tout cet argent et ces efforts ont été gâchés. Et maintenant, les gens s’en rendent compte alors que nous le disons depuis le début.

Je le redirai encore — et continuerai à le faire : tant qu’on n’accordera pas à la connaissance et à la prise de conscience de l’existence d’êtres humains pathologiques toute l’attention qu’elles méritent, et qu’elles ne feront pas partie de la connaissance générale de tous les êtres humains, il n’y aura aucun moyen de changer les choses d’une manière efficace et durable. C’est la première priorité, et si la moitié des gens qui s’agitent pour la Vérité, pour arrêter la guerre ou Bush ou je ne sais quoi d’autre consacrait leurs efforts, leur temps et leur argent à dévoiler la psychopathie, cela nous permettrait peut-être de progresser.

Finalement, le réel problème réside encore dans le fait que la connaissance de la psychopathie, et la manière dont les psychopathes dirigent le monde ont été efficacement cachées ; les gens n’ont donc pas la connaissance adéquate et nuancée dont ils auraient besoin pour apporter un véritable changement radical. À maintes reprises tout au long de l’Histoire, cela a toujours été « on prend les mêmes et on recommence ».

Quand vous avez affaire à des psychopathes, vous avez affaire à l’esprit criminel, et quand de tels esprits tiennent des positions de pouvoir absolu — comme c’est le cas aujourd’hui — rien ne peut les retenir — et rien ne les retiendra, c’est une certitude.

BUSH (ou plus précisément, ceux qui tirent ses ficelles) a un contrôle quasi absolu de toutes les branches du gouvernement. Vous pouvez remarquer cela si vous observez soigneusement que, peu importe ce que Bush commet d’illégal, personne ne le prendra vraiment à partie. Tous les « scandales » qui ont fait surface, dont n’importe lequel aurait fait tomber toute autre administration, ne sont que des farces jouées pour le public, pour le distraire, pour lui faire penser que la démocratie est toujours active.

Il n’y a que deux choses qui puissent soumettre un psychopathe :

1) un psychopathe plus puissant ;

2) le refus absolu et non-violent de tous les autres à se soumettre à son contrôle, quelles que soient les conséquences.

Si toutes les personnes normales aux États-Unis (et ailleurs) arrêtaient tout et refusaient de participer à la réalisation d’un seul objectif du programme psychopathique, s’ils le faisaient en masse, si les gens refusaient de payer les impôts, si les soldats refusaient de combattre, si les fonctionnaires et les fainéants des entreprises refusaient d’aller au travail, si les médecins refusaient de traiter les élites psychopathiques et leurs familles, tout le système s’arrêterait brutalement.

Mais cela ne peut arriver que si les masses SONT INFORMÉES sur la psychopathie dans tous ses horribles détails. Ce n’est que s’ils savent qu’ils ont affaire à des créatures qui ne sont réellement pas humaines qu’ils peuvent avoir la compréhension de ce qu’ils doivent faire. Et ce n’est que quand ils seront suffisamment désespérés, au point que les malheurs que leur infligera le psychopathe au début de leur résistance paraîtront pâles en comparaison, qu’ils auront la volonté de le faire. C’est cela, ou bien la compréhension du monde que les psychopathes sont en train de créer pour leurs enfants, en tout cas l’amour pour l’humanité de demain, qui les motivera à résister.

Silvia CATTORI : Est-ce que M. Chirac, après avoir dit non pour l’Iraq, a fait des concessions majeures à M. BUSH par peur de devenir un homme de paille ? Les pervers ont-ils besoin d’hommes de paille ?

Henry : Imaginez que vous êtes un politicien avec une conscience face à un monde dominé par des gens pour qui tous les moyens sont bons pour rester au pouvoir : chantage, intimidation, menaces. Dans quelle mesure le scandale en France sur les finances de Chirac quand il était Maire de Paris furent-elles utilisées pour le remettre dans « le droit chemin » ? Nous ne pouvons que spéculer.

Nous savons que Bush espionnait illégalement les citoyens américains ; faisait-il cela pour collecter des données qui pourraient être utilisées pour faire chanter et intimider les politiciens ou les journalistes de l’opposition qui posaient trop de questions ? Je pense qu’il serait naïf de ne pas considérer cette possibilité.

Laura : Je dis quelquefois en plaisantant qu’à présent, on peut probablement deviner qui sont les gentils en regardant ceux qui ont la plus mauvaise presse ! Mais ce n’est pas si simple. Nous ne pouvons oublier que la véritable guerre est celle de l’Élite psychopatique au pouvoir contre les Humains normaux. Les pervers ont-ils besoin d’hommes de paille ? Sûrement, cela fait partie de la mise en scène qu’ils élaborent pour nous. Tout comme cela fait partie de leurs tactiques de créer des attentats « false flags » pour diriger la haine contre ceux qu’ils souhaitent détruire, c’est totalement dans leur style d’opération de jouer au « good cop / bad cop [2] ». C’est Machiavel .

Silvia CATTORI : La dynamique ainsi décrite dans le livre, et que vous explicitez ici, est aussi apparente dans l’utilisation des médias ; les journalistes qui soutiennent les principes de l’axe Tel Aviv-Washington ont toute liberté de soutenir ces guerres. Font-ils aussi partie des monstres ? Devons-nous classer ces menteurs des médias dans la catégorie des 6% ? Comment se fait-il que le public ne voit pas que ce sont des imposteurs ?

Henry : Une fois que le système est en place, ceux qui sont moralement faibles s’y rallient pour le défendre en échange de privilèges personnels. Leur propre intérêt les rend vulnérables à la contagion. En conséquence, chaque individu n’a pas besoin de faire partie d’un des nombreux types listés par LOBACZEWSKI. Il y a des milliers d’individus moralement corrompus et faibles qui sont prêts à obéir aux ordres de ceux qui sont au pouvoir si cela leur apporte célébrité et fortune, ou ne serait-ce qu’une existence confortable et sans ennui.

Ce qui ne veut pas dire que les médias sont exempts de psychopathes, caractéropathes, ou des autres types présentés par LOBACZEWSKI.

Silvia CATTORI : Pour nous protéger du mal, il semble alors que chacun d’entre nous doive se demander s’il est en présence d’une de ces personnes perverses qui mentent et n’agissent que pour leur intérêt personnel. Mais les gens n’arrivent pas à croire que ces pervers/pathologiques sont des gens qui se nourrissent du mal, qui se nourrissent des conflits. Cet ouvrage décrit cela de façon experte : les conflits sont leur nourriture ; ils adorent ces situations, ils ont besoin de cela pour exister. Une personne normale ne peut imaginer qu’au sein de la société, il y a un certain nombre de gens qui ne peuvent rien faire d’autre que de se nourrir du mal. Pensez-vous que les gens "normaux" sentent que quelque chose ne va pas mais qu’ils n’arrivent pas du tout à comprendre qu’ils sont des victimes et qu’ils souffrent à cause des mensonges et des manipulations des individus pervers/pathologiques ?

Henry : Oui. Mais il faut un fort caractère pour se battre pour ce qu’on sait être juste face à une opposition sociale omniprésente. Nous avons aussi tendance à accorder aux autres le bénéfice du doute parce que nous projetons nos propres modes de pensée et de comportement sur eux. Si nous ne sommes pas conscients qu’il y a des gens qui sont soit génétiquement incapables d’éprouver de l’empathie et des sentiments envers les autres, soit dont la conscience a été réprimée et détruite à cause de ce qu’ils ont vécu (et ils ne peuvent être guéris), et si nous ne savons pas comment ils fonctionnent et manipulent, nous resterons des victimes.

En tant que personne qui a fait partie d’organisations et d’associations militant pour un changement social, vous avez probablement vu la même dynamique à l’œuvre. Le travail bénéfique et sincère de beaucoup de gens peut être détruit par les actions d’une seule personne. Cela ne donne pas beaucoup de chances au rétablissement de la justice sur cette planète ! Ce n’est que quand ceux qui sont psychologiquement normaux parviendront à comprendre que nous avons un prédateur naturel, un groupe de gens qui nous voit comme une espèce « para-spécifique » qu’ils seront disposés à s’informer sur cette race semblable aux humains.

Laura : S’il existe un travail qui mérite des efforts et une dévotion à plein temps pour aider l’humanité dans cette période sombre que nous vivons actuellement, c’est bien l’étude de la psychopathie et la propagation de cette information sur une très grande échelle. Pour celui qui veut réellement faire quelque chose, diffusons aux gens l’information sur les agents pathogènes sociaux, apprenons d’abord comment les identifier, et ensuite nous pourrons décider de la marche à suivre.

Silvia CATTORI : Les gens "normaux", ceux qui ont une conscience, cherchent à trouver un compromis entre les deux. Diriez-vous qu’être gentil envers eux est une erreur parce que les individus pervers/pathologiques n’ont absolument aucune conscience, sont sans scrupules, et n’hésitent pas à s’emparer des postes au pouvoir, même s’ils sont incompétents ?

Henry : Nous en avons parlé plus tôt quand nous avons décrit la société comme un tribunal où tout le monde chercherait la vérité quelque part entre les deux. Tant qu’il y aura une quelconque idée de compromis, les gens de conscience seront toujours les perdants. On doit retirer à ces déviants psychologiques toute position de pouvoir qui leur permet de dominer les personnes de conscience, point. Les gens doivent se rendre compte que ce genre d’individus existe, et ils doivent apprendre à les détecter eux et leurs manipulations. La partie difficile est qu’on doit aussi lutter contre ces tendances en nous à la compassion et à la gentillesse pour éviter de devenir des proies.

Silvia CATTORI : Les gens "normaux" ont donc intérêt à garder en mémoire que tous les gens ne sont pas fondamentalement bons et ne prennent pas nécessairement des décisions qui sont bonnes pour la société ? Et doivent se rappeler que les individus pervers/pathologiques se moquent de la moralité, pour eux, seuls leurs objectifs personnels comptent ? En somme, ces individus peuvent mentir sans se sentir le moins du monde impliqués dans ce qu’ils disent. Prenons le cas de M. Bush par exemple. Il peut dire n’importe quoi et il n’a pas du tout honte de mentir !? Cela pour dire que les individus pervers/pathologiques n’ont aucun scrupule à mentir, à détruire un pays, un peuple entier, tant que cela sert leurs intérêts ?

Henry : L’idée que « tous les hommes naissent égaux » et que nous sommes fondamentalement bons nous est assénée depuis notre naissance. On nous enseigne que Dieu nous a fait à son image, et que nous avons tous une étincelle divine en nous.

Mais la science nous montre que ce conte de fées religieux n’est pas vrai. L’humanité a un prédateur naturel, le psychopathe, et ce prédateur est invisible parce qu’il n’existe aucun signe facilement discernable qui permette de l’isoler.

En outre, tout au long de l’Histoire, on nous a divisés en groupes en fonction de distinctions physiques, culturelles, religieuses, ou n’importe quel élément facilement reconnaissable mis en avant par les psychopathes, tandis que notre véritable ennemi est resté masqué.

Nous avons même trouvé des livres traitant de psychopathie qui présentent l’argument que nous sommes tous psychopathes ! Nous voyons donc qu’il y a une tentative de sauver les apparences. LOBACZEWSKI mentionne la psychologie et la psychiatrie comme outils utilisés par la pathocratie sous le communisme. Nous voyons la même chose aujourd’hui aux États-Unis. Il y a des déviants qui deviennent psychologues ou psychiatres et qui tentent de réécrire la psychologie du point de vue pathologique !

Silvia CATTORI : Un des points faibles de notre société n’est-il pas la tolérance dont nous faisons preuve envers ces monstres ? Cela leur permet de créer plus de conflits et de tuer plus d’innocents !?

Henry : Est-ce de la tolérance ou de l’ignorance ? Les gens ne sont pas conscients qu’il existe une catégorie de gens, que nous qualifions parfois de «  pas tout à fait humains », qui nous ressemblent, qui travaillent avec nous, que nous retrouvons dans toutes les races, toutes les cultures, qui parlent toutes les langues, mais qui n’ont pas de conscience — et s’il y a quelque chose qui sépare réellement les humains des animaux, je suggérerais que c’est cela : la conscience.

Nous sommes tolérants envers les autres, en dépit des crimes les plus horribles, parce que nous projetons nos propres états intérieurs sur eux, nous supposons que quand ils expriment des remords, c’est qu’ils les ressentent vraiment. Mais pour ces déviants, il n’y a pas de remords, ce n’est qu’un rôle, un peu de comédie pour nous faire croire par la tromperie qu’ils sont « comme nous ».

Silvia CATTORI : Alors, la seule chose à faire est de continuer à dire la vérité. Et de nous dire que même si ceux qui mentent gagnent toujours contre la vérité, à long terme, quand de plus en plus de gens diront la même chose, petit à petit cette vérité permettra peut-être aux gens de réfléchir ?

Henry : La vérité est la seule chose digne de nos efforts. Ce qui nous sépare du psychopathe est notre conscience, et notre conscience doit devenir la voix de la vérité. La vraie conscience — si nous l’écoutons — nous élève au-dessus de l’exemple du comportement animal établi par les pathocrates. Pensez aux horreurs d’Abu Grahib. Si la conscience de ces soldats (à supposer qu’ils en aient une) n’était pas endormie, ils auraient refusé de commettre ces atrocités.

Si les milliards de gens dotés de conscience pouvaient entendre sa voix, il n’y aurait plus de guerre.

On trouverait d’autres moyens pour résoudre les différends. Si nous écoutions notre conscience, il n’y aurait plus de famine parce que nous ressentirions la peine et la souffrance de ceux qui meurent de faim et nous serions incapables de ne pas faire quelque chose pour les soulager. Et dans nos propres vies, nous devons penser à la façon dont nous tuons notre propre conscience et commencer à faire des choix douloureux afin de l’écouter avant qu’elle ne disparaisse pour toujours.

Silvia CATTORI : En conclusion, il y aurait des manipulateurs partout. Ils formeraient une partie de la société qui est structurée selon ce modèle, une structure qui leur permet de se comporter selon ce fonctionnement psychologique pervers où qu’ils interviennent ? Ce seraient des gens à l’esprit tordus, qu’aucun code moral ne retient, prêts à tout pour défendre leurs intérêts ? Ils seraient de plus en plus nombreux et non pas nécessairement liés à une idéologie spécifique ? Est-ce à dire que dès que nous commençons à soupçonner quelqu’un d’appartenir à ce pourcentage de gens tordus, devons-nous adopter une attitude différente ?

Henry : Oui. Nous devons apprendre à dire non aux manipulations. Cela signifie qu’il nous faut apprendre de quelles façons nous sommes manipulés, et refuser d’entrer dans leur jeu.

Laura : De manière générale, une capacité à tricher, à entrer en compétition et à mentir s’avère être une adaptation extraordinairement réussie. Ainsi, l’idée que la pression de la sélection pourrait permettre à la sainteté de se répandre dans une société semble peu plausible en pratique. Il semble impossible de rivaliser avec les gènes qui promeuvent la compétitivité. « Les types bien » se font évincer ou leur « race » s’éteint. Les gens heureux ignorants de même.

Aujourd’hui, le bonheur et la gentillesse sont de plus en plus rares, et la misère et la souffrance de ceux qui sont capables de ressentir de véritables sentiments, qui ont de l’empathie pour les autres êtres humains, qui ont une conscience, sont hélas monnaie courante. Et les manipulations psychopathiques sont destinées à nous rendre tous psychopathes.

Néanmoins, une prédisposition à la conscience et à l’éthique, peut l’emporter si et quand elle est aussi capable de mettre en pratique l’altruisme le plus profond : faire de l’objet de son empathie l’idéal le plus élevé ; répandre la liberté et l’altruisme au sens abstrait, pour les autres, y compris nos descendants.

En bref, nous devons investir notre « intérêt personnel » dans l’assurance collective que tous les autres sont heureux et bien disposés, aussi ; et en s’assurant que les enfants que nous mettons au monde ont le choix d’être heureux par nature et bienveillants les uns envers les autres.

Cela signifie que si la psychopathie menace le bien-être de l’avenir du groupe — ce qu’elle est en train de faire actuellement — alors on ne peut s’en sortir que par un refus massif de se laisser dominer par elle au niveau personnel, individuel. Préserver la liberté pour soi-même au sens pratique préserve au bout du compte la liberté des autres. La protection de nos propres droits comme ceux des autres, garantit la position de libre-arbitre et les chances de bonheur pour tous. Si les psychopathes mutants posent un danger potentiel, alors la véritable empathie, la véritable éthique, la véritable conscience, commandent le recours à une thérapie prophylactique contre les psychopathes.

Ainsi, il apparaît qu’identifier les psychopathes, cesser d’interagir avec eux, les isoler de notre société, nous rendre indisponibles comme « nourriture » ou comme objets à tromper, manipuler et à utiliser, est la seule stratégie, la plus efficace, que nous puissions mettre en oeuvre.


Traduit de l’Anglais par Henri R. pour Futur Quantique.

 

[1] Les attaques false flag (littéralement : faux drapeau) sont des attaques menées sous le couvert du drapeau adverse, dans le cadre d’opérations spéciales — NdT

[2] Littéralement « gentil flic contre méchant flic ». C’est une technique policière éculée. Deux inspecteurs interrogent un suspect. L’un offre le café, une cigarette et s’évertue à détendre l’atmosphère. L’autre menace, crie, déstabilise. Scène classique, le second quitte la salle d’interrogatoire sous un prétexte quelconque et se met derrière une glace sans tain d’où il peut observer la suite des événements sans être vu. Le premier, le gentil, conseille au suspect de coopérer, car c’est le seul moyen de calmer son collègue qui est capable de commettre une « folie ». Source — NdT

 

02.12.2007

L'astuce du psychopathe - 2e partie.

Silvia CATTORI : Les pervers seraient donc ceux qui face aux problèmes qu’ils ont créés disent : « C’est la faute des autres. Je n’ai rien à y voir » ?

Henry : Exactement. Un exemple qui vient à l’esprit est celui du psychopathe cité par HARE qui tua ses parents et qui ensuite implora la compassion parce qu’il était orphelin !

Rien n’est jamais leur faute. Ils ne sont jamais responsables de quoi que ce soit.

Laura : J’aimerais expliquer un peu plus ce phénomène. Le psychopathe est un individu qui divise le monde en blanc et noir, bien et mal, et cette division est très rigide. La structure psychopathique est organisée autour d’une structure très simple : « c’est agréable : c’est bien / c’est désagréable : c’est mal ». Mais ce n’est pas parce que cette structure est rigide qu’elle est rationnelle ou stable ! Les choses sont bonnes ou mauvaises, mais ce qui est bon ou mauvais dépend des circonstances immédiates, c’est-à-dire de ce que le psychopathe veut à ce moment-là.

Mais il ne s’agit pas d’un « mécanisme de défense » ; c’est juste que, pour le psychopathe, la réalité à prendre en compte est centrée sur ce qui lui « est agréable » sans tenir compte des autres êtres humains, excepté en tant qu’objets qui peuvent satisfaire ses besoins. On pourrait presque dire que la structure psychologique du psychopathe est équivalente à celle d’un nouveau-né, et elle ne se développe jamais, ne grandit jamais.

Un nouveau-né n’a pas de soi interne, hormis en tant que centre d’un réseau d’entrées et de sorties neurologiques qui recherchent le plaisir et rejettent l’inconfort. Bien sûr, chez un psychopathe adulte, des circuits neurologiques hautement développés ont évolué au cours du processus d’apprentissage des meilleures méthodes pour obtenir satisfaction de ses besoins et demandes.

Sous l’influence de cette structure interne, le psychopathe n’est pas capable d’apprécier les désirs ou besoins des autres êtres humains et les nuances subtiles d’une situation, ou de tolérer l’ambiguïté. Toute la réalité extérieure est filtrée via — rendue conforme à — cette structure interne primitive.

Quand le psychopathe est frustré, il semble ressentir que tout dans le monde « extérieur » est contre lui et qu’il est bon, qu’il souffre sans mesure et recherche seulement l’idéal d’amour, de paix, de sécurité, de beauté, de chaleur et de réconfort. C’est à dire que quand un psychopathe est confronté à quelque chose de déplaisant ou de menaçant, ceci (personne, idée, groupe, ou quoi que ce soit), est placé dans la catégorie « totalement mauvais » parce qu’évidemment, si le psychopathe ne l’aime pas, ça ne peut pas être bon !

Maintenant, venons-en au pire : quand les preuves démontrant qu’un choix ou qu’un acte du psychopathe a créé un problème ou a empiré une situation s’accumulent, cela aussi doit être nié comme quelque chose faisant partie du soi et projeté comme quelque chose venant « de l’extérieur »

Cela signifie que tout ce qui est défini comme « mauvais » est projeté sur quelqu’un ou quelque chose d’autre, parce que la structure interne du psychopathe n’admet aucun tort, aucun mal, aucune erreur. Et gardez à l’esprit qu’ils ne fonctionnent pas comme cela par choix, mais parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Ils sont faits ainsi. Ils sont comme le chat qui prend plaisir à torturer une souris avant de la manger. C’est exactement ce qu’ils font.

Les psychopathes sont des maîtres de l’Identification Projective. C’est à dire qu’ils projettent sur les autres tout ce qui est mauvais (souvenons-nous que « mauvais » change en fonction de l’objectif du psychopathe), ils tentent de manière manipulatrice d’induire chez les autres personnes ce qu’ils projettent. Et ils cherchent à contrôler les personnes qu’ils perçoivent comme manifestant ces « mauvaises » caractéristiques.

De cette manière, le psychopathe prend du plaisir et sent qu’il « contrôle la situation »

Gardez à l’esprit que ce que le psychopathe considère comme bon n’a rien à voir avec la vérité, l’honneur, la décence, la considération pour les autres, ou avec tout ce que désire le psychopathe à un moment donné. De cette manière, toute violation du droit des autres, tout acte répugnant et malveillant peut être commis par un psychopathe et il dormira comme un bébé (littéralement) la nuit parce qu’il n’a rien fait de mal !

George BUSH et les néo conservateurs peuvent détruire l’Irak et appeler ça « instauration de la démocratie », cela ne leur pose vraiment aucun problème. Les psychopathes israéliens peuvent usurper la Palestine, massacrer les Palestiniens, justifier ces actes par la Bible et s’en trouver bien. Bien sûr, quand ils sont en train de mentir, ils le savent, mais dans leur for intérieur, ils croient que le véritable bien est ce qui leur procure du plaisir et les fait se sentir en sécurité dans ce monde. Et ils savent que des êtres comme eux seront moralement condamnés et attaqués par la majorité des autres êtres humains s’ils ne dissimulent pas sous un masque de justification solennelle leurs impulsions à satisfaire leurs désirs.

Silvia CATTORI : Cela suggère-t-il que ces « pathocrates » modernes, opérant au sein de ce qu’on appelle aujourd’hui la « société de l’information » ne sont guère différents des partisans d’Hitler hier ? Même, seraient-ils encore plus dangereux aujourd’hui, parce qu’ils auraient des outils plus sophistiqués et seraient à même d’utiliser les divers moyens de communication d’une manière plus consciente ?

Laura : Cela résume très bien la situation.

Henry : Le système pathocratique, c’est à dire un gouvernement constitué de déviants psychologiques, produira des effets similaires qu’il soit dissimulé sous le masque du fascisme, du communisme ou du capitalisme. L’idéologie elle-même n’est pas importante. Elle sert simplement de couverture et de point de ralliement à un certain pourcentage de la population dont ils ont besoin comme base de soutien.

Ce groupe de soutien croit aux slogans et est incapable de voir derrière le masque. Un certain pourcentage d’entre eux interprètera les slogans idéologiques avec les yeux de la conscience et croira que le but est d’améliorer notre sort. En conséquence, nous entendons des slogans sur la fraternité de l’homme, ou celle des exploités, des expressions creuses sur la justice et la liberté, l’apport de la démocratie en Irak, etc., tandis que la réalité est impuissance, division et asservissement. À mesure que certains individus qui soutiennent l’idéologie en viennent à voir le gouffre entre les idéaux et les actions des chefs du parti, certains s’en vont et sont remplacés par d’autres.

Dans le monde d’aujourd’hui où l’information est contrôlée par un petit nombre d’agences de presse, et où ces agences ont beaucoup de points communs avec les gouvernements pathologiques, un plus grand nombre de gens peuvent être influencés et infectés par le processus de pensée pathologique. Un exemple est la célèbre remarque que fit Madeleine ALBRIGHT en 1996, quand on l’interrogea sur les cinq cent mille morts en Iraq — la plupart étant des enfants — conséquence de l’embargo. Elle répondit qu’elle pensait que « cela en valait la peine », c’est à dire que ces morts étaient le prix nécessaire à payer pour écraser Saddam Hussein. Il s’agit incontestablement d’une logique pathologique, et pourtant combien d’Américains ont-ils entendu cette réponse et n’y ont pas réagi ? Quiconque n’a pas été scandalisé en entendant cette déclaration a été infecté par la pensée pathologique, a été ponérisé. L’infection pathologique a déformé sa pensée.

Silvia CATTORI : L’absence de conscience et l’insensibilité à la souffrance sont-elles ce qui distingue clairement les psychopathes des gens "normaux" ?

Henry : C’est probablement le point-clé que les gens doivent comprendre. Depuis des années, des artistes, des écrivains, des philosophes et d’autres tentent de comprendre pourquoi notre monde est une vallée de larmes perpétuelle. Ils ont tenté de trouver des explications moralistes. LOBACZEWSKI consacre la première partie de son livre à une discussion sur la futilité de cette approche, suggérant à la place une approche scientifique fondée sur une compréhension du mal en tant que « maladie de société », en tant qu’actes commis par des déviants pathologiques au sein d’une société.

Privés de la capacité à éprouver de l’empathie envers les autres, ces gens ne peuvent ressentir cette souffrance, pas plus qu’un chat ne ressent la souffrance d’une souris quand il joue avec elle avant de la tuer. BUSH peut envoyer des milliers de soldats en Iraq ou en Afghanistan, où ils seront tués ou mutilés pour la vie, et où ils tueront des milliers de personnes et détruiront un pays entier, il peut autoriser la torture sur les prisonniers, peut soutenir les actions d’Israël dans les territoires occupés ou au Liban, mais aucune des souffrances qu’il cause n’est réelle pour lui. Chez ces personnes, il n’y a pas de structure mentale appropriée pour traiter ces émotions. Ils en sont physiologiquement incapables.

Laura : Ils n’ont pas le matériel mental requis pour faire fonctionner le programme d’empathie.

Henry : La seule souffrance que connaît le psychopathe, c’est quand on lui retire sa nourriture, et j’utilise le mot nourriture dans un sens symbolique : c’est à dire quand il n’obtient pas ce qu’il veut. Voilà le niveau de sa vie émotionnelle. Toute autre chose que nous pensons voir en eux vient de notre propre imagination qui projette sur eux notre propre réalité intérieure.

Et c’est ce que nous faisons tout le temps, parce qu’il est très difficile de comprendre réellement qu’il y a des gens dont la vie intérieure ne possède pas la richesse qui caractérise celle des gens normaux.

Laura : En réalité, quand nous projetons notre propre structure interne sur le psychopathe, nous nous comportons surtout de manière psychopathique ! Nous nous retrouvons dans un monde « noir et blanc » où les nuances de l’existence humaine ne sont pas prises en compte. Le fait est que tout le monde ne naît pas égal en termes d’intelligence, de talent, d’apparence physique, etc. Et de même que personne ne se ressemble physiquement, ils sont différents dans leur structure psychologique, même si certains éléments nous rassemblent en tant qu’espèce.

LOBACZEWSKI fait remarquer que c’est une loi de la nature universelle : plus l’organisation psychologique d’une espèce donnée est élevée, plus les différences psychologiques parmi les unités individuelles sont grandes. L’homme est l’espèce la plus hautement organisée ; par conséquent, ces variations entre individus sont les plus grandes. À la fois qualitativement et quantitativement, des différences psychologiques existent dans toutes les structures du modèle de personnalité humaine.

L’expérience nous apprend que les différences psychologiques entre les gens sont souvent la cause de problèmes. Nous ne pouvons surmonter ces problèmes que si nous acceptons les différences psychologiques comme une loi de la nature et que nous en apprécions la valeur créative. Ces différences sont un grand cadeau pour l’humanité, permettant aux sociétés humaines de développer leurs structures complexes et d’être hautement créatives tant au niveau individuel que collectif. Grâce à la variété psychologique, le potentiel créatif de toute société est cent fois plus élevé qu’il ne pourrait l’être si notre espèce était psychologiquement plus homogène.

La personnalité humaine normale est constamment en train d’apprendre, de se développer, de changer. Un processus évolutif perpétuel est la situation normale. Certains systèmes politiques et religieux essaient d’induire une stabilité et une homogénéité excessives dans nos personnalités, mais ceci malsain pour l’individu et la société d’un point de vue psychologique.

Une société correctement éduquée psychologiquement connaîtra et comprendra les différences, et sera aussi au courant de l'élément essentiel que les humains normaux ont en commun : la capacité à développer une conscience mature. De cette manière, les différences pourront être célébrées et le potentiel créatif pleinement optimisé.

Silvia CATTORI : S’il y a de plus en plus de manipulateurs et de gens pervers à tous les niveaux, est-ce parce que notre société favorise particulièrement les narcissiques et les individualistes ?

Henry : N’est-ce pas ce que nous voyons avec les valeurs des néolibéraux ? L’idée entière du capitalisme est une idée narcissique. Aux États-Unis, qui sont le modèle affiché au reste du monde, on nous dit : « Tout le monde peut devenir président ». C’est le mythe du succès individuel. « Visez la Première place. » «  Si vous travaillez suffisamment dur, vous aussi, vous pourrez devenir riche et réussir. » « Si vous échouez, c’est votre propre faute »

Face à cette mythologie, cette idéologie, les psychopathes sont mieux équipés pour la réussite que les gens de conscience, parce qu’ils n’ont pas de sensibilité éthique ou morale qui mettrait un frein à leurs actions. Ils sont tout à fait disposés à écraser n’importe qui pour arriver au sommet : poignarder dans le dos, mentir, répandre des histoires sur leurs rivaux sont tout à fait acceptables, sans jamais perdre de temps avec des remords.

L’imposition du néolibéralisme au reste du monde est aussi un moyen de ponériser de plus grandes parties du globe. C’est une idéologie pathologique cachée sous une pseudoscience économique.

Silvia CATTORI : Commettons-nous une erreur quand nous imaginons que les souffrances créées par Israël en Palestine et par les États-Unis en Afghanistan et en Iraq par exemple, prendront fin le jour où MM. Bush ou Olmert, ou tout autre individu malfaisant, quitteront le pouvoir ? Les causes sont-elles systémiques et même imperméables aux changements de parti politique et de gouvernement ?

Henry : Oui. Regardez les États-Unis. Chaque parti est le reflet parfait de l’autre. Pour préserver l’image de la démocratie, les deux sont nécessaires, les deux servent les mêmes maîtres. Mais il n’y a aucun leader aux États-Unis qui se lève et parle du génocide des Palestiniens. La mort de centaines de milliers d’Iraquiens est passée sous silence. Il n’y a pas de place pour la conscience au sein du gouvernement étasunien, des deux partis. Et le contrôle de la presse, sans parler d’autres moyens comme le chantage et les menaces, s’assurent que ceux qui pourraient parler n’aient pas les moyens de le faire.

Israël est un État fondé sur un grand mensonge : un «  être suprême » a déclaré qu’un petit groupe de gens était « son peuple élu » et il leur a donné un petit bout de terre au Moyen-Orient il y a des milliers d’années. (…) Nous avons donc une grande partie du monde qui vit depuis des milliers d’années avec des systèmes de croyance outrageusement absurdes — si on prend les enseignements au pied de la lettre et non comme des expressions déformées d’une vérité spirituelle supérieure sous-jacente.

Comment le fait de changer un des joueurs individuels (quel qu’il soit) de ce système va-t-il changer une dynamique qui se déploie sur des milliers d’années ? La structure pathocratique décrite par LOBACZEWSKI s’applique non seulement aux gouvernements, mais aussi aux autres groupes et organisations — partout où le pouvoir s’accumule. Les organisations religieuses et les mouvements de libération peuvent entrer en ponérisation, et ce qui à l’origine était peut-être un outil de libération devient un outil d’asservissement.

Si, comme LOBACZEWSKI le suggère, les psychopathes essentiels se reconnaissent entre eux et sont capables d’œuvrer de concert pour atteindre des objectifs communs propres à leur « espèce para-spécifique », en opposition avec nos intérêts, alors nous avons là un mécanisme qui explique une structure de contrôle qui s’étend au loin, dans les brumes du passé, lorsque les premiers psychopathes établirent la première pathocratie. Soudainement, des théories qui jusque là avaient été rabaissées au niveau de « théories du complot » peuvent être examinées sous une nouvelle lumière, par des méthodes qui expliquent comment elles peuvent exister. Je pense qu’il s’agit là d’un domaine très important à explorer plus avant.

On peut poser une autre question : quel effet le fait de croire à un mensonge produit-il sur la personnalité ? Y a-t-il une pathologie qui soit fondée sur l’acceptation d’un mensonge fondamental comme pierre angulaire d’un système de croyance ? Des études ont été réalisées sur la «  croyance » et le caractère des vrais croyants. Mais si l’erreur originale n’était pas tant la croyance que la croyance en un mensonge ? Toute croyance est-elle une croyance en un mensonge parce que notre savoir est imparfait ? Et une fois que nous sommes fixés sur la « croyance » envers et contre tout, subissons- nous une distorsion de notre personnalité ?

Mais pour revenir à votre question, il semble qu’Israël ait une place spéciale dans le monde aujourd’hui. Il peut ignorer la loi internationale et ne pas s’inquiéter d’avoir à rendre des comptes. Il peut déclencher des attaques brutales contre les Palestiniens et pourtant, il est toujours dépeint comme la victime — une tactique typiquement psychopathique. Les attaques contre les juifs dans le monde entier sont cataloguées et dénoncées tandis que les mêmes actes commis contre les Arabes et les musulmans sont acceptables — un autre trait psychopathique. Nous avons émis l’hypothèse dans d’autres livres que nous avons publiés, comme 911 : The Ultimate Truth, que les psychopathes au sommet de la pyramide ont choisi d’utiliser les personnes de confession juive pour qu’ils jouent un rôle spécial dans le déclenchement d’une grande purge de la population humaine. L’idée qu’il existe "une grande conspiration juive" est l’histoire dissimulatrice diffusée par les pathocrates psychopathiques pour couvrir leurs propres plans. Il y a bien un complot, mais il n’est pas "juif" ; il est pathologique.

Silvia CATTORI : Les choses ne peuvent-elles qu’empirer parce que le « mal » macro social est le même « mal » qui affecte l’humanité depuis l’aube des temps ? Un « mal » en quelque sorte inhérent à la nature humaine et devant lequel nous sommes impuissants ?

Henry : Le mal n’est pas inhérent à la nature humaine — du moins pas aux humains normaux qui ont été correctement éduqués. Cette question est un des points les plus importants soulevés par LOBACZEWSKI dans son analyse du système pathocratique. Ce Mal systémique vient d’un petit groupe de gens qui n’ont pas de conscience, soit parce qu’ils sont nés comme ça, c’est-à-dire que ce sont des psychopathes génétiques, soit parce qu’en raison de blessures subies dans leur enfance, ou de leur éducation, leur conscience est morte ou s’est flétrie.

Par exemple, LOBACZEWSKI pense que STALINE était un caractéropathe. C’est à dire qu’il n’était pas né psychopathe, mais les traits pathologiques se développèrent suite à des blessures subies dans son enfance. Son type de pathologie peut être identifié. Donc en fait, les recherches de LOBACZEWSKI sont libératrices parce qu’elles nous délivrent de l’idée que ces actes horribles commis par le Mal font partie de la « nature humaine » normale. Ces individus sont comme des microbes pathogènes dans un corps — comme un cancer dans la société, ou comme la lèpre. Certainement, un corps peut être rongé et détruit par la maladie, mais c’est du fait de la maladie, pas du corps lui-même.

Nous ne saurons pas réellement ce qu’est la nature humaine tant que nous n’aurons pas supprimé l’influence pathocratique et que nous ne serons pas capables de fonder une société vraiment humaine, c’est-à-dire menée et caractérisée par des valeurs en accord avec notre nature la plus élevée, notre conscience.

Silvia CATTORI : Nous avons vu la facilité avec laquelle M. George BUSH ou M. Tony BLAIR sont capables de mentir publiquement. Ils ne clignent même pas des yeux, lorsqu’ils mentent de façon pareillement éhontée. Pensez-vous que des menteurs comme MM. BUSH et BLAIR, qui présentent les caractéristiques du narcissique et du manipulateur, soient nés pervers/pathologiques ?

Henry : Nous ne sommes pas psychologues et nous ne donnerons aucun diagnostic concernant des individus précis. Nous notons cependant que des histoires sur BUSH ont circulé, d’après lesquelles il faisait exploser des grenouilles avec des pétards quand il était enfant. Il est également complètement irresponsable. Rien n’est jamais sa faute. BLAIR a le charme tranquille si fréquemment remarqué par les psychologues étudiant la question de la psychopathie. En ce qui me concerne, ce sont des personnages pathologiques. Mais ce qui est important, c’est le système, le système pathocratique. Les individus jouent différents rôles au sein du système selon leur type.

Silvia CATTORI : Ces traits sont-ils intrinsèques à l’individu et peuvent-ils être corrigés ?

Henry : La correction dépend de beaucoup de variables. Avant de penser à corriger ces anomalies, il nous faut trouver les moyens de nous protéger de leur influence. Cela signifie, primo, d’admettre que de telles personnes existent et se retrouvent à des postes de pouvoir, et secundo, d’apprendre à reconnaître les signes de leurs manipulations et les caractéristiques pathologiques de notre propre processus de pensée, afin de nous libérer de leur influence.

Laura : Comme le dit Henry, il y a beaucoup de variables. Quand on parle des psychopathes, spécifiquement, le consensus général actuel est que non seulement on ne peut les guérir, mais qu’on ne peut les traiter.

Le premier problème est que si vous voulez traiter une maladie, vous devez avoir un patient. Le mot patient vient du latin et signifie « souffrir » Un patient, par définition, est quelqu’un qui souffre et cherche un traitement.

Les psychopathes ne ressentent pas de détresse et ne pensent pas qu’il y ait quoi que ce soit qui n’aille pas chez eux, ils ne subissent pas de stress ou de névrose, et ne recherchent pas de traitement volontairement. Ils ne considèrent pas que leurs attitudes et comportements soient en quoi ce que soit mauvais, et les nombreux programmes de traitement qui ont été établis pour les aider à « développer de l’empathie » et des compétences interpersonnelles n’y changent rien. Le psychopathe ne reconnaît aucun défaut dans sa psyché, aucun besoin de changer. Ils seront cependant d’accord pour participer à des programmes de traitement en prison afin de pouvoir être libérés.

Quand on examina le taux de récidive des psychopathes et d’autres criminels en traitement, on découvrit que le taux de récidive général était aussi élevé dans le groupe traité que dans le groupe non traité, 87% et 90% respectivement, cependant le taux de récidive violente était considérablement plus élevé dans le groupe traité que dans le groupe non traité : 77% et 55% respectivement. Par contraste, les non psychopathes traités avaient des taux considérablement plus bas de récidive générale et violente — 44% et 22% respectivement — que les psychopathes non traités — 58% et 39% respectivement.

Il semble donc que les programmes de traitement fonctionnent pour les non psychopathes, mais aggravent en fait le cas des vrais psychopathes. Un journaliste canadien faisant un reportage sur cette étude a écrit : « Après leur libération, on a découvert que ceux qui avaient les meilleures notes en terme de « bonne réaction au traitement » et qui avaient les plus hautes notes en « empathie » étaient ceux qui étaient les plus enclins à récidiver après leur libération. » Voilà les psychopathes : ils peuvent simuler n’importe quoi pour obtenir ce qu’ils veulent.

La question est celle-ci : comment une thérapie peut-elle empirer le cas d’une personne ? Robert HARE émet la suggestion que la thérapie de groupe et la thérapie d’orientation psychanalytique aide en réalité les psychopathes à développer de meilleurs moyens aux fins de manipuler, tromper et se servir des gens, mais ne les aide en rien à se comprendre eux-mêmes.

FREUD a argué que les psychopathes ne pouvaient être traités par la psychothérapie, précisément parce qu’avoir une conscience était un pré requis nécessaire pour faire appel à la psychothérapie. C’est la conscience, jointe à la capacité de se préoccuper des autres, qui poussent à l’examen attentif de nos motivations — tout cela est à la base de notre comportement. Les psychopathes, eux, n’ont pas de conscience et n’éprouvent pas d’intérêt pour les autres, par définition.

Silvia CATTORI : Comment peut-on savoir si l’on n’est pas soi-même psychopathe ? Que l’on n’a pas soi-même été influencé par les effets de leur perversion/pathologie pendant qu’ils occupaient des postes de pouvoir au sein d’une administration où nous nous trouvions — au sein d’un syndicat, d’un parti politique ou d’ailleurs ?

Laura : Pour la première partie de votre question, laissez-moi vous dire que ce n’est pas une question inhabituelle — pour un être un humain normal — mais maintenant, vous avez probablement compris que si une personne pense qu’il pourrait y avoir quelque chose « qui ne va pas » chez elle, c’est qu’elle n’est pas psychopathe ! Souvenez-vous : le/la psychopathe ne peut tout simplement pas concevoir que quelque chose n’aille pas chez lui/elle.

Henry : Il est tout à fait possible — à vrai dire, terriblement commun — de devenir ponérisé, selon les termes de LOBACZEWSKI, c’est-à-dire d’être infecté par ce mal. C’est ce qui arrive quand vous commencez à accepter le raisonnement patholo