16.04.2008

Le test de l'orteil

La Tribune relève que la ministre de la Santé « a démenti hier avoir évoqué un éventuel déremboursement des frais d’optique, en dénonçant une «polémique ridicule» ».
Le journal observe que Roselyne Bachelot « a assuré que son objectif était au contraire d’obtenir que les Français soient «mieux assurés, mieux pris en charge pour l’optique» ».
Le quotidien ajoute que la ministre « a expliqué que des négociations sur le financement du système de santé allaient bien s’ouvrir avec les complémentaires santé ».
La Tribune note que « concernant l’optique, ce secteur est «tout à fait majoritairement pris en charge» par les organismes complémentaires et de «façon très, très marginale par l’assurance-maladie», a souligné [la ministre], expliquant qu’une réflexion avait bien été lancée mais pour «renforcer la prise en charge solidaire des dépenses d’optique qui peuvent grever le budget de nos concitoyens les plus modestes» ».
Le Monde aborde également ce « débat sur l'abandon de la prise en charge des frais d'optique par la Sécurité sociale ».
Le journal constate aussi que « le ministère de la Santé a assuré qu'il n'était pas question de "déremboursement" des frais d'optique ».
« Selon le ministère, les dépenses d'optique ne sont pas particulièrement ciblées. […] Pour Mme Bachelot, les complémentaires doivent prendre plus de place dans le remboursement des soins »,
poursuit le quotidien.
Le Figaro relève de son côté que « Bachelot tente de corriger le tir », observant que « la ministre de la Santé veut calmer les inquiétudes sur le remboursement des dépenses d’optique ».

Article original : Mediscoop

Note de P&P : Le mode opératoire du gouvernement Sarkozy est aussi pernicieux qu’affligeant.

La mission confiée à Sarkozy est simple : réduire le peuple français à l’esclavage et à la misère. Pour cela il suffit de détruire un à un tous ses acquis (éducation, retraites, droits chômage, transports publics, hôpitaux,…)

Puisque l’objectif est très clairement fixé, il n’y a donc plus aucune place à ces négociations, ces concertations si souvent invoquées par les laquais du gouvernement.

Néanmoins les déboulonnages systématiques de nos droits comparés aux mesures favorisant systématiquement les plus nantis alertent un nombre grandissant de Français qui commencent à entretenir de sérieux doutes quant à l’honnêteté du sémillant Sarkozy.

Les médias maintiennent leur propagande avec des articles qui évitent au maximum les sujets qui fâchent (augmentation de salaire pharaonique, revente douteuse de sa propriété de Neuilly, intervention salon de l'agriculture, altercation avec des marins-pêcheurs, intervention au G8,…) et qui entretiennent l’illusion de la popularité de Sarkozy (38% de satisfaits au dernier sondage, la réalité doit donc être aux alentours de  80% de mécontents).

Ceci dit certains commencent à voir les pieds derrière le rideau, il est donc devenu nécessaire que nos chères élites soignent un peu plus la forme (tout en conservant bien sûr un fond toujours aussi inhumain).

C’est pour cela qu’est de plus en plus utilisé le test de l’orteil. On met discrètement l’orteil dans le bain et si c’est trop chaud on le retire l’air de rien.

Innocemment donc Sarkozy ou l’un de ses sinistres sbires annonce ou fait annoncer par les médias un projet de réforme nous emmenant un peu plus vers ce grand idéal orwelien qui fait le bonheur du peuple étasunien.

Une fois l'annonce faite on attend la réaction.

Si le peuple reste coi, assommé par des journées de travail interminables (merci à la baisse du pouvoir d’achat), des heures de bouchon (merci au démantèlement des transports en commun), des programmes télés abrutissants (merci aux patrons de chaines et leur lobotomies à distance), et une nourriture aussi toxique que l’air ou que l’eau (merci aux industriels de l’agroalimentaire, de la chimie, de la pharmacie et des autres secteurs) alors la réforme est adoptée et on passe rapidement au prochain déboulonnage de l’édifice social.

Si malgré les nombreuses camisoles qui l’entravent, le peuple gronde alors on tergiverse un peu pour voir s’il s’agit d’une réaction durable. Si tel est le cas alors on retire la réforme avec toute l’hypocrisie crasse qui caractérise nos chers gouvernants. Le retrait de la réforme est un moment inoubliable où l’on assiste à une cacophonie de mensonges, de pseudo-justifications et de subites amnésies.

« Nous n’avons jamais dit cela », « il s’agissait seulement d’un projet », « au contraire nous pensons que », « une telle mesure n’aurait été adoptée qu’après négociations », « vous nous avez mal compris », « il s’agit d’un gigantesque malentendu », « l’inertie de la France la perdra », « une minorité a créé de toute pièce ce mouvement », « la France doit faire fi de son attitude passéiste », « le progrès a un prix », « cette déclaration n’a jamais été validée par l’Elysée », « pour rester compétitive la France doit », « il s’agit seulement d’une perspective de négociations », « parfois les journalistes s’avancent un peu trop »,…

Vous noterez combien les "grands" médias (La Tribune, le Monde, Le Figaro) accompagnent en souplesse ces changements de cap. Tout cela peut nous rappeler cette phrase célèbre du regretté Edgard Faure :  "ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent" 

05.01.2008

La civilisation Sarkozy, c’est ça !

Voeux 2008 . Le président de la République n’a rien dit aux Français, sur les mesures qui frappent dès aujourd’hui les familles populaires, ni sur les gâteries distribuées aux plus riches…

Les franchises médicales, voulues par la droite en général et par Nicolas Sarkozy en particulier, sont applicables depuis hier, 1er janvier. Très concrètement cela signifie d’abord un renchérissement du coût des soins médicaux pour ceux qui en ont besoin. C’est-à-dire les malades. Traduction sur le porte-monnaie : augmentation de 50 centimes sur chaque boîte de médicaments, autant sur les actes médicaux. Même principe pour les transports sanitaires mais en plus cher : 2 euros. Précision : ces sommes ne seront pas remboursées. C’est le but. Un bruit de tiroir-caisse du côté du gouvernement : ces mesures devraient rapporter 850 millions d’euros. En moyenne, dix euros par an et par foyer, selon le gouvernement. Ce qui est une forfaiture puisque tous les foyers ne sont pas malades, et, par définition, seuls les malades paieront. Mais a-t-on choisi d’être malade ? Seuls les femmes enceintes, les mineurs et les bénéficiaires de la CMU seront épargnés. Promesses de campagne du candidat Sarkozy : affecter ces rentrées financières à la lutte contre la maladie d’Alzheimer et le cancer. On peut raisonnablement en douter. C’est d’ailleurs ce que font les Français : 61 % contestent, en particulier parmi les employés, les ouvriers et les professions intermédiaires. Aussi les cadres et les professions libérales. Injuste, ce dispositif qui vise à faire de l’argent sur le dos des malades a une dimension plus historique et idéologique. Il n’est au demeurant pas neutre par rapport aux conquêtes sociales : il rompt avec le principe de solidarité et ne répond à aucune logique de responsabilisation des malades. Laquelle supposerait d’investir dans l’éducation à la santé, et la prévention. En réalité, c’est un « virus » introduit dans la pensée de la population, comme l’ont souligné les députés de gauche. « Une rupture totale avec l’héritage de la Libération », ont-ils ajouté. Et de remarquer qu’au fil du temps le financement des soins glissera immanquablement du cotisant et du contribuable vers le malade, abandonnera la prise en charge collective au bénéfice d’une prise en charge individuelle. On passe d’un régime solidaire à un régime assurantiel. Nicolas Sarkozy et ses conseillers patronaux en ont bien évidement conscience et le théorise : message reçu par les sociétés d’assurance qui se réjouissent qu’une part importante des besoins en matière de santé soit remise sur le secteur marchand. Ce qui a le mérite de la franchise.

Côté étrennes, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Pour les prestations et les minima sociaux, c’est 1 % d’augmentation et rien de plus. Le RMI mensuel va ainsi désormais frôler les 448 euros ! Précisément 447,91 pour une personne seule. Soit une augmentation de 7,05 euros par mois, ou 23 centimes d’euros par jour. Pour un couple, on atteint les 671,87 euros, et une famille avec deux enfants devra boucler son budget mensuel avec 940,62 euros. La « générosité » gouvernementale ne s’arrête pas là. Pour deux enfants, les allocations familiales sont passées au premier janvier de 119,13 euros à 120,32 euros. Elles passent pour 3 enfants de 271,75 euros à 274,47 euros. Pour les retraites, on baigne dans les mêmes eaux : le minimum vieillesse comme l’ensemble des retraites augmente de 1,1 % au 1er janvier 2008, pour atteindre 628,10 euros pour une personne et 1 126,77 euros pour un couple de retraités.

Côté fiscalité, le budget 2008 fera théoriquement profiter les salariés (ceux qui le veulent et surtout le peuvent), de 1 milliard d’économie d’impôt du fait de la défiscalisation des heures supplémentaires. Cette « mesure phare » pour le pouvoir d’achat est néanmoins à relativiser quand on sait qu’en réalité l’imposition sur le revenu va s’accroître en 2008 de 5,1 milliards d’euros, dont 3 seront payés par les salariés et 1 par les retraités.

Cet accroissement de l’impôt sur les revenus des salariés et retraités principalement, ne viendra pas compenser les milliards de cadeaux faits aux plus riches, aux spéculateurs et aux patrons des entreprises. Les exonérations fiscales pour les entreprises atteindront le montant de 68,3 milliards d’euros, et les mesures du « paquet fiscal » annoncées à l’été 2007, les diminutions de l’impôt sur la fortune, l’allégement de la fiscalité sur les successions et donations vont coûter 14 milliards d’euros de recettes fiscales en moins dans le budget 2008. Parmi ces mesures, le « bouclier fiscal » ramené de 60 % à 50 % devrait, selon le Syndicat national unifié des impôts, profiter à « 18 000 contribuables qui se verront rembourser 563 millions d’euros ». Ces 18 000 assujettis à l’impôt sur la fortune devraient donc recevoir un chèque de remboursement de 31 277 euros en moyenne de la part des impôts. La générosité de l’État à l’égard des plus riches ne se compte pas en centimes !

Ces cadeaux aux plus fortunés, qui grèvent le chapitre des recettes du budget de l’État, vont avoir des conséquences sur les dépenses. « Les caisses sont vides », répète François Fillon à l’envi, ce qui, à ses yeux, justifie la rigueur budgétaire. Comme la suppression de 130 000 postes de fonctionnaires dans les 4 ans. Et dès le budget 2008, l’amputation de 2 milliards d’euros de dépenses concernera notamment les aides à la banlieue, les transports collectifs, la rénovation urbaine, l’agriculture, la décentralisation culturelle ou la lutte pour l’environnement.

2008, année de tous les dangers pour les retraites ! Selon un rapport publié le 31 décembre par le ministère du Travail, la durée de cotisation nécessaire pour toucher une pension à taux plein passerait à 41,5 ans en 2020. Dans la perspective du grand rendez-vous prévu par la loi Fillon de 2003, Nicolas Sarkozy avance ses pions pour retarder encore l’âge de la retraite. Compte tenu du nombre de salariés qui ne peuvent aligner 40 annuités (chômage, entrée plus tardive dans la vie active, état de santé…) l’objectif est de réduire le nombre de retraites à taux plein. Dans la civilisation dont rêve Nicolas Sarkozy, les salariés d’aujourd’hui doivent devenir des retraités pauvres demain, à moins qu’ils ne financent eux-mêmes leur propre retraite, ou bien, si leur patron leur en laisse la possibilité, qu’ils ne travaillent jusqu’à 65 ans et plus. S’appuyant sur les travaux du conseil d’orientation sur les retraites (COR), le gouvernement reprend ses projections selon lesquelles l’allongement de la durée de cotisation atteindra 164 trimestres en 2012 (soit 41 ans) et 166 en 2020 (soit 41,5 ans). « Le rendez-vous de 2008 s’inscrit dans un contexte économique et financier moins favorable qu’envisagé en 2003 », préviennent les services de Xavier Bertrand. À qui la faute ? La droite n’a pas cessé d’exercer le pouvoir depuis 2002. On notera également que le gouvernement manifeste sur le chapitre des retraites plus de prudence et de circonspection que lorsqu’il s’est agi en juillet dernier de transférer quelque 15 milliards d’euros vers les foyers fiscaux les plus prospères.

Les mauvais coups sont souvent assenés quand les Français regardent ailleurs. La période des fêtes, mais aussi la mousse médiatique autour de la vie privée du président exposée en spectacle ont été mises à profit par le gouvernement pour tenter de saborder le dialogue social. Ainsi, alors même que les négociations doivent se poursuivre en janvier entre les syndicats, les directions d’entreprise et l’État, Xavier Bertrand a fait publier les décrets d’application de la réforme des régimes spéciaux. Un geste qui peut être ressenti à bon droit comme une provocation de plus contre le mouvement social. Ces décrets confirment l’augmentation de 37,5 à 40 ans, et prévoient qu’à partir de 2016 tous les salariés (y compris les travailleurs de la SNCF, de la RATP et de l’énergie) devront avoir cotisé 41 ans pour obtenir une retraite à taux plein.

Article paru sur le site Web de l'Humanité