Le plus intéressant, en termes d'analyse iconographique, est de constater qu'il est à peu près impossible de trancher en faveur de l'une ou l'autre interprétation à partir de la seule lecture de l'affiche. Le portrait n'est pas manifestement désavantageux, et les slogans, même s'ils paraissent étranges, ne sont pas incompatibles avec une opération de propagande, fut-elle réalisée en dehors des circuits officiels. Quant à l'utilisation de ces mêmes signes au second degré, elle est par définition indécidable en l'absence d'éléments d'information complémentaires.

Trois arguments me paraissent néanmoins faire pencher la balance vers le soutien à l'hôte de l'Elysée. D'une part, l'ampleur de l'opération, peu compatible avec une blague potache. Si l'on compare cette campagne avec celle qui reprenait de façon ludique d'anciennes affiches électorales en 2007, ni le nombre ni la régularité de l'affichage ne paraissent comparables. Ensuite, les Français ont pu vérifier à maintes reprises, et encore récemment avec la poupée vaudou, que le chef de l'Etat ne plaisantait pas avec les utilisations non autorisées de son image. Dans ce contexte, le geste consistant à jouer avec un portrait du président paraîtrait un amusement bien trop dangereux, susceptible d'apporter de sérieux ennuis à ses auteurs. Enfin, dans l'hypothèse d'un usage parasite, il me semble que la réaction des partisans de Sarkozy aurait dû être plus vive, similaire aux autres cas d'outrage ou de détournement d'image. Or, nous n'avons ici qu'un discret démenti de l'Elysée, qui cadre mal avec le caractère massif et organisé de l'affichage.

Pour toutes ces raisons, et en attendant d'autres éléments d'information, je suis tenté d'interpréter cette campagne comme une opération en faveur du président de la République, dont le caractère pseudo-clandestin s'inspire de l'exemple américain, tout en permettant de résoudre un épineux problème de droit à l'image par rapport à la création de Shepard Fairey. Ses slogans obscurs s'éclairciront peut-être avec le plan de relance dont on nous a annoncé la divulgation prochaine (imitation, là aussi, d'une initiative d'Obama). Mais il ne s'agit que d'hypothèses, qui ne reposent que sur des arguments déductifs, et en aucune façon sur l'analyse de l'image elle-même.

Faute de signataire, l'affiche "Yes we can" ne peut pour l'instant transmettre aucun message interprétable. Quelle que soit son véritable objectif, tout se passe comme si sa lecture était contaminée par le second degré. Cette oscillation tient probablement à la nature de son message explicite – la peinture de Sarkozy en Obama – qui ne peut passer que pour sa propre caricature.

Illustration: photo Fanny Lautissier, 27/11/2008, compte Flickr.

Article d'André Gunthert

 

Note de P&P : On peut lire sur le blog de Sarkobama :

"Tout d’abord, nous devons vous avouer que nous sommes assez surpris du buzz que nous avons créé bien malgré nous. Le but initial de nos affichages était de montrer aux parisiens les similitudes frappantes qu’il existe entre Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Ces deux hommes sont tous deux nés avec un gros handicap et ont quand même réussit en politique. Le premier est noir (ou métisse pour certains) né d’un père kenyan et d’une mère blanche américaine, le second est nain d’origine hongroise. L’un à grandit à Hawaï, l’autre à Neuilly-sur-Seine..."

Ils se défendent d'être anti-sarkozystes, se revendiquant comme des "écolos" "de droite" et arguant qu'on peut soutenir quelqu'un tout en versant un peu dans l'humour potache, voire la caricature.

Cette campagne pourrait très bien être une opération de l'Élysée, à couvert pour éviter d'essuyer des critiques du style "il en fait trop".

Mais bon, celui qui pense que ce genre d'opération sied à la mégalomanie de Sarkozy ne peut être qu'un individu tordu de la pire engeance, un ignoble  théoricien du complot...

De toute façon quelle que soit l'identité des afficheurs, il sert la propagande en cours en mettant une fois de plus Sarko sous les projecteurs, que demander de plus ? Il FAUT qu'il soit PARTOUT.

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