Note de P&P : Dans l'article qui suit le Le monde Diplomatique nous offre une intéressante analyse des guerres modernes, qui n'ont de moderne que le nom tant la barbarie et l'hypocrisie nous rappellent les heures les plus sombres de l'histoire de l'humanité.
La doctrine officielle veut nous faire croire aux mensonges les plus grotesques. Dans le domaine de la guerre, politiques et médias ressassent le même refrain : guerres préventives, armes propres, frappes chirurgicales,...
La réalité est simplement a l'opposé de cette propragande. Les guerres récentes n'ont rien de préventif, ce sont des conflits, pourrissant sur des années, arbitraires et sanglants et ayant pour seule conséquence l'augmentation des profits des fabricants d'armes, l'appropriation de ressources (pétrolières par exemple) et une effroyable quantité de souffrance et de morts. En outre, les frappes dites chirugicales n'ont de chirurgical que leur nom puisque le taux de victimes civiles pendant les guerres du XXe siècle est passé de 10 à 90%.
Dans le chaos de l’après-guerre
De destruction massive ou conventionnelles, les armes tuent les civilsQuel est le bien-fondé de la distinction entre armes conventionnelles et armes non conventionnelles (nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques - NRBC ou armes spéciales), opportunément assimilées à des armes de destruction massive ? Le critère de discrimination vient-il d’un pouvoir mortifère démesuré ou d’un mécanisme d’action létale barbare ?
Pour tout médecin, la classification mécaniste articulée sur les effets ou sur les mécanismes d’action des systèmes d’armement est odieuse au regard des souffrances humaines, et totalement infondée. La puissance de feu des armes conventionnelles est tout aussi meurtrière que les effets des armes dites spéciales. Les tapis de bombes déroulés par les campagnes de bombardement aérien de haute altitude, partie intégrante de la doctrine officielle des pays dits civilisés depuis plus de cinquante ans, rivalisent de puissance destructrice avec les actuelles armes NRBC. Pourtant, les armes conventionnelles les plus atroces ne suscitent que peu de réprobation officielle. Les traités et les déclarations d’intention demeurent impuissants à éradiquer, entre autres, les mines antipersonnel ou les munitions à fragmentation.
De leur côté, les terroristes, aussi pragmatiques qu’inhumains, ont volontiers recours à des moyens conventionnels dont l’efficacité n’est plus à démontrer : bombes artisanales, véhicules bourrés d’explosifs, lance-roquettes. Un kamikaze se faisant exploser dans un lieu public tue plus d’êtres humains que les 39 Scud irakiens lancés sur Israël pendant la première guerre du Golfe (1991). Un missile Sam-7 tiré par un seul homme peut abattre un avion au décollage et faire des centaines de morts ; un avion détourné par un petit groupe de kamikazes peut abattre un immeuble de grande hauteur et faire des milliers de morts.
De même, l’attentat au gaz sarin de la secte Aum dans le métro de Tokyo, le 20 mars 1995, a causé la mort de 12 personnes, et les lettres piégées à l’anthrax ont provoqué celle de 5 personnes aux Etats-Unis à l’automne 2001, alors que les attentats à l’explosif de Bali et de Grozny ont fait respectivement 192 et plus de 80 morts. Timothy McVeigh n’a pas eu besoin de « bombe sale » pour déclencher la terreur à Oklahoma City, aux Etats-Unis ; une seule charge rudimentaire a suffi pour tuer à la station de métro Port-Royal, à Paris, et quelques cutters ont permis aux commandos-suicides du 11 septembre 2001 d’accomplir un véritable carnage à New York.
En fait, la seule classification valable serait celle qui prend en compte les souffrances infligées aux êtres humains. Or, en quoi une brûlure thermique classique due à une munition conventionnelle serait-elle moins inquiétante qu’une brûlure chimique par agent vésicant ou qu’une autre par arme à micro-ondes ? En quoi une bombe privative d’oxygène telle que la « Fuel Air Explosive » (FAE), véritable chambre à gaz en plein champ, est-elle plus tolérable qu’une bombe au cyanure qui bloque l’utilisation cellulaire de l’oxygène ? Il n’y a pas de façon conventionnelle de détruire un être humain.
Une classification impossible
Par ailleurs, les mécanismes d’action des armes de dernière génération, issues des laboratoires d’Etat, demeurent classés « secret défense ». Les autorités voudraient les voir bénéficier d’un « laissez-passer conventionnel ». Les armes nucléaires et radiologiques de dernière génération ne sont même pas mentionnées dans les traités, qu’il s’agisse des armes miniaturisées à effets sélectifs, de celles à micro-ondes de forte puissance ou celles à faisceaux de particules. En jouant sur la miniaturisation et sur la modulation de leurs effets, il est possible de les maintenir dans une pénombre classificatrice propice au viol de toutes les conventions. Ainsi, les concepteurs de la minibombe nucléaire B 61-11 (mini-nuke) mettent en avant la version légère (0,3 kilotonne équivalent TNT), mais restent discrets sur la version la plus puissante, comparable à plusieurs fois la bombe d’Hiroshima. Qui peut dire où se situe le seuil critique de proscription légale au-delà duquel une arme anti-forces devient une arme anti-cités ?
Quant aux armes biologiques, les progrès de l’ingénierie génétique permettent désormais le séquençage et la manipulation du génome des agents biologiques pathogènes pour l’être humain. Les armes dites de quatrième génération, dont la mise au point peut uniquement se réaliser dans des laboratoires d’Etat, possèdent ou posséderont des effets qui, dans un premier temps, seront difficilement détectables. Elles ne dissémineront probablement ni la peste ni la variole. Elles auront des effets de plus en plus sélectifs sur certaines fonctions, cérébrales en particulier, des effets de plus en plus subtils, et nous serions tentés de dire de plus en plus « naturels ». Elles pourront frapper des groupes ciblés, inactiver des gènes bien précis, déclencher des phénomènes de mort cellulaire physiologique (apoptose). Quel traité décrira ces effets, quelle convention les interdira ?
Les armes chimiques bénéficient également des progrès technologiques et de la porosité des classifications. La militarisation des médicaments, à la suite de la militarisation des agents biologiques, constitue un nouvel emprunt forcé à la médecine. On parle désormais de « médicament d’assaut » mis au service du contre-terrorisme, à mi-chemin entre gaz anesthésique et gaz de combat. Les armes chimiques de demain se cachent peut-être déjà dans les pages du dictionnaire Vidal des médicaments. Présentées comme non létales, elles possèdent en réalité un pouvoir mortifère en deux temps : paralyser l’ennemi avant de l’exécuter.
Lors de la prise d’otages d’octobre 2002 à Moscou, qui fit au moins 117 morts (plus les 41 terroristes tchétchènes), le problème essentiel fut de savoir si le produit utilisé était ou non proscrit par la convention internationale sur les armes chimiques. Classé dans la catégorie halogène ou opiacée, il devenait d’un emploi licite, et le drame du théâtre de la rue Doubrovka pouvait être assimilé à un aléa thérapeutique, les prescripteurs ayant fait une erreur de posologie. Ces tours de passe-passe technologiques et sémantiques permettent de gommer le seuil critique de proscription et de passer d’une classification binaire des systèmes d’armement (autorisés/interdits) à une sorte de continuum de la terreur. A mille lieues de toute forme de compassion ou d’humanité, il s’agit de substituer des prouesses technologiques aux souffrances humaines, et des mots aux faits.
De plus, le bombardement au moyen de bombes conventionnelles d’un site industriel peut entraîner une contamination (chimique, radiologique ou biologique) de l’environnement aux conséquences sanitaires catastrophiques. L’administration du président William Clinton avait envisagé, dans les années 1990, de bombarder le réacteur nucléaire nord-coréen de Yongbyon. En Irak, durant la guerre du Golfe de 1991, l’aviation alliée a bombardé le site d’armement nucléaire de Tuwaitha, celui d’armement biologique de Taji et le site chimique de Fallujah. Au cours de la guerre contre la Serbie (1999), l’OTAN n’a pas hésité à bombarder le complexe pétrochimique de Pancevo, libérant des produits aussi toxiques que certains gaz de combat.
Cette confusion des effets peut être mise à profit pour dissimuler l’utilisation d’armes non conventionnelles dans le cadre de frappes préventives. Nul ne pourra dire si la contami







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