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08/02/2010

Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio…

Réseau Voltaire, 17 octobre 2009

Les armées secrètes de l’OTAN (I)
Quand le juge Felice Casson a dévoilé le Gladio…
par Daniele Ganser

Le Réseau Voltaire débute la publication en épisodes de l’ouvrage de référence sur l’activité des services secrets de l’OTAN depuis la création de l’Alliance atlantique jusqu’aux années 90. Bien qu’il s’agisse du travail d’un historien, cette enquête sur le Gladio ne ressort pas de l’Histoire, mais bien de notre vie quotidienne. Cette structure secrète est toujours active et les États européens sont toujours sous tutelle anglo-saxonne, comme l’ont montré les enquêtes parlementaires sur les enlèvements perpétrés par la CIA depuis 2001. Il est impossible de comprendre la politique en Europe sans avoir une connaissance précise des réseaux « Stay-Behind ».
Ce premier article retrace la découverte du Gladio par les magistrats italiens à la fin des années 80.

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Les ruines de la gare de Bologne après sa destruction par les terroristes de l’OTAN (1980).

Le 31 mai 1972, une voiture piégée explosa dans un bois des abords du village de Peteano, en Italie, faisant un blessé grave et un mort parmi les carabiniers, les policiers italiens. Ceux-ci s’étaient rendus sur les lieux à la suite d’un coup de téléphone anonyme. En inspectant une Fiat 500 abandonnée, un carabinier avait ouvert le capot, déclenchant ainsi l’explosion. Deux jours plus tard, un nouveau coup de téléphone anonyme revendiqua l’attentat au nom des Brigades Rouges, un groupuscule terroriste qui tentait à l’époque de renverser l’équilibre du pouvoir en Italie en se livrant à des prises d’otages et à des assassinats planifiés de hauts personnages de l’État. La police se tourna immédiatement vers la gauche italienne et rafla près de 200 communistes. Pendant plus de 10 ans, la population italienne demeura convaincue que l’acte terroriste de Peteano était bien l’œuvre des Brigades Rouges.

Puis, en 1984, Felice Casson, un jeune juge italien, décida de réouvrir le dossier, intrigué par toute une série d’irrégularités et de falsifications entourant le drame de Peteano. Il découvrit que la police n’avait effectué aucune enquête sur les lieux. Il s’aperçut également que le rapport qui avait conclu à l’époque que les explosifs employés étaient ceux traditionnellement utilisés par les Brigades Rouges était en réalité un faux. Marco Morin, un expert en explosifs de la police italienne, avait délibérément fourni de fausses conclusions. L’homme était membre de l’organisation d’extrême droite italienne « Ordine Nuovo », et avait, dans le contexte de la Guerre froide, contribué à son échelle à ce qu’il considérait comme une lutte légitime contre l’influence des communistes italiens. Le juge Casson parvint à établir que, contrairement aux conclusions de Morin, l’explosif utilisé à Peteano était du C4, le plus puissant de l’époque et qui figurait également dans l’arsenal des forces de l’OTAN. « J’ai simplement voulu jeter un éclairage nouveau sur des années de mensonges et de secrets, c’est tout », déclara plus tard le juge Casson aux journalistes qui l’interrogeaient dans son minuscule bureau du palais de justice, sur les bords de la lagune de Venise. « Je voulais que les Italiens connaissent pour une fois la vérité. » [1]

Le 24 février 1972, près de Trieste, un groupe de carabiniers tombèrent par hasard sur une cache d’armes renfermant des armes, des munitions et des quantités d’explosif C4, identique à celui utilisé à Peteano. Les policiers étaient convaincus d’avoir découvert l’arsenal d’un réseau criminel. Des années plus tard, l’enquête du juge Casson permit d’établir qu’il s’agissait en fait de l’une des caches souterraines parmi des centaines d’autres aménagées par l’armée secrète stay-behind sous les ordres de l’OTAN et qui portait en Italie le nom de code Gladio (le glaive). Casson remarqua que les services secrets de l’armée italienne et le gouvernement de l’époque s’étaient donné beaucoup de mal pour garder le secret autour de la découverte de Trieste et de son contexte stratégique.

En poursuivant son investigation sur les affaires troubles de Peteano et Trieste, le magistrat découvrit avec étonnement la main, non pas de la gauche italienne, mais des groupuscules d’extrême droite et des services secrets de l’armée derrière l’attentat de 1972. L’enquête du juge révéla une collaboration étroite entre l’organisation d’extrême droite Ordine Nuovo et le SID (Servizio Informazioni Difesa), autrement dit les services secrets de l’armée italienne. Ensemble, ils avaient préparé l’attentat de Peteano, puis accusé les militants d’extrême gauche italiens, les Brigades Rouges. Casson parvint à identifier l’homme qui avait posé la bombe : Vincenzo Vinciguerra, un membre d’Ordine Nuovo. Étant le dernier maillon d’une longue chaîne de commandement, Vinciguerra ne fut finalement arrêté que des années après les faits. Il passa aux aveux et témoigna avoir bénéficié de la protection de tout un réseau de sympathisants en Italie et à l’étranger qui avait couvert sa fuite après l’attentat. « C’est tout un mécanisme qui s’est mis en branle, raconta Vinciguerra, ça signifie que des carabiniers au ministre de l’Intérieur en passant par les douanes et les services de renseignement civils et militaires, tous avaient accepté le raisonnement idéologique qui sous-tendait l’attentat. » [2]

Vinciguerra soulignait à juste titre le contexte historique agité dans lequel s’était produit l’attentat de Peteano. Vers la fin des années soixante, avec le début de la révolution pacifiste et les mouvements de protestations étudiants contre la violence en général et la guerre du Vietnam en particulier, l’affrontement idéologique entre la droite et la gauche s’était intensifié en Europe de l’Ouest et aux États-Unis. L’immense majorité des citoyens engagés dans les mouvements sociaux de gauche recouraient à des formes non violentes de contestation : manifestations, actes de désobéissance civique et, surtout, débats animés. Au sein du Parlement italien, le puissant Parti communiste (Partito Communisto Italiano, PCI) et, dans une moindre mesure, le Parti socialiste (Partito Socialisto Italiano, PSI) étaient des sympathisants de ce mouvement. Ils contestaient la politique des États-Unis, la guerre du Vietnam et surtout la répartition du pouvoir en Italie car, en dépit de l’importante majorité dont il disposait au Parlement, le PCI n’avait reçu aucun ministère et demeurait, de ce fait, exclu du gouvernement. La droite italienne avait parfaitement conscience qu’il s’agissait d’une injustice flagrante et d’une violation des principes de base de la démocratie.

C’est dans ce contexte de Guerre froide et de lutte pour le pouvoir que les extrêmes eurent recours au terrorisme en Europe de l’Ouest. À l’extrême gauche, les groupes terroristes les plus notoires furent les communistes italiens des Brigades Rouges et la Rote Armee Fraktion allemande ou RAF (Fraction Armée Rouge). Fondées par des étudiants de l’université de Trente ignorant tout ou presque des techniques de combat, les Brigades Rouges comptaient dans leurs rangs Margherita Cagol, Alberto Franceschini et Alberto Curcio. À l’instar de la RAF, ils étaient convaincus de la nécessité d’employer la violence pour changer la structure du pouvoir en place qu’ils jugeaient injuste et corrompu. Comme celles de la RAF, les actions menées par les Brigades Rouges ne visaient pas les populations civiles, mais des individus ciblés, accusés d’incarner « l’appareil d’État », tels que des banquiers, des généraux et des ministres qu’elles enlevaient et assassinaient souvent. Opérant principalement dans l’Italie des années soixante-dix, les Brigades Rouges comptèrent 75 morts à leur actif. Puis, à cause de leurs faibles capacités stratégiques et militaires et de leur inexpérience, leurs membres furent arrêtés au cours de rafles, jugés et emprisonnés.

À l’autre extrémité de l’échiquier politique de la Guerre froide, l’extrême droite eut elle aussi recours à la violence. En Italie, son réseau incluait les soldats clandestins du Gladio, les services secrets militaires et des organisations fascistes telles qu’Ordine Nuovo. Contrairement au terrorisme pratiqué par la gauche, celui adopté par la droite visait à répandre la terreur dans toutes les couches de la société par des attentats frappant aveuglément des foules entières, et destinés à faire un maximum de morts, pour pouvoir ensuite en accuser les communistes. Le drame de Peteano, comme l’apprit le juge Casson, s’inscrivait dans ce schéma et entrait dans le cadre d’une série de crimes débutée en 1969. Cette année-là, 4 bombes avaient explosé peu avant Noël dans des lieux publics à Rome et à Milan. Le bilan avait été de 16 morts et 80 blessés, pour la plupart des paysans venus déposer les recettes de leur marché du jour à la Banque Agricole, sur la Piazza Fontana de Milan. Suivant une stratégie machiavélique, la responsabilité de ce massacre avait été imputée aux communistes et à l’extrême gauche, les indices avaient été effacés et une vague d’arrestations s’en était immédiatement suivie. La population dans son ensemble n’avait que très peu de chance de découvrir la vérité étant donné les efforts déployés par les services secrets militaires pour maquiller le crime. À Milan, l’un des engins n’avait pas explosé à cause d’un dysfonctionnement de la minuterie, mais, lors des premières manœuvres de dissimulation, les services secrets la firent exploser sur place, pendant que des composants d’engins explosifs étaient placés dans la villa de Giangiacomo Feltrinelli, célèbre éditeur connu pour ses opinions de gauche. [3]

« D’après les statistiques officielles, entre le 1er janvier 1969 et le 31 décembre 1987, on a recensé 14 591 actes de violence aux motifs politiques », affirme le sénateur Giovanni Pellegrino, président de la Commission d’enquête parlementaire sur Gladio et le terrorisme, rappelant la violence du contexte politique de cette période récente de l’histoire italienne. « Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que ces “actions” ont tué 491 personnes et blessés ou mutilés 1 181 autres. Des pertes dignes d’une guerre, sans aucun équivalent en Europe. » [4] À la suite des attentats de la Piazza Fontana en 1969 et de Peteano en 1972, d’autres actes ensanglantèrent le pays : le 28 mai 1974 à Brescia, une bombe fit 8 morts et 102 blessés parmi les participants à une manifestation antifasciste. Le 4 août 1974, un attentat à bord du train « Italicus Express », qui relie Rome à Munich, tua 12 personnes et en blessa 48. Le point culminant de cette violence fut atteint par un après-midi ensoleillé, le 2 août 1980, jour de la fête nationale italienne, quand une explosion massive dévasta le hall d’attente de la seconde classe de la gare de Bologne, tuant 85 personnes et blessant ou mutilant 200 autres. Le massacre de Bologne est l’une des plus importantes attaques terroristes que l’Europe a eu à subir au cours du XXe siècle [5].

Contrairement aux membres des Brigades Rouges qui finirent tous par être emprisonnés, les terroristes d’extrême droite parvinrent à prendre la fuite après chaque attentat, parce que, comme le fait justement remarquer Vinciguerra, ils purent tous bénéficier de la protection de l’appareil sécuritaire et des services secrets de l’armée italienne. Quand, après plusieurs années, le lien fut enfin établi entre l’attentat de la Piazza Fontana et la droite italienne, on demanda à Franco Freda, un membre d’Ordine Nuovo, si, avec le recul, il pensait ou non avoir été manipulé par des personnages haut placés, généraux ou ministres. Freda, un admirateur déclaré d’Hitler qui avait publié Mein Kampf en italien au sein de sa petite structure d’édition personnelle, répondit que selon ses conceptions, tout le monde était forcément plus ou moins manipulé : « Nous sommes tous manipulés par des plus puissants que nous », déclara le terroriste. « En ce qui me concerne, j’admets avoir été une marionnette animée par des idées mais en aucun cas par les hommes des services secrets, que ce soit ici [en Italie] ou à l’étranger. En d’autres termes, j’ai moi-même choisi mon combat et je l’ai mené conformément à mes idées. C’est tout. » [6]

En mars 2001, le général Giandelio Maletti, ancien patron du contre-espionnage italien, laissa entendre qu’outre celle du réseau clandestin Gladio, des services secrets militaires italiens et d’un groupuscule de terroristes d’extrême droite, les tueries qui discréditèrent les communistes italiens avaient également reçu l’approbation de la Maison-Blanche et de la CIA. Au cours du procès de terroristes d’extrême droite accusés d’être impliqués dans les attentats de la Piazza Fontana, Maletti témoigna : « La CIA, sur les directives de son gouvernement, souhaitait créer un nationalisme italien capable d’enrayer ce qu’elle considérait comme un glissement vers la gauche et, dans ce but, elle a pu utiliser le terrorisme d’extrême droite. » (...) « On avait l’impression que les Américains étaient prêts à tout pour empêcher l’Italie de basculer à gauche » expliqua le général, avant d’ajouter : « N’oubliez pas que c’est Nixon qui était aux affaires et Nixon n’était pas un type ordinaire, un très fin politicien mais un homme aux méthodes peu orthodoxes. » Rétrospectivement, le général de 79 ans exprima des critiques et des regrets : « L’Italie a été traitée comme une sorte de protectorat. J’ai honte à l’idée que nous soyons toujours soumis à un contrôle spécial. » [7]

Dans les décennies 1970 et 1980, le Parlement italien, au sein duquel les partis communiste et socialiste détenaient une part importante du pouvoir, avait manifesté une inquiétude grandissante devant cette vague visiblement sans fin de crimes qui ensanglantaient le pays sans que l’on puisse en identifier ni les auteurs ni les commanditaires. Même si, à l’époque, des rumeurs circulaient déjà parmi la gauche italienne selon lesquelles ces mystérieux actes de violence seraient une forme de guerre secrète menée par les États-Unis contre les communistes italiens, il n’existait aucune preuve permettant d’étayer cette théorie tirée par les cheveux. Mais, en 1988, le Sénat italien mandata une commission d’enquête parlementaire spéciale présidée par le sénateur Libero Gualtieri et qui porta le nom éloquent de : « Commission parlementaire du Sénat italien chargée d’enquêter sur le terrorisme en Italie et les raisons expliquant que les individus responsables des tueries n’ont pu être identifiés : Le terrorisme, les attentats et le contexte politico-historique. » [8] Le travail de la commission s’avéra extrêmement difficile. Les témoins refusaient de s’exprimer. Des documents furent détruits. Et la commission elle-même, composée de représentants des partis de gauche et de droite, fut divisée sur la question de la vérité historique en Italie et sur les conclusions qui devaient ou non être révélées au grand jour.

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Le juge Felice Casson révèle l’existence d’un réseau clandestin créé par l’OTAN. L’Alliance, officiellement constituée pour protéger les États membres, est en réalité un protectorat anglo-saxon. Washington et Londres n’ont pas hésité à commanditer des attentats terroristes en Italie pour fausser le jeu démocratique.

Dans le même temps, le juge Casson, sur la base du témoignage de Vincenzo Vinciguerra, le terroriste de Peteano, et des documents qu’il avait découverts, commença à entrevoir la nature de la stratégie militaire complexe qui avait été employée. Il comprit petit à petit qu’il ne s’agissait pas simplement de terrorisme mais bien de terrorisme d’État, financé par l’argent des contribuables. Obéissant à une « stratégie de la tension », les attentats visaient à instaurer un climat de tension parmi la population. L’extrême droite et ses partisans au sein de l’OTAN craignaient que les communistes italiens n’acquissent trop de pouvoir et c’est pourquoi, dans une tentative de « déstabiliser pour stabiliser », les soldats clandestins membres des armées de Gladio perpétraient ces attentats dont ils accusaient la gauche. « Pour les services secrets, l’attentat de Peteano s’inscrivait dans ce qui fut appelée "la stratégie de la tension" », expliqua le juge Casson au grand public lors d’un reportage de la BBC consacré à Gladio. « C’est-à-dire créer un climat de tension pour encourager dans le pays les tendances socio-politiques conservatrices et réactionnaires. À mesure que cette stratégie était appliquée sur le terrain, il devenait nécessaire d’en protéger les instigateurs car les preuves de leur implication commençaient à apparaître. Les témoins taisaient certaines informations pour couvrir les extrémistes de droite. » [9] Vinciguerra, un terroriste qui, comme d’autres ayant été en contact avec la branche Gladio des services secrets militaires italiens, fut tué pour ses convictions politiques, déclara : « Il fallait s’en prendre aux civils, aux gens du peuple, aux femmes, aux enfants, aux innocents, aux anonymes sans lien avec un quelconque jeu politique. La raison en était assez simple. Ils étaient censés forcer ces gens, le peuple italien, à s’en remettre à l’État pour demander plus de sécurité. C’est à cette logique politique qu’obéissaient tous ces meurtres et tous ces attentats qui restent impunis car l’État ne peut s’inculper lui-même ou avouer sa responsabilité dans ce qui s’est passé. » [10]

Mais l’horreur de ce plan diabolique n’apparut que progressivement et, aujourd’hui encore, il reste de nombreux liens secrets à établir. En outre, tous les documents originaux demeurent introuvables. « Après l’attentat de Peteano et tous ceux qui ont suivi », déclara Vinciguerra lors de son procès en 1984, « plus personne ne devrait douter de l’existence d’une structure active et clandestine, capable d’élaborer dans l’ombre une telle stratégie de tueries ». Une structure qui, selon lui, « est imbriquée dans les organes mêmes du pouvoir. Il existe en Italie une organisation parallèle aux forces armées, composée de civils et de militaires, et à vocation anti-soviétique, c’est-à-dire destinée à organiser la résistance contre une éventuelle occupation du sol italien par l’Armée rouge. » Sans citer son nom, ce témoignage confirma l’existence de Gladio, l’armée secrète et stay-behind créée sur ordre de l’OTAN. Vinciguerra la décrivit comme « une organisation secrète, une super-organisation disposant de son propre réseau de communications, d’armes, d’explosifs et d’hommes formés pour s’en servir ». Le terroriste révéla que cette « super-organisation, en l’absence d’invasion soviétique, reçut de l’OTAN l’ordre de lutter contre un glissement à gauche du pouvoir dans le pays. Et c’est ce qu’ils ont fait, avec le soutien des services secrets de l’État, du pouvoir politique et de l’armée. » [11]

Plus de 20 ans se sont écoulés depuis ce témoignage édifiant du terroriste repenti qui établit, pour la première fois dans l’histoire italienne, un lien entre le réseau stay-behind Gladio, l’OTAN et les attentats à la bombe qui avaient endeuillé le pays. Et c’est seulement aujourd’hui, au bout de toutes ces années, après la confirmation de l’existence de cette armée secrète et la découverte de caches d’armes et d’explosifs que chercheurs et historiens réalisent enfin le sens des propos de Vinciguerra.

Mais peut-on accorder du crédit aux dires de cet homme ? Les événements qui suivirent le procès semblent indiquer que oui. L’armée secrète fut découverte en 1990, et, comme pour confirmer indirectement que Vinciguerra avait dit la vérité, le soutien dont il avait joui jusqu’alors en haut lieu lui fut soudain retiré. Contrairement à d’autres terroristes d’extrême droite qui, après avoir collaboré avec les services secrets italiens, étaient ressortis libres, Vinciguerra fut, lui, condamné à la réclusion à perpétuité.

Mais Vinciguerra ne fut pas le premier à révéler le lien entre Gladio, l’OTAN et les attentats, il ne fut d’ailleurs pas non plus le premier à évoquer la conspiration Gladio en Italie. En 1974, dans le cadre d’une enquête sur le terrorisme d’extrême droite, le juge d’instruction Giovanni Tamburino avait créé un précédent en inculpant le général Vito Miceli, le chef du SID, les services secrets militaires italiens, pour avoir « promu, mis en place et organisé, avec l’aide de complices, une association secrète regroupant civils et militaires et destinée à provoquer une insurrection armée visant à modifier illégalement la Constitution et la composition du gouvernement ». [12]

Au cours de son procès, le 17 novembre 1974, Miceli, ancien responsable du Bureau de Sécurité de l’OTAN, révéla, furieux, l’existence de l’armée Gladio qu’il décrivit comme une branche spéciale du SID : « Si je disposais d’un super-SID sous mes ordres ? Bien sûr ! Mais je ne l’ai pas monté moi-même dans le but de tenter un coup d’État. Je n’ai fait qu’obéir aux ordres des États-Unis et de l’OTAN ! » [13] Grâce à ses solides contacts transatlantiques, Miceli s’en tira à bon compte. Il fut libéré sous caution et passa 6 mois dans un hôpital militaire. Il fallut attendre encore 16 ans pour que, contraint par les découvertes du juge Casson, le Premier ministre Andreotti révèle devant le Parlement italien l’existence du réseau Gladio. En l’apprenant, Miceli entra dans une rage folle. Peu avant sa mort en octobre 1990, il s’emporta : « J’ai été emprisonné parce que je refusais de révéler l’existence de cette super-organisation secrète et voilà qu’Andreotti s’amène devant le Parlement et raconte tout ! » [14]

En prison, Vinciguerra, le poseur de bombe de Peateano, expliqua au juge Casson que, dans leur entreprise d’affaiblissement de la gauche italienne, les services secrets militaires et le réseau Gladio avaient reçu l’aide, non seulement d’Ordine Nuovo, mais également d’autres organisations d’extrême droite bien connues, comme Avanguardia Nazionale : « Derrière les terroristes, de nombreuses personnes agissaient dans l’ombre, des gens appartenant ou collaborant à l’appareil sécuritaire. J’affirme que tous les attentats perpétrés après 1969 s’inscrivaient dans une même stratégie. » Le membre d’Ordine Nuovo Vinciguerra raconta comment lui et ses camarades d’extrême droite avaient été recrutés pour exécuter avec l’armée secrète Gladio les actions les plus sanglantes : « Avanguardia Nazionale, tout comme Ordine Nuovo, étaient mobilisés dans le cadre d’une stratégie anticommuniste émanant, non pas de groupuscules gravitant dans les sphères du pouvoir mais bel et bien du pouvoir lui-même, et s’inscrivant notamment dans le cadre des relations de l’Italie avec l’Alliance Atlantique. » [15]

Le juge Casson fut alarmé par ces révélations. Dans le but d’éradiquer cette gangrène qui rongeait l’État, il suivit la piste de la mystérieuse armée clandestine Gladio qui avait manipulé la classe politique italienne pendant la Guerre froide et, en janvier 1990, il demanda aux plus hautes autorités du pays la permission d’étendre ses investigations aux archives des services secrets militaires, le Servizio Informazioni Sicurezza Militare (SISMI), nouveau nom que portait le SID depuis 1978. En juillet de la même année, le Premier ministre Giulio Andreotti l’autorisa à accéder aux archives du Palazzo Braschi, le siège du SISMI à Rome. Le magistrat y découvrit pour la première fois des documents attestant de l’existence en Italie d’une armée secrète au nom de code Gladio, placée sous les ordres des services secrets militaires et destinée à mener des opérations de guerre clandestine. Casson trouva également des documents établissant l’implication de la plus grande alliance militaire du monde, l’OTAN, et de la dernière superpuissance subsistant, les États-Unis, dans des actes de subversion ainsi que leurs liens avec le réseau Gladio et des groupuscules terroristes d’extrême droite en Italie et dans toute l’Europe occidentale. Pour le juge Casson, disposer de ces informations représentait un danger certain, ce dont il avait conscience car, par le passé, d’autres magistrats italiens qui en savaient trop avaient en effet été abattus en pleine rue : « De juillet à octobre 1990, j’étais le seul à savoir quelque chose [au sujet de l’Opération Gladio], cela aurait pu me porter malheur ». [16]

Mais le malheur tant redouté ne survint pas et Casson fut à même de résoudre le mystère. Se basant sur des documents qu’il avait mis au jour, il prit contact avec la commission parlementaire présidée par le sénateur Libero Gualtieri et chargée d’enquêter sur les attentats terroristes. Gualtieri et ses confrères furent inquiets des découvertes dont le magistrat leur fit part et reconnurent qu’elles devaient être jointes au travail de la commission car elles expliquaient l’origine des attentats et les raisons pour lesquelles ils étaient restés impunis depuis tant d’années. Le 2 août 1990, les sénateurs ordonnèrent au chef de l’exécutif italien, le Premier ministre Giulio Andreotti, « d’informer sous 60 jours le Parlement de l’existence, de la nature et du but d’une structure clandestine et parallèle soupçonnée d’avoir opéré au sein des services secrets militaires afin d’influencer la vie politique du pays ». [17]

Le lendemain 3 août, le Premier ministre Andreotti se présenta devant la commission parlementaire et, pour la première fois depuis 1945, confirma, en tant que membre en fonction du gouvernement italien, qu’une organisation de sécurité agissant sur ordre de l’OTAN avait existé en Italie. Andreotti s’engagea auprès des sénateurs à leur remettre un rapport écrit sur cette organisation dans un délai de soixante jours : « Je présenterai à cette commission un rapport très détaillé que j’ai commandé au ministère de la Défense. Il concerne les opérations préparées à l’initiative de l’OTAN dans l’hypothèse d’une offensive contre l’Italie et de l’occupation de tout ou partie de son territoire. D’après ce qui m’a été indiqué par les services secrets, ces opérations se sont poursuivies jusqu’en 1972. Il a alors été décidé qu’elles n’étaient plus indispensables. Je fournirai à la commission toute la documentation nécessaire, que ce soit sur le sujet en général ou sur les découvertes du juge Casson dans le cadre de ses investigations sur l’attentat de Peteano. » [18]

Âgé de 71 ans à l’époque de son audition, Giulio Andreotti n’avait rien d’un témoin ordinaire. Son passage devant la commission fut l’occasion pour lui de se replonger dans sa très longue carrière politique qui ne connut probablement aucun équivalent en Europe de l’Ouest. À la tête du parti chrétien-démocrate (Democrazia Cristiana Italiana ou DCI) qui, durant toute la Guerre froide, fit office de rempart contre le PCI, Andreotti bénéficiait du soutien des USA. Il connut personnellement chacun des présidents états-uniens et pour de nombreux observateurs, italiens et étrangers, il fut le politicien le plus influent de la Première République italienne (1945-1993).

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Aprés des décennies de trucage de la démocratie, Giulio Andreotti vous salue bien.

Malgré la faible espérance de vie qui caractérisa les gouvernements de la fragile Première République, Andreotti parvint habilement à se maintenir au pouvoir à la faveur de nombreuses coalitions et à devenir une figure incontournable du Palazzo Chigi, le siège du gouvernement italien. Né à Rome en 1919, Andreotti devint ministre de l’Intérieur à 35 ans avant d’établir un véritable record en occupant 7 fois le siège de Premier ministre et en se voyant confier successivement pas moins de 21 portefeuilles ministériels, dont, à 7 reprises, celui des Affaires étrangères. Ses partisans le comparaient à Jules César et l’appelaient le « Divin Giulio » ; ses détracteurs quant à eux voyaient en lui l’archétype du magouilleur et le surnommaient « l’Oncle ». On raconte que son film de gangster préféré était Les Affranchis à cause de la réplique de Robert De Niro : « Ne balance jamais tes potes et évite de trop parler ». La plupart des observateurs s’accordent à dire que ce sont les talents de stratège du Divin Giulio qui lui permirent de survivre aux nombreux forfaits et intrigues du pouvoir dans lesquels il fut très souvent directement impliqué. [19]

En révélant l’existence de l’Opération Gladio et des armées secrètes de l’OTAN, « l’Oncle » avait finalement décidé de rompre la loi du silence. Quand la Première République s’effondra à la fin de la Guerre froide, le puissant Andreotti, qui n’était alors plus qu’un vieillard, fut traîné devant maints tribunaux l’accusant d’avoir manipulé les institutions politiques, d’avoir collaboré avec la mafia et d’avoir secrètement ordonné l’assassinat d’opposants politiques. « La justice italienne est devenue folle », s’écria en novembre 2002 le Premier ministre Silvio Berlusconi quand la Cour d’appel de Pérouse condamna Andreotti à 24 ans de prison. Tandis que les juges recevaient des menaces de mort et étaient placés sous protection policière, les chaînes de télévision interrompirent la diffusion du football pour annoncer qu’Andreotti avait été reconnu coupable d’avoir chargé le parrain de la mafia Gaetano Badalamenti d’assassiner, en 1979, le journaliste d’investigation Mino Pirelli dans le but de taire la vérité sur l’assassinat du président de la République italienne, le chrétien-démocrate Aldo Moro. L’Église catholique tenta de sauver la réputation du Divin Giulio : accablé par ces informations, le cardinal Fiorenzo Angelini déclara : « Jésus-Christ aussi a été crucifié avant de ressusciter ». Cependant, malgré toutes l’inquiétude suscitée, Andreotti ne finit pas ses jours derrière les barreaux : les verdicts furent cassés en octobre 2003 et « l’Oncle » fut à nouveau libre.

Au cours de ses premières révélations sur l’Opération Gladio devant les sénateurs italiens le 3 août 1990, Andreotti avait bien pris soin de préciser que « ces opérations [s’étaient] poursuivies jusqu’en 1972 » afin de se préserver d’éventuelles répercussions. En effet, en 1974, alors ministre de la Défense, il avait officiellement déclaré dans le cadre d’une enquête sur des attentats commis par l’extrême droite : « J’affirme que le chef des services secrets a, à plusieurs reprises, explicitement exclu l’existence d’une organisation secrète de quelque nature ou dimension que ce soit ». [20] En 1978, il avait fourni un témoignage similaire devant des juges enquêtant sur l’attentat perpétré par l’extrême droite à Milan.

Lorsque la presse italienne révéla que l’armée secrète Gladio, loin d’avoir été dissoute en 1972, était toujours active, le mensonge d’Andreotti ne tint plus. Dans les semaines qui suivirent, en août et septembre 1990, contrairement à son habitude, le Premier ministre communiqua abondamment avec l’étranger, chercha à contacter et s’entretint avec de nombreux ambassadeurs. [21] Comme le soutien international tardait à venir, Andreotti, qui craignait pour sa place, passa à l’offensive et tenta de souligner l’importance du rôle de la Maison-Blanche et de nombreux autres gouvernements d’Europe de l’Ouest qui, non seulement avaient conspiré dans cette guerre secrète contre les communistes, mais y avaient pris une part active. Cherchant à attirer l’attention sur l’implication de pays étrangers, il eut recours à une stratégie efficace quoique plutôt risquée. Le 18 octobre 1990, il dépêcha de toute urgence un messager du Palazzo Chigi à la Piazza San Macuto où siégeait la commission parlementaire. Le coursier transmit le rapport intitulé « Un SID parallèle - Le cas Gladio » au secrétaire de la réception du Palazzo Chigi. Un membre de la commission parlementaire, le sénateur Roberto Ciciomessere, apprit par hasard que le rapport d’Andreotti avait été livré et confié au secrétaire du Palazzo Chigi. En parcourant le texte, le sénateur fut grandement surpris de constater qu’Andreotti ne se contentait pas de fournir une description de l’Opération Gladio mais que, contrairement à sa déclaration du 3 août, il reconnaissait que l’organisation était toujours active.

Le sénateur Ciciomessere en demanda une photocopie, mais on la lui refusa, sous prétexte que, selon la procédure en vigueur, c’était le président de la commission, le sénateur Gualtieri, qui devait en premier prendre connaissance du rapport. Cependant Gualtieri ne put jamais lire cette première version du rapport d’Andreotti sur le réseau Gladio. Au moment où, trois jours plus tard, celui-ci s’apprêtait à ranger le précieux document dans sa mallette afin de l’emporter chez lui pour le lire durant le week-end, il reçut un appel du Premier ministre l’informant qu’il avait immédiatement besoin du rapport « afin d’en retravailler quelques passages ». Gualtieri fut embarrassé, mais accepta finalement à contrecœur de renvoyer le document au Palazzo Chigi, après en avoir réalisé des photocopies. [22] Ces méthodes inhabituelles auxquelles recourut Andreotti provoquèrent un tollé dans toute l’Italie et ne firent qu’accroître la suspicion. Les journaux titrèrent « Opération Giulio », en référence à l’Opération Gladio, et entre 50 000 et 400 000 citoyens indignés, inquiets et furieux participèrent à une marche organisée par le PCI dans le centre de Rome, l’une des plus importantes manifestations de cette période, scandant et brandissant des banderoles portant le slogan : « Nous voulons la vérité ». Certains défilaient déguisés en gladiateurs. Sur la Piazza del Popolo, le leader du PCI Achille Occhetto annonça à la foule que cette marche obligerait le gouvernement à révéler les sombres vérités tues depuis tant d’années : « Nous sommes ici pour obtenir la vérité et la transparence ». [23]

Le 24 octobre, le sénateur Gualtieri eut à nouveau entre les mains le rapport d’Andreotti sur le « SID parallèle ». Amputée de 2 pages, cette version finale n’en comptait plus que 10. Le parlementaire la compara aux photocopies de la première version et remarqua immédiatement que des passages sensibles relatifs aux connexions internationales et à des organisations similaires à l’étranger avaient été supprimés. De surcroît, toutes les allusions à l’organisation secrète, auparavant formulées au présent, suggérant ainsi une survivance, l’étaient désormais au passé. La stratégie d’Andreotti consistant à envoyer un document puis à le récupérer pour le modifier avant de le renvoyer à nouveau ne pouvait évidemment pas faire illusion. Les observateurs s’accordèrent à dire que cette manœuvre attirerait immanquablement l’attention sur les passages supprimés, en l’occurrence sur la dimension internationale de l’affaire, et auraient ainsi pour effet d’alléger la culpabilité du Premier ministre. Cependant, aucun renfort ne vint de l’étranger.

Dans la version finale de son rapport, Andreotti expliquait que Gladio avait été conçu dans les pays membres de l’OTAN comme un réseau de résistance clandestin destiné à lutter contre une éventuelle invasion soviétique. Au lendemain de la guerre, les services secrets de l’armée italienne, le Servizio di Informazioni delle Forze Armate (SIFAR), le prédécesseur du SID, et la CIA avaient signé « un accord portant sur l’"organisation et l’activité d’un réseau clandestin post-invasion", un accord désigné sous le nom Stay Behind, dans lequel étaient renouvelés tous les engagements antérieurs impliquant l’Italie et les États-Unis ». La coopération entre la CIA et les services secrets militaires italiens, comme le précisait Andreotti dans son rapport, était supervisée et coordonnée par les centres chargés des opérations de guerre clandestine de l’OTAN : « Une fois constituée cette organisation de résistance secrète, l’Italie était appelée à participer (...) aux tâches du CPC (Clandestine Planning Committee), fondé en 1959, opérant au sein du SHAPE [Supreme Headquarters Allied Powers Europe, le quartier général des puissances européennes de l’OTAN] (...) ; en 1964, les services secrets italiens intégrèrent également l’ACC (Allied Clandestine Committee). » [24]

L’armée secrète Gladio, comme le révéla Andreotti, disposait d’un armement considérable. L’équipement fourni par la CIA avait été enterré dans 139 caches réparties dans des forêts, des champs et même dans des églises et des cimetières. D’après les explications du Premier ministre, ces arsenaux contenaient « des armes portatives, des munitions, des explosifs, des grenades à main, des couteaux, des dagues, des mortiers de 60 mm, des fusils sans recul de calibre 57, des fusils à lunette, des transmetteurs radio, des jumelles et d’autres équipements divers ». [25] Outre des protestations dans la presse et parmi la population contre les agissements de la CIA et la corruption du gouvernement, les révélations fracassantes d’Andreotti donnèrent également lieu à une véritable chasse aux caches d’armes. Le père Giuciano se souvient du jour où les journalistes ont investi son église à la recherche des secrets enfouis de Gladio, animés d’intentions ambiguës : « J’ai été prévenu dans l’après-midi quand deux journalistes d’Il Gazzettino sont venus me demander si je savais quelque chose à propos de dépôts de munitions ici, dans l’église. Ils ont commencé à creuser à cet endroit et ont tout de suite trouvé deux caisses. Mais le texte indiquait aussi de chercher à environ 30 centimètres de la fenêtre. Ils ont donc repris leurs fouilles par là-bas. Ils ont mis une des boîtes à l’écart car elle contenait une bombe au phosphore. Les carabiniers sont sortis pendant que deux experts ouvraient la boîte. Il y en avait encore une autre contenant deux mitraillettes. Toutes les armes étaient neuves, en parfait état. Elles n’avaient jamais servi. » [26]

Contrairement à ce qu’avait indiqué dans les années 1980 le terroriste Vinciguerra, Andreotti insistait sur le fait que les services secrets militaires italiens et les membres de Gladio n’étaient en rien impliqués dans la vague d’attentats qui avait frappé l’Italie. Selon lui, avant son recrutement, chaque Gladiateur subissait des tests intensifs et devait se « conformer rigoureusement » à la loi régissant le fonctionnement des services secrets afin de prouver sa « fidélité absolue aux valeurs de la Constitution républicaine antifasciste ». La procédure visait également à exclure tous ceux occupant une fonction administrative ou politique. En outre, toujours selon Andreotti, la loi stipulait que « les éléments présélectionnés n’aient pas de casier judiciaire, ne soient nullement engagés politiquement et ne participent à aucun mouvement extrémiste d’aucune sorte ». Dans le même temps, Andreotti signalait que les membres du réseau ne pouvaient être entendus par la justice et que leurs identités ainsi que d’autres détails concernant l’armée secrète étaient classés secret-défense. « L’Opération, en raison de ses modes concrets d’organisation et d’action - tels que prévus par les directives de l’OTAN et intégrés à sa structure spécifique - doit être mise au point et exécutée dans le secret le plus absolu. » [27]

Les révélations d’Andreotti sur le « SID parallèle » bouleversèrent l’Italie. Beaucoup acceptaient difficilement l’idée d’une armée secrète dirigée par la CIA et l’OTAN en Italie et à l’étranger. Une telle structure pouvait-elle seulement être légale ? Le quotidien italien La Stampa fut particulièrement dur : « Aucune raison d’État ne peut justifier que l’on entretienne, couvre ou défende une structure militaire secrète composée d’éléments recrutés sur des critères idéologiques - dépendant ou, au minimum, sous l’influence d’une puissance étrangère - et servant d’instrument pour un combat politique. Il n’y a pas de mot pour qualifier cela si ce n’est haute trahison ou crime contre la Constitution. » [28] Au Sénat italien, des représentants du parti Vert, du Parti communiste et du parti des Indépendants de gauche accusèrent le gouvernement d’avoir utilisé les unités de Gladio pour pratiquer une surveillance du territoire et perpétrer des attentats terroristes afin de conditionner le climat politique. Mais le PCI était surtout convaincu que, depuis le début de la Guerre froide, la véritable cible du réseau Gladio avait été, non pas une armée étrangère, mais les communistes italiens eux-mêmes. Les observateurs soulignaient qu’« avec ce mystérieux SID parallèle, fomenté pour faire obstacle à un impossible coup d’État de la gauche, nous avons surtout risqué de nous exposer à un coup d’État de la droite (...) Nous ne pouvons croire à cela (...), que ce super-SID ait été accepté comme un outil militaire destiné à opérer “dans le cas d’une occupation ennemie”. Le seul véritable ennemi est et a toujours été le parti communiste Italien, c’est-à-dire un ennemi de l’intérieur. » [29]

Bien décidé à ne pas assumer seul une telle responsabilité, le Premier ministre Andreotti, le jour même où il présenta son rapport final sur Gladio, se présenta devant le Parlement italien et déclara : « Chaque chef de gouvernement était informé de l’existence de Gladio ». [30] Cette déclaration provoqua un profond embarras et compromit, entre autres, les anciens Premiers ministres comme le socialiste Bettino Craxi (1983-1987), Giovanni Spadolini du Parti républicain (1981-1982), alors président du Sénat, Arnaldo Forlani (1980-1981), qui était en 1990 secrétaire de la DCI alors aux affaires et Francesco Cossiga (1978-1979) qui était alors président de la République. Plongés brusquement au cœur de la tourmente par les révélations d’Andreotti, ces hauts dignitaires réagirent de manière confuse. Craxi prétendit n’en avoir jamais été informé jusqu’à ce qu’on lui montre un document relatif au Gladio signé de sa main à l’époque où il était Premier ministre. Spadolini et Forlani furent frappés de la même amnésie, mais durent eux aussi revenir sur leurs déclarations. Spadolini provoqua l’amusement du public en précisant qu’il fallait distinguer entre ce qu’il savait en tant que ministre de la Défense et ce dont il avait été informé en tant que Premier ministre.

Seul Francesco Cossiga, président de la République depuis 1985, assuma pleinement son rôle dans la conspiration. Pendant une visite officielle en Écosse, il annonça qu’il était même « heureux et fier » d’avoir contribué à créer l’armée secrète en sa qualité de chargé des questions de Défense au sein de la DCI dans les années cinquante. [31] Il déclara que tous les Gladiateurs étaient de bon patriotes et témoigna en ces termes : « Je considère cela comme un grand privilège et une marque de confiance (...) d’avoir été choisi pour cette tâche délicate (...) Je dois dire que je suis fier que nous ayons pu garder ce secret pendant 45 ans. » [32] En embrassant ainsi la cause de l’organisation impliquée dans des actes de terrorisme, le président s’exposa, à son retour en Italie, à une tempête politique et à des demandes de démission et de destitution pour haute trahison émanant de tous les partis. Le juge Casson eut l’audace de l’appeler à témoigner devant la commission d’enquête sénatoriale. Cependant le président, qui n’était visiblement plus aussi « heureux », refusa avec colère et menaça de clore toute l’enquête parlementaire sur Gladio : « Je vais renvoyer devant le Parlement l’acte étendant ses pouvoirs et, s’il l’approuve une nouvelle fois, je ré-examinerai le texte afin de découvrir si les conditions sont réunies pour y opposer un refus [présidentiel] définitif de le promulguer ». [33] Cette menace ne s’appuyant sur aucune disposition constitutionnelle, les critiques commencèrent à s’interroger sur la santé mentale du président. Cossiga démissionna de la présidence en avril 1992, trois mois avant le terme de son mandat. [34]

Dans une allocution publique prononcée devant le Sénat italien le 9 novembre 1990, Andreotti souligna une nouvelle fois que l’OTAN, les États-Unis et de nombreux pays d’Europe de l’Ouest, parmi lesquels l’Allemagne, la Grèce, le Danemark et la Belgique, étaient impliqués dans la conspiration stay-behind. Pour prouver ces allégations, des données confidentielles furent divulguées à la presse, le magazine politique italien Panorama diffusa l’intégralité du document Le SID parallèle - Le cas Gladio, qu’Andreotti avait remis à la commission parlementaire. Quand les autorités françaises tentèrent de nier leur implication dans le réseau international Gladio, Andreotti rétorqua implacablement que la France avait elle aussi participé secrètement à la dernière réunion du comité directeur de Gladio, l’ACC, qui s’était tenue à Bruxelles à peine quelques semaines plus tôt, les 23 et 24 octobre 1990. Sur quoi, quelque peu embarrassée, la France dut reconnaître sa participation à l’opération. Dès lors, la dimension internationale de cette guerre secrète ne pouvait plus être démentie et le scandale ne tarda pas à gagner toute l’Europe de l’Ouest. Puis, suivant le tracé des zones d’appartenance à l’OTAN, il se propagea bientôt aux USA. La commission du Parlement italien chargée d’enquêter sur Gladio et sur les attentats perpétrés dans le pays conclut : « Ces tueries, ces bombes, ces opérations militaires ont été organisées, encouragées ou soutenues par des personnes travaillant pour les institutions italiennes et, comme il a été découvert plus récemment, par des individus liés aux structures du renseignement états-unien ». [35]

(à suivre…)


1-629.jpgCet article constitue le premier chapitre des Armées secrètes de l’OTAN
© Version française : éditions Demi-lune (2007).

 


 

[1] Quotidien britannique The Observer du 18 novembre 1990.

[2] Hugh O’Shaughnessy, « Gladio : Europe’s best kept secret ». Ces agents étaient censés rester derrière les lignes ennemies en cas d’invasion de l’Europe de l’Ouest par l’Armée rouge. Mais ce réseau mis en place avec les meilleures intentions dégénéra dans certains pays en instrument du terrorisme et de l’agitation politique d’extrême droite dans le quotidien britannique The Observer, du 7 juin 1992.

[3] Les chercheurs Fabrizio Calvi et Frédéric Laurent, spécialistes des services secrets, ont probablement réalisé le meilleur documentaire sur l’attentat de la Piazza Fontana : Piazza Fontana : Storia di un Complotto diffusé le 11 décembre 1997 à 20 h 50 sur la chaîne publique Rai Due. Une adaptation en français intitulée : L’Orchestre Noir : La Stratégie de la tension fut diffusée en deux partie sur la chaîne franco-allemande Arte les mardi 13 et mercredi 14 janvier 1998 à 20 h 45. Dans leur film, ils interrogent un grand nombre de témoins y compris des juges ayant enquêté pendant des années sur l’affaire, Guido Salvini et Gerardo D’Ambrosio, des activistes fascistes comme Stefano Delle Chiaie, Amos Spiazzi, Guido Giannettini, Vincenzo Vinciguerra et le capitaine Labruna, l’ancien Premier ministre Giulio Andreotti ainsi que Victor Marchetti et Marc Wyatt de la CIA. Ce documentaire peut être visionné sur DailyMotion.

[4] Extrait de l’ouvrage de Giovanni Fasanella et Claudio Sestieri avec Giovanni Pellegrino : Segreto di Stato. La verità da Gladio al caso Moro (Einaudi Editore, Turin, 2000), introduction.

[5] Sur ce sujet, lire : « 1980 : carnage à Bologne, 85 morts », Réseau Voltaire, 12 mars 2004. Ndlr.

[6] Allan Francovich, Gladio : The Puppeteers. Second des trois documentaires de Francovich consacrés au Gladio, diffusé sur la BBC2 le 17 juin 1992. Ce documentaire peut être visionné sur YouTube.

[7] Philip Willan, « Terrorists ‘helped by CIA’ to stop rise of left in Italy » dans le quotidien britannique The Guardian du 26 mars 2001. Willan est un spécialiste des interventions secrètes américaines en Italie. Il a publié l’ouvrage de référence : Puppetmasters. The Political Use of Terrorism in Italy (Constable, Londres, 1991).

[8] Senato della Repubblica Italiana. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo in Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabili delle stragi : Il terrorismo, le stragi ed il contesto storico-politico. Le rapport final de la commission fut publié sous ce titre en 1995.

[9] Émission d’informations quotidienne britannique Newsnight sur BBC1 le 4 avril 1991.

[10] Quotidien britannique The Observer du 7 juin 1992.

[11] Ed. Vulliamy, « Secret agents, freemasons, fascists… and a top-level campaign of political ‘destabilisation’ : ‘Strategy of tension’ that brought carnage and cover-up » dans le quotidien The Guardian du 5 décembre 1990.

[12] Magazine politique britannique Statewatch, janvier 1991.

[13] Jean-Francois Brozzu-Gentile, L’Affaire Gladio (Editions Albin Michel, Paris, 1994), p.105.

[14] Magazine politique italien Europeo du 16 novembre 1990.

[15] Ed. Vulliamy, « Secret agents, freemasons, fascists... and a top-level campaign of political ‘destabilisation’ : ‘Strategy of tension’ that brought carnage and cover-up » dans le quotidien The Guardian du 5 décembre 1990.

[16] Aucun auteur spécifié, « Spinne unterm Schafsfell. In Südeuropa war die Guerillatruppe besonders aktiv – auch bei den Militärputschen in Griechenland und der Türkei ? » dans le magazine d’informations allemand Der Spiegel, N°48, 26 novembre 1990.

[17] Mario Coglitore (ed.), La Notte dei Gladiatori. Omissioni e silenzi della Repubblica (Calcusca Edizioni, Padoue, 1992), p.131.

[18] Extrait de Coglitore, Gladiatori, p.132.

[19] Voir la remarquable biographie d’Andreotti par Regine Igel, Andreotti. Politik zwischen Geheimdienst und Mafia (Herbig Verlag, Munich,1997).

[20] Quotidien britannique The Guardian, du 5 décembre 1990.

[21] Leo Müller, Gladio – das Erbe des Kalten Krieges. Der Nato-Geheimbund und sein deutscher Vorläufer (Rowohlt, Hambourg, 1991), p.26.

[22] Pour un récit détaillé des événements, voir les quotidiens italiens La Repubblica, Corriere della Sera et La Stampa du 24 octobre 1990.

[23] Aucun auteur spécifié, « 50 000 seek truth about secret team » dans le quotidien canadien The Toronto Star, du 18 novembre 1990.

[24] Franco Ferraresi, « A secret structure codenamed Gladio » dans Italian Politics. A Review, 1992, p.30. Ferraresi cite directement le document transmis par Andreotti à la commission parlementaire. Le quotidien italien L’Unita publia la première et la seconde version du document d’Andreotti dans une édition spéciale le 14 novembre 1990. La traduction intégrale est disponible sur le site du Réseau Voltaire.

[25] Ferraresi, Gladio, p.30, contient des citations du document d’Andreotti.

[26] Le père Giuciano témoigne devant son église dans le documentaire d’Allan Francovich, Gladio : The Puppeteers. Second des trois documentaires consacrés par Francovich au Gladio, diffusé sur la BBC2 le 17 juin 1992.

[27] Ferraresi, Gladio, p.31, contient des citations du document d’Andreotti.

[28] Citation de Ferraresi, Gladio, p.31.

[29] Norberto Bobbio cité par Ferraresi, Gladio, p.32.

[30] Müller, Gladio, p.27.

[31] Quotidien britannique The Observer du 18 novembre 1990.

[32] Agence de presse Reuters 12 novembre 1990.

[33] Ferraresi, Gladio, p.32.

[34] Périodique britannique The Economist, 30 mars 1991.

[35] « Senato della Repubblica. Commissione parlamentare d’inchiesta sul terrorismo in Italia e sulle cause della mancata individuazione dei responsabiliy delle stragi : Stragi e terrorismo in Italia dal dopoguerra al 1974. Relazione del Gruppo Democratici di Sinistra l’Ulivo. Roma June 2000 ». Philip Willan : « US ‘supported anti-left terror in Italy’. Report claims Washington used a strategy of tension in the cold war to stabilise the centre-right » dans le quotidien britannique The Guardian, du 24 juin 2000.

21/03/2009

Nicolas Sarkozy a remporté le CIA Awards 2009 du meilleur acteur

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Nicolas Sarkozy a remporté le CIA Awards 2009 du meilleur acteur pour sa magnifique prestation dans la superproduction américaine "OTAN en emporte la France"

Tous les plus grands professionnels de la scène politique étaient là pour assister à son triomphe. On reconnaissait au premier rang, Messieurs Barroso, Jospin, Strauss-Kahn, Kouchner, Le Pen, Roccard, Bayrou, Cohn-Bendit, Balladur, Besancenot, Chirac, Fabius, De Villiers, Hollande, Dupon-Aignan, Giscard d'Estaing, Chevènement, et bien d’autres…

Pas peu fier et visiblement très ému, Nicolas Sarkozy a déclaré en recevant le trophée des mains de son agent (traitant) Frank Wisner Jr. :

"Je remercie tous les professionnels de la désinformation qui me font l'honneur de me distinguer aujourd'hui et je remercie tous mes Kollaborateurs et tous mes prédécesseurs de droite, de gauche, du centre et d'ailleurs.

Cette récompense est d'abord la leur car sans leur Kollaboration zélée et leur dévouement de chaque instant, jamais cette aventure n'aurait pu être menée à son terme…

Merci donc à cette grande famille du spectacle politique qui depuis plus de 50 ans a porté ce projet d'Europe, ou d'OTAN, c'est pareil (rires dans la salle), pour la plus grande gloire de notre maître à tous : Oncle Sam !

Je remercie aussi tout particulièrement mes amis souverainistes, côté cour comme côté jardin, qui ont remarquablement su se glisser dans la peau de leurs personnages et incarner, qui le rôle de gaullistes plus vrais que nature, qui le rôle du brave peuple de gauche, défenseur des valeurs républicaines !

Je sais que ça n'a pas été toujours facile pour eux, car c'était une interprétation tout en nuances, mais ils peuvent être fiers du travail accompli puisqu’au bout du compte, le public n'y a vu que du feu ! (applaudissements)

Je tiens aussi à remercier nos amis de la presse dont on ne rappellera jamais assez le rôle clé qu'ils jouent quotidiennement pour promouvoir notre cinéma.

Et je sais que ce n'est pas à des professionnels comme vous, mes chers amis, que je vais apprendre l'importance primordiale d'un bon plan média pour arriver à vendre un tel film au public !

Pour finir, je voudrais profiter de l'occasion pour faire passer un petit message personnel au Grand Charles, si tu nous regardes (rires) :
Je sais, avec l'équipe, nous avons un tantinet changé ton scénario, surtout la fin.

Mais c'était la volonté des producteurs et comme tu sais : business is business…

Tu ne peux pas imaginer comme je suis content, maintenant que le rideau est enfin tombé, de ne plus être obligé de courir régulièrement à Colombey m'incliner sur ta tombe pour la presse !

Sans rancune, Charles !" (hilarité dans la salle et standing ovation)

 

Article original : Tout Sauf Sarkozy

07/03/2009

Le Mossad impliqué dans un complot contre la Turquie

Par Wayne Madsen : 15.01.2009

De récentes révélations, (Déjà rapportées par WMR), font état du fait que le Mossad israélien et les syndicats criminels de la « Chabad House » qui préparaient une opération, ont été était les cibles d’une attaque de rétorsion par une équipe Musulmane à Mumbai.

Ceci laisse à penser que le Mossad a de nouveau été impliqué dans le montage d’une opération criminelle, cette fois en Turquie.

Ce qui rend exemplaire ce dernier exemple de l’échec du service secret d’Israël dans une de ses activités criminelles et d’Organisations criminelles encore plus dangereuses, c’est que cette fois-ci c’est la Turquie qui est visée. Cette Turquie qui, à la différence d’Israël, est une alliée de L’OTAN, des Etats-Unis, et avec laquelle les Etats-Unis sont liés suivant le traité de protection des alliés de L’OTAN contre toute agression par des états non membres, dont Israël fait partie.

Les médias Turcs et d’autres médias du Moyen-Orient annoncent que le Mossad a été cité comme étant en rapport avec un criminel Turc de Droite et son équipe d’espions, connu comme Ergenekon ; lequel est accusé de vouloir renverser le « Justice and Development (AKP) Party », démocratiquement élu en Turquie, le parti du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et du Président Abdullah Gul. Plusieurs articles citent un rabbin Turc, Tuncay Guney, c’est-à-dire Daniel T. Guney et Daniel Levi dont le nom de code serait « Ipek » ou « Silk, » comme ayant servi d’agent double pour le « Turkish National Intelligence Organization » (MIT) infiltrés par des éléments du puissant groupe Ergenekon, un «état dans l’état ».

Guney avait été arrêté par les autorités Turques en 2001 pour la distribution de fausses cartes grises et de fausses plaques d’immatriculation pour des voitures de luxe. Un document récemment découvert par la presse Turque a révélé que Guney avait aussi infiltré une unité de renseignements de la police, le « JITEM », tout en travaillant avec Ergenekon pour déstabiliser la Turquie.

Guney fut exfiltré aux Etats-Unis ou il est maintenant à la tête du « B’nai Yaakov », la Synagogue et le Foyer municipal de Toronto, au Canada. Guney a nié être un agent d’Israël, de la Turquie ou des Etats-Unis mais le MIT a authentifié un document identifiant Guney comme un agent du MIT.

Le quotidien Turc « Hurriyethas » a publié que Guney avait servi dans l’ »Unité de Contre-terrorisme du MIT » (CTU) et dans l’unité du « MIT » qui surveille l’Iran. Hurriyet a aussi annoncé que Guney avait développé un contact au Consulat iranien à Istanbul avec Muhsin Karger, le Sous-secrétaire aux Affaires politiques du Consulat.

Guney a aussi prétendu être journaliste et a aussi allégué être membre du PKK. Silvyo Ovaydo, le leader de la communauté Turque Juive, a dénonçé Guney comme étant un faux rabbin et a dit qu’il n’était même pas enregistré comme rabbin au « B’nai Yaakov » la synagogue de Toronto. On dit que Guney a par ailleurs travaillé pour des organisations médiatiques Islamistes en Turquie, mais s’est soudainement converti au Judaïsme et est devenu " rabbin instantané" à Toronto.

Au coeur de l’histoire d’Ergenekon se trouve le Mossad et ses tentatives annoncées de transformer la Turquie en un autre Liban, ou en Cisjordanie /Gaza. En un pays détruit par les luttes interne et une guerre constante qui amènerait au pouvoir une dictature militaire de droite. Lors du procès d’un des meurtriers accusé du meurtre du Journaliste arméno-turc Hrant Dink, l’avocat d’un des meurtriers a demandé à un autre accusé, Erhan Tuncel, (comme Guney un ancien informateur occasionnel de la police), s’il avait une petite amie israélienne. Tuncel a refusé de répondre à la question, dénonçant une atteinte à sa vie privée.

Cependant, il était clair que ce que l’avocat voulait faire ressortir était le rapport avec le Mossad du meurtre commis par Dink ; un meurtre qui a été monté en épingle par les nationalistes Turcs anti-arméniens, par les trusts israélien, et lourdement souligné par les médias occidentaux sous influence du Lobby.

Quand 89 suspects ont été cités dans un acte d’accusation de 2 455 pages par la Cour criminelle d’Istanbul en juillet dernier, de nombreux officiers militaires Turcs furent mis à la retraite, et le réseau de néo-conservateur, particulièrement à Washington, qui est leur citadelle principale, avec Jérusalem et Londres, a commencé à tenter de refroidir l’affaire. Le terme "Théorie de la Conspiration" a été mis en avant autour des charges de l’acte d’accusation qui déclarait qu’Ergenekon avait joué un rôle essentiel dans la formation de plusieurs groupes terroristes Turcs pour perturber la politique du pays ; infiltrant y compris le Parti Ouvrier du Kurdistan illégal (PKK), le Hizbollah Turc, le Parti du Front marxiste - léniniste Populaire de Libération (dhkp-c) et le peu connu « Islamic Great East Raiders Front » (ibda-c). La fondation néoconservatrice « Jamestown » à Washington a alors déclaré les liaisons de l’acte d’accusation entre des éléments militaires Turcs et les terroristes radicaux comme une « Théorie de la Conspiration ».

Les organisations comme « Jamestown » n’avaient pas d’autre choix. S’il était prouvé, aussi en Turquie, que divers groupes terroristes comme « Al-Qaeda » les « Deccan Mujaheddin », et d’autres n’existent que grâce à l’aide financière et à l’appui des Américains, des Israéliens et d’autres structures des Services secrets militaires Occidentaux, les groupes comme « Jamestown » perdraient leurs raisons de vivre, c’est-à-dire mener leur propagande et recevoir les financement pour renforcer les terroriste croque-mitaines, les réels "Emmanuel Godsteins," vivants.

On annonce que Guney est le 86ème suspect dans l’acte d’accusation d’Ergenekon. On pense que Guney a révélé des information cruciales détaillée sur l’existence d’Ergenekon pour éviter d’être accusé de ce cas.

L’engagement de l’aile de l’Extrême droite militaire turque et des fonctionnaires du Renseignement et réseaux de crime organisés turcs, avec le Mossad et, probablement, les agents de la C.I.A. agissant de concert avec « Fethullah Gulen » un centres de Madrassa Turco-Islamique charismatique soupçonné d’être financé par la C.I.A. dans des activités parallèle Pan-Turco/Eurasiennes (Style : George Soros) pour servir les buts d’Ergenekon, est semblable au scénario maintenant découvert en Inde où le groupe peu connu appelé « Deccan Mujaheddin » avait été créé comme une opération false-flag par la Droite militaire indienne et les officiers de renseignement, allié avec le Mossad et les agents de C.I.A., pour semer la discorde en Inde et porter le « Bharatiya Janata Party-Shiv Sena Hindu » au Gouvernement.

Gulen possède quelques médias et des intérêts en Turquie et dirige des centres islamiques partout en Asie centrale, et même en Russie.

Dans les sondages, un tiers du public turc pense qu’ « Islamist Nurcu », la secte du leader charismatique Grand Hodja Fethullah Gulen, qui vit en Pennsylvanie, fait partie d’un mouvement qui tente de prendre le contrôle de l’état Turc, et un peu plus d’un tiers pense que Gulen est financé par « des intérêts internationaux ». Après qu’il ait été acquitté en Turquie pour sa tentative de renverser l’état laïc avec son organisation religieuse, Gulen s’est d’abord vu refuser une Carte Permanente de Résident ou "Carte Verte" par les Etats-Unis par la « U.S. Distrrict Court for the Eastern District of Pennsylvania ». Mais une Cour d’appel a accordé une Carte Verte à Gulen. En octobre de cette année, une Cour fédérale d’appel a découvert que les Services de l’immigration américains avaient incorrectement rejeté la demande de Gulen pour une « Carte Verte ». La cour d’appel décidé que Gulen était « un étranger de capacité extraordinaire », une décision qui lui a valu le statut de résident. Les observateurs soupçonnent que la C.I.A. est intervenue auprès de la cour pour la défense de Gulen. L’appui secret de Gulen pour l’ « AKP » peut être une police d’assurances par la C.I.A. pour entretenir un rapport proche avec le la « Tendance islamiste gouvernementale » de l’ « AKP » d’Ankara. L’administration de Bush, après sept ans de tentatives d’expulser Gulen en Turquie, a soudainement laissé tomber son opposition avec son statut de résidence permanent.

Le « Public Prosecutor in the U.S. Citizenship and Immigration Service », (USCIS), qui a plaidé le cas contre le statut de résident permanent de Gulen est persuadé, à travers des documents classifiés, que le mouvement de Gulen a été financièrement soutenu par l’Arabie Saoudite, l’Iran, le gouvernement Turc et la CIA. La déposition a démontré que quelques hommes d’affaires d’Ankara ont faits don jusqu’à 70 % de leur revenus au mouvement de Gulen.

Si les opérations de Gulen sont financées par la C.I.A. cela signifie que « l’Agence » peut être liée avec Ergenekon. Avec les Etats-Unis qui sont liés par un Traité de Défense Mutuel avec le gouvernement officiel de la Turquie cela met la C.I.A. potentiellement en violation de la Loi américaine. Et les connexions d’Israël avec Ergenekon sont en contradiction avec le faitque les Etats-Unis ont le devoir selon le traité de protéger son allié la Turquie d’une agression israélienne secrète ou manifeste.

Version française : blog "Illusions de mouvements"

Article original : Wayne Madsen

23/07/2008

Sarkozy – Bonjour l’OTAN, adieu la France

Il aurait dû être évident pour tous qu’une fois président, Sarkozy allait sacrifier la fragile neutralité militaire et politique de la France. Bien avant qu’il réussisse d’une manière ou d’une autre à remporter les élections présidentielles de 2007, il était déjà connu sous le nom de « Sarko l’Américain » sans parler de « Président Bling Bling ». Il est apparemment impossible pour un politicien français de vraiment admirer les bâtisseurs de l’empire américain (comme Sarko semble le faire) sans se prosterner à leurs pieds.

Après tout, il y a de grands avantages personnels à aligner la nation (que cela lui plaise ou non) et soi-même sur le dernier grand empire. Il y a ce sentiment d’être du « côté des gagnants » (qui peut désormais s’opposer au mastodonte ?) Il y a un accès immédiat à d'énormes avantages en termes de ressources, d'influences et de renseignements provenant de l’empire au moyen desquels des buts auparavant impossibles deviennent non seulement possibles mais également une question de politique.

Jusqu’à la nomination de Sarkozy en tant que président l’an dernier, la France avait une longue histoire de quarante années d’opposition franche au type de diplomatie étasunienne qui nous a conduits à la lucrative mais mortelle « guerre contre la terreur ». Tant qu’il y avait une puissance mondiale majeure encore relativement indépendante, il restait une troisième option – si des nations petites, mais stratégiquement importantes, n’étaient pas « avec les États-Unis » elles n’étaient pas par définition « avec les terroristes ». Elles pouvaient être « avec la France. »

En 1966, le président De Gaulle sortit la France des contraintes du commandement militaire de l’OTAN et flanqua à la porte toutes les forces militaires étrangères. De Gaulle avait compris que l’OTAN, malgré le discours des « puissances alliées », n’était guère plus que le quartier général des plans expansionnistes militaires étasuniens en Europe et naturellement il ne voulait pas être y impliqué. Aujourd’hui l’OTAN, et son Grand Quartier Général des Puissances Alliées en Europe, ou « SHAPE », basé juste au nord de Mons en Belgique demeure la couverture grâce à laquelle l’hégémonie étasunienne est exercée sur toutes les nations européennes, particulièrement les anciennes républiques soviétiques. Songez à la nature du commandement militaire de l’OTAN :

 

Les opérations militaires de l’OTAN sont dirigées par le président du Comité Militaire de l’OTAN, et se partagent en deux Commandements Stratégiques commandés tous les deux par un officier supérieur étasunien aidé d’une équipe issue des effectifs de l’OTAN. Les commandants stratégiques sont responsables devant le Comité Militaire pour la direction et la conduite globales de tous les dossiers militaires traités par l’Alliance au sein de leurs zones de commandement.

 

Avant 2003, les commandants stratégiques étaient le « Commandant Suprême des Forces Alliées en Europe » (SACEUR) et le « Commandant Suprême des Forces Alliées de l’Atlantique » (SACLANT) mais le plan actuel est de séparer la responsabilité du commandement entre le Commandement Allié Transformation (ACT), responsable de la transformation et de l’entraînement des forces de l’OTAN, et le Commandement Allié Opérations (ACO), responsables des opérations de l’OTAN dans le monde.

 

Le commandant du Commandement Allié Opérations a gardé le titre de « Commandant Suprême des Forces Alliées en Europe » (SACEUR), et est basé au Grand Quartier Général des Puissances Alliées en Europe (SHAPE). ACO est dirigé par SACEUR, un général étasunien quatre étoiles qui assure également le commandement des forces des Etats-Unis en Europe, dont le quartier général se trouve à Stuttgart en Allemagne.

 

Tout cela pourrait être dit beaucoup plus simplement ainsi : « l’armée et le gouvernement étasuniens dirigent l’OTAN. » Par conséquent, il est naturel qu'au sein des nations européennes souveraines tout dirigeant politique ou militaire qui se respecte veuille garder l’OTAN à distance. La France avait autrefois toute une série de chefs fiers-d’être-Français, maintenant elle a « Sarko l’Américain » et avec lui le début de la destruction de la souveraineté française.

C'est sans grande surprise que nous avons lu le mois dernier le plan de Sarkozy pour réformer radicalement l’armée française dans le but de faire face à « de nouvelles menaces diverses et variées », termes politiques signifiant « terroristes islamiques cinglés. »

Parlant comme un vrai bâtisseur d’empire, Sarkozy a dit :

« Désormais, la défense de la France est autant en jeu en France qu’à des milliers de kilomètres. »

Ce qui est encore un double langage politique pour dire « je prendrais bien une part de ce gâteau impérial s’il vous plait. »

Le ministre de la Défense de Sarkozy, Hervé Morin, est également monté au créneau :

« Il n’y a pas de risque d’invasion aujourd’hui … mais d'un autre côté nous devons être capables de déployer des forces pour participer à la stabilisation de régions ou de zones en crise. »

De nobles paroles en effet, mais je ne peux m’empêcher de me demander ce que les gens de ces « zones en crise » qui sont encore à déterminer, pourraient penser de ce nouvel intérêt manifesté par le gouvernement français à leur égard. Après tout, ils n’ont qu’à regarder l’Irak récemment libéré pour avoir une idée de ce que l’avenir peut leur réserver.

Le plan de Sarkozy, intitulé « Le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité du Pays » (ça vous semble familier ?) supprimera 54 000 postes militaires, tout en engageant plus de troupes françaises dans le carnage actuel en Afghanistan. Selon Sarkozy, l’objectif est d'économiser des fonds pour pourvoir financer une croissance des activités de renseignements, plus de dépenses pour les satellites et les drones, les systèmes de surveillance basés dans l’espace, les radars à longue portée détectant les menaces de missiles balistiques et une nouvelle technologie contre les cyber-attaques.

Sarkozy a dit :

« Aujourd’hui, la menace la plus immédiate est celle d’une attaque terroriste, la menace est là, elle est réelle, et nous savons qu’elle peut prendre demain une nouvelle forme encore plus grave, avec des moyens nucléaires, chimiques et biologiques. »

En substance, Sarkozy a mis en place ce que l’on appelle la « sécurité intérieure », colonne vertébrale de la stratégie de défense française pour faire face à ce qu’il a décrit comme « des menaces du terrorisme, des cyber-attaques et des désastres naturels. »

À nouveau, cela vous paraît-il familier ? Notez aussi la mention de la défense contre « les catastrophes naturelles. »

Plus important encore, il annoncera aussi le retour de l’armée française dans un des espaces vacants sous la botte du commandement militaire de l’OTAN (lire États-Unis). Rejoindre le commandement militaire de l’OTAN est très significatif, parce que toutes les autres mesures sont plus ou moins fondées là-dessus. C’est comme de dire que vous envisagez d’acheter toute sorte d’accessoires de bondage et de sado-maso, et puis d'ajouter, presque après coup, que vous avez signé comme membre à vie du Bohemian Grove Club, qui, coïncidence, a lancé ses 3 semaines d’amour le week-end dernier.

En essence, le but du livre blanc de Sarkozy est de transformer l’infrastructure de la défense française en un système offensif et de la placer à disposition des bellicistes étasuniens de la « guerre contre la terreur » .

Sans surprise, une consternation générale a suivi cette violente attaque contre l’indépendance militaire et politique de la France. La gauche politique l’a qualifiée de« preuve d’un basculement continu vers une politique pro-US sous Sarkozy. » Les syndicats ont dit que cela constituait une « destruction de la structure de la défense du pays » et ont appelé le personnel de la défense à mettre en place « des arrêts de travail et organiser des manifestations. » Même des membres du propre parti de Sarko ont critiqué ce plan, avec une douzaine de politiciens de l’UMP ayant signé une pétition demandant que le plan soit mis en attente ou que le gouvernement fournisse une compensation aux régions dont les bases seraient fermées.

Cependant, le plus grand tollé est venu des militaires eux-mêmes. Immédiatement après l’annonce du plan par Sarkozy, des centaines d’officiers assistant au briefing ont refusé de chanter l’hymne national. Deux jours plus tard, un groupe d’officiers issus de tous les services armés ont critiqué anonymement les réformes dans un éditorial publié dans le quotidien Le Figaro. Dans cet éditorial, les officiers ont déclaré : « Nous abandonnons le leadership militaire de l’Europe aux Britanniques, qui, comme chacun sait, ont une relation spéciale avec les États-Unis. » et ont dénoncé le manque de « personnel militaire compétent » ayant rédigé ce document « d’amateur. » En réponse, Sarkozy aurait fait appel aux services de renseignement pour dénicher ces responsables, ce qui poussa les plus hauts gradés à mettre en garde contre une « chasse aux sorcières. »

Cependant, il est désormais clair que Sarko nourrit peu de respect pour ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. La gauche politique française en a fait les frais (au moins jusqu’en 2012) lors de la (s)élection de l’an dernier, et Sarkozy a récemment montré son mépris pour le pouvoir des syndicats et la menace des grèves en déclarant : « désormais quand il y une grève en France, personne ne s'en aperçoit. » Pour Sarko, le seul problème soulevé par une américanisation supplémentaire de la structure de défense française concerne l’opinion des plus hauts gradés. Premièrement parce que les chefs militaires doivent être favorables à son plan s’il devait être mis en place et deuxièmement, parce que, contrairement aux politiciens, les militaires français sont respectés par le public français et sont considérés d’abord comme des citoyens et ensuite comme du personnel militaire. Une franche résistance du leadership militaire au plan de Sarkozy pourrait donc influencer fortement un public français qui est encore assez lucide pour réaliser que les militaires en savent plus sur les questions militaires que les politiciens. Donc pour autant qu’il l’aurait aimé, Sarkozy ne pouvait pas écarter allègrement les objections des militaires à son nouveau plan et aller de l’avant sans s’en soucier.

Mais Sarkozy a déjà fait savoir clairement qu’à partir du moment où il avait accédé à la présidence, une nouvelle ère avait commencé, que l’ancienne France démocratique était morte et remplacée par une France conçue uniquement à partir de sa vision personnelle, ou comme il l’a dramatiquement dit dans son discours inaugural, « ma France » - ou du moins la France de ceux qui l’ont poussé avec empressement au palais de l’Élysée.

Alors que faire de ces généraux et du public français ? Les précédentes administrations françaises avaient toujours capitulé devant la forte opposition populaire à une nouvelle législation, mais voici Sarko l’Américain, un étudiant compétent de l’empire qui, au début de cet été avait déjà appris la leçon principale en poussant le public à rallier son point de vue - grâce à la peur et au choc.

Et donc il y a juste deux semaines, le dimanche 29 juin, quelque chose d’inexplicable et de très traumatisant s'est produit pendant un spectacle militaire à Carcassonne dans le sud-ouest de la France.

La caserne Laperrine à Carcassonne, garnison du 3e Régiment Parachutiste d’Infanterie de Marine (RPIMA)[1] accueillait une journée portes ouvertes suivie par environ 1000 personnes, pour la plupart des familles du personnel militaire. Le 3e RPIMA fait partie d’un petit nombre d’unités qui sont les premières à intervenir en cas de crise. Ce régiment a pris part à de nombreuses opérations de haut niveau pour la France au cours des dernières décennies, y compris des interventions au Liban en 1978, au Tchad en 1983 et au Kosovo en 1999.

Dans le cadre de cette journée portes ouvertes, des exercices de libération d’otages ont eut lieu dans la zone sportive du complexe militaire. Cinq exercices avaient déjà été réalisés et vers 17h30, se déroulait le 6e et dernier exercice, au cours duquel un « otage » était libéré et les « terroristes » neutralisés. Soudain, pendant que les 11 fantassins accomplissaient cette « évasion », grâce aux fumigènes et aux munitions à blanc chargées dans leur fusil Famas, des cris éclatèrent et des membres du public qui observaient d’un endroit sûr à 100 m au bout du complexe, tombèrent au sol. En tout 15 membres du public et 2 soldats furent blessés, certains gravement, y compris un enfant de trois ans touché au cœur et au bras. On s’attend cependant à ce que tous se rétablissent complètement…

Sarkozy ne perdit pas de temps pour réagir et impliquer tout le commandement militaire, en déclarant que cet accident constituait un « relâchement inacceptable », promettant une « réponse rapide et sévère », ajoutant que « cela ne peut être sans conséquences » et que « toute la chaîne de commandement devrait s'expliquer. »

Deux enquêtes, l’une dirigée par le chef d’État-major, le général Bruno Cuche (nommé par Chirac) et l’autre par le procureur public furent immédiatement ouvertes, mais le ministre de la Défense Hervé Morin fit clairement comprendre qu’il n’était pas intéressé d’attendre et appela à des « sanctions immédiates… sans attendre les conclusions des enquêtes judiciaires et militaires. »

Ce ne sont guère les mots d’un homme rationnel, à moins qu’il suive un ordre du jour secret.

Plus tard dans la soirée, Sarkozy rencontra les plus haut gradés de l’armée française, y compris le général Cuche, et dans un de ces accès d’impétuosité qui l'ont rend tristement célèbre, il refusa de saluer le général Cuche ou n’importe lequel des militaires et, pointant son doigt vers eux, il s’exclama, « vous êtes tous irresponsables ! Vous n’êtes pas des professionnels, mais des amateurs ! »

Selon le magazine Le Point, le général Cuche fut scandalisé par la réaction particulièrement désagréable de Sarkozy à la situation. Et qui pourrait le blâmer ? Un officier supérieur a déclaré anonymement au Point que M. Sarkozy créait « une crise de confiance entre l’Élysée et l’armée. » Un autre a déclaré que l’incident marquait un « conflit entre deux cultures : celle de l'immédiat et du ‘bling-bling’ contre celle de la retenue, de la modestie et du sens de la responsabilité. »

Finalement (et cela prit à peine plus de 24 heures depuis l’incident de Carcassonne) le général Cuche a présenté sa démission (que Sarkozy a accepté avec bonheur) et plusieurs autres officiers, dont le commandant du 3e RPIMA, son adjoint et un officier responsable de la maintenance et la logistique, furent relevés de leurs fonctions. En outre les deux unités, comprenant des équipes entières d’hommes de troupe, furent immédiatement dissoutes, une salve d’ouverture, semble-t-il, en avance sur la restructuration planifiée par Sarkozy et prévue pour septembre 2008.

Maintenant, pour le simple observateur, tout ceci pourrait être vu comme le résultat naturel d’un malheureux accident militaire, quelqu’un devant néanmoins payer. Mais quand on regarde le contexte du livre blanc militaire de Sarkozy et la résistance qu’il rencontrait, cela prend une tournure différente. Surtout quand on observe les détails de l’accident.

Comme mentionné, 11 membres du 3e RPIMA dirigeaient un exercice de libération d’otages sur la zone sportive de la caserne. Une image de cette zone se trouve ci-dessous. Les spectateurs se situaient à 100 m environ de l'exercice à l’extrémité de la piste montrée dans cette image :

 

L’exercice se déroulait autour d'un campement dans lequel se trouvaient un soldat qui jouait le rôle de l’otage et un soldat qui jouait le rôle du terroriste. Les 11 fantassins sauveteurs approchèrent du campement par derrière et tuèrent le terroriste comme on peut le voir dans une image extraite de la vidéo de l’événement.

 

L’otage fut ensuite emmené avec eux pendant qu’ils se repliaient et que deux fantassins les couvraient en tirant, comme on peut le voir d’une autre image extraite d’une vidéo de l’exercice :

 

Tous les soldats impliqués devaient utiliser des munitions à blanc, ce qui leur permettaient de tirer en toute sécurité dans la direction du « terroriste », qui se trouvait dans la direction des spectateurs éloignés. Malheureusement, quand un des fantassins qui assurait le tir de couverture rechargea son fusil, il choisit un chargeur qui contenait des balles réelles plutôt que des munitions à blanc. Les cartouches à blanc sont d’une couleur différente et bien plus légères que les vraies cartouches, rendant extrêmement improbable qu’un soldat entraîné confonde l’une et l’autre. En outre, pour tirer des munitions à blanc dans un fusil réglementaire ordinaire, on doit utiliser un ‘Bouchon de Tir à Blanc’ ou ‘BTB’, et si de vraies munitions sont tirées avec un fusil muni de cet adaptateur, il y a de bonnes chances que le fusil ‘explose’.

Dans le cas de l’incident de Carcassonne, il semble que l’adaptateur était en place et que lorsque les vraies balles furent tirées, plutôt que de détruire le fusil, il permit de ralentir la vitesse des balles et de réduire leur précision. C’est peut-être pour cette raison qu’aucune des blessures des spectateurs ne fut fatale. Un rapport dans l’International Herald Tribune déclare que finalement seules quatre personnes ont été touchées par les balles, les autres ayant étant blessées par des impacts de gravier projeté par les balles qui touchèrent le sol. Il est aussi possible que le BTB ait été brisé et propulsé vers la foule, causant différentes blessures.

L’enquête officielle a conclu que le sergent de 28 ans qui a tiré les coups de feu a dû garder un chargeur de balles réelles d’un exercice d’entraînement quelques jours auparavant et qu’avant l’exercice, lorsqu'il a mis des chargeurs contenant des munitions à blanc dans sa ceinture, il n’a pas remarqué qu’il y avait déjà un chargeur contenant de vraies munitions. Ceci veut dire que, en supposant que le sergent ait retourné la ceinture à l’armurerie (comme il devait le faire), la personne responsable de l’armurerie n’a pas remarqué que la ceinture qui avait été ramenée à l'issue de l’exercice précédent contenait un chargeur avec des munitions réelles et qu’elle a redonné cette ceinture le jour de l’exercice public qui exigeait exclusivement des munitions à blanc.

Si cependant le sergent a ignoré délibérément le règlement et n’a pas retourné la ceinture après l’exercice de tir réel quelques jours auparavant, alors nous devons supposer que lui-même n’a pas remarqué ou ne s’est pas souvenu qu’elle contenait un chargeur de munitions réelles le jour de l’exercice public. Le sergent a été immédiatement arrêté, il attend le procès et n’a pas fait de déclaration autre que d’être d’accord avec la conclusion officielle. Comme noté, les officiers directement impliqués dans l’incident avaient déjà été relevés de leurs fonctions.

Le problème avec tout ceci est que le 3e RPIMA est généralement reconnu comme l’un des régiments les mieux entraînés en France et que le soldat en question était hautement expérimenté, sans trace de problèmes psychologiques qui pourraient avoir mené à un tel manquement inhabituel au règlement et à l’entraînement. Sarkozy, le ministre de la Défense Hervé Morin et le procureur public ont chacun répété qu’il n’y avait pas d’intention délibérée de la part du jeune sergent et que c’était un cas « d’erreur humaine. »

Au final, l'empressement de Sarkozy à accuser le commandement militaire, à arrêter le soldat en question et à relever de leurs fonctions tous ceux qui furent impliqués, y compris le chef d’État-major de l'Armée de Terre, et à présenter une conclusion plutôt insatisfaisante signifie que tout cet événement restera enveloppé de mystère – c’est-à-dire pour quiconque qui ne lit pas Sott.net.

Il y a, voyez-vous, une pièce à conviction très importante qui, pour quelque raison, n'a été présentée que dans quelques très rares communiqués parus dans les médias de masse. Cette pièce à conviction est présentée ci-dessous.

 

L’image ci-dessus montre une boîte de préservatifs contenant 10 cartouches réelles, qui a été découverte peu après l’exercice de Carcassonne par un journaliste du journal régional La Dépêche du Midi. (cliquez ici pour voir l’image sur le site de La Dépêche). Le journaliste a dit qu’il a trouvé la boîte par terre et qu’il a donné les cartouches au commissariat qui participait à l’enquête. Le journaliste a déclaré qu’il lui semblait que quelqu’un essayait de se « débarrasser de quelque chose. » Aucune mention de cette découverte n’a été faite dans les rapports officiels sur l’incident, chacun d'entre eux ayant présenté avec insistance « l’erreur humaine » comme cause de l'accident.

Ai-je alors besoin de développer une théorie alternative ? Ou bien est-ce évident ? Dans quelle mesure peut-on pénétrer dans l’armurerie d’une base militaire ? Dans quelle mesure un militaire peut-il pénétrer dans l’armurerie d’une base militaire ?

Au cours des 9 derniers mois, Sarkozy a essayé de convaincre ses détracteurs et le public que l’armée française et l’establishment de la défense souffraient d’un sérieux malaise et nécessitaient une restructuration radicale. Mais peu l’ont soutenu et la plupart, surtout parmi les militaires, se sont fortement opposés au plan. Puis un incident dramatique et traumatisant impliquant des civils se produit, et soudain les jeux sont faits et le chef d’État-major de l'Armée de Terre et plusieurs officiers supérieurs, la « vieille garde » pour ainsi dire, disparaissent. Mais plus que cela, Sarkozy se voit accordé un « mandat public » pour changer la situation, mandat reçu grâce à un traumatisme choquant et inexplicable infligé à la conscience publique. Cela vous paraît-il familier ?

Un témoin de l’incident de Carcassonne qui a vu les enfants couverts de sang a dit :

« Nous voyons ce genre de choses arriver en Amérique, un acte de folie, mais nous n’avons jamais imaginé que cela pourrait arriver ici. Faites attention, cela peut être le cas, et avoir 10 ou 20 morts, c’est terrible. »

Il semble que le surnom « Sarko l’Américain » ne doive pas être pris à la légère.

En France, le 14 juillet marque la prise de la Bastille, la commémoration du soulèvement de la nation française moderne contre la tyrannie de la royauté. Cette année Sarkozy était bien présent sur les Champs-Élysées, mais au dire de tout le monde s’il y avait été seul cela n'aurait rien changé, au moins du point de vue des milliers des militaires qui constituent traditionnellement le gros du défilé. C’était une « démonstration sans drapeaux » selon le quotidien Libération qui reconnaissait comme la plupart des autres journaux que « le cœur de l’armée n’y était pas. » Et nous sommes d’accord. Après tout, le peuple français en général ne voit sûrement pas d’un bon œil que le jour où il célèbre la victoire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen sur l’élitisme, le copinage et le totalitarisme, il doive aussi reconnaître que les « Princes de Paris » sont de retour et que cela puisse nécessiter une version moderne de la Révolution française pour les empêcher de remonter le temps et démanteler 218 ans de Liberté, d’Égalité et de Fraternité

[1] http://www.troupesdemarine.org/actuel/unites/3rpima.htm - NdT.

 

Article original : Sott.net, traduit par Henri R. pour Futur Quantique

 

08/04/2008

Sarkozy abat l'oeuvre gaulliste.

Sarkozy en visite à Kaboul le 22 décembre (Eric Feferberg/Reuters)

1745298742.jpgQuelques pages dans un petit carnet de note illustrent la distance parcourue en un peu plus d'un an dans le positionnement international de la France. Mes premières notes portent sur un "briefing" d'un conseiller de l'Elysée à l'époque de Jacques Chirac, en novembre 2006:

"L'Otan ne doit pas apparaître comme le gendarme d'un monde occidental bien pensant"... "l'Otan n'est pas l'alpha et l'omega de l'organisation de la sécurité internationale"... "le risque est que l'Otan devienne le club occidental de sécurité qui s'étendra au monde entier."

Quelques pages plus loin, des notes toutes fraîches, lors d'un "briefing" de l'ère Sarkozy, il y a quelques jours:

"Pendant trente ans, la France a été hypocrite. Elle a fait chier tout le monde, et elle y allait. On a joué au gaullisme à peu de frais. Nicolas Sarkozy dit clairement des choses qui étaient déjà dans les faits... Sa vision du monde: la France est dans le bloc occidental, c'est assumé, et c'est une rupture... L'Otan devient globale, y compris en Afrique".

 

"Situer la France au sein de sa famille occidentale"

Ces deux postures, à un an d'intervalle, sont au coeur du virage de la politique étrangère française, et ce tournant passe par l'Afghanistan, où la France va envoyer des renforts militaires, et par Bucarest, où Nicolas Sarkozy participe mercredi et jeudi au Sommet de l'Alliance atlantique.

Le successeur de Jacques Chirac assume son positionnement en des termes que n'auraient jamais employés ses prédécesseurs. "Relisez son discours de politique étrangère le plus important, celui qu'il a prononcé devant le corps diplomatique le 18 janvier", souligne notre "briefeur". On est allé voir, et, de fait, il affiche la couleur:

"J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. (...) En se plaçant clairement dans sa famille occidentale, la France, et c’était mon objectif, accroît sa crédibilité, sa marge d’action, sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille. D'ailleurs, comment espérer avoir de l'influence sur sa famille politique si, dans le même temps, on n'y a plus sa place ou si les membres de cette famille politique se méfient de vous? La capacité d'influence de la France sur sa famille occidentale tient à la clarté de son engagement et de ses choix.".

Appelons cela l'Atlantisme décomplexé... C'est donc le choix de l'engagement au côté des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, signifié par les deux grands voyages et deux grands discours prononcés par le Président à Washington en novembre et à Londres la semaine dernière. Le choix du retour plein et entier dans les structures militaires de l'Otan qui semble quasiment acquis. Dans le même temps, on entend dans les allées du pouvoir des phrases comme "Kohl-Mitterrand, Verdun, le sentimentalisme franco-allemand, c'est fini"... Un choix stratégique qui tourne le dos à quarante ans d'histoire, et, de fait, renvoie le gaullisme au musée des lubies françaises: une partie de l'UMP appréciera.

Faire intervenir l'Otan en Afrique?

Les Américains ont répondu positivement à l'ouverture que leur a offerte Sarkozy. On a ainsi vu défiler à Paris des responsables américains qui venaient flatter l'égo national en soulignant que les Français étaient les seuls en Europe, avec les Anglais, à savoir se battre, et qu'on avait besoin d'eux en Afghanistan:

"Les Allemands arrivent là-bas avec le mauvais matériel et ne veulent pas se battre, alors que vous, les Français, vous êtes bien entraînés et motivés, et avez l'expérience du désert"...

Le choix de Sarkozy aurait du sens s'il y avait une stratégie clairement définie, au-delà du repositionnement dans l'espoir de prendre la tête d'une défense européenne ressortie de la naphtaline. L'Otan n'a pas de stratégie évidente, ni sur sa manière de gagner face aux talibans en Afghanistan, ce qui ne l'empêche pas d'accroître ses effectifs, ni sur son rôle dans l'organisation de la sécurité mondiale.

Or, les deux nouveaux meilleurs amis de la France trainent toujours le boulet de leur engagement en Irak, et le lègueront sans doute à leurs successeurs, très prochainement à Washington, et peut-être aussi à Londres. Et, dans une fuite en avant de dernière minute, George Bush force la main à ses alliés pour engager des démarches d'adhésion pour l'Ukraine et la Géorgie, au grand dam de Vladimir Poutine qui sera vendredi à Bucarest pour faire, lui aussi, des adieux fracassants à ses ennemis préférés de l'Otan, et, sans doute, leur dire ses quatre vérités.

L'Otan est devenue incontournable: cette alliance militaire qui n'avait pas tiré un seul coup de feu avant la chute du mur de Berlin, est aujourd'hui en plein essor, non seulement en récupérant les uns après les autres tous les pays ex-communistes, mais surtout en devenant, de fait, le bras armé occidental dans le monde entier. Oubliés les vieux débats sans fin sur le "hors zone", c'est-à-dire sur les interventions hors du "théâtre" historique de la guerre froide, au coeur de l'Europe. A Paris, on est même prêt à envisager de voir l'Otan intervenir en Afrique, drôle de rupture avec la Françafrique!

Dans un monde où les institutions multilatérales comme l'ONU ont perdu toute capacité d'intervention, où les menaces sont diffuses et multiples, le discours sarkozyste a une logique de "bloc" qui peut sembler rassurante. Elle a toutefois l'inconvénient de s'aligner sans conditions sur des pompiers pyromanes, qui portent, avec leur unilatéralisme de la guerre d'Irak et leur incapacité à favoriser la moindre avancée dans les conflits du Moyen-Orient en général, une responsabilité majeure dans la dégradation du climat international. Pas vraiment rassurant, et les prochaines années montreront si la France ne sera pas sortie de son ambiguité diplomatique à ses dépens, pour paraphraser le Cardinal de Retz que Nicolas Sarkozy a choisi d'ignorer

Article original publié par Rue 89.

Note de P&P : Sarkozy qui pendant des années a mangé au râtelier du gaullisme vient de fouler aux pieds l’un des acquis majeurs obtenu par Charles De Gaulles : une véritable indépendance militaire et donc stratégique et militaire pour la France.

En intégrant l’OTAN Sarkozy vient de sacrifier cette liberté. La France a remis sa destinée géostratégique et militaire dans des mains étrangères. La France a fait acte d’allégeance aux Etats-Unis et s’est soumise à l’idéologie de ceux qui tirent les ficelles de Bush comme de Sarkozy.

Cette idéologie est barbare, xénophobe et terrifiante  vise au conflit global. L’émergence d’un bloc « blanc occidental judéo chrétien dominant » incluant Israël, l’Europe et les Etats-Unis et légitimant son existence à travers la haine, la peur, la stigmatisation et la destruction de l’autre, pillant les ressources, exterminant ses opposants et contrôlant ses habitants.

Au premier rang de ces cibles nous retrouverons bien sûr les pays musulmans - au sein desquels Liban et Palestine tiennent une place de choix - mais aussi la Chine et la Russie.

Citoyens français nous payons des impôts qui servent à couvrir nos mains du sang des enfants d’Afghanistan. Demain les innocents d’Irak, de Palestine ou d’Iran rejoindront leurs rangs.

Sarkozy a sacrifié l’indépendance militaire de la France sur l’autel de l’allégeance étasunienne (sans consultation du parlement), de même il a sacrifiée l’indépendance politique et financière de la France sur l’autel de l’oligarchie européenne (dans le total mépris du choix populaire clair exprimé par le référendum d’avril 2006).

L’OTAN comme l’Union Européenne sont des entités opaques et technocratiques n’ayant aucune légitimité démocratique. Le citoyen n’y a pas de poids, pas de rôle, pas de pouvoir. Son seul droit y est de travailler de consommer et de payer. Le fruit de notre labeur ainsi collecté alimente ces mêmes organisations et les cliques qui les contrôlent.