23.01.2009

Des balles dans la tête, un éclat d’obus dans la colonne vertébrale : les terribles blessures subies par un enfant de Gaza

Topaz Amoore
Telegraph

Samedi 17 janvier 2009

injuredboy_1241204c.jpg

Un jeune garçon palestinien blessé dans un hôpital de Gaza

 

Les docteurs d’un hôpital près de Gaza sont quasiment dépassés par le nombre d’enfants palestiniens ayant besoin de soins suite à des blessures par balle à la tête.

La semaine dernière, en une seule journée, le personnel soignant de l’hôpital El-Arish dans le Sinaï a dû mener des examens cérébraux poussés par tomographie axiale assistée par ordinateur sur un enfant de 9 ans, deux de 10 ans, et un autre de 14 ans – chacun d’entre eux avait encore une balle logée dans le cerveau, après avoir été la cible de tirs pendant l’attaque terrestre israélienne contre Gaza.

Le docteur Ahmed Yahia, chef du service de traumatologie, a annoncé à la grand-mère d’Anas, âgée de 9 ans, que sa petite fille ne survivrait pas.

« Anas était dans une coma profond lorsqu’elle est arrivée, et elle est toujours dans un coma profond » a déclaré Yahia. « La balle a endommagé une grande partie du cerveau. Elle est entrée dans le cerveau, a heurté la boîte crânienne puis a suivi une trajectoire descendante. J’ai vu de nombreuses blessures par balle et je pense que dans le cas présent les dégâts sont tellement importants qu’ils pourraient s’avérer mortels. »

Le Dr. Yahia, professeur de neurochirurgie qui a travaillé aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, estime que la balle a été tirée de près. « Si la balle change de direction dans le cerveau, cela signifie que sa vitesse et sa force de pénétration sont élevées » a-t-il déclaré.

« Je ne peux pas vraiment dire si ces enfants sont pris pour cibles, mais dans certains cas la balle entre par le front et pénètre vers l’arrière de la tête, j’en déduis donc que l’arme a été directement pointée vers l’enfant. »

Alors qu’Israël se préparait hier à un éventuel cessez-le-feu, ses dirigeants ont continué à nier que ses soldats ont délibérément ciblé des civils, reprochant aux combattants du Hamas de se cacher parmi les habitants de Gaza et de les utiliser comme boucliers humains.

Mais la magnitude des souffrances subies par Gaza et son énorme impact sur les plus jeunes sont indéniables. Les Nations Unies ont dénombré 346 enfants palestiniens tués depuis le début de l’attaque israélienne, tandis que selon le Hamas, le parti islamique radical qu’Israël essaye d’éliminer, il y a 410 enfants parmi les 1201 victimes palestiniennes.

Encore plus d’enfants ont été blessés – 1 630 selon le Hamas – parmi lesquels une proportion troublante ayant subi de graves blessures à la tête.

Des centaines de victimes de l’attaque israélienne qui dure depuis trois semaines ont été transférées à Rafah, de l’autre coté de la frontière égyptienne pour être traitées en urgence. Elles sont d’abord examinées à El-Arish, à quasiment 60 km de la frontière. Pour des patients qui sont souvent sous assistance respiratoire, il s’agit d’un dangereux périple à travers une zone de combat.

D’après l’un des chefs d’équipe de l’hôpital, le docteur Ayman Abd al-Hadi, il s’agit du pire conflit qu’il ait connu. «  Nous avons reçu un enfant qui avait deux balles dans la tête et nulle part ailleurs », a-t-il déclaré « nous pensons que cela signifie quelque chose ».

Il a loué les équipes médicales de Gaza qui ont réussi à sauver tant de vies malgré des pénuries de personnels, de consommables et d’équipements. « Mais seulement un petit pourcentage survit à des blessures par balles à la tête » a-t-il ajouté. Si nous voyons ici trois enfants survivre à de telles blessures, ils y en a probablement 97 à Gaza qui en sont morts.

Les docteurs de cet hôpital petit mais bien équipé n’essayent pas d’extraire les balles, mais conduisent un examen complet et tentent de stabiliser les patients, dont la plupart sont inconscients – avant de les envoyer vers les hôpitaux du Caire, et dans certains cas à l’étranger pour des traitements plus complexes. Une infime partie des survivants sont susceptibles de récupérer totalement. La plupart des enfants victimes de telles blessures resteront probablement paralysés pour le reste de leurs jours.

D’autres enfants souffrent de blessures différentes mais tout aussi horribles – comme Samer, qui n’a pas encore trois ans, qui est allongée et joue avec un gant de chirurgien gonflé comme un ballon tandis que son médecin égyptien essaye de la distraire de la douleur provoquée par la perfusion d’antalgiques qu’il s’apprête à lui enfoncer dans la main.

Après qu’elle ait reçu une balle dans la colonne vertébrale devant sa maison à Gaza, les équipes de secours ont mis trois heures pour arriver jusqu’à cette enfant à la beauté exceptionnelle. Son oncle, Hassan Abedrabo, a déclaré que Samer avait été touchée par une balle israélienne qui avait atteint la moelle épinière et l’avait laissée paralysée. Ses deux sœurs, âgées de 2 et de 6 ans, ont été tuées au cours de la même attaque alors qu’elle tentaient de fuir les tanks tout proches qui bombardaient leur maison de Jabaliya dans le nord de Gaza.

La mère a été touchée deux fois mais a survécu. M. Abedrabo a déclaré que leur grand-mère qui agitait un drapeau blanc en tête de cette tragique procession familiale a perdu un bras après avoir reçu une balle.

Samer a été depuis transférée vers un hôpital belge, mais les médecins égyptiens qui l’ont prise en charge à El-Arish pensent qu’elle ne pourra plus jamais marcher. Si elle est trop jeune pour comprendre de quoi désormais son futur sera fait, Samer sait ce qui lui est arrivé. « Les juifs m’ont tiré dessus » a-t-elle dit en Arabe. « Et ils ont tué ma petite sœur ».

M. Abedrabo, l’oncle de Samer, a insisté sur le fait qu’il n’y avait aucun combattant du Hamas dans leur maison la semaine dernière lorsque les tanks israéliens ont ouvert le feu. Il est partisan du Fatah, le pire adversaire politique du Hamas, dirigé par le président palestinien Mahmoud Abbas.

« Les tanks ont commencé à tirer sur le quatrième étage » a déclaré M. Abedrabo au cours d’une visite à l’hôpital auprès de sa nièce. Une trentaine de personnes se sont réfugiées au rez-de-chaussée tandis que les tanks détruisaient le troisième étage, puis le deuxième, puis le premier.

« La maison a commencé à trembler et nous étions terrifiés » a-t-il ajouté. « Les femmes et les enfants hurlaient, croyant que la maison allait s’effondrer. »

« Comme je parle hébreu, je me suis adressé aux Israéliens. L’officier a dit : « sortez », les femmes et les filles sont sorties en premier tout en agitant un drapeau blanc. Ils ont ouvert le feu alors qu’elles étaient à 15 mètres d’eux. Comment ne pas voir que c’était des enfants ? Ils le voyaient bien. »

Trois heures plus tard, lorsqu’un cousin est arrivé avec des médecins palestiniens, 8 personnes étaient encore dans la maison. A ce moment-là, M. Abedrabo a déclaré que des missiles tirés par des F-16 israéliens ont détruit ce qui restait du bâtiment, tuant ceux qui étaient encore à l’intérieur.

Les psychiatres de l’hôpital, qui voient chacun des patients, s’inquiétaient en particulier pour ce jeune garçon de 13 ans, qui, grièvement blessé par des éclats d’obus, est resté coincé sous les décombres de sa maison pendant trois jours. Il a vu les chiens commencer à dévorer les cadavres des membres de sa famille situés autour de lui.

Alors que la semaine dernière, les pressions internationales exercées à l’égard des deux parties augmentaient en vue d’un cessez-le-feu, il y avait peu de signes d’une évolution négative de l’opinion publique israélienne par rapport à cette campagne.

A l’occasion d’une décision controversée, l’association israélienne des Droits de l’Homme a protesté contre le sort réservé aux enfants palestiniens en achetant une page entière dans le quotidien Haaretz. Elle y pleurait la mort d’enfants de tous âges et affichait le mot « stop » en lettres rouge vif.

« Peu ont conscience du prix que paye la population civile de Gaza » a déclaré Nirit Moskovitz, un porte-parole de l’association. «  La société israélienne a besoin qu’on lui rappelle que des individus en chair et en os et des enfants innocents souffrent. Les enfants touchent la corde sensible de chacun d’entre nous et c’est pour cela que nous avons décidé de nous focaliser sur eux.

Les docteurs d’El-Arish ne peuvent pas vérifier individuellement les témoignages des victimes de Gaza. Mais rien de ce qu’ils ont vu ne contredit les déclarations de civils selon lesquelles ils ont été délibérément pris pour cibles.

 

Traduction française : Axel D. pour Futur Quantique.

27.08.2008

La karcherisation (à la sauce sioniste) des médias français se poursuit

L'interviewer interviewé :
Richard Labévière, journaliste, s'explique sur son licenciement abusif par Radio France International (RFI), suite à son interview du président syrien Bachar el Assad, en juillet 2008... Ubuesque, kafkaïen, les mots manquent pour décrire le grotesque de ce licenciement abusif d'un journaliste connu pour son professionalisme et sa bonne connaissance du dossier proche et moyen-oriental !!
L'affaire Richard Labévière s'inscrit dans l'orwellisation en cours de la presse française, la remise en cause du pluralisme journalistique et de la liberté d'expression au pays des Lumières. Avec, pour horizon, la volonté d'imposer une lecture unique, néo-conservatrice et inconditionnellement pro-israélienne des crises et des relations internationales.
Soutenir ce journaliste irréprochable, qui assigne en justice la chaîne publique qui l'employait, c'est soutenir la presse libre dont tout citoyen a besoin.

Un article d'Acrimed relaie l'affaire :

Licenciement de Richard Labévière, rédacteur en chef à RFI

Mise en ligne : 23 août 2008

Richard Labévière, rédacteur en chef à Radio France Internationale (RFI), a été brutalement licencié le 11 août 2008, avec l’aval de la société des journalistes (SDJ). Prétexte : une interview dont il aurait omis d’informer sa hiérarchie du président syrien Bachar al-Assad (quelques jours avant sa venue à Paris pour la célébration du 14-Juillet) En cause : son regard critique vis-à-vis des politiques israélienne et occidentale au Proche et au Moyen-Orient ?

Nous publions ci-après le communiqué la CFDT-Médias, seul syndicat qui, à ce jour, soutienne le licencié et les extraits d’une lettre que ce dernier a adressée en forme de protestation à la direction de RFI ainsi que l’adresse d’une pétition en ligne (Acrimed)

Communiqué de la CFDT

L’intervieweur français du président syrien Bachar al-Assad licencié par RFI !

Le 8 juillet dernier, Richard Labévière, rédacteur en chef à RFI, obtenait en exclusivité pour RFI et TV5-Monde une interview du président syrien Bachar al-Assad, à la veille de sa venue à Paris.

Dans n’importe quel organe d’information, cette réussite aurait été saluée par la Direction. A RFI, il en est autrement : faire son métier est passible de licenciement. Celui-ci a été notifié à Richard Labévière, ce lundi 11 août, malgré un enchainement de fautes de procédures. En dépit de dysfonctionnements internes et imputables aux seules directions de RFI et TV5-Monde, le dossier d’accusation reste désespérément vide.

A moins de trois semaines du voyage du président de la République Nicolas Sarkozy en Syrie, la direction de l’Audiovisuel Extérieur de la France licencie l’un des journalistes experts des questions proche et moyen-orientales, infligeant ainsi un camouflet aux autorités syriennes qui avaient décidé d’accorder cette interview à Richard Labévière. Mais peut-être que la Directrice générale de l’Audiovisuel Extérieur de la France saura en informer à temps le ministre des Affaires étrangères ? Cet incident grave constitue le dernier épisode caractérisant l’attitude répétitive de harcèlement de la direction de RFI à l’encontre de Richard Labévière, portant atteinte à ses droits et à sa réputation professionnelle.

Depuis son entrée à RFI en 2000, il a été mis fin à ses fonctions de chef du service Etranger en 2003. Ses nouvelles fonctions d’éditorialiste international ont été brutalement interrompues en octobre 2005. Depuis lors, il n’a conservé que la production du magazine hebdomadaire « Géopolitiques ».

Paris, le 12 août 2008

Extraits [1] d’une lettre de Richard Labévière à la direction de RFI :

… adressée à Martine Paris, Directrice des ressources humaines. CC : Alain de Pouzilhac, Christine Ockrent, Geneviève Goëtzinger, Pierre Koelsch.

- Constat : j’ai procédé pour l’interview du président syrien comme je l’ai fait pour les derniers grands entretiens effectués dans le cadre du magazine « Géopolitiques » - dont j’étais le producteur responsable - sans que cela soulève la moindre remarque de ma hiérarchie. Ainsi : le sociologue Edgar Morin (23/12/2006) ; l’ethnologue Jean Malaurie (7/4/2007) ; le général libanais Michel Aoun (2/6/2007) ; l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine (17/11/2007) ; le juge international Claude Jorda (29/12/2007) ; le philosophe Régis Debray (28/2/2008) et le conseiller spécial du Président de la République Henri Guaino (19/07/2008).

- Question : comment se fait-il qu’un tract de la SDJ (Société des journalistes de RFI) affirme dès le 11 juillet, c’est-à-dire cinq jours avant le lancement de la procédure de mon licenciement : « La SDJ s’est étonnée des conditions d’obtention de l’interview du président syrien Bachar al-Assad. Cette interview a été négociée par un journaliste de RFI sans que la hiérarchie et le service international n’en soient informés ». Comment la SDJ était-elle au courant ? Comment la SDJ a-t-elle eu accès aux pièces du dossier disciplinaire avant même que celui-ci ne soit officiellement constitué ? »

- Enfin, je ne vois toujours pas quel préjudice l’Audiovisuel extérieur de la France aurait subi à cause de cette interview. RFI et TV5-Monde qui l’ont diffusée, ne sont-elles pas les filiales de cette seule entité ? La nouvelle directrice de TV5-Monde vient, du reste, d’annoncer le lancement d’une émission de politique internationale coproduite par RFI et TV5-Monde.

Dès lors que j’ai informé ma hiérarchie de l’accord définitif de la présidence syrienne pour l’interview, dès lors que j’ai demandé, sans succès, un technicien de reportage (le Tour de France vous apparaissait alors prioritaire !), dès lors que je suis parti à Damas, précipitamment il est vrai, mais avec l’aval de ma hiérarchie, je ne comprends pas quelle prétendue déloyauté peut m’être reprochée.

Vous n’ignoriez ni le fait que l’interview était également filmée par votre partenaire TV5-Monde, ni le fait que le président Assad n’avait agréé qu’un seul journaliste pour cette interview, en l’espèce moi-même.

Pour l’ensemble de ces raisons, j’estime que mes droits fondamentaux de citoyen, de travailleur et spécialement de journaliste n’ont pas été respectés et que les motifs du licenciement portent atteinte à mon indépendance de journaliste et au respect tant de ma personne que de mon travail.

La gravité de la situation m’amène à saisir sans délai les juridictions compétentes.

__________________________________________________________________

Une pétition de soutien peut être signée en ligne.

[1] Recueillis sur le site de Bellaciao.