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18/02/2010

Projet de censure globale de l’Internet sous couvert de lutte contre le « racisme ».

Toutsaufsarkozy, 17/02/10

Grâce à une instrumentalisation méthodique et progressive de la lutte contre le « racisme » (prétexte), un projet de censure globale de l’Internet est en cours de réalisation, ce mouvement de fond qui se dessine dans les arcanes du pouvoir est symptomatique de la défiance de nos « élites » envers le peuple qu’il souhaite « surveiller » de plus près. Jusqu’à présent encore très peu réglementé, Internet s’est généralisé depuis une dizaine d’années, c’est vraiment la nouveauté de la décennie et on y est désormais tellement habitué qu’on se demanderait presque comment on a pu vivre si longtemps sans ce média aux possibilités si riches et si libres, eh bien à ce niveau il semblerait que nous ayons quelque souci à nous faire car sur ce média jusqu’alors si prodigieusement indépendant, de sombres nuages viennent s’amonceler à une vitesse accélérée, jugez un peu :

D’abord la loi Hadopi, (mauvaise loi diront beaucoup, car sa médiocre rédaction trahit le manque de compréhension technique de l’outil par ses rédacteurs) vise à traquer le téléchargement illégal, encore cette loi n’a t elle pour but que de s’attaquer à ceux qui en contournant les procédures légales de chargement de fichiers provoqueraient un manque à gagner pour les auteurs mais ne touche a priori nullement le contenu du Web, n’empêche on pouvait craindre par la mise en place d’outils techniques de surveillance que la prochaine étape viserait la teneur des sites Internet eux-mêmes et bien cette menace n’a pas tardé à se faire jour, ô bien sur, habillée comme il se doit des meilleures intentions, il doit s’agir de moraliser le Net en le débarrassant de ses éléments subversifs, or qu’est ce qui à notre époque est considéré comme subversif par excellence ? Le racisme bien sur, véritable « peste morale » qui risque en permanence de contaminer nos concitoyens ! « Conscients » du problème les plus hautes autorités de l’état ont fissa commandé la rédaction d’un rapport sur la lutte contre le racisme (sic) sur Internet, gageons qu’après cette 1ère étape du « combat moral », la prochaine étape consistera à rechercher les moyens d’attaquer directement les sites « déviants » eux-mêmes en les interdisant purement et simplement et en poursuivant leurs hébergeurs à partir du moment où peu ou prou le contenu de ces sites risquerait de porter atteinte aux « valeurs démocratiques » de nos sociétés (toujours l’habillage sémantique) mais pour l’instant concentrons nous sur ce que signifie « lutter contre le racisme sur Internet » dans l’esprit de nos dirigeants !

La photo mise en illustration montre Isabelle Falque-Pierrotin (retenez bien ce nom car cette personne va certainement jouer un rôle de plus en plus important) remettant à François Fillon le rapport « lutter contre le racisme sur internet » le 21 janvier dernier à Matignon, or qui est cette Mme Falque-Pierrotin ? Officiellement elle est Conseillère d’Etat et présidente du Forum des droits (sic) sur l’internet, diplômée HEC et ENA (cela aide à comprendre la suite) encore plus explicite elle a été nominée en 2007 au Big Brother Awards pour "sa collaboration déterminée à l’évitement de toute évaluation scientifique et contradictoire de l’utilisation du vote électronique en France, et notamment, courant 2007, des machines à voter", le Big Brother Awards est une récompense « à destination des gouvernements et entreprises … qui font le plus pour menacer la vie privée » et bien voila qq. indices de nature à alimenter notre inquiétude sur « l’orientation » éventuelle de ce rapport … mais venons en au fait c’est à dire au contenu du rapport lui-même :

Celui-ci épais de 64 pages est téléchargeable ici-lien, plutôt que d’en faire une analyse exhaustive (et ennuyeuse) tâchons d’en relever les passages les plus significatifs :

p.5 Synthèse rapide, la conclusion est en quelque sorte au début, pratique si on n’a pas envie de lire

p.10 Propos introductif, là c’est croustillant, les 3 tout premiers mots comme les 3 sorcières de Macbeth donnent déjà à fond l’ambiance de la suite : « Le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme » bigre c’est du lourd !

p.15 tous les Agoravoxiens reconnaîtront en photo la vidéo du bus francilien, un régal que le commentaire qui l’accompagne, je cite :
« Cette agression filmée, qui n’avait aucun caractère raciste du propos même de la victime, a été détournée pour attribuer à une population ou une communauté religieuse un type de comportement (raciste). »

Or nous savons que la victime, étudiant à Sciences Po, est inféodé de facto à la pensée unique, aussi tout le monde a pu voir sur cette vidéo l’origine ethnique des agresseurs qu’il est bien sûr politiquement incorrect d’énoncer, enfin les racistes ce sont ceux qui ont le mauvais goût d’appeler un chat, un chat, la doxa prohibant l’usage de certains mots, bref par ce simple exemple on est fixé sur le type de publication d’Internet que le pouvoir a dans le collimateur !

p.25 je cite : « les sites négationnistes ou révisionnistes sont hébergés aux États-Unis, en Russie et sont en recherche de paradis numériques » la Russie, dernier espace de liberté européen en ce qui concerne le Net ? n’est ce pas un magnifique retournement historique ? laisse songeur ..

p.43 à lire absolument : au §3 la liste des associations « luttant » contre les 3 « maux » suprêmes, très intéressant car elle marque la philosophie du rapport en énonçant quels doivent être les relais sociaux de l’action du pouvoir dans cette « lutte », on y trouve les institutionnels avec la Halde, les confessionnels avec le CFCM et surtout le CRIF très souvent cité dans le rapport et qui doit donc être considéré à notre époque comme la référence éthique incontournable ? enfin sont énumérés les 3 mousquetaires de la vertu civique à savoir la Licra, le Mrap, la Ldh sans oublier d’Artagnan (SOS racisme) ! Si avec ça on n’a pas encore compris ceux que le pouvoir considère comme légitimes …

p.49 « il n’apparaît pas nécessaire de renforcer le dispositif répressif actuel » fausse bonne nouvelle, voir la suite …

p.51 « il semble utile d’encourager la poursuite d’un plus grand nombre de faits, y compris lorsqu’aucune partie civile n’est présente, et d’adresser aussi bien, les cas les plus graves que ceux qui relèvent du racisme ordinaire » nous voilà utilement rassurés ! surtout par cette merveilleuse appellation de racisme ordinaire, ça va faire du monde de concerné !

p.53 §4 « Faire mieux connaître les condamnations liées au racisme sur internet » comprendre : semer l’effroi dans la population internaute afin de rendre à terme Internet « lisse » comme les médias traditionnels …

p.57 au §2 il est prévu d’accorder encore des subventions aux associations « bien-pensantes », décidément l’état toujours en déficit n’est pas avare quand il s’agit de se doter de délateurs !

p.59 les hébergeurs du Web.2 (suivez mon regard) sont bien les premiers visés comme devant coopérer à la nouvelle croisade pour la sainte épuration du réseau des réseaux, amen !

Un mot encore sur l’orthodoxie morale du premier ministre en exercice qui a commandité ce rapport, gentil Fillon est on ne peut plus politiquement correct, qu’il aille au dîner du Crif ou réciter son catéchisme à Europe 1, avec lui pas de souci sur sa correction en matière de pensée !



1/Parlons Net reçoit Isabelle Falque Pierroti
envoyé par FranceInfo. - L'info video en direct.


Bien plus évocateur et « parlant » que ce long rapport, l’interview du 5 février dernier de Mme Falque-Pierrotin sur France Info permet d’apprécier l’état d’esprit qui anime les auteurs de ce rapport, c’est éloquent :
- elle y est interrogée par 3 gentils délégués des médias subventionnés dont on peut trouver la liste sur ce site qui met en ligne les 2 parties de l’entretien le tout coché par David Abiker fidèle gardien du Temple de la pensée unique, je me suis limité pour des raisons pratiques à ne commenter que la 1ère vidéo, d’ailleurs plus concrète et plus instructive, voici quelques propos parmi les principaux relevés au passage ;

3’58 votre rapport ne fait pas mention de l’opinion de la société civile du Net ? (question pertinente de David Abiker, suit la réponse)

4’20 bah, c’est qu’on n’a pas eu le temps de les associer (bonjour la démocratie)

7’06 mais je vous rassure, nous avons auditionné les hébergeurs (ouf !)

9’33 les Français n’ont pas encore compris ce qu’est Internet (un mauvais point madame ?)

11’22 les gens n’ont pas intégré ce qu’est cet espace médiatique (mauvais élèves ces Français)

13’15 mise en place d’une véritable éducation aux médias (retourner à l’école bientôt)

13’48 former une génération à la socialisation de l’Internet (toujours la rééducation)

16’12 on a tous les moyens pour lutter contre ce type de débordement (alors de quoi on parle ?)

16’41 le racisme ordinaire (ennemi ô combien insidieux) contre lequel il serait pédagogique (encore l’éducation) d’avoir 1 ou 2 condamnations (faire un exemple, enfin !)

18’35 il pourrait y avoir quelques poursuites dirigées contre le racisme ordinaire (la vermine à extirper)

22’38 les Etats-Unis (ont) l’abri du 1er amendement (bah mince c’est pas bien alors le 1er amendement qui garantit la liberté d’opinion ?)

23’12 la dérive de l’Internet … (il est temps que prenne fin cette absence de contrôle)

Surtout ce qui frappe à l’audition de Mme Falque-Pierrotin, c’est l’emploi répété du mot de « racisme » qui revient un nombre incessant de fois comme un leitmotiv tout au long de son discours ; pour cette personne intelligente, cultivée, d’aspect sympathique (si sincèrement) mais terriblement conformiste tout en étant persuadée d’être progressiste, qui en fait incarne parfaitement la bien-pensance officielle, donc dans l’esprit de cette personne si bien éduquée le « racisme » fait figure de véritable perversion morale qu’il convient à tout prix d’extirper comme les inquisiteurs traquant l’hérésie, bizarre qu’il n’y ait pas plus d’interrogation philosophique sur le caractère simpliste et arbitraire de cette déviance selon elle et de l’impossibilité d’en fournir une définition honnête et impartiale, non le racisme n’est au fond qu’une sorte de maladie dégénérative de la plèbe trahissant son manque d’évolution et de maturité, il ne fait nul doute dans l’esprit de ces zélites (qui n’habitent que les beaux quartiers) que toute pensée « raciste » est à mettre sur le compte d’un défaut de maturité d’esprit, à partir de là il convient de subjuguer ce nouveau fléau grâce à une sévère rééducation, tous ceux pensant différemment ont tort … ça ne vous rappelle rien ?

Par cette déclaration de guerre à toute expression de « racisme » chez nos concitoyens il s’agit :
- d’annihiler la possibilité de tout sursaut identitaire (attention dérapage !) chez les Français en instaurant une police de la pensée ;
- de prendre prétexte de la mise en place d’un système de contrôle pour censurer progressivement tout le Net, repérer et proscrire toute pensée déviante, toute information dérangeante ;
Ce rapport et cette interview trahissent en fait le mépris profond qu’ont nos « élites » vis-à-vis du peuple, si celui-ci ne pense pas comme eux, il ne peut qu’avoir tort et il convient de le rééduquer (sous entendu ils nous sont supérieurs), il y aurait en définitive une ligne de partage invisible entre le bien incarné par les pouvoirs publics, les médias officiels et les associations subventionnées et le médiocre, le vulgaire voire le mal que sont toute opinion non liftée par la pensée officielle et par extension tout média encore non contrôlé avec au 1er chef bien sûr Internet, la mise au pas s’annonce rude !

12/02/2010

LOPPSI : l'installation de mouchards chez les suspects est adoptée

Numerama, 11 janvier 2010

Sous l'autorité et le contrôle du juge d'instruction qui devra motiver son ordonnance, les autorités de police pourront désormais installer des mouchards sur les ordinateurs des suspects de nombreux crimes et délits. Cependant les garde-fous seront vains lorsque le juge d'instruction sera supprimé, comme le prévoit le gouvernement.

Les députés ont adopté jeudi presque sans débat l'article 23 du projet de loi Loppsi qui prévoit de donner aux officiers et agents de police judiciaire la possibilité de pénétrer chez les suspects de crimes et délits pour installer des mouchards sur leur système informatique. Ces mouchards doivent permettre à la police de voir et d'enregister à distance les données "telles qu'elles s'affichent sur un écran pour l'utilisateur d'un (ordinateur) ou telles qu'il les y introduit par saisie de caractères".

Pour le gouvernement, il s'agit d'adapter à l'ère informatique les dispositifs d'écoute téléphonique. C'est particulièrement utile dans le cas de communications chiffrées qu'il serait trop coûteux ou long de déchiffrer dans le cas d'une captation à distance éventuellement réalisée via les routeurs du fournisseur d'accès à Internet.

En soit, il est difficile de reprocher au gouvernement de vouloir surveiller y compris les communications électroniques des personnes suspectées de préparer des crimes ou délits très graves pour la sécurité publique. Cependant les députés de l'opposition ont pointé du doigt l'étendue des cas où une telle surveillance pourra être opérée. Il s'agit de tous les crimes et délits listés à l'article 706-73 du code de procédure pénale, qui vise notamment le fameux "délit de solidarité" (l'aide apportée à un étranger en situation irrégulière), ou encore la "non-justification de ressources correspondant au train de vie". Le gouvernement a refusé de faire des exceptions.

Le dispositif est "prévu pour lutter contre l'ensemble des infractions commises en bande organisées, sans exclusive", a ainsi insisté Brice Hortefeux. De son côté le rapporteur Eric Ciotti (UMP) a demandé à ce que l'on fasse "confiance au juge d'instruction" pour encadrer les cas où l'installation des mouchards pourra être autorisée. Mais c'est oublier que le gouvernement prévoit justement la suppression du juge d'instruction, ce qui donnera au Procureur de la République seul le pouvoir d'encadrer ces dispositifs. Or le procureur est dépendant du parquet, qui répond à la Chancellerie.

10/06/2009

Hadopi : le Conseil constitutionnel censure la riposte graduée

La Quadrature du Net

10 juin 2009

hadopi-mortuaire.jpg

Le Conseil Constitutionnel a rendu sa décision1 concernant la loi HADOPI, dernière étape avant la promulgation de la loi. Les sages ont décidé que l'accès à internet et la présomption d'innocence sont plus importantes que des dispositifs imbéciles voulus par industries du divertissement pour prolonger leurs modèles obsolètes.

Tout pouvoir de sanction (coupure de l'accès Internet) a été enlevé à la HADOPI.

« C'est une grande victoire pour les citoyens qui ont prouvé qu'ils pouvaient agir ensemble pour protéger leur liberté. La riposte graduée est finalement enterrée. Il ne reste qu'une immense machine à spams pour les industries du divertissement et payée par le contribuable. Mais cela ne marque pas la fin de la volonté de Nicolas Sarkozy de contrôler Internet. La prochaine loi, LOPPSI2, sera bientôt examinée et pourrait instaurer le filtrage des contenus sur internet. Les citoyens doivent célébrer cette grande victoire mais rester vigilants..." déclare, Jérémie Zimmermann, porte-parole de La Quadrature du Net, guilleret.

1. http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/2009/decisions-par-date/2009/2009-580-dc/decision-n-2009-580-dc-du-10-juin-2009.42666.html (FR)
2. Voir le dossier LOPPSI : http://www.laquadrature.net/fr/loppsi

20/05/2009

Décryptage : Sarkozy et son oeuvre de contrôle du net

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 20 Mai 2009 à 09h08 

"Le président de la République actuel a un plan". C'est la première phrase du livre de François Bayrou, Abus de Pouvoir, et l'on peut la vérifier au moins en ce qui concerne le contrôle du net. Depuis la loi DADVSI où il était président de l'UMP et ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy a déployé son plan pour contrôler le net. Il a commencé à l'appliquer avant-même la loi Hadopi, et prévoit de le parachever avec la Loppsi. Dans cet article exceptionnellement long, Numerama tente un décryptage du net selon Sarkozy.

Petit à petit, les pièces du puzzle s'assemblent et l'image se révèle sous nos yeux. Le projet de loi Création et Internet n'a pas encore été promulgué que déjà le morceau suivant s'apprête à faire son apparition. Projet de loi après projet de loi, décret après décret, nomination après nomination, Nicolas Sarkozy prépare méthodiquement les moyens pour le gouvernement de contrôler Internet... et les internautes.

Lundi, Le Monde a publié un excellent article sur la prochaine loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi, ou Lopsi 2), qui montre ce que prévoit le nouveau texte commandé par Nicolas Sarkozy : installation de mouchards électroniques sans vérification de leur légalité par les services de l'Etat, légalisation des chevaux de Troie comme mode d'écoute à distance, création d'un super-fichier "Périclès" regroupant de nombreuses données personnelles (numéros de carte grise, permis de conduire, numéros IMEI des téléphones mobiles, factures...), création d'un délit d'usurpation d'identité, pouvoir de géolocaliser les internautes, ...

Sans cesse repoussée, la loi est attendue de pieds fermes par Nicolas Sarkozy. C'est d'ailleurs en partie elle qui a justifié l'obsession du Président à maintenir contre vents et marée la loi Hadopi. Car "le président de la République actuel a un plan". Pour le comprendre, il nous faut accumuler les pièces à conviction. Certaines relèvent très certainement de la paranoïa, d'autres sont véritablement réfléchies par le Président.

Mises bout à bout, elles laissent peu de doute sur la volonté de Nicolas Sarkozy de contrôler le net, aussi bien dans son contenu que dans son infrastructure.

Au commencement, Nicolas Sarkozy voulu devenir Président

Très tôt dans sa carrière politique, Nicolas Sarkozy n'a eu qu'une obsession : devenir président de la République. Et une vision : pour y parvenir, il fallait contrôler les médias. Maire de Neuilly-Sur-Seine, il s'efforce de faire entrer rapidement dans son cercle d'amis proches les Martin Bouygues, Lagardère (père et fils) et autres Dassault qui le conduiront par leur amitié complice au sommet du pouvoir. C'est d'autant plus facile que ces capitaines d'industrie, propriétaires de médias, dépendent pour l'essentiel de leurs revenus des commandes de l'Etat. Entre amis, on sait se rendre des services...

Toute cette énergie de réseautage a été mise au service de son ambition présidentielle. En 2007, c'était la bonne. Première tentative, première victoire. Mais Nicolas Sarkozy a eu chaud. Il avait négligé Internet. A quelques points près, François Bayrou - qui a au contraire beaucoup misé sur Internet pendant la campagne - passait devant Ségolène Royal au premier tour de la Présidentielle, et c'est le leader du MoDem qui se serait retrouvé à l'Elysée.

Il serait faux toutefois de prétendre que Nicolas Sarkozy, qui s'était assuré le soutien du bloggeur Loïc Le Meur (à l'époque le plus influent), s'est aperçu trop tard du pouvoir du net. Fraîchement élu, le président Sarkozy n'avait pas tardé à demander "l'avènement d'un internet civilisé", prônant une "campagne de civilisation des nouveaux réseaux". Le coup de Trafalgar du refus de la Constitution européenne par les Français avait montré pour la première fois au monde politique les limites des médias traditionnels face à Internet, où l'opposition au texte européen fut virulente. Les amis de Nicolas Sarkozy dans les grands médias et l'industrie culturelle l'ont très vite convaincu qu'il fallait faire quelque chose. Lui pour conserver le pouvoir, eux pour limiter cette concurrence gênante. C'est Renaud Donnedieu de Vabres (RDDV) qui s'est chargé des basses oeuvres, sous l'oeil attentif de son président de l'UMP et ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy.

DADVSI et HADOPI : les premières pierres vers le filtrage

Derrière les apparences d'une première loi contre le piratage sur Internet, comme l'avait prédit le journaliste américain Dan Gillmor, c'est une alliance à trois qui s'est formée entre le pouvoir politique, le pouvoir médiatique et l'industrie culturelle. A peine la riposte graduée (déjà) adoptée, RDDV avait prévenu que la loi DADVSI "n'est que le premier d'une longue série d'adaptations de notre droit à l'ère numérique", et qu'il comptait bien s'attaquer "un jour au problème de la presse et de l'Internet". C'était en 2006.

Affaibli par la débâcle de DADVSI, le ministre de la Culture n'a pas eu le temps de mettre son projet en application. Mais l'idée d'accorder un label à la presse professionnelle en ligne et de doter les sites de presse d'un statut particulier opposé aux blogs était née. Nicolas Sarkozy l'a mise en application cette année. Le tout en permettant à la vieille presse papier de bénéficier par ailleurs de substantielles aides de l'Etat, contraires à la libre concurrence, pour investir le net.

Avec la loi Hadopi, qu'il a maintenu jusqu'à mettre en péril la cohésion du groupe UMP, le chef de l'Etat a réussi à imposer à tous les foyers français l'installation d'un "logiciel de sécurisation", qui, sous la forme d'un mouchard, aura pour but de filtrer les sites internet et certains logiciels. Soit de manière franche, en bloquant l'accès à des contenus ou des protocoles. Soit de manière plus sournoise, en mettant en place un système qui met en avant les sites labellisés par l'Hadopi ou par les ministères compétents, pour mieux discréditer les autres. Les sites de presse professionnels feront bien sûr partis un jour des sites labellisés, tandis que la multitude de blogs ou de sites édités par des journalistes non professionnels verront leur crédibilité mise en doute. Pour le moment on ne sait rien du périmètre des caractéristiques imposées par l'Etat aux logiciels de sécurisation, et c'est bien là sujet d'inquiétudes. Il suffira d'étendre par décret la liste des fonctionnalités exigées pour que la censure se fasse de plus en plus large et précise, hors du contrôle du législateur ou du juge.

LOPPSI : le filtrage imposé aux FAI

Si elle prévoit la création de ce logiciel de sécurisation, et suggère fortement son installation, la loi Hadopi ne fait cependant pas de son installation une obligation. Le risque d'inconstitutionnalité serait trop fort. Il faut donc compléter le tableau, en organisant un filtrage au niveau de l'infrastructure du réseau. C'est le rôle de la loi Loppsi, chapeautée par Michèle Alliot-Marie.

Entre autres choses, la Loppsi va imposer aux FAI une obligation de filtrage de résultat. Ils auront le devoir de bloquer l'accès à des sites dont la liste sera déterminée par l'administration, sous le secret. Ce qui n'est pas sansposer d'énormes problèmes dans les quelques pays qui ont déjà mis en place cette idée. Là aussi, une fois mis le pied dans la porte, sous prétexte de lutter contre la pédophilie (une tentation du pathos contre laquelle il faut résister), il suffira d'étendre la liste des exceptions qui donnent droit au filtrage. Ici pour les maisons de disquesvictimes de piratage, là pour les sites de presse suspectés de diffamation, ou pour les sites de jeux d'argent qui ne payent pas leurs impôts en France. La liste n'aura de limites que l'imagination et l'audace des gouvernants.

Encore faut-il que ces idées de contrôle du net puissent se mettre en place sur le terrain, ce qui nécessite des hommes et des femmes peu regardants. C'est dans cet art que Nicolas Sarkozy excelle le plus.

Le choix des hommes, le triomphe des idées

Dès 2006, Nicolas Sarkozy a compris qu'il aura besoin de verrouiller son gouvernement et les télécoms pour mettre en place son plan de contrôle d'internet. Christine Boutin, qui avait été une farouche et convaincante opposante à la loi DADVSI fin 2005 (au point de faire basculer le vote de certains députés UMP pour la licence globale), et qui avait défendu l'idée d'un internet libre, s'est ensuite mue dans un silence confondant à la reprise des débats en mars 2006. En échange, et entre temps, elle a reçu la promesse de Nicolas Sarkozy d'entrer au gouvernement après les élections présidentielles si elle mettait sa langue dans sa poche. Les deux ont tenu parole.

Président de la République, Nicolas Sarkozy a ainsi composé son gouvernement de manière à accomplir son oeuvre sans opposition interne. Nadine Morano à la Famille, et Michèle Alliot-Marie à l'Intérieur, n'ont pas eu besoin de forcer leur nature pour prêcher la censure de certains sites Internet ou le filtrage des sites pédophiles ou terroristes. Porte-parole de l'UMP, pilotée par l'Elysée, le lobbyiste Frédéric Lefebvre ne passe plus une semaine sans se confondre en invectives contre Internet, et réclamer le filtrage. En plaçant l'ex-socialiste Eric Besson au numérique, Sarkozy pensait peut-être aussi paralyser les critiques à la fois de son propre camp et de l'opposition, tout en s'assurant le soutien d'un homme qui a troqué ses convictions pour son ambition. En le remplaçant par Nathalie Kosciusko-Morizet, plus rebelle, Sarkozy a pris un risque. Mais il fait aussi un pari. Celui que son frère Pierre Kosciusko-Morizet, président des deux plus gros lobbys français du numérique hostiles au filtrage, serait moins audible dans son opposition si sa soeur est systématiquement suspectée de collusionlorsqu'elle défend le même point de vue. Ce qui n'a pas manqué lorsque PKM a prêché, dans le vide, un moratoire sur la loi Hadopi.

Il a fallu aussi convaincre dans les télécoms. Free, à la nature frondeuse, reste le plus difficile à manipuler pour Nicolas Sarkozy. Il a toutefois trouvé une arme : la quatrième licence 3G. L'opérateur sait qu'elle va être rapidement indispensable pour continuer à concurrencer Bouygues, SFR et Orange, qui peuvent tous proposer des offres regroupant ADSL et mobile. Mais elle est dépendante de la volonté du gouvernement. Très rapidement, Christine Albanel a fait comprendre à Free qu'il devrait être obéissant pour espérer accéder à la fameuse licence. Depuis, le dossier ne cesse d'être repoussé sous des prétextes fumeux, et Free a mis de l'eau dans son vin contre Hadopi et contre le filtrage, dans l'espoir de ne pas hypothéquer ses chances d'avoir accès à la téléphonie mobile.

Pis, Nicolas Sarkozy a fait nommer numéro deux de France Telecom Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde, qui ne compte "que des amis" dans la commission qui déterminera le prix de la quatrième licence 3G. L'homme aura également pour mission de mettre en oeuvre le filtrage chez Orange, qu'il dirigera d'ici deux ans.

Le contrôle des institutions ayant leur mot à dire sur le filtrage

Enfin, Nicolas Sarkozy s'est également assuré de contrôler les institutions qui pourraient lui faire de l'ombre. La CNIL, qui s'est opposée à l'Hadopi, n'aura pas le droit de siéger au sein de la haute autorité. Les amendements le proposant ont été refusés. Elle n'a pas non plus eu le droit de publier son avis contre la loi Hadopi, et les deux députés commissaires de la CNIL, tous les deux membres de l'UMP, ont voté pour la loi. L'un des deux, Philippe Gosselin, a même été un farouche défenseur de la loi à l'Assemblée, et sans doute au sein de l'institution. Dans son dernier rapport annuel, la CNIL a dénoncé l'omerta imposée par le gouvernement, et son manque d'indépendance, notamment financière.

Plus directement, Nicolas Sarkozy a également évincé l'autorité de régulation des télécommunications (Arcep) des études sur le filtrage, auquel elle était hostile. Redoutant que l'autorité ne reste trop à l'écoute des professionnels des télécoms et des internautes, le président de la République a récemment mis à la tête de l'ArcepJean-Ludovic Silicani, l'ancien président du Conseil de la propriété littéraire et artistique (CSPLA). Un homme notoirement favorable au filtrage et à la lutte contre le P2P. Le CSPLA, rattaché au ministère de la Culture, compte par ailleurs parmi ses membres le Professeur Sirenelli, à qui le gouvernement confie quasiment toutes les missions juridiques liées au filtrage depuis quatre ans, avec un résultat certain.

Finalement, c'est au niveau européen que Nicolas Sarkozy compte ses plus forts adversaires. Il a entamé un bras de fer avec le Parlement Européen sur l'amendement Bono, et exerce un lobbying intense sur les Etats membres pour qu'ils refusent de marquer dans le marbre le principe du respect de la neutralité du net, contraire au filtrage. Il peut compter sur le soutien de Silvio Berlusconi, propriétaire de médias, qui met en place exactement le même plan en Italie. Mais il redoute l'opposition des députés européens.

D'où l'importance des élections européennes du 7 juin prochain. De leur résultat dépendera peut-être la réussite ou l'échec du plan mis en place par Nicolas Sarkozy.