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25/06/2009

HADOPI 2 : le gouvernement envisage le recours à l'ordonnance pénale

Le blog de maître Eolas, 18 juin 2009

On commence à en savoir un peu plus sur la deuxième loi Titanic HADOPI, pour combler les brèches ouvertes par le Conseil constitutionnel. Le volet répressif est abandonné, dans le sens où la future HADOPI, et la Commission de Protection des Droits (CPD) qui est son prophète, n'auront aucun pouvoir de sanction propre. Tout passera par le juge.

Se pose donc un nouveau problème. La justice est engorgée et fonctionne à flux tendu. Lui confier un contentieux de masse crée une menace d'asphyxie, ou suppose l'abandon de poursuites dans d'autres domaines, mais lesquels ? Les violences conjugales, les vols de voiture, le trafic de stupéfiant ? L'hypothèse de fournir à la justice les moyens dont elle a besoin étant naturellement exclue, rien n'étant plus nocif qu'un juge qui a les moyens de juger.

Reste donc la trousse de bricolage, aussi connue sous le nom de : “ ce n'est pas une question de moyens, c'est une question de méthode. ”

Et le gouvernement a trouvé la rustine idéale à ses yeux : l'ordonnance pénale.

Oui, amis juristes, esclaffez-vous à l'envi : on va juger des affaires de contrefaçon par voie électronique par ordonnance pénale.

Oui, amis mékéskidis, je vais vous expliquer.

L'ordonnance pénale, c'est la technocratie appliquée à la justice. L'idée a d'abord été créée pour faire face aux contentieux de masse posant peu de problèmes de preuve, à savoir : les contraventions routières. Ces contraventions sont matériellement simples (feu rouge grillé, excès de vitesse constaté par un appareil) et obéissent à des règles de preuve qui limitent considérablement les droits de la défense et pour lesquels un extrait du casier judiciaire est suffisant pour que le juge fixe une peine adéquate. Le système est le suivant : le parquet présente le dossier avec ses preuves à un juge, qui soit va le rejeter, auquel cas libre au parquet de faire citer à une audience ordinaire ou de classer sans suite, soit le juge estime que les preuves sont réunies et va rendre une ordonnance pénale déclarant le prévenu qui en l'occurrence n'est pas prévenu qu'il est prévenu (si vous me suivez…) coupable et prononçant une peine. L'ordonnance est ensuite notifiée au condamné qui peut alors au choix ne rien faire, auquel cas l'ordonnance devient définitive, l'amende est due et les points de permis perdus (on peut être frappé de suspension de permis par ordonnance pénale) soit faire opposition dans un délai de 15 jours auquel cas le condamné est convoqué à une audience, au cours de laquelle le juge réduit à néant l'ordonnance pénale (c'est obligatoire) et rejuge l'affaire. Avec à la clef une peine plus forte si la culpabilité est établie, pour des raisons qui je l'avoue m'échappent : je ne vois pas en quoi une personne, fût-elle coupable (toutes ne le sont pas, une grande partie ne peut prouver son innocence, tout simplement), qui souhaite exercer ses droits de la défense mérite une peine plus lourde. Mais c'est un autre débat.

L'ordonnance pénale appliquée aux contraventions a donné des résultats satisfaisants. Pour le ministère s'entend : augmentation, à budget constant, du nombre de condamnations. Que cela se fasse au prix du sacrifice des droits de la défense n'est qu'un dommage collatéral non pris en compte dans les statistiques. Du coup, la procédure a été élargie aux délits par la loi Perben I du 9 septembre 2002. Selon la technique habituelle de l'exception qui s'élargit discrètement, cette procédure, baptisée “ procédure simplifiée ” (la simplification étant de se passer du prévenu et de son avocat…) était réservée aux délits du code de la route, dont une bonne part sont d'anciennes contraventions devenues délits selon la technique dite “ néanderthal ” du législateur, qui pense que pour lutter contre un délit il suffit de taper plus fort.

Puis, peu à peu, on a ajouté des délits à la liste, qui figure à l'article 495 du Code de procédure pénale :

Peuvent être soumis à la procédure simplifiée prévue à la présente section :

1° Les délits prévus par le code de la route et les contraventions connexes prévues par ce code ;

2° Les délits en matière de réglementations relatives aux transports terrestres ;

3° Les délits prévus au titre IV du livre IV du code de commerce pour lesquels une peine d'emprisonnement n'est pas encourue ;

4° Le délit d'usage de produits stupéfiants prévu par le premier alinéa de l'article L. 3421-1 du code de la santé publique ;

5° Le délit prévu par l'article L. 126-3 du code de la construction et de l'habitation (le fameux délit d'occupation de hall d'immeuble).

La différence étant que le délai pour l'opposition passe de 15 à 45 jours en matière délictuelle et surtout qu'aucune peine de prison ne peut être prononcée par cette voie (la contrefaçon est punie de jusqu'à cinq trois ans d'emprisonnement, et cinq en bande organisée, rappelons-le).

On voit donc l'idée de génie : le juge de l'ordonnance pénale fera le travail de la Commission de Protection des Droits. Il ne reste qu'à ajouter une peine complémentaire de suspension de l'accès à internet et le tour est joué : on a un juge qui suspend l'accès à internet sans avoir à rallonger d'un centime le budget de la justice. Si avec ça, la ministre n'est pas reconduite dans le prochain gouvernement !

Sauf que, vous vous en souvenez, je disais au début de l'article que le juriste s'esclaffe, alors que là, le mékéskidis reste placide, voire morose.

C'est parce que deux points font que cette idée est, pour le moins, très mauvaise. Un point de fait et un point de droit.

Le point de fait est que cette procédure ne peut fonctionner que pour des délits très simples à établir. Conduire sans permis, ou à plus de 180 km/h sur l'autoroute, avoir fumé du cannabis (prouvé par une analyse sanguine ou d'urine), être dans un hall d'immeuble…). La contrefaçon, surtout par voie informatique, c'est autre chose. Il faut que le parquet apporte la preuve : que l'œuvre téléchargée était protégée (on peut télécharger plein d'œuvres libres de droits sur bittorrent ou eMule…), que le téléchargeur savait qu'il téléchargeait une œuvre protégée (les noms de fichiers peuvent être trompeurs quant à leur contenu, et on ne peut savoir ce qu'il y a réellement dans un fichier avant qu'il n'ait été téléchargé), et tout simplement identifier le téléchargeur, ce que l'adresse IP ne suffit pas à établir. Bref, il est à craindre que la plupart des ordonnances pénales demandées sur la base des dossiers montés par la CPD soient refusées par le juge pour preuve non rapportée. Le parquet devra donc ouvrir une enquête de police, ce qui fait perdre tout l'intérêt simplificateur : la police étant le bras séculier du parquet, la faire enquêter sur des contrefaçons l'empêche d'enquêter sur d'autres affaires.

Le point de droit est que cette loi est contraire à l'intérêt des artistes, ce qui est un amusant paradoxe. En effet, l'ordonnance pénale suppose que la victime ne demande pas de dommages-intérêts (article 495 du CPP, al. 9). Donc les ayant droits ne pourront pas demander réparation de leur préjudice. Ils doivent sacrifier leur rémunération à leur soif de répression. Quand on sait que leur motivation dans ce combat est de lutter contre un manque à gagner, on constate qu'il y a pire ennemi des artistes que les pirates : c'est l'État qui veut les protéger.

Ajoutons que l'ordonnance pénale n'est pas applicable aux mineurs (article 495 du CPP alinéa 8) et que lesdits mineurs forment une part non négligeable des équipages de pirates du web, mais que la CPD sera incapable de garantir que l'auteur du téléchargement illicite est majeur, et on sent que la loi HADOPI 2 promet de bons moments de rigolade.

Si elle entre en vigueur.

Car la Némésis d'Albanel, le Conseil constitutionnel, veille. Et le Conseil a eu l'occasion de se prononcer sur la procédure simplifiée appliquée aux délits. Voici ce qu'il en a dit à l'époque (Décision n° 2002-461 DC du 29 août 2002) :

77. Considérant que, si le législateur peut prévoir des règles de procédure différentes selon les faits, les situations et les personnes auxquelles elles s'appliquent, c'est à la condition que ces différences ne procèdent pas de discriminations injustifiées et que soient assurées aux justiciables des garanties égales, notamment quant au respect du principe des droits de la défense, qui implique en particulier l'existence d'une procédure juste et équitable ;

78. Considérant, en premier lieu, qu'aux termes de l'article 495 du code de procédure pénale, le ministère public ne peut recourir à la procédure simplifiée que " lorsqu'il résulte de l'enquête de police judiciaire que les faits reprochés au prévenu sont établis et que les renseignements concernant la personnalité de celui-ci, et notamment ses charges et ses ressources, sont suffisants pour permettre la détermination de la peine " ;

Déjà, il n'y aura pas d'enquête de police judiciaire puisque c'est une autorité administrative qui réunira les preuves. Ensuite, déjà qu'une adresse IP ne permet pas d'identifier l'utilisateur de l'ordinateur, je doute qu'elle permettre de connaître sa personnalité et ses ressources (encore que : le pirate qui télécharge l'intégrale de Marilyn Manson est probablement une jeune fille mineure aux cheveux et ongles noirs, qui aime la mort et les poneys et n'a pas assez d'argent de poche).

79. Considérant, en deuxième lieu, que, si l'article 495-1 du même code donne au ministère public le pouvoir de choisir la procédure simplifiée, dans le respect des conditions fixées par l'article 495, c'est en raison du fait que la charge de la poursuite et de la preuve lui incombe ;

80. Considérant, en troisième lieu, que si le président du tribunal estime qu'un débat contradictoire est utile ou qu'une peine d'emprisonnement devrait être prononcée, il doit renvoyer le dossier au ministère public ;

81. Considérant, en dernier lieu, que les dispositions des nouveaux articles 495 à 495-6 du code de procédure pénale apportent à la personne qui fait l'objet d'une ordonnance pénale, quant au respect des droits de la défense, des garanties équivalentes à celles dont elle aurait bénéficié si l'affaire avait été directement portée devant le tribunal correctionnel ; qu'en effet, l'ordonnance doit être motivée ; que le prévenu dispose d'un délai de quarante-cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance pour former opposition ; que, dans cette hypothèse, l'affaire fait l'objet devant le tribunal correctionnel d'un débat contradictoire et public au cours duquel l'intéressé a droit à l'assistance d'un avocat ; qu'il doit être informé de ces règles ; que l'ensemble de ces dispositions garantit de façon suffisante l'existence d'un procès juste et équitable ;

Pour résumer : l'ordonnance pénale délictuelle est conforme à la constitution car le ministère public a le choix de recourir ou non à cette procédure, que le président peut refuser de condamner par cette voie, et que le prévenu peut toujours faire opposition, ces trois garanties assurant l'équité de la procédure pour le Conseil.

Il faudra donc que le texte qui sortira des débats parlementaires respectent ces principes. Le problème est que l'idée centrale du projet HADOPI est justement de contourner tous ces principes constitutionnels, qui ne sont, pour le Gouvernement, que des obstacles.

Pourvu que Christine Albanel ne soit pas reconduite dans ses fonctions, pour lui éviter de gravir une troisième fois le golgotha.

Note : Pas de 3e supplice pour la pauvre Christine, remerciée comme une malpropre. Maintenant, on a droit à un homme de "gôche", Frédéric Mitterrand, pour défendre le dossier Hadopire. Gageons qu'il sera autant aux ordres de Talonettes 1er que ne le fut Albanulle. Et aussi incompétent.

07/06/2009

Eva Joly, quand les héros sont contraints à l'exil

 



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© TF1

 

 

Comme vous l’avez certainement remarqué, nous dédions généralement nos colonnes aux stigmates d’un Etat totalitaire toujours plus oppressant, à la propagande colportée par des médias serviles, au moult mensonges proférés par nos dirigeants ou aux collusions entre les différentes sphères de pouvoir.

Une fois n’est pas coutume et aujourd’hui nous dérogeons à la règle pour mettre à l’honneur une personnalité exceptionnelle qui tout au long de sa carrière a fait preuve d’un courage, d’une intégrité et d’une persévérance hors du commun.

Qualités rares qui auraient bien pu lui coûter la vie et qui l’ont obligée à s’exiler loin, très loin de la France à qui elle a pourtant tellement donné.

Cette personnalité exemplaire est Eva Joly. De l’affaire Elf à la condamnation de Bernard Tapie, de la Françafrique aux paradis fiscaux en passant par le Crédit Lyonnais ou l’affaire des frégates de Taiwan, elle a rétabli justice et équité là où ambition, prédation et mensonges sont les maîtres mots.

Nous aurions pu dresser un inventaire exhaustif des périples et rebondissements qui ont émaillé la carrière juridique de Eva Joly.

Mais à quoi bon, d’autres ont déjà décrit tout cela dans le détail et finalement c’est toujours la même histoire : une juge seule contre tous, des circuits de corruption qui remontent au plus hauts sommets du pouvoir, des puissants qui ont recours littéralement à tous les moyens (séductions, faux-témoignages, menaces, mensonges…), les médias et la magistrature à la botte des escrocs en cols blancs et limousines, le pouvoir politique qui fait tout pour étouffer les affaires…

Alors plutôt que vous livrer une liste à le Prévert des patrons escrocs, de condamnations suivies de non-lieux, des désinformations distillées sans scrupules par les médias, nous allons nous pencher sur la vision macrosociale particulièrement pertinente qu’Eva Joly a forgée pendant ces années d’enquêtes, de solitude et de peur.

Bien heureusement, les pouvoirs en place n’ont pas totalement réussi à museler Eva Joly qui a réussi à écrire et faire publier deux livres retraçant son parcours.

La censure n’ayant pu fonctionner, la machine à calomnier a tourné à plein régime pour discréditer l’intéressée et le contenu de ces ouvrages qui en disent long sur la société dans laquelle nous vivons et sur la véritable nature de nos élites.

En 2000 Eva Joly a publié « Notre affaire à tous », suivi en 2003 de « Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? ».

Nous ne saurions trop vous recommander la lecture de ces ouvrages passionnants et … édifiants.

Il existe un premier dénominateur commun aux affaires traitées par Eva Joly : à contrario de la plupart de ses collègues, elle a osé s’attaquer aux dossiers les plus sensibles, et ce avec un professionnalisme et une probité rarement rencontrés.

A l’opposé d’un système où les juges sont censés regarder ailleurs et donner au peuple l’illusion que justice est rendue en lui jetant en pâture quelques bandits de seconde zone, Eva Joly a compris que pour combattre le Mal il faut s’attaquer au sommet de la pyramide, cibler cette poignée d’hommes de pouvoir qui, sans foi ni loi, formatent, asservissent et gangrènent nos sociétés :

Aujourd'hui, je me rends compte du tabou que j'ai brisé. J'avais quitté les rivages ordinaires de la justice. Lorsque j'étais substitut du procureur et que je poursuivais des dealers, c'était une situation acceptée par tout le monde. Mais tout ce qui était admis pour les trafiquants de drogue devenait soudain scandaleux appliqué aux corrupteurs et aux corrompus.
.(Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent", Le Monde, 3 juin 2000)

Mais on n’arrive pas par hasard au sommet de cette hiérarchie, celui qui réussit voit son parcours jonché de mensonges, de trahisons, de cadavres, de manipulations, d’ambitions, de séductions, de promesses… Des traits qui ne peuvent que nous rappeler le profil du psychopathe en col blanc établi par les Dr. Hare et Babiak dans « Snakes in Suit ». D’ailleurs Eva Joly a bien noté l’une de ces caractéristiques, cette capacité à mentir sans ciller, à nous faire douter des faits les plus solides :

En tant que magistrat, j'avais l'habitude de rencontrer des criminels qui reconnaissaient leurs actes. Un délinquant financier, lui, n'avoue jamais, même si nous arrivons à lui glisser devant les yeux la preuve du versement illicite de plusieurs millions sur son compte bancaire. Il trouvera toujours une nouvelle fable, sans exclure l'existence d'une machination destinée à l'enrichir à son insu ! Combien d'interrogatoires où j'entendais des protestations véhémentes :"Madame, je ne peux rien vous dire, mais je suis un catholique pratiquant, je jure sur la tête de mes enfants et sur tout ce que j'ai de précieux que ce que je vous dis est vrai." Et au fil de l'enquête, nous remontions la trace de plusieurs millions de francs détournés sur des comptes personnels en Suisse. Je devais sans cesse revenir aux faits pour m'assurer que je ne fantasmais pas.
(Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent", Le Monde, 3 juin 2000)

Outre les traits psychopathiques des personnalités rencontrées, le problème avec ces « grands délinquants » est qu’au sommet de la pyramide les pouvoirs convergent, ainsi celui ou celle qui a le courage de s’y confronter sera de facto isolé et devra lutter contre l’ensemble d’un système collusif unissant les sphères politiques, judiciaires, médiatiques, et même juridiques !

Dans les hivers sans soleil de Scandinavie, le froid peut tuer un être humain en moins de six heures. En norvégien, on dit de quelqu'un qu'il a «passé une nuit d'hiver dehors» pour dire qu'il a survécu à une épreuve redoutable.

J'ai vécu, à ma manière, une nuit d'hiver dehors. En faisant simplement mon métier, j'ai été menacée de mort. J'ai avancé sous la surveillance des officines et des services secrets, soumise à une pression que je n'aurais jamais imaginée possible: j'ai été vilipendée et accusée des pires méfaits. Comme si le danger était du côté de la justice… Mais lorsque le cyclone s'abat sur vous, lorsque vous subissez cette suite de manipulations et d'intimidations, lorsque se lèvent contre vous des forces aussi puissantes, les mots n'ont plus tout à fait le même sens. Car la cible, c'était moi.
(Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, p. 16-17)

Un peu plus loin Eva Joly se penche sur les raisons qui font qu’un juge s’approchant un peu trop de la vérité chez les plus puissants se retrouve attaqué, assailli, accablé de toutes parts.

Sur ce point elle semble avoir délibérément botté en touche. Savait-elle que livrer le fond de sa pensée sur ce point lui fermerait instantanément la porte de toutes les maisons d’édition ? On ne peur qu’émettre des hypothèses.

Se perdre dans les questions sans fond du pourquoi et du comment n'apporterait rien. A chaque fois qu'un magistrat s'approche du pouvoir, qu'il soit officiel ou occulte, il est pris dans un engrenage qui le dépasse. C'est sans doute l'ordre des choses.

S’agit-il vraiment d’une question sans fond ?

Pourquoi dés qu’un juge s'approche du pouvoir, qu'il soit officiel ou occulte, il est pris dans un engrenage qui le dépasse ?

Dans « Ponérologie Politique », Andrew Lobaczewski donne une réponse une très claire à ces interrogations essentielles : la plupart des sociétés modernes sont ponérisées, c’est-à-dire qu’elles sont aux mains de psychopathes.

La vraie dualité n’est pas entre droite et gauche, pauvre ou riche, blanc ou noir mais entre une minorité de psychopathes détenant le pouvoir et une majorité d’individus normaux asservis et aveuglés qui s’approprient progressivement les valeurs, les pensées, les modèles de ces leaders pathologiques.

Le problème est qu’ils savent se reconnaître et s’entraider, l’autre problème est que leur absence de conscience en fait des virtuoses du mensonge, de la manipulation, de la séduction.

Les citoyens de leur côté n’ont nullement conscience de cette dualité et ils prêtent à autrui ses propres qualités en terme d’honnêteté, de parole donnée, de compassion, de conscience…

Les citoyens se retrouvent dans un monde illusoire qu’ils prennent pour la réalité : médias indépendants, véritable démocratie, justice équitable, société plus juste, … sont quelques unes des illusions masquant une réalité totalement contrôlée, préfabriquée et injuste dont une petite minorité psychopathique contrôle et orchestre tous les détails.

Il y a donc un cercle intérieur psychopathique constitué de quelques pourcents de population totale et concentrant l’essentiel des ressources, des richesses, et des pouvoirs. Et il y a le cercle extérieur constitué de l’immense majorité de la population dont les fruits du labeur viennent enrichir en grande partie le cercle intérieur.

L’ordre normal des choses est le suivant :
le cercle intérieur dicte les règles, le cercle extérieur les exécute
le cercle intérieur crée la réalité, le cercle extérieur la croit
le cercle intérieur pointe du doigt les coupables, le cercle extérieur les lapide
le cercle intérieur s’engraisse, le cercle extérieur s’échine
le cercle intérieur déclare des guerres, le cercle extérieur fournit la chair à canon
etc.

La plupart d’entre nous se refusent aux cooptations, mensonges, renvois d’ascenseur qui leur permettraient de se rapprocher du cercle intérieur.

Pourtant refuser ces compromissions ne suffit pas à entraver ce système particulièrement injuste. Notre passivité suffit à le faire prospérer. « Qui ne dit mot acquiesce », ce dicton est encore plus vrai lorsque des individus normaux sont confrontés aux diktats du psychopathe.

Ceux qui ferment les yeux à la réalité contribuent, volontairement ou non, aux machinations du cercle intérieur, ne serait-ce qu’en étant des moutons soumis à leurs ordres, ou les témoins insensibles des pires exactions.

Le problème d’Eva Joly est qu’elle a tout fait à l’envers : elle a fait appliquer la justice aux élites (quelle hérésie !) et elle a grimpé les échelons sans aucune cooptation (bien au contraire) jusqu’à devenir le seul juge d’instruction à ne pas être passé par l’ENA.

Voici un extrait de la biographie d’Eva Joly publiée par l’Express du 23/10/2003 qui met en lumière comment après avoir été jeune fille au pair, styliste de mode, décoratrice d’intérieur et avoir préparé sa licence de droit tout en travaillant, elle a réussi à force de courage et de volonté à devenir juge d’instruction.

Motzfelds Gate, un quartier pauvre d'Oslo. Nous sommes dans les années 1950. C'est là que Gro Farseth - elle ne choisira son second prénom, Eva, qu'à l'occasion de son mariage, en 1967 - habite avec ses sœurs. La vie est dure. Le froid, omniprésent. Le père, Eyvind Farseth, employé dans une fabrique d'uniformes militaires, fait ce qu'il peut pour nourrir sa petite famille. Autant dire que chez les Farseth, on ne roule pas sur l'or.

…[En] février 1964, la jeune Eva débarque d'Oslo, après trente-six heures de train, pour devenir fille au pair dans une famille bourgeoise du VIe arrondissement. D'emblée, le fils aîné, Pascal, s'entiche d'Eva. La réciproque est vraie.

[…] Finalement, en juillet 1967, malgré l'opposition de ses beaux-parents, Eva épouse, en grande pompe, à Oslo, le séduisant Pascal. A Paris, le couple, qui habite un studio, mène une existence spartiate. Tout en poursuivant ses études de droit, la nouvelle Mme Joly décroche son premier job en 1970, chez Eddie Barclay, le pape de la variété française. Déjà, elle montre son caractère, en créant une section CFDT dans l'entreprise...

[…] Seule certitude, l'agit-prop de la camarade Joly se termine mal : elle est licenciée de chez Barclay. Que faire ? Va pour la décoration d'intérieur. Pas pour longtemps. La voici désormais styliste de mode. Le 3 décembre 1971, c'est le grand jour : grâce à un ami qui a gentiment mis son appartement à sa disposition, Eva, secondée par Pascal, présente sa collection. C'est le succès. Les commandes affluent. Au bout de deux ans, Eva, qui aspire à une autre vie, cesse cette activité.

Le jeune couple abandonne alors Paris pour s'établir dans une maison située en pleine campagne, dans le petit village de Bouray, à quelques encablures d'Etampes (Essonne). Désormais, Pascal exerce son activité de médecin. «Le médecin des paumés», se souvient leur fille, Caroline, aujourd'hui avocate. De fait, il soigne les toxicomanes, les SDF et les gens du voyage. Quant à Eva, qui ne travaille plus, elle supporte de plus en plus mal cette oisiveté. Jusqu'au jour où sa licence en droit, obtenue à force de sacrifices, lui ouvre les portes de l'hôpital psychiatrique d'Etampes. Conseillère juridique, elle va y rester six ans, côtoyant des malades mentaux, des dépressifs, parfois spoliés par leur famille. Six ans pendant lesquels Eva s'emploie, dans des conditions difficiles, à redonner dignité et courage de vivre à ces gens torturés par la vie et détruits par l'angoisse.


C’est peut-être dans ces moments où Eva Joly a côtoyé la souffrance, le dénuement d’autrui qu’elle a trouvé la volonté d’œuvrer à un monde plus juste et plus équitable.
Evidemment, il faut avoir une conscience pour avoir la capacité de se mettre à la place des autres et de partager leur souffrance tout en les aidant à se libérer, chose que les « pathocrates » (les psychopathes au pouvoir) sont incapables de faire.

Un jour de 1980, passant devant le panneau d'affichage de la mairie de Bouray, elle lit ces lignes: «Devenez juge, une profession dynamique.» Juge ? Elle n'y a jamais pensé. Le juge n'est-il pas le chien de garde de l'ordre établi ? Certes. Mais c'est aussi un métier respecté, qui offre des perspectives de carrière. Avec, en prime, la stabilité de l'emploi. C'est décidé : Eva va passer le concours de la magistrature. Elle est reçue dans un rang honorable: 30e. Après un stage pratique à Sens, la voilà nommée substitut à Orléans, en novembre 1981.

Quelques années plus tard Eva Joly, l’étrangère, la pauvresse, la jeune fille au pair, la non-énarque, deviendra juge d’instruction.

Pavé dans la mare du Landerneau juridique français où de tels postes à responsabilité sont soigneusement réservés à celui qui a montré patte blanche et qui à force de compromissions, de cooptations et de trahisons a démontré qu’il ne serait nullement une menace pour le cercle intérieur mais, qu’il le défendrait et renforcerait encore son pouvoir et son impunité au prix de la justice, de l’équité et de l’intérêt collectif.

En tant que juge d’instruction Eva Joly va avoir accès à des dossiers cruciaux et son enquête va lui révéler toute l’horreur de la situation :

Cette instruction dévoile un monde édifiant : caisses noires, prélèvements en tout genre, sociétés écrans, dépenses privées somptuaires... Une élite revendique l'impunité : une manière de vivre au-dessus des lois parce qu'on est plus fort que la loi.

Ils ne sont pas seulement au-dessus des lois ils en sont également les auteurs, directement ou indirectement. Ils sont à la fois justiciables, législateurs, enquêteurs, greffiers et avocats.

A ce jour une quantité terrifiante de postes de pouvoir sont occupés ou contrôlés (les fameux hommes de l’ombre) par des individus aux tendances psychopathiques marquées, et ce dans le domaine privé comme dans le domaine public :

L'Etat accepte pourtant de s'être fait voler sans réagir. Nous devons traiter ce dossier comme un dépôt de bilan ordinaire. Laurence Vichnievshy et moi-même sommes chargées chacune, en plus de ce dossier, de soixante autres instructions. Et nous n'avons droit qu'à un inspecteur et demi pour retrouver la trace des milliards envolés. Notre dénuement est le symbole de la volonté française de garder les paupières closes. Ne rien voir, ne rien savoir.


Ce pillage en règle de l’Etat qu’Eva Joly a justement signalé n’est nullement le fruit du hasard, la petite élite psychopathe qui a orchestré l’inefficacité et la passivité des organes de contrôle de l’Etat et de son système juridique est la même qui va bénéficier des détournements de fonds.

Rien de nouveau sous le Soleil, Naomi Klein a démontré avec brio dans « La stratégie du choc » comment depuis plus de 50 ans ces mêmes élites organisent et profitent du pillage des nations, au détriment des peuples, bien entendu.

Face à une opposition si puissante, tel David combattant Goliath Eva Joly a pourtant obtenu des/du succès à faire pâlir la plupart des magistrats de notre pays.

Au-delà des ces dossiers majeurs qui ont démontré la corruption généralisée au plus hauts niveaux politiques et économiques, Eva Joly a également révélé à l'opinion le délabrement de la justice spécialisée dans la délinquance en col blanc :

Sur un plan matériel, la situation était presque comique. Le moindre gérant d'un magasin de chaussures possédait déjà un ordinateur pour sa comptabilité et son courrier administratif. Les PME utilisaient des ordinateurs de traitement de texte avec imprimante, acheté 10 000 francs pièce toutes taxes comprises, en vente dans les hypermarchés. Les marchés financiers fonctionnaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, reliés par satellites. Et je découvrais un cabinet d'instruction financière sans télécopie, sans Minitel, avec des téléphones antiques et une machine à écrire Olivetti qui avait coûté 12 000 francs à l'administration et qui comportait seulement quatre cent signes de mémoire, faisait un bruit infernal et mobilisait du carbone et un tube de blanc pour corriger les fautes de frappe ! Notre travail n'intéressait personne.
(Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent"
,
(Le Monde, 3 juin 2000)

Eva Joly a l’élégance ou la diplomatie de mettre ce manque de moyens sur le compte d’un vague désintérêt général, seul un esprit paranoïaque aurait pu croire que les « puissants » avaient délibérément orchestrés le sous-équipement de la brigade financière pour pouvoir plus aisément passer entre les mailles des filets tout en favorisant les BACS, CRS et autres unités ciblant le menu fretin et donnant au citoyen l’illusion que la délinquance se résume aux dealers de shit et brûleurs de voitures dans les cités et que l’Etat fait de son mieux pour lutter contre ces terribles fléaux urbains qui menacent l’honnête travailleur.

On la porte aux nues ou on la déteste. Ses partisans louent son courage, ses détracteurs raillent sa mégalomanie. Pendant dix ans, elle a fait trembler le gotha de la finance, les politiques et les grands patrons. Pendant dix ans, elle n'a pas hésité à s'opposer à sa hiérarchie, à pourfendre ses collègues jugés trop timorés ou à se coltiner avec les avocats de ses mis en examen.

N’est-il pas étonnant qu’un juge comme Eva Joly, auréolée de résultats professionnels exceptionnels se retrouve contrainte à « s’opposer à sa hiérarchie » ?

Celle-ci se trouvait-elle menacée par les recherches d’Eva Joly ? Ou peut-être partageait les mêmes intérêts et objectifs que les élites ciblées.

Le passage suivant issue de l’ouvrage de Robert CANUP, « The Socially Adept Psychopath » [Le psychopathe socialement adapté ] nous éclaire sur la véritable nature de certains magistrats :

La plupart des gens ont entendu parler de Ted BUNDY, le tueur en série exécuté en Floride il y a plusieurs années. Peu sont cependant conscients du fait que BUNDY avait suivi des études pour devenir procureur, et qu’il espérait un jour devenir juge. Ceux qui le savent voient cela comme un trait étrangement ironique – une bizarrerie inexplicable chez BUNDY. Cela ne leur effleure pas l’esprit que le meilleur endroit de la société où se cacher pour un tueur en série psychopathe est de devenir procureur ou juge ; et je vous assure que c’est ce que font les psychopathes du monde entier.
[...]
John a un grand rêve : devenir juge. C’est la plus grande récompense possible pour un psychopathe : revêtir la robe royale de la Justice – devenir un demi-dieu – voir les autres L’implorer et quémander Son indulgence ; voir tout le monde se lever par révérence et respect quand il entre dans la pièce, car Ses mots sont littéralement la Loi ; être en mesure d’infliger aux hommes toutes sortes de souffrances, juste parce
qu’Il le peut ; punir sommairement quiconque afficherait un mépris mérité à son égard ; avoir pouvoir de vie et de mort sur le peuple ; être gratifié du seul titre royal qu’on puisse accorder aux États-Unis : « Votre Honneur »
.


Isolée, menacée, cilbée par les pouvoirs juridiques, médiatiques, politiques, Eva Joly a été contrainte à l’exil.

On peut constater quelques similitudes troublantes avec la situation de Thierry Meyssan qui a décrit « une France, placée sous le contrôle des services étatsuniens, où une opinion publique anesthésiée n’a pas conscience du contrôle politique. Selon lui, il y avait péril en la demeure et la menace qui l’a contraint à partir ne tardera pas à s’exercer sur d’autres. »

De même Eva Joly se retira de la vie juridique française en 2002 en déclarant : « J'ai quitté la France. Je suis partie parce que je ne voulais laisser à personne les moyens et le temps de se venger. »

Il est piquant de constater que cette même année 2002 Nicolas Sarkozy était nommé ministre de l’Intérieur. Evidemment, la synchronicité entre l’exil forcé d’Eva Joly craignant des vengeances et la nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur est purement fortuite.

Voici donc la France dans laquelle nous vivons : les pires escrocs comme Pasqua ou Tapie cumulent la gloire et la fortune tandis que ceux et celles qui ont osé défendre la vérité et la justice se retrouvent calomniés, menacés et contraints de s’exiler pour sauver leur vie.

Que vont donc devenir tous ceux qui, comme Eva Joly luttent pour que la justice regagne la place qu’elle mérite, et pour que les élites au pouvoir cessent de détruire nos consciences ? Devons-nous tous opter par l’exil ? Non, nous ne le croyons pas.

Une solution collective est indispensable. Dans l’histoire de France et du monde, nous avons vu de nombreux exemples de leaders qui, malgré tous leurs efforts et leurs meilleures intentions, ont fini par s’exiler ou ont été victime d’un « accident » ou d’un assassinat à la barbe et aux yeux de tous.

Nous devons empêcher que l’histoire se répète. Pour cela, nous ne pouvons pas lutter seuls comme l’ont fait tous ces héros. Si la plupart de la population prend conscience du problème de la psychopathie au pouvoir, il suffira de dire NON en masse pour qu’un changement ait lieu. La connaissance à ce propos pourrait protéger non seulement nos vies mais aussi celles des prochaines générations.

 

17/03/2009

Du secret défense à la défense des secrets d’Etat

Le projet de  loi n° 1216 relatif à la programmation militaire pour les années 2009 à 2014 (articles 12 à 14) va accroître sans limites précises les zones d’influences protectrice du secret défense en laissant le dessin de ses contours, au coup par coup, entre les mains du gouvernement. Le voile du secret va donc s’étendre sur de grands pans de l’activité gouvernementale.

Dès que l’Etat estimera que cela peut gêner ses petites et grandes manœuvres d’arrière-cuisine, citoyens, journalistes, magistrats, associations de défense se verront opposer à leurs questions un secret étendu :  sur les risques d’une explosion, une fuite nucléaire, un accident maritime, un trafic d’arme, un fichage en réseau.

Le verrouillage des secrets d’Etat est donc en bonne voie et dans de bonnes mains bien contrôlées. L’extension du sanctuaire de secret défense vise à entraver la manifestation de la vérité. Ce pouvoir, qui s’expose, comme aucun autre pouvoir avant lui, au regard de la  presse et du peuple, se prépare à jeter un voile protecteur sur toutes les activités qu’il estimera lui-même secrètes. Que le peuple surtout ne sache rien ; après la concentration du pouvoir dans les mains de l’exécutif se prépare la création des zones de pouvoir furtives.

Ainsi, dès que de près ou de loin, un bureau, un processus informatique, un lieu de stockage, un document, une entreprise, du matériel, des produits chimiques ou nucléaires, des images, des fichiers pourront se rattacher d’une façon ou d’une autre à un supposé intérêt supérieur de la nation, tombera sur lui l’écran protecteur de l’exécutif drapé dans un intérêt d’Etat fort indéfini. Nous savons tous depuis le célèbre «l’Etat c’est moi» que, de secret de la défense en secret d’Etat puis en secret du monarque, on finit toujours en secret de cabinet ou en cabinet des secrets. D’évidence, si le tout-à-l’égout voit le jour au Cap Nègre, ses confidentiels tuyaux qui conduiront au sein des seins des vacances présidentielles deviendront des «lieux classifiés secret défense».

Cette réforme crée un risque majeur d’étendre à l’infini la liste des lieux et des personnes intouchables
Seront d’abord créés des lieux classifiés —à discrétion d’un décret gouvernemental. Le seul fait d’y pénétrer «donnera connaissance d’un secret». Puis une liste des lieux susceptibles d’abriter des secrets défense sera également établie. Enfin, un lieu dans lequel on découvrira un document concernant un secret défense deviendra de ce seul fait protégé. Il suffira donc que lors d’une perquisition, par hasard, une petite enveloppe avec une inscription «secret défense» traîne sur la baignoire pour que l’appartement de tel ou tel haut dignitaire devienne un lieu intouchable.

Dans ce projet de loi, l’incrimination des atteintes au secret de la défense nationale est modifiée par la substitution de la notion de «renseignements» à celle d’«informations» totalement indéfinie et extensible à l’infini. La conception de l’atteinte au secret de la défense nationale sera tellement étendue que l’on sombrera dans la défense du secret d’Etat. 

Tout est fait pour rendre les perquisitions impossibles ou totalement inefficaces.

Les perquisitions réalisées dans les lieux sensibles ou dans des lieux neutres où sont découverts incidemment des éléments classifiés couverts par le secret de la défense nationale ou dans les lieux classifiés seront excessivement encadrées. L’article 12 transforme les perquisitions en mascarade judiciaire avec tambours et trompettes, sans aucun effet de surprise, il s’agit d’un pur habillage pour les interdire sans le dire. L’article 12 oblige même le juge à révéler les motifs de sa perquisition et à décrire ce qu'il vient chercher ce qui est absurde car impossible et contraire à l’objectif d’une perquisition. Dans les lieux qui se révèlent abriter un secret défense (article 12 II), le juge d’instruction devra informer le président de la commission consultative du secret défense qui contrôlera les éléments saisis. Le caractère insaisissable et inutilisable dans la procédure judiciaire d’éléments classifiés qui auront été  fortuitement découverts et n’auront pas été préalablement visés sera généralisé, même s’ils prouvent la réalisation d’un crime.

La  population et les victimes des catastrophes risquent d’être privées d’éléments importants dans les dossiers judiciaires face à un secret défense qu’on leur opposera à tout bout de champ.

En cas de fuite nucléaire, d’explosion, d’accident chimique, de vente d’armes illicite, de détournements financiers, d’utilisation d’images ou de réseaux par des moyens anormaux, voire de mort suspecte, le ou les victimes ne pourront plus obtenir de la justice qu’une enquête incomplète et partiale. Il suffira qu’au niveau gouvernemental on exhibe le secret de la défense devenu tellement extensif. C'est un festival de défiance à l'égard du juge : même le PV de saisie ne peut être joint à la procédure ! Comme si les juges et les procureurs étaient par essence des traîtres à la nation dont le seul but serait de transmettre nos très chers secrets aux puissances ennemies. Or aucun juge d’instruction n'a jamais voulu connaître des informations liées au secret défense à l'état pur. Le secret défense a toujours été utilisé par le pouvoir pour entraver la justice et la manifestation de la vérité en l'utilisant comme prétexte et pour servir de protection aux basses œuvres appelées secrets d’Etat.

Ne nous y trompons pas, derrière cette paranoïa anti-juge c’est bien le peuple, dont il est un des derniers recours, qui est visé. Nos dirigeants ne souhaitent pas que les citoyens mettent leur nez dans la réalité de l’exercice du pouvoir. Pourtant, démocratie et transparence sont indissociables. Quand le secret d’Etat devient la préoccupation d’un pouvoir cela signifie qu’il estime avoir des secrets à cacher, lesquels ? La liste est longue des affaires dans lesquelles la vérité a été dissimulée en opposant le secret défense : de l’assassinat du juge Borel, à celle des frégates de Taiwan en passant par celle du Rainbow Warrior ! Va-t-on l’allonger ?

 

Blog Libération - Dominique Barella (Ancien membre du Conseil Supérieur de la Magistrature, ancien président de l’Union syndicale des magistrats)

 

21/01/2009

Faites les passer tout de suite en justice !

Interview de Gilad Atzmon par un journaliste iranien

Palestine Think Tank

Traduction Eutopic (révisée par Futur Quantique)

mardi 20 janvier 2009

Kourosh Ziabari : Tout d’abord, j’aimerais connaître votre opinion sur le conflit actuel à Gaza, que certains ont appelé « la bataille la plus catastrophique des dix dernières années. » Que pensez-vous du carnage dont sont victimes les civils, les femmes et les enfants à Gaza ?

Gilad Atzmon : Ce que nous voyons à Gaza est la fabrication d’un déni d’un Holocauste. L’État juif se livre à la barbarie la plus obscène. Et pourtant, le monde ne dit rien. Une fois encore, nous voici confrontés à cette réalité, que le fait d’avoir donné un mandat pour l’installation d’un foyer national pour le « peuple juif » se révèle une erreur grave et meurtrière. La seule question est de trouver un moyen de démanteler cette créature monstrueuse, suicidaire et prédatrice, sans transformer notre planète en une boule de feu.

Kourosh Ziabari : Vous critiquez l’État d’Israël si durement ; cependant, vous avez sans doute remarqué que les médias et les hommes politiques israéliens se contentent de coller une étiquette de « traître » à chacun, simple citoyen, journaliste, professeur, ou analyste, qui, en Israël se permet de condamner l’État juif pour les boucheries et les massacres qu’il commet. Qu’en pensez-vous ?

Gilad Atzmon : D’abord, ce n’est déjà pas si mal d’être un « traître » dans un état assassin. Cependant, je ne me considère pas comme un israélien. Je suis né là-bas, mais il y a longtemps que je n’y vis plus ou même que j’y aie mis les pieds. Une fois que j’ai pris conscience que je résidais sur une terre volée, en qualité d’oppresseur, j’ai empaqueté mes saxos et je suis parti. Dans une certaine mesure, je puis être considéré comme « un Juif qui se déteste et qui en est fier. » Je suis plein de honte de moi-même et de ceux qui étaient mes compatriotes. Je parle de ma honte ; j’écris à ce sujet et je compose ma musique en essayant d’affronter ce sujet.

Kourosh Ziabari : Les officiels israéliens prétendent qu’ils n’ont fait que chercher à riposter en attaquant les bases du Hamas, et qu’ils ont essentiellement tué des gens de l’armée et des militaires. Par ailleurs, ils avaient interdit l’accès de la Bande de Gaza occupée aux journalistes et aux correspondants de guerre, et leur ont interdit de diffuser la réalité. Comment peuvent-ils justifier cette contradiction ? Pourquoi ne permettent-ils pas aux journalistes d’entrer à Gaza s’ils sont tellement sûrs de la vérité de leurs déclarations ?

Gilad Atzmon : Je ne pense pas que les Israéliens soient le moins du monde préoccupés par leurs contradictions ou par leurs incohérences. Les Israéliens sont pas non plus concernés par leur image.

Je voudrais essayer d’approfondir. Israël est actuellement le plus grand Ghetto Juif de tous les temps. Le Ghetto Juif est essentiellement un endroit où les Juifs peuvent célébrer leurs idiosyncrasies et leurs symptômes collectivement, entre eux, sans avoir à faire attention à ce qu’ils disent, pensent ou éprouvent. Israël s’est déjà entouré de murs gigantesques dont le seul but est de donner à la ségrégation une signification réelle. Et cependant, le Ghetto juif d’Israël est très différent du Ghetto juif d’europe de l’est. En Europe de l’Est, les Juifs étaient intimidés par la réalité qui les entourait, dans le Ghetto Israélien, ce sont les Juifs qui intimident les autres. Ils répètent que l’entièreté du Proche et Moyen Orient doit être maintenu dans un état d’anxiété permanent.

La mentalité de Ghetto est un outil d’analyse très utile. Il nous aide, par exemple, à comprendre pourquoi le premier ministre Olmert s’est permis de se vanter publiquement d’avoir humilié le président Bush et la Secrétaire d’État Rice. Dans le Ghetto, les Juifs ses sentent en sécurité, ils peuvent s’exprimer librement en restant à peu près sûrs que rien ne filtrera chez les Goyim. Dans le Ghetto, une seul logique s’applique : la logique juive.

Dans les années 50, le premier ministre Ben Gourion a adopté la mentalité du Ghetto juif pour formuler un précepte de politique israélienne qu’il a éloquemment formulé comme suit : « Ce que disent les Goyim n’a aucune importance, la seule chose qui compte est ce que font les Juifs. » Apparemment, ce mantra du Ghetto juif à la Ben Gourion a réussi à séparer les israéliens du reste de l’humanité. Mais cela va plus loin, comme nous le voyons à Gaza et dans tout conflit qui implique Israël. Cela détache le paradigme hébraïque de toute notion d’éthique humaniste.

Cette même philosophie se transpose aisément dans le pragmatisme militaire israélien, mortel : « Ce que les Nations Unies ou le monde entier pense n’a manifestement pas la moindre importance, tout ce qui compte est ce que fait l’armée israélienne. »

Maintenant, je veux parler du sujet des journalistes étrangers. Les chefs militaires israéliens savaient pertinemment, à l’avance, que Gaza allait devenir un bain de sang pour les civils Palestiniens. Ils savaient manifestement à l’avance quel genre d’armement ils allaient employer. Ils ne voulaient surtout pas que des journalistes étrangers fassent état dans les média du monde entier du Massacre de Gaza. Les média internationaux et le « droit de savoir » ne constituent pas un intérêt national israélien. Dans l’État du Ghetto juif, la seule chose qui compte est ce que fait l’armée israélienne.

Les Israéliens voulaient « finir leur travail » d’abord, tuer beaucoup de Palestiniens, détruire gaza, et démanteler son infrastructure, de façon à retrouver le pouvoir de dissuasion qu’il ont perdu depuis bien des années. Des journalistes présents à Gaza auraient pu encombrer leur chemin.

Kourosh Ziabari : En partant d’une description aussi complexe, quelle est, selon vous, la raison principale pour laquelle Israël bloque les bateaux d’aide humanitaire à destination de Gaza ? Y a-t-il quelque chose de mal à laisser passer de la nourriture, des médicaments, des produits de premiers soins destinés à une multitude de gens à qui est refusé tout accès au monde extérieur ?

Gilad Atzmon : La réponse est presque étymologique. Parler d’« effort humanitaire » suppose une certaine familiarité avec la notion d’humanisme ; Comme les Israéliens ne se sentent pas concernés par l’éthique ou par l’humanisme universel, on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils soient touchés par des efforts ou des problèmes humanitaires. Au cours des derniers jours, Israël a bombardé des hôpitaux, des écoles, des centres pour réfugiés, et des centres de distribution de l’aide des Nations Unies. Il vaut mieux en prendre son parti : l’État Juif est une organisation criminelle de haut vol qui n’a guère de pareille. Il serait plus sage de s’attendre à ce qu’Israël se comporte comme la personnification du mal ultime, et j’ai le regret de dire qu’en effet ils ne m’ont jamais déçu.

Kourosh Ziabari : L’emploi de phosphore blanc dans les bombes que l’armée israélienne lâche sur la tête des civils et sur leurs maisons à Gaza me semble une violation manifeste des règles internationales et des Conventions de Genève. Y a-t-il la moindre possibilité de donner à ces crimes de guerre la récompense qu’ils méritent ?

Gilad Atzmon : Je ne suis pas un expert juriste, et je ne puis donc vous donner une réponse appropriée. Cependant, il est très intéressant de noter que, bien que partout dans le monde la condamnation d’Israël pour l’emploi de bombes au phosphore soit quasi unanime, l’armée sioniste n’a pas arrêté l’emploi de ces armes, et que ce n’est pas la première fois qu’ils utilisent des armes non conventionnelles contre des civils en dépit de la condamnation internationale. Nous voyons tous les jours ces bombes mortelles qui explosent sur des cibles civiles. Une fois de plus, nous voyons que ce que peuvent dire les Goyim n’a pas la moindre importance. La seule chose qui compte, c’est ce que font les Juifs, c’est-à-dire tuer des civils Palestiniens. Je voudrais encore ajouter que les lamentations israéliennes sur la nécessité de détruire des armes de destructions massive « potentielles » que d’autres nations pourraient posséder devient pathétique de la part de gens qui disposent eux-mêmes d’un aussi obscène arsenal de têtes nucléaires. Comme ils ne se soucient aucunement du doit international, pourquoi se soucieraient-ils de l’opinion publique internationale ?

Kourosh Ziabari : Provisoirement, même si la guerre s’arrête aujourd’hui et qu’Israël se retire des territoires occupés, le résultat de ce conflit est de plus de 1 300 morts et de la destruction de 70% des infrastructures, des bâtiments, des lieux publics. Comment la véritable justice pourrait-elle s’exercer à propose d’Israël et de ses crimes contre l’humanité ?

Gilad Atzmon : A nouveau, je ne suis pas un expert. Ce n’est pas que je refuse de me prononcer. Mais ma préoccupation est d’abord l’étude de l’identité Juive et Israélienne. Je m’intéresse à la métaphysique de l’inclinaison génocidaire d’Israël. Je réfléchis à une identité qui peut infliger tant de douleur et se livrer à de tels carnage sur des civils innocents. Je m’intéresse à la banalité du mal qui se révèle dans la barbarie ultime d’Israël et dans le soutien qu’apportent à ce mal des institutions juives à travers le monde. Je crois qu’une fois que l’on commence à prendre conscience de ce à quoi nous sommes confrontés, nous pouvons peut-être trouver un moyen de le combattre. Honnêtement, je ne crois pas aux tribunaux internationaux. Il me semble infiniment plus efficace de faire reconnaître à tous à travers le monde que l’État Juif n’est rien d’autre que de la barbarie à l’état pur.

Kourosh Ziabari : Encore une dernière question. Quel message, en tant qu’artiste israélien, souhaitez-vous envoyer au peuple de Palestine, à ces mères qui ont perdu leurs enfants ou à ces enfants traumatisés qui subissent maintenant le choc de se retrouver orphelins ?

Gilad Atzmon : Oh mes chers frères et soeurs. J’ai le coeur brisé en contemplant la mort et le carnage que vous a infligé l’État Juif. Nous voyons tous ce que vous avez subi et nous savons tous que la justice est de votre côté. Je vous supplie de ne pas perdre espoir. Le mal finit toujours par rencontrer sa fin, et il en va de mal avec le mal juif. Israël rencontrera sa fin, même s’il est possible que nous ayons à travailler à faire venir cette fin.

Une chose, cependant, est claire. Le prétendu « Occident libéral » s’est montré lamentablement incapable de vous sauver ; les États Arabes n’ont pas encore tous rejoint votre lutte. Aussi triste que cela soit, et bien que la justice soit à l’évidence de votre côté, vous êtes seuls ici, confrontés au mal ultime.

Israël a encore beaucoup de bombes dans son arsenal. Mais vous, mes frères et soeurs Palestiniens, possédez quelques choses que eux n’ont pas : la justice est de votre côté, l’humanité est dans les rues de vos cités, vous avez la vigueur et la bombe ultime, celle de la démographie.

La Palestine est une terre. Israël est un État.

Les États vont et viennent, la terre reste éternellement.

Vive la Palestine.

Israël doit être jugé par la Cour pénale internationale - Pétition universelle

Source : Tlaxcala

19 janvier 2009

Environ 300 ONG et associations vont saisir le Procureur près la Cour Pénale Internationale, pour qu'une enquête soit ouverte à propos des crimes de guerre commis par Israël à Gaza. Votre soutien est indispensable. Signez et faites circuler cette « pétition universelle ». C'est urgent.

 

A Monsieur le Procureur près de la Cour Pénale Internationale (CPI)

Le droit est la marque de la civilisation humaine. Chaque progrès de l'humanité est allé de pair avec le renforcement du droit. Le défi que nous lance l'agression d'Israël sur Gaza est d'affirmer, au cœur de ces souffrances, qu'à la violence doit répondre la justice. 

Crimes de guerre ? Seuls les tribunaux peuvent condamner. Mais nous devons tous témoigner car un être humain n'existe que dans son rapport aux autres. Les circonstances donnent toute sa dimension à l'article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1949 « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». 

La protection des peuples, et non pas celle des Etats, est la raison d'être de la CPI. Un peuple sans Etat est le plus menacé de tous, et, devant l'Histoire il se trouve placé sous la protection des instances internationales. Le peuple le plus vulnérable doit être le plus protégé. En tuant les civils palestiniens, les chars israéliens font saigner l'humanité. Nous avons milité pour que le pouvoir du Procureur général soit au service de toutes les victimes, et cette compétence doit permettre d'adresser au monde entier un message d'espoir, celui de la construction d'un droit international fondé sur le droit des personnes. Et ensemble, un  jour, nous pourrons rendre hommage au peuple palestinien pour tout ce qu'il a apporté dans la défense des libertés humaines.

Campagne débutée le 19/01/2008

PLUS D'INFORMATIONS

SIGNER LA PÉTITION (cliquer et se rendre en bas de page)

14/07/2008

Lang, Kouchner et Cohn Bendit aiment les enfants... à leur manière

En visitant le site des Editions Liberté de Paul Emile Charlton et en particulier sa rubrique "Boite à pandore", quelques citations de nos chères élites peuvent laisser songeur :

" pédophilie douce  …  Dans les années soixante-dix,… ,des pétitions circulaient avec, parmi les signataires, Bernard Kouchner, Jack Lang, le philosophe Scherer, Philippe Sollers.  … , tous ont compris qu'il n'était plus question de se poser en victimes des lois archaïques d'une société qui opprimerait la sexualité des enfants."
Source : Boite à pandore n°44  d'après le journal internet de l' "Humanité".


Jack Lang en remet une couche en 1991:
"La sexualité puérile est encore un continent interdit, aux découvreurs du XXIe siècle d’en aborder les rivages."

Source : Boite à pandore n°21 d'apèrs journal "Gay Pied" du 31 Janvier 1991. 


et en suivant un lien donné par M. Charlton, on trouve :

Publié en 1976 dans un journal allemand, le député Vert Daniel Cohn-Bendit narrait ses relations avec des enfants dans le cadre d’un programme écolo-baba "anti-autoritaire".

" Mon flirt permanent avec les enfants" écrivait-il, "prit bientôt un tour érotique. Je pouvais parfaitement sentir comme les petites filles de cinq ans avaient appris à m’exciter (...) il m’est arrivé que plusieurs fois des enfants m’ont ouvert la braguette et ont commencé à me caresser. Selon les circonstances, j’ai réagi de façons diverses. Quand ils le voulaient, je les ai caressés alors on m’a accusé de perversion. "

Source : Blod Dbminos d'après l’hebdomadaire britannique The Observer, et National Hebdo. 


Le hasard faisant décidément très bien les choses, en plus de leur déclarations défendant la pédophilie nos chers Cohn-Bendit, Lang et Kouchner ont plusieurs points communs :
- ils durent depuis des décennies en haut de la pyramide politique (signe d'un grand humanisme)
- deux d'entre eux ont quitté la gauche pour rejoindre Sarkozy (signe d'une excellente capacité d'adaptation)
- Ils ont à plusieurs reprises démontrer leur attrait pour l'idéologie sioniste (preuve de vrais convictions égalitaires et démocratiques)

13/07/2008

Pédocriminalité: l'enquête qui accuse



Pédocriminalité: l'enquête qui accuse Serge Garde, coauteur du 'Livre de la honte' témoigne

Des enfants sont en danger...

Des menaces de mort pèsent sur des journalistes.

Des réseaux pédocriminels se sentent à l'abri de la Justice.

Dans le même temps, des démarches visent à interdire un livre.

Un livre qui relate une enquête minutieuse sur "Le dossier de la honte".

Le 24 février 2000, Serge Garde publie un dossier de trois pages dans le quotidien L'Humanité. Il y révèle l'existence d'un CD-Rom informatique contenant 8.500 documents de pédocriminalité. On y voit des scènes de viols d'enfants, et même des viols de nourrissons. Quelque mois plus tard Laurence Beneux publie un article dans le Figaro et participe à un reportage sur Canal+. Logiquement, la Justice et la police auraient dû prendre le relais, averties par les révélations des journalistes qui montrent sans conteste qu'il existe en Europe des véritables réseaux pédocriminels. Des enfants sont en danger. Des réseaux obscurs s'adonnent au trafic de jeunes vies. Ce marché immonde rapporte davantage que la drogue. Il ne nécessite pas d'investissements. Il suffit de se "procurer" un enfant puis d'un appareil photo pour promouvoir la marchandise... Et, surtout, c'est une activité dont les risques vis-à-vis de la Justice sont bien limités. Tellement limités que les journalistes qui ont mené l'enquête dénoncent: "Du côté des institutions, police et Justice, c'est la gêne, le dénigrement et parfois la désinformation pour masquer une dépénalisation de fait de la pédosexualité dans de nombreux dossiers". Ils posent la question: Pourquoi la police et la Justice n'ont-elles pas poussé l'enquête?

Serge Garde nous raconte l'histoire du "dossier de la honte"

Serge Garde, vous venez de publier, avec Laurence Beneux, un livre qui a pour titre Le Livre de la honte. Pourquoi ce titre?

Parce que ce que nous racontons est honteux. Parce que la façon dont la Justice française a traité cette affaire de pédocriminalité ne mérite pas d'autres qualifications. C'est honteux car, au départ, nous avons publié dans L'Humanité et dans Le Figaro des révélations concernant un CD-Rom contenant 8.500 documents de pédocriminalité et de viols d'enfants, de nourrissons, et nous avions rapporté qu'à partir de ce CD-Rom la police hollandaise avait établi un fichier contenant 472 portraits d'enfants. D'enfants en danger car on les voit sur le CD-Rom dans des situations absolument sans équivoques. Pour beaucoup d'entre eux, on est témoin des scènes de leur viol. Ce qui nous a donc particulièrement choqués, c'est qu'à la suite de nos révélations concernant ce document, rien n'a été fait pour rechercher ces enfants en danger. Or ce document existe bien, il est en possession de la police hollandaise, il a été transmis à Interpol et donc aussi aux autorités françaises. Rien, absolument rien n'avait été entrepris de la part de la Justice, ni de la police et, il y avait même un certain embarras sur l'existence de ce fichier. Quand nous avons questionné les autorités, afin de savoir si elles avaient connaissance de ce fichier... il y a eu un refus de nous répondre.

D'où provient ce document informatique que vous vous étes procuré?

Le CD-Rom a été retrouvé chez un pédotrafiquant néerlandais domicilié a Zandvoort qui s'appelait Gerrit Ulrich. C'était une sorte d'activiste informatique, dans le sens qu'il intervenait beaucoup sur Internet. Il était évident qu'on se trouvait en face d'un élément important d'un réseau. Sur le fichier tiré de ce CD-Rom, les visages des enfants sont identifiables, tout comme les visages de certains violeurs. Donc, pour nous il était évident que la police française, tout comme la Justice des autres pays européens se trouvait devant une urgence. Rechercher les enfants afin de les sauver et mettre hors d'état de nuire les adultes violeurs. Nous nous étions dits qu'à partir du moment où nous publiions les révélations sur l'existence de ce document, notre travail de journalistes etait terminé et que le travail de la Justice devait commencer. Sauf... que c'est tout le contraire qui s'est produit. Nous avons été contraints de constater que la seule activité de la Justice française dans cette affaire a été celle d'essayer de minimiser, voire d'enterrer l'affaire... et le pire, c'est qu'ils sont sur le point de réussir.

Comment avez-vous trouvé ces documents?

Je me trouvais en Belgique avec Laurence Beneux, et nous étions en train d'enquêter sur ceux qu'on appelait en Belgique les "témoins X", c'est-à-dire des témoins qui apportaient des éléments sur l'existence de réseaux de prostitution d'enfants impliquant des personnalités belges dans le cadre de l'affaire Dutroux. On les appelle "témoins X" pour protéger leur sécurité. L'unité d'élite de la gendarmerie belge qui travaillait sur les "témoins X" a été stoppée net. Ces gendarmes ont commencé à avoir de très sérieux ennuis à partir du moment où plusieurs "témoins X" ont mis en cause des personnalités politiques importantes, voire des membres de la famille royale belge. C'est en travaillant sur ce phénomène qu'une personne m'a dit que je devrais contacter l'association Morkhoven, en Belgique. Ça m'a intrigué, et c'est comme ça que j'ai contacté l'association Morkhoven. C'est cette association qui avait découvert le CD-Rom, et qui avait "négocié" la remise à la police néerlandaise.

Des enfants ont été identifiés?

En conduisant l'enquête, nous avons été littéralement assaillis par les demandes des parents qui éprouvaient des inquiétudes très vives concernant des enfants qui ont disparu ou qui déclarent avoir été abusés devant des caméras ou les objectifs d'appareils photos. Alors que la Justice restait inactive, c'est nous, les journalistes qui avons accepté de recevoir des parents pour qu'ils puissent consulter ce fichier à la recherche d'un enfant.

Un jour, une maman, habitant la région parisienne a dit "c'est mon fils". Puis il y en a eu une deuxième. Ce deuxième enfant a été reconnu par sa mère, par deux pédopsychiatres qui l'ont eu comme patient ainsi que par une travailleuse sociale. Nous avons reçu la visite de dizaines et de dizaines de parents, grands-parents, je pense que nous avons reçu environ deux cents personnes qui sont venues visionner ce fichier, qu'ils ne pouvaient pas voir ailleurs. Il y a même eu des personnes qui sont venues de Floride, et au total nous sommes arrivés à l'identification d'une vingtaine d'enfants français et belges. Donc, plusieurs mois après nos révélations nous pouvons dresser le bilan suivant: travail de la justice, aucune identification; travail des journalistes et des associations, une vingtaine d'enfants identifiés.

Mais quelle a été la position des autorités judiciaires?

Du côté de la Justice la seule activité évidente ça a été de dire: les mamans qui ont reconnu leurs enfants se trompent. Nous avons même pu constater que des mensonges ont été distillés à la presse. Il y a eu une véritable pratique de désinformation. Je sais que ce que je dis est grave, mais j'affirme que le parquet de Paris a pratiqué la désinformation en lançant, via les agences de presse, des informations fausses en accréditant l'idée que les parents qui avaient identifié un enfant sur le fichier s'étaient trompés. Et puis, nous avons même vu une intervention du substitut du procureur des mineurs à Paris, Yvon Tallec, qui devant les caméras de France 2, au cours d'un journal télévisé, a eu une déclaration incroyable. Il affirmait qu'il fallait minimiser cette affaire du CD-Rom pédocriminel. Et, pour motiver ses propos, il a avancé trois raisons: la première raison c'est que, selon ce magistrat, les documents contenus sur le CD-Rom seraient des documents anciens. Or, comment peut-on juger à partir d'une photo d'un visage d'enfant s'il s'agit d'une image ancienne ou récente? Et, même s'il s'agissait d'images anciennes... on est dans le domaine du crime sexuel et la prescription du crime n'intervient que 10 ans après la majorité légale de la victime! C'est-à-dire que les nourrissons qui sont violés, comme c'est le cas de ceux que nous voyons sur le CD-Rom, pourront porter plainte jusqu'à leur vingt-huitième anniversaire.

La seconde raison évoquée par ce magistrat est, elle aussi, aussi incroyable que la première. Il affirme qu'il n'y aurait quasiment pas d'enfants français sur ce fichier. Or, moi je souhaite qu'un magistrat puisse me dire, sur la base de ces photos, quel enfant est ou n'est pas français... c'est complètement aberrant!

La troisième raison invoquée par ce magistrat, sidère tout le monde. Il affirme que les images d'enfants photographiés sur le CD-Rom proviennent en réalité de certaines revues, et que les enfants étaient consentants, ou que leurs parents l'étaient. Nous sommes donc confrontés à un magistrat, qui sur Paris a le pouvoir de procéder a un classement sans suite, et qui nous dit en substance que, dans ce cas de proxénétisme, il n'y aurait aucun problème dès lors que les parents seraient consentants! Si nous le comprenons bien, ce magistrat nous explique que si un enfant dit "oui" il n'y a pas de viol. Effectivement, si l'on adopte ce point de vue, on comprend pourquoi Paris est une des régions de France où les classements sans suite et les non-lieux dans ce type de crime sont les plus fréquents. Quand nous avons compris comment la Justice parisienne commençait ses investigations sur l'affaire du CD-Rom, nous nous sommes rendus compte qu'on allait vers l'étouffement de l'affaire. C'est pour ça que nous avons poursuivi notre travail d'investigation et que nous avons écrit ce livre.

Combien d'enfants disparaissent chaque année en France?

Je n'ai pas de réponse précise. En France, on peut avoir des statistiques sur tout, même sur le nombre de saumons contrôlés dans le bassin de la Loire en l'an 2000, mais sur les enfants disparus, il n'y a pas de chiffre, ou s'il existe, il est caché. Le seul chiffre que j'ai pu retrouver, remonte à 1982: il fait état de la disparition de plus de soixante-dix enfants de moins de 12 ans. Il ne s'agit pas de fugues, mais bien de disparitions corps et biens. Mais je n'ai pas souvenance d'enquêtes concernant ces disparitions. Récemment le député du Val d'Oise Robert Hue a posé la question à la Garde des Sceaux: il serait bien qu'on ait des chiffres sur le nombre d'enfants qui disparaissent en France, et cela depuis dix ans. J'attends avec impatience la réponse de la ministre.

Dans le CD-ROM que vous avez retrouvé, y a-t-il des photos d'enfants français?

Il y a des enfants de la région parisienne, beaucoup de la région Chambéry-Annemasse, ensuite c'est diversifié. Pour l'Yonne, c'est terrible. Dans le cadre de l'affaire des "disparues de l'Yonne", des parents ont demandé à visionner le fichier. Après énormément de résistances, la juge d'instruction parisienne qui bloque tout à Paris sur cette affaire a été amenée à transmettre un exemplaire du fichier dans les différents commissariats et gendarmeries. Malgré qu'elle l'ait fait pendant les mois d'été, des parents ont consulté le fichier, notamment à Auxerre. Deux jeunes filles ont été reconnues et identifiées par des familles de disparues de l'Yonne. Je ne sais pas encore jusqu'à quel point cette identification est valable, mais si c'est le cas, alors toute la version officielle de l'affaire des "disparues de l'Yonne" tombe. Actuellement on est dans l'hypothèse d'un serial killer de campagne, solitaire, Emile Louis. Dans le cas d'une vérification positive, comment pourrait-ton expliquer qu'on retrouve les photos de ces disparues dans le cadre d'un réseau informatisé en Hollande?

Comment pouvez-vous être sûr de l'existence de véritables réseaux?

Lorsque j'ai eu entre les mains le CD-Rom et le fichier, j'ai également pu disposer de 200-250 feuilles, des photocopies des agendas, des carnets d'adresses de Gerrit Ulrich et de certaines personnes qui gravitaient dans la même sphère. Sur le carnet d'adresses d'Ulrich, on relève des contacts en Hollande, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Suède, aux USA, en Bulgarie, en Pologne en Lettonie et... en France! Il y a aussi des références bancaires: l'Europabank for reconstruction and Development, la Banque nationale d'Ukraine, mais aussi, le Crédit agricole et le Crédit Lyonnais...

Pour quelle raison la justice éprouve des difficultés à admettre l'existence des réseaux pédocriminels?

Je reste convaincu que la pédocriminalité est niée parce qu'elle est invisible. La justice française est habituée à traiter d'abord la criminalité visible, celle qui crée un trouble à l'ordre public. Dans le cas de viols d'enfants, c'est invisible, et le scandale ne va apparaître que lorsqu'il y a le dépôt de la plainte, et que le juge va faire son travail. C'est-à-dire que c'est le juge qui va devenir le vecteur du scandale. Et ceci, les juges ne le supportent pas; ils sont là pour rétablir l'ordre lorsque l'ordre public est troublé par un scandale. La tendance générale de la Justice en France c'est de minimiser ce qui n'est pas visible. C'est valable pour les viols d'enfants, comme pour la délinquance économique. Il y a en plus d'autres phénomènes qui vont jouer, et qui vont conduire à l'étouffement de ces plaintes.

Prenons un autre exemple, dans l'Yonne, l'affaire du pavillon d'Appoigny. Dans ce village, un individu, Claude D., avait ouvert, avec sa femme, un véritable bordel spécialisé dans le sadomaso très hard. Moyennant un tarif affiché dans la cave, on pouvait torturer des jeunes filles -qui avaient été kidnappées, et qui appartenaient à la DDASS. Elles étaient sous le même contrôle social - théorique - que les disparues de l'Yonne. Les "clients" pouvaient écraser une cigarette allumée sur un sein pour 600 francs, ou apposer une croix gammée au fer rouge - il y avait une idéologie nazie dans ces activités - sur la peau d'une jeune fille pour beaucoup plus cher. Il est clair, quand on voit l'addition que cela pouvait représenter, qu'il y avait beaucoup de notables parmi les clients. Les voisins n'arrêtaient pas de voir arriver de grosses cylindrées qui venaient s'arrêter devant le pavillon. Et le tenancier tortionnaire avait un carnet, dans lequel il notait les noms de ses clients. On retrouve là le réflexe de certains nazis qui étaient très fonctionnaires, et qui avaient le souci du détail et qui tenaient des registres sur leurs crimes comme si c'était une activité industrielle ou commerciale.

Claude D. a été arrêté parce qu'une jeune fille a réussi à s'échapper et qu'elle a pu prévenir les gendarmes. Deux prisonnières ont été sauvées à ce moment-là, mais on ne sait pas depuis combien d'années ça durait et combien de jeunes filles sont passées entre les mains de ces tortionnaires et ce qu'elles sont devenues. Pendant l'enquête, le carnet d'adresses a disparu. Le plus beau, c'est qu'il s'est volatilisé dans le bureau du juge d'instruction. Et donc, lorsque Claude D. a été jugé, il n'y avait pas de clients dans le box des accusés. Une affaire de proxénétisme sans clients. Il a été condamné à perpétuité en 1991, et il a été remis en liberté dès l'an 2000. Certains pourront dire que le carnet avec tous les clients n'a pas été perdu pour tout le monde.

Retrouve-t-on souvent des personnalités influentes, des notables à l'intérieur de ces réseaux?

Je pense à ce qu'a dit le juge Connerotte qui était en charge du dossier Dutroux, au moment où il a été dessaisi: "On a touché au jouet des riches"... Il s'agit là d'un tabou, et donc ça coûte cher. Ce magistrat travaillait à la recherche d'un réseau, il a été dessaisi, et l'on a réécrit l'affaire Dutroux. Officiellement, c'est l'affaire d'un pervers isolé.

Moi, j'essaie d'en rester aux faits. Je pense que la pédocriminalité, la pédosexualité est sans doute l'une des dernières pratiques sexuelles qui permettent de "tenir" ceux qui se font piéger ou qui s'y adonnent. En France, au moins, le fait qu'un responsable vive sa vie dans des circonstances que certaines morales reprouvent, tout le monde s'en fiche, pourvu que ce soit entre adultes consentants. La pédosexualité est sans doute l'un des derniers domaines où l'on peut être l'objet de chantage. Je crois qu'il y a en France une longue tradition dans ce domaine. Je repense aux activités du SAC, un organisme para-policier, où l'on retrouvait des flics, des truands, tous avec la même carte tricolore. Le SAC avait certaines activités financières, et notamment il avait dans son giron une société dirigée par un certain Charlie Lascorz dont le travail consistait à organiser des parties fines, à inviter des personnalités et à les piéger en les filmant, en les photographiant. Ensuite les gens se trouvaient confrontés à des chantages, qui n'étaient pas seulement financiers, mais qui pouvaient s'apparenter à un trafic d'influence.

Je peux penser qu'actuellement, organiser une partie fine et introduire au cours de la soirée des mineurs avec prise de photos, ça piège tous les participants. Et je vois mal comment certains groupes se priveraient de cette arme qui peut leur procurer des parcelles de pouvoir et de l'argent.

Comment est appliqué le droit en France pôur les affaires de pédocriminalité?

Globalement, la Justice fonctionne normalement, même si les juges ne sont pas formés, ou n'ont pas de moyens, mais il y a en France un certain nombre de secteurs où le droit n'est pas appliqué. La région de Nice jusqu'à une période récente, les régions alpines, des poches dans la vallée du Rhône, Paris... Le droit prescrit que tout acte sexuel commis par un adulte sur un mineur de moins de 15 ans est un crime. C'est ça les textes. Et ces textes ne sont pas appliqués dans ces zones de non-droit. Lorsque 60 à 80% des plaintes exprimées par les enfants sont classées sans suite, ça veut dire que l'on considère ces enfants comme des présumés menteurs alors qu'ils sont à priori victimes. On leur dit "non, vous êtes coupables de mensonge". Il y a une inversion des valeurs. Lorsqu'on a été victime de ce genre de crimes sexuels, il y a une étape qui est indispensable pour pouvoir se reconstruire, c'est le fait qu'on vous reconnaisse le statut de victime. Pour tous ces enfants, c'est un déni de justice. On leur dit, "vous êtes des menteurs et pas des victimes". Ça ne peut s'appeler autrement que du non-droit.

Combien de documents pédocriminels avez-vous découverts?

Au début de l'enquête, nous avions un CD-ROM, qui contient 8.500 documents. Et puis, au cours de cette enquête, Laurence Beneux a trouvé un deuxième CD-Rom.

Lorsque l'enquête a été publiée au printemps 2000 dans L'Humanité puis dans Le Figaro, la Garde des Sceaux s'est déclarée troublée. Elle intervient alors dans le journal de France 3, où elle va tenir un langage étonnant... "Nous avons le fichier [qui était en possession d'Interpol], mais nous ne pourrons rien faire tant que nous n'avons pas le CD-Rom". Et ça, c'est étonnant, car déjà dans le fichier il y a des documents assez précis pour pouvoir commencer à travailler. Le lendemain de cette intervention, je remets donc le CD-Rom au procureur général auprès de la Cour d'appel de Paris, Alexandre Benmaklouf. Ce que je ne savais pas, quand je remettais le CD-Rom au procureur général, c'est qu'il l'avait déjà. Depuis un an. Et l'affaire avait été classée au bout de quelques semaines, au motif qu'il n'y avait pas matière pour une incrimination pénale. Je rappelle que dans ce CD-Rom il y a des viols de nourrissons...

Ensuite, Laurence Beneux, qui travaillait à l'époque pour Canal+, a eu accès au deuxième CD-Rom, qui contient des scènes de torture de petites fillettes insoutenables, et elle le remet à la Justice. Depuis, rien. C'est-à-dire que la Justice possède deux CD-Rom, et... strictement rien.

Au moment où nous parlons, nous avons vingt CD-Rom. C'est-à-dire entre 80.000 et 100.000 documents pédosexuels et pédocriminels. Ce sont des documents qui doivent servir pour identifier les enfants, pour les sauver. Derrière chaque photo, il y a un enfant réel, qui a été violé, qui souffre. Qu'est-ce qu'on va faire de ces CD-Rom? Pour moi, il n'est pas question de les remettre à la Justice française, quand on voit ce qu'elle a fait des deux premiers que nous lui avons confiés, je ne peux pas être complice de ça.

Vous avez déjà été menacé?

Oui. Des menaces de mort. Au moment de la sortie du livre. J'interprète ça comme des pressions, des tentatives de vouloir m'empêcher de faire mon travail, on veut me faire peur, me déstabiliser. Je pars du principe que si un jour on voulait m'abattre, on ne me préviendrait pas à l'avance. Je travaille en réseau avec d'autres journalistes. C'est ça la meilleure protection.
 
Source : Amnistia 

20/03/2008

Alterinfo dérange.

L'agence de presse associative française AlterInfo, doit faire face à ce qu'elle qualifie de “ nouvelle tentative d'intimidation et de déstabilisation”. Tout a commencé en janvier, lorsque l'UEJF[1] et l'AIPJ[2], deux associations militantes juives, ont déposé plainte et assigné en référé AlterInfo. Le jugement rendu le 18 janvier leur ayant donné raison, l'agence de presse a décidé d'interjeter appel, pensant cette fois pouvoir davantage expliquer et justifier ses positions. [note: AlterInfo n'a pas souhaité divulguer trop de détails sur l'affaire afin que la justice n'interprète pas ses communiqués comme une ingérence dans la procédure judiciaire]

Ces poursuites aux dire du site alternatif, font suite à des menaces de mort répétées ainsi qu'à plusieurs tentatives de corruption en vue d'influencer les rédacteurs et leur ligne éditoriale, à savoir la transmission d' « une autre version de ce que la pensée dominante impose, une lecture alternative de l'information véhiculée par les médias marchands ».

Cette procédure se double d'une campagne médiatique, au premier rang de laquelle on retrouve l'UEJF et l'AIPJ.

 

“[...] Je vous signale deux articles que les associations militantes UEJF et AIPJ ont publiés contre moi et contre le site Alter Info dans leur presse communautaire. 'L’actualité juive' et son scribe très 'objectif' n’en sont pas à leur coup essai, depuis un an, au moins trois articles insultants ont déjà été publiés par ce même auteur bien-pensant. En format PDF le dernier texte de Jean-Yves Camus dans 'Actualité juive'

Le CRIF[3], s'est dernièrement joint à elles en publiant un communiqué intitulé “Un site antisémite et complotiste assigné en justice”.

“Ceux, qui depuis nos débuts nous dénigrent, se sont soudainement trouvés plus hardis après la plainte déposée contre nous - constatez par vous-même en tapant alterinfo.net sur Google (toujours visibles sur certains sites contre lesquels nous n’excluons pas la possibilité de porter plainte). Après le site du CRIF qui titrait 'Un site antisémite et complotiste assigné en justice', vient s’ajouter à la liste des affabulateurs sectaires, le site prochoix.org, où on peut lire dans un torchon haineux et très objectif publié sur prochoix.org (site de Caroline Fourest) : '[…]Le texte, extrait du site des Indigènes de la République , a déjà été repris par Bellaciao, Indymedia/Paris Ile-de-France, ou encore le site antisémite et conspirationniste alterinfo.net.' [Lien de l’article ]

Que l’on nous accuse à défaut d’autres mensonges, de conspirationniste ne nous gêne pas,et nous revendiquons notre “conspira-sionisme”, mais l’antisémitisme en plus d'être un délit nous le combattons, nous verrons le moment venu (quand nous aurons les moyens financiers) si la justice se prononcera aussi équitablement qu’elle l’a fait pour nous condamner lors du référé ?”

Les rédacteurs d'AlterInfo dénoncent la démarche de l'UEJF et de l'AIPJ qui s'inscrirait selon eux dans une même logique: « à défaut de nous faire taire, nous nuire financièrement et psychologiquement afin d'entraver la bonne marche de notre association ».

Le site a lancé un appel au don le 11 janvier pour faire face aux frais induit par la procédure. Au 18 février, l'association voyait son budget amputé de 9200 euros uniquement pour les honoraires d'avocat, ce qui ne couvre “qu'à peine la moitié des frais engendrés par cette affaire”. L'audience de plaidoirie pour l'appel est fixé au 16 avril 2008 à 14 heure; pour envoyer vos dons cliquez ici.

AlterInfo figure en bonne place parmi les médias alternatifs français. L'audience du site en janvier témoigne de son succés: 312.749 visites et 1.686.434 lecture pour 171.503 adresses I.P différentes. « Les taux d'audience de notre site, irritent, peut-être même effraient certains groupes ».

Parmi ceux-ci on retrouve plusieurs lecteurs et institutions de renoms, tous identifiés par leur I.P. de connexion. “La diversité et la pertinence des textes publiés semblent intéresser beaucoup plus de monde que nos adversaires aimeraient le faire croire. Si comme le présupposent nos détracteurs, nos visiteurs n’étaient que de doux dingues ou de vulgaires antisémites, comment expliquer la diversité des connexions ? Pour illustrer leur déviation et démontrer que leurs accusations ne relèvent que de l’ordre du fantasme, nous conservons à toutes fins utiles les I.P. de connexions des institutions étatiques - gouvernements et parlements ainsi que de différents ministères (nationaux et étrangers), même l’Elysée de manière moins récurrente (que peuvent d’ailleurs bien chercher les conseillers présidentiels sur notre site… ?) Que penser de ces nombreuses institutions financières – banques centrales de différents pays, imaginez que même la Banque Mondiale vient glaner des infos sur notre site… et les différents médias marchands nationaux qui régulièrement visitent aussi nos pages ?”

Ces poursuites sont d'autant plus étonnantes qu'Alterinfo traite des problématiques du sionisme (une idéologie politique xénophobe qui est portée entre autre par des chrétiens et condamnée par de nombreux Juifs) et souligne fréquemment le distingo qu'elle fait entre sionisme et judaïsme.

Nous viendrait-il à l'esprit de taxer d'anti-américanisme celui qui critique l'idéologie politique néolibérale de Dick Cheney ?

Ne vous méprenez pas. Dans cette affaire c'est la liberté d'expression sur Internet qui est visée. AlterInfo a besoin de vous... MAINTENANT ! “Pour triompher, le mal n'a besoin que de l'inaction des gens de bien.” (Edmund Burke)

“Ce ne sont pas les moyens utilisés par nos détracteurs qui seront à l’origine d’une éventuelle fermeture de notre site et de notre agence de presse associative, mais la passivité et/ou le laxisme de nos lecteurs les plus assidus et de nos soutiens supposés et de leurs réaction face à nos difficultés financières actuelles.”

“Ceux qui nous ont intenté ce procès pensaient bien que même si nous gagnions en référé ou en appel, nous serions quoi qu’il en soit 'fragilisés' financièrement. Si en partie ils ont 'réussis', nous avons de notre côté pu constater combien nous avons de soutiens, et dans une certaine mesure, ils n’ont fait que renforcer notre détermination à poursuivre et nous ont ouvert des perspectives. De plus, ils nous ont donné l’occasion de voir qui étaient nos vrais ami(es), et cela n’a pas de prix.”

 

Voici les quatre communiqués publiés par le site AlterInfo à ce jour:

- Communiqué Alter Info (Affaire UEJF et AIPJ contre Alter Info) - 11 janvier 2008.

- Compte-rendu: UEJF ET J'ACCUSE CONTRE ALTER INFO - 20 janvier 2008.

- Bilan de notre appel à dons et projets pour la suite [rédaction Alter Info] - 18 février 2008.

- Bis repetita UEJF/J'ACCUSE contre Alter Info: L'assignation en référé, nouveau procédé de censure ? - Zeynel CEKICI - 18 mars 2008

 

Notes :

[1] L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) est une association étudiante créée en 1944, qui représente les étudiants juifs en France (wikipédia).

[2] J’Accuse-Association internationale pour la justice (AIPJ), a été fondée en 2001 notamment par des responsables de l’UEJF et de la LICRA. Marc KNOBEL, chercheur au CRIF et au centre Simon Wiesenthal en est le président. A ce propos il paraît intéressant de consulter le texte “Police de la pensée : le CRIF à l’Ecole Nationale de la Magistrature” sur Altermedia.info.

[3] Le Conseil représentatif des institutions juives de France (connu également sous l'acronyme CRIF) fédère, au sein d'une seule organisation représentative, différentes tendances politiques, sociales ou religieuses présentes dans la communauté juive de France. À ce jour, le CRIF fédère plus de soixante associations dont le Fonds social juif unifié et l'Alliance israélite universelle (wikipédia).

 

Article original publié par www.futurquantique.org