17.02.2008
Sarkozy et l'intégrisme

«Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance»:
Note de P&P : Certes la capacité de différencier le bien du mal est un point essentiel. Malgré les assertions de Nicolas Sarkozy nous pouvons toutefois douter que les religions, catholicisme inclus, jouissent d'une grande légitimité dans ce domaine. Il suffit de contempler les fruits de la chrétienté pour s'en convaincre : croisades, inquisition, tortures, buchers, soutien apporté aux pires régimes d'Hitler à Bush en passant par Mussolini et Franco.
c’est sous les ors de la basilique Saint-Jean de Latran, au Vatican, que Nicolas Sarkozy est allé le plus loin. «Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes», avait-il asséné, remontant au baptême de Clovis à partir duquel la France est devenue, pour les catholiques, «la fille aînée de l’Eglise».
Note de P&P : Ici Nicolas Sarkozy essaye de donner une légitimité historique à ses théories. Le caractère historique d'un événement ne veut pas dire que celui-ci doive être reproduit. Il y a quelques siècles la France prospérait grace à la traite des noirs. Comme cet épisode à une réalité historique cela veut-il dire que nous devions le reproduire ?
Puis il a avancé un nouveau concept comme il les aime: celui d’une «laïcité positive, qui ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout».
Note de P&P : Une laïcité qui accepte l'entrée des religions dans les affaires temporelles n'est pas une laïcité positive c'est une laïcité qui embrasse son propre fossoyeur : l'intégrisme, c'est une laïcité morte.
Rigide. En Arabie Saoudite, le Président a été plus grandiloquent et plus général. Assimilant les religions à des philosophies, il en a loué les bienfaits même si, a-t-il reconnu, des horreurs sont parfois perpétrées en leur nom. Comme l’homme ne peut se satisfaire d’un monde purement matérialiste, a-t-il expliqué, il ne peut vivre sans religion. Ses propos ont au moins dû ravir les dirigeants saoudiens qui imposent un islam des plus rigides à leur société.
Note de P&P : Nicolas Sarkozy a bien choisi le lieu de sa déclaration. L'Arabie Saoudite est l'un des pires états intégristes que connaisse notre planète et bien entendu il s'agit de l'un des plus proches allié des Etats Unis.
Ces alliances peuvent paraitre contre nature pourtant les vrais ennemis des intégristes français, étasuniens ou saoudiens ne sont pas les autres religions mais les laïques, les modérés qui rejettent les plans apocalytiques et qui résistent à l'hystérisation des masses fondée sur des dogmes aveugles, un total mépris de la vie et des souffrances, des rivalités fanatiques, des délires sacrificiels, des soifs de domination, une surenchère émotionnelle et un déni de la raison.
«Cette conception sociologique de la religion, fournissant "l’espérance" qui fait que les peuples se tiennent tranquilles, on croyait qu’elle était loin derrière nous!», s’est exclamé François Bayrou, l’un des premiers à réagir le 25 décembre après le discours de Latran. «Ce n’est pas autre chose que l’opium du peuple que dénonçait Marx» a ajouté le président du MoDem, qui a aussi relevé «le paradoxe troublant» d’un Président «qui affiche sa complaisance avec le matéralisme financier et en même temps souhaite faire de la religion une autorité dans l’espace public».
Pour le PS, Jean Glavany, secrétaire national à la laïcité, a dénoncé le concept de «laïcité positive» et la manie du chef de l’Etat de réduire les civilisations aux religions, l’Occident allant avec la chrétienté. Lors sa conférence de presse de rentrée, le 10 janvier, le premier secrétaire du PS François Hollande a lui exigé de «clore définitivement le débat» sur la loi de 1905 instaurant la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Confusion. Les enseignants ont aussi attendu la rentrée pour réagir. Le SNUipp, premier syndicat du primaire, s’est insurgé contre les propos de Latran sur la supériorité du prêtre sur l’instituteur. «Cette affirmation est surprenante et choquante, écrit le syndicat, elle est source de confusion et risque de remettre en cause la conception de la laïcité. Mêler et de plus hiérarchiser dans l’acte éducatif, comme le fait le Président, l’instituteur et le prêtre, le pasteur et l’imam, constitue une véritable provocation vis à vis de l’école publique et des personnels».
Note de P&P : En ce qui concerne le contrôle des peuples le prêtre est effectivement supérieur à l'instituteur. L'institeur transmet la connaissance, aide à discerner, permet de distinguer la vérité du mensonge, les faits tangibles des croyances.
A l'opposé le prêtre inhibe ces capacités qui constituent les seuls leviers d'émancipation de l'individu. Le prêtre calme le troupeau, il l'amène à accepter le pire en promettant une salvation prochaine, il proscrit la connaissance et le libre-arbitre auxquels il préfère les dogmes et la soumission. Il assure au pouvoir temporel que chaque mouton marchera calmement, résigné jusqu'à l'abattoir.
«Dérapage, discours de circonstance ou projet politique?», s’interroge pour sa part le syndicat SE-Unsa qui accuse le chef de l’Etat d’avoir outrepassé son devoir de réserve. Le CNAL, qui regroupe la Ligue de l’Enseignement, des syndicats et des associations, doit diffuser un communiqué de protestation aujourd’hui.
Note de P&P : Projet politique mûrement réfléchi et répété des dizaines de fois au cours de l'Histoire. Siècles après siècles, le mobile des dictateurs est le pouvoir absolu. Pour cela il leur faut contrôler la sphère temporelle ainsi que la sphère spirituelle.
Deux solutions s'offrent alors au dictateur soit comme Hitler, Napoleon ou Georges Bush il obtient le soutien de la sphère religieuse. Soit il la détruit comme Staline. Dans les deux cas le résultat est le même, un seul maître absolu émerge.
La laïcité construite par Jaurès ou Ferry prone une séparation entre le pouvoir temporel (politique, éducation, économie,...) et le pouvoir spirituel. A l'opposé l'intégrisme défend une fusion entre le politique et le religieux.
Comme Georges Bush l'a fait avant lui, Sarkozy avance à grand pas vers cette convergence du politique et du religieux ce qui lui permettra bientôt de justifier l'implication de la France dans des guerres religieuses et de plonger la France dans une des plus grande mystification du XXIe : le choc des civilisations créé de toute pièce par ceux qui souhaitent une destruction mutuelle des chrétiens et des musulmans.
Original Véronique Soulé pour Libération.
15:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, intégrisme, religion, laicité, christianisme, catholicisme, islam


