25.10.2007

Juge et (petit) parti.

Europe 1 vient de consacrer  un article au récent projet  loi proposé par le Nouveau Centre et relatif au financement des partis politiques


Marche arrière toute. Face à la levée de bouclier de la gauche et du MoDem et après une série d'incidents en séance, le gouvernement a préféré ajourner mercredi l'examen de la proposition de loi déposée par le Nouveau Centre. Une disposition sur le financement des partis qui aurait permis à ce nouveau parti rallié à Nicolas Sarkozy d'obtenir des crédits publics alors qu'il n'y a pas droit en l'état actuel de la loi. L'examen de ce texte a été repoussé sine die.

Note de P&P : Il est intéressant de constater que le gouvernement et l’Assemblée qui sont pourtant totalement contrôlés par l’UMP ont abandonné ce projet de loi. Pourquoi ne pas passer en force comme cela vient de se faire avec la loi sur les tests ADN ? Peut être parce que les victimes de cette loi scélérate auraient un peu trop parlé.

 

Le Nouveau Centre, parti créé après la présidentielle par des anciens compagnons de route de François Bayrou,

Note de P&P  Voilà une manière très diplomatique d’exposer les choses. Revenons un peu en arrière. 1er tour des présidentielles, François Bayrou obtient 18,7% des voix,avec un tel score il menace la pseudo dualité gauche-droite qui entretient depuis des décennies l’illusion du choix politique en France.

F. Bayrou a obtenu ses voix grâce à un positionnement courageux et indépendant, au rejet des archaïsmes et du clientélisme des deux partis dominants. Il a refusé toute alliance opportuniste avec l’un de ces deux partis et n’a donné aucune consigne de vote. F. Bayrou a ainsi renvoyé dos à dos le PS et l’UMP permettant d’entretenir l’émergence d’une véritable troisième force politique.

Fort de ce succès et dans la perspective des élections législatives à venir, François Bayrou crée son parti centriste, le MoDem. Et c’est ici que les termes d’Edgard Faure prouvent à nouveau toute leur justesse : « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent ». Ainsi une quarantaine de candidats du MoDem vont vendre pour 30 pièces d’argent ce qui aurait pu constituer leur légitimité populaire. Ils vont trahir devant 60 millions de français leur leader François Bayrou et leur parti pour rejoindre l’UMP et surtout le pouvoir.

Au final seul 4 députés du MoDem seront élus et les 21 opportunistes participeront à la création du Nouveau Centre, parti parasite du MoDem et antichambre de l’UMP. Comme Ségolène Royal, François Bayrou aura appris à ses dépends qu’il ne suffit pas d’avoir Juda à sa table pour être le Messie. Un autre enseignement est aussi qu’un Juda peut en cacher bien d’autres. Le nombre des transfuges du PS et du MoDem venus rejoindre les strass du pouvoir dans le giron de l’UMP illustre cette triste réalité.

 

[LeNouveau Centre] n'a pas satisfait aux critères de financement public après les législatives de juin. Il aurait fallu qu'au moins 50 candidats obtiennent 1% des suffrages exprimés, ce qui n'a pas été le cas. En revanche, le parti compte 21 députés, élu après des accords avec l'UMP, et a pu former un groupe à l'Assemblée nationale.

Note de P&P :Ce qu’omet de préciser Europe 1 dans son excellent article, c’est que ces « critères » sont les éléments fondamentaux de la loi du 11 mars 1988  sur le financement public des partis.

Les girouettes du Nouveau Centre n’atteignent pas ce chiffre pour la bonne et simple raison qu’ils n’ont décidé de retourner leur veste que lorsqu’ils ont obtenu un maximum de garanties quant à leur élection future. Ainsi le Nouveau Centre n’a présenté que 43 candidats et près de la moitié a été élue grâce à ses tristes accords passés avec l’UMP. C’est pour cela que la France se retrouve avec 21 députés d’un parti qui n’a même pas récolté un pourcent des voix.

 

A l'opposé, l'UDF-Modem de François Bayrou qui n'a que quatre députés a largement rempli le critère avec une moyenne nationale au-dessus de 7%.

Note de P&P : La loi ne mentionne nullement le nombre de député élus mais bien le nombre de candidats et le nombre de voix qu’ils ont obtenues et cela n’est en rien un hasard.

L’esprit de cette loi est clair : débloquer des financements publics pour les partis qui sont suffisamment soutenus par la population. Cette légitimité démocratique se compte naturellement en nombre de voix et pas en nombre de députés arrivés au pouvoir après négociations, désistements, alliances, changements de camps et autres manœuvres.

Et c’est bien là que le bat blesse pour le Nouveau Centre. Celui-ci n’a jamais eu de légitimité démocratique, il a usurpé la légitimité populaire du MoDem (en se donnant un vernis centriste) et a profité de l’afflux de votes provenant de l’UMP (en y faisant allégeance).

 

Un changement des règles, c'est ce que réclame maintenant le Nouveau Centre (NC). Sa proposition de loi avait été adoptée mardi après-midi "en urgence" par la Commission des lois. Le texte devrait permettre à tout parti politique disposant de 15 parlementaires minimum de bénéficier d'un financement public, au nom du "pluralisme" et de "l'indépendance des partis politiques".

Note de P&P  En clair le Nouveau Centre, qui n’a même pas obtenu 1% des suffrages, propose une loi qui va lui permettre de se faire financer sur les impôts des 99% qui n’ont pas voté pour lui. Il est intéressant de noter comment cette escroquerie a été empaquetée. A travers cette proposition de loi, le Nouveau Centre, c'est-à-dire ceux qui ont tenté de détruire l’émergence d’une troisième force politique en France, se prévalent de défendre le pluralisme !

 

Le texte du NC divise notamment à gauche. Le Parti socialiste, qui votera contre, dénonce du sur-mesure et du copinage en plein marathon budgétaire. Les Verts voteront également contre la proposition. Le député Vert Noël Mamère a lui ironisé mardi sur un "petit arrangement entre amis", "un arrangement entre le gouvernement, et l'Elysée, et ses ralliés". "Il ne faut pas dévoyer les principes du financement des partis politiques. Cela fait petits arrangements entre amis", a ajouté le député-maire de Bègles. En revanche, le parti communiste soutient lui le Nouveau Centre car le parti compte 15 députés tout rond et a été obligé de s'allier aux Verts pour former un groupe à l'Assemblée nationale.

François Bayrou est lui aussi en colère : "on n'a pas le droit de voter des lois qui changent la règle du jeu après la fin du jeu". Le leader du MoDem estime qu'une telle réforme aurait été possible pour les élections suivantes mais pas en cours de mandat. "Il faut à tous prix donner à certains les avantages matériels qui correspondent à leur ralliement et c'est donc magouille et manoeuvre" estime François Bayrou qui anticipe qu'une telle mesure pourrait vite devenir très impopulaire.

Note de P&P  Et voilà certainement une explication du retrait de cette proposition de loi. Plusieurs partis politiques commençaient à relayer l’information et à éroder un peu plus la côte de popularité de Nicolas Sarkozy et de son parti. 

Ceux-ci déjà empêtrés dans des grèves grandissantes, des lois aux relents totalitaires, des choix budgétaires enrichissant encore un peu plus les riches, se doivent d’entretenir un minimum l’illusion de la légitimité populaire et d’étouffer cette affaire embarrassante. 

A propos de cette illusion de représentativité du peuple français, cette tentative de manoeuvre politique aura eu le mérite, si besoin en était, de mettre en lumière un paradoxe de fonds : Le Nouveau Centre avec moins de 1% de votescompte 21 députés, le Modem avec près de 8% des suffrages obtient 4 sièges. Vous avez dit démocratie ?