18.01.2009

Comment fonctionne la machine à propagande israélienne

James Zogby
The Huffington Post
Vendredi 9 janvier 2009

Comme pour les précédents conflits du Moyen-Orient, la version officielle défendue par les médias et les analyses politiques ici, aux États-Unis, correspondent fidèlement à la position d’Israël concernant cette guerre. Ce point constitue une des causes majeures des précédentes victoires israéliennes et de la capacité d’Israël à faire durer les combats sans que les États-Unis ne lui retirent son soutien. Puisqu’il a conscience de l’importance de la guerre de propagande, Israël combat de manière vigoureuse et disproportionnée sur ce front-là aussi.

Voici comment il s’y prend :

1/ Définir le cadre du débat : la clé pour le remporter. Au départ, les Israéliens s’efforcent de définir le contexte, la genèse, et la version officielle qui conditionneront la compréhension du conflit. Dans le cas présent, par exemple, ils ont réussi, grâce à des répétitions ininterrompues, à établir la notion selon laquelle la guerre avait commencé le 19 décembre, date de fin du cessez-le-feu de 6 mois (décrit par Israël comme « rompu unilatéralement par le Hamas »). En agissant ainsi, ils ont évidemment ignoré leurs propres violations de la trêve en novembre, et le non-respect de leur engagement, pris au début du cessez-le-feu, visant à ouvrir les frontières de Gaza. Ils ont également fermé les yeux sur leur propres décisions qui ont condamné Gaza à la dépendance, processus qui a commencé bien avant leur retrait en 2005. Comme ils savent que les Étasuniens ne suivent pas ce conflit de près, et sont enclins à croire ce qu’on ne cesse de leur répéter, cette tactique de définition préalable du contexte et de répétition de la version officielle est un succès.

2/ Avoir conscience de l’efficacité des stéréotypes. Comme, depuis des générations, le conflit israélo-palestinien est décrit sous des auspices favorables à la culture israélienne et via des stéréotypes négatifs sur les Palestiniens, les agents de la propagande israélienne disposent ici d’un avantage facile à exploiter. Puisque ce conflit est considéré depuis des lustres comme « une confrontation de l’humanisme israélien au problème palestinien », la couverture médiatique de chaque nouvel épisode commence par décrire comment « le problème » affecte les Israéliens. Comme Golda Meir l’a déclaré : « Nous pouvons pardonner aux Arabes le meurtre de nos enfants, mais nous ne pourrons jamais leur pardonner de nous forcer à tuer les leurs ». Par conséquent, malgré la souffrance disproportionnée du peuple palestinien, rien de surprenant dans le fait que la couverture médiatique tente de « rééquilibrer » le sujet en traitant exhaustivement, photos à l’appui, de l’angoisse et de la peur que la guerre fait subir aux Israéliens. Plus tôt dans le conflit, lorsque l’analyse médiatique jouait le rôle principal, les Palestiniens étaient réduits, comme toujours, à de simples chiffres, ou chosifiés comme « dommages collatéraux ».

3/ Anticiper et compter sur les erreurs de l’adversaire. La stupidité du Hamas a servi la stratégie d’Israël. Dès le début, Israël a pu compter sur le fait que le Hamas lancerait des roquettes et émettrait le type de menace qui permettrait à Israël de rallier la sympathie de l’Occident. Savoir que ces tirs et ces menaces auraient très certainement lieu, et pourraient être exploités, constitua un avantage pour leur guerre de propagande.

Note de Futur Quantique : quand on sait qu’Israël est le champion des opérations sous « fausse bannière », et qu'il a tendance à se faire parfois passer pour le Hamas, on peut se demander qui est derrière les tirs de roquettes et les menaces qui servent si bien la propagande israélienne.

4/ Etre partout et répéter la même chose – et s’assurer que l’adversaire demeure aussi invisible que possible. Israël entame chacune de ses guerres aidé d'une légion de porte-paroles anglophones (la plupart nés dans des pays occidentaux) disponible à tout instant dans chaque organe médiatique (ce n’est pas un hasard si, par exemple, Israël dispose d’un consul général « arabe » à Atlanta – ville où est basé CNN). Cette opération de propagande, qui consiste à dépêcher dans tous les événements médiatiques des États-Unis des porte-paroles présentant la même version des faits, est une garantie de succès. En même temps, ils arrivent à interdire l’accès des médias à Gaza, autorisant les journalistes occidentaux à opérer uniquement dans les zones supervisées par l’armée israélienne, ce qui garantit à Israël l’opportunité de définir chaque détail de la version officielle tout en interdisant toute possibilité de vérification indépendante des horreurs perpétrées à Gaza.

5/ Coller à la version officielle. Comme une bonne partie de l’histoire sera définie par les déclarations et les actes des politiciens, l’appareil politique à Washington est également mis à contribution, assurant que les dirigeants de la Maison-Blanche et du Congrès communiquent la version officielle. Ainsi, les communiqués du Congrès reprennent cette version des faits tandis que les porte-paroles israéliens, les commentateurs politiques, et les déclarations du Congrès se corroborent mutuellement.

6/ Nier, nier, nier. Lorsque les événements et la réalité font surface, en contradiction avec le scénario élaboré par Israël, et contestant la version officielle, la machine de propagande s’active pour nier, nier et nier encore (déclarant éhontément, « qui croyez-vous, moi ou ce que vos yeux trompeurs vous disent ? ») et/ou élaborant une nouvelle version qui reporte la faute sur la victime (« nous ne sommes pas responsables, ils nous ont forcés à le faire »). Dans le cas présent, cela consiste à affirmer que quelqu’un autre, toujours, est responsable de la mort des Palestiniens, et/ou que les photos montrant la souffrance du peuple palestinien sont des mises en scène de la part des journalistes ou de l’ennemi (comme pour dire : « les Arabes ne souffrent pas vraiment comme nous »).

7/ La dernière carte… Lorsque toutes les techniques précédentes ont échoué, invoquer quelques exemples d’antisémitisme flagrant et les généraliser – suggérant ainsi que les critiques sont motivées par l'antisémitisme. Cette tactique est risquée et peut-être trop utilisée, mais elle peut réduire les critiques au silence ou les mettre sur la défensive.

Note de Futur Quantique : apparemment, cette dernière carte est toujours autant employée, en témoignent les multiples articles et reportages sur la montée de l'antisémitisme en France. L'agression d'une jeune juive a même traversé l'Atlantique pour servir le discours d'un sioniste lors d'un rassemblement pro-israélien à New York. A croire qu'ils ont du mal à trouver le moindre acte antisémite sur toute la planète... et pour cause : dans la majorité des cas, l'antisémitisme est un phénomène monté de toute pièce pour les besoins de la propagande. Ne vous attendez pas à voir les médias diffuser des informations en totale contradiction avec la propagande, comme, par exemple, ce très beau discours humaniste prononcé hier à Lyon dans le cadre d'une manifestation pour Gaza :

 

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique

12.01.2009

Alerte à la propagande Hasbara ! La machine de relations publiques sioniste se met en marche.

Richard Silverstein

The Guardian
Vendredi 9 janvier 2009

Commentaires de Sott.net

Avec le recrutement par le ministère des Affaires étrangères israélien d'un réseau de volontaires destiné à inonder les sites d’information de messages pro-israéliens, nous entrons dans l’ère de la propagande en ligne.

Les brigades de la hasbara contre-attaquent ! Vous n’arrêtez pas d’entendre parler des tentatives d’Israël visant à manipuler les médias. Tout le monde sait que de telles pratiques ont cours, mais habituellement, elles sont le fait de cyber activistes comme ceux liés au site Giyus et son logiciel de suivi des médias Megaphone [NdT : Giyus est l’acronyme de ‘Give Israel Your United Support’ - ‘Soutenez, Israël, unis et tous en chœur !’. En 2006, en moins de 4 mois, plus de 25 000 utilisateurs enregistrés sur ce site avaient téléchargé le logiciel Megaphone, qui leur permet de recevoir des alertes leur indiquant d’intervenir sur tel ou tel site Internet]. Nous savons désormais que le ministère des Affaires étrangères israélien en personne orchestre ces efforts de propagande destinés à inonder les sites d’informations d’arguments et de données pro-israéliens.

 Un lecteur de mon blog a reçu le courriel suivant qui mentionne l’objet de la démarche et l’organisation qui l’a initiée. Cette offre pour devenir « volontaire des médias » pro-israélien inclut également une liste de liens vers des sites-clefs que le ministère voudrait voir ciblés en priorité par des commentaires pro-israéliens :

Chers amis,

Nous détenons la suprématie militaire [sic], pourtant nous perdons la bataille dans les médias internationaux. Nous devons gagner du temps afin que l’armée israélienne réussisse, et le moins que nous puissions faire est de passer quelques minutes (de plus) sur Internet. Le ministère des Affaires étrangères fait de gros efforts pour rééquilibrer les médias, mais nous savons tous que cette bataille se joue sur les volumes. Plus nous nous impliquons dans des commentaires, blogs, réponses, votes – plus nous gagnons d’opinions favorables à notre cause. 

Le ministère des Affaires étrangères israélien m’a demandé d’organiser un réseau de volontaires qui souhaitent contribuer à cet effort collectif. Si vous acceptez, vous recevrez des messages quotidiens, un ensemble de logiciels et une liste de cibles.

Si vous souhaitez participer, s’il vous plaît répondez à ce message.

Mon ami a répondu et a reçu ce communiqué officiel du ministère présentant les idées-forces quant à l’opération Plomb Durci, idées qu’il devait utiliser au cours de ses efforts de propagande. Parmi les liens mentionnés, il y avait un article de Peter Beaumont ouvert aux commentaires. Les cibles suivantes y étaient listées : le Times, le Guardian, Sky News, la BBC, Yahoo! News, l’Huffington Post, et le Dutch Telegraaf. Étaient également ciblés d’autres sites d’information en hollandais, espagnol, allemand et français considérés comme critiques à l’égard de l’invasion.

Commentaire : Ce « communiqué » est truffé des contrevérités que nous avons déjà documentées telles que « Il n’y a actuellement aucune crise humanitaire dans la bande de Gaza » (j’ai souligné certains passages) et « Israël s’est lancé dans cette opération après avoir épuisé toute les possibilités d’arrêter la terreur issue de Gaza […]

Localement, ici à Seattle, des activistes pacifistes ont organisé devant un bâtiment fédéral une manifestation à laquelle 500 personnes ont participé. Dans le communiqué du ministère des Affaires étrangères publié le lendemain, on demanda aux volontaires de publier des commentaires sur l’article du Seattle Post Intelligencer's relatif à cette manifestation. La liste des commentaires est remplie de contributions issues de la hasbara, dont les arguments préprogrammés modifient l’équilibre et le ton de la discussion et lui donnent une coloration beaucoup plus favorable à Israël qu’elle ne devrait l’être.

Ici, le coordinateur du ministère des Affaires étrangères décrit une réunion à laquelle il a participé dans les locaux officiels du gouvernement :

Bonjour à tous,

J’ai participé aujourd’hui à une réunion au ministère des Affaires étrangères et j’ai été très heureux d’apprendre que d’après leurs statistiques, la situation d’Israël sur Internet s’améliore de jour en jour. Cela veut dire que vous faites du bon boulot ! Le ministère des Affaires étrangères s’inquiète de l’opinion publique défavorable en Europe. Par conséquent, concentrez s’il vous plaît vos efforts sur les médias européens.

Comment pouvez-vous aider ?

-  Identifiez les batailles sur Internet dans différentes langues et informez-nous en

-  Commentez/publiez/votez sur les sites listés et les autres ; vous pouvez utiliser les sources en pièce jointe

-  Ecrivez des lettres aux auteurs et aux éditeurs. Présentez-vous comme une habitant du coin.

-  Faites participer vos amis à cette activité

Le message suivant avait pour but d’encourager l’effort des activistes pro-israéliens :

Les gouvernements de la planète sont encore patients avec l’opération israélienne légitimement menée à Gaza. A contrario, l’opinion publique [sic] est impatiente, c'est le moins qu'on puisse dire. Cet écart va vite se réduire – comme toujours.

Notre but est d’infléchir l’opinion publique, telle qu’exprimée sur Internet, afin d’éviter ou, tout du moins, de minimiser des sanctions internationales. Nous devons gagner du temps pour que l’armée israélienne atteigne ses objectifs.

En plus des arguments fournis par le ministère des Affaires étrangères, les activistes pro-israéliens ont accès à des documents sources pro-israéliens qu’ils peuvent utiliser comme référence dans leurs commentaires :

Bicom.org.uk/

Commentaire : un site rempli d’articles sur les braves soldats israéliens et de prétendues cartes montrant "les mosquées qui cachent des roquettes". Pas un mot sur les 300 enfants palestiniens morts.

Aish HaTorah's, quelle est la véritable histoire du Moyen Orient ?

Commentaire : 10 minutes ininterrompues de révisionnisme historique à la sauce sioniste.

Vidéo YouTube : Au milieu des violences à Gaza, des médecins israéliens et palestiniens sauvent la vie d’un bébé.

Commentaire : Qui peut dénigrer le sauvetage d’un bébé ? Mais cela reste de la propagande pour éloigner l’attention de l’horreur généralisée.

La journaliste de CNN Christiane Amanpour s’entretient avec Tzipi Livni

Commentaire : le « visage féminin » de l’occupation. Suivez ce lien.

L’attaque militaire contre Gaza devrait être perçue comme partie intégrante de la War on Terror

Commentaire : Formule classique employée par les docteurs ès manipulation : « notre combat est votre combat ». A voir, ce film de présentation des techniques de propagande sionistes, disponible ici.

Blog tenu depuis le Sud d’Israël par Morit Rozen

Un blog israélien qui décrit combien il est « difficile » de quitter la maison familiale pendant les bombardements de Gaza, d’entendre les sirènes et de rester à l’intérieur (avec pléthore de nourriture, de l’eau courante, de l’électricité et des amis à rencontrer) – si la situation des Gazaouis pouvait être aussi terrible…

Vous souvenez-vous quand le département étasunien de la Défense payait des entreprises de relations publiques et des journaux iraquiens pour qu’ils publient des articles favorables à la guerre en Iraq ? Ces entreprises essayaient également d’introduire des articles favorables à ce conflit dans les journaux étasuniens. Cela provoqua un tollé immédiat au sein des médias qui s’opposèrent à cette manipulation. Nous verrons si la même chose se produit cette fois-ci.

De tels agissements de la part du ministère des Affaires étrangères israélien sont inacceptables. Peut-être considère-t-il cette hasbara comme une manière de maximiser ses efforts pour expliquer la position d’Israël aux médias du monde entier. Je la considère comme une tentative cynique visant à inonder Internet et les médias d’information d’une propagande pro-israélienne, tentative désespérée de se rallier la sympathie de l’opinion publique. Non seulement cela dessert Israël, mais en plus cela discrédite toute tentative d’effort légitime de ce ministère visant à expliquer la situation d’Israël au monde, puisque personne ne croira plus les paroles d’une organisation impliquée dans une propagande aussi flagrante.

Sans parler de la médiocrité de ces réseaux d’activistes. Qu’y gagnent-ils ? Quelle est leur efficacité, et combien de lecteurs arrivent-ils à convaincre ? À ce propos, j’ai remarqué qu’il y avait des membres de la hasbara même sur mon blog. On les voit venir à des kilomètres, car ils n’ont jamais publié de commentaires avant d’écrire une phrase du type « j’apprécie votre blog depuis longtemps, mais tout individu normalement constitué sait que le Hamas est là pour détruire Israël bla, bla, bla … ». Des formules plutôt stéréotypées. Vous pouvez également taper dans Google quelques extraits de ces commentaires, et si vous voyez qu’ils apparaissent sur d’autre sites, alors vous savez que vous avez à faire soit à un propagandiste de la hasbara, soit à un individu souffrant de troubles obsessionnels compulsifs.

Dans certains cas, les médias occidentaux peuvent être volontairement ou involontairement victimes de telles manipulations. Tony Karon souligne que l’historien et journaliste pro-israélien Michael Oren a publié plusieurs textes depuis le début de l’attaque contre Gaza dans des journaux étasuniens comme le New Republic ou le Los Angeles Times. Il joue également un rôle actif au sein de l’armée israélienne à Gaza, puisqu’il occupe la fonction d’officier des affaires publiques en liaison avec les médias internationaux. Vous ne trouverez aucun de ces "détails" mentionnés dans l’espace éditorial du Los Angeles Times. Concrètement, les médias autorisent des parties prenantes comme Oren à se faire passer pour des experts indépendants, ce qu’ils ne sont pas du tout. Il est nécessaire que les éditeurs mènent les vérifications qui s’imposent lorsqu’ils publient un document qui défend l’une ou l’autre des parties, pour valider qu’il n’y a pas conflit d’intérêt ou un autre facteur qui pourrait influencer le jugement du commentateur.

Il semble bien que nous soyons désormais complètement entrés dans l’ère de la propagande en ligne.

 

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique