04.12.2007

Entrée en scène des milices sarkosiennes.

Note de P&P : Une majorité des étudiants semble avoir pris conscience de la privatisaton à venir des universités. Fort de ce constat il ont initié un vaste mouvement de grève s'opposant de fait au gouvernement, aux CRS, aux dirigeants des universités, aux syndicats étudiants UMP et leur mouvements anti-grève et bien sûr aux médias.

Voici un article (extrait du blog d'un étudiant de Perpignan) qui me semble bien résumer la situation actuelle :

 

samedi 1 décembre 2007

Après la soirée de vendredi, il est temps pour nous de recadrer les choses.

Comme cela nous l'avait été annoncé par l'administration, bien au courant du fait puisqu'elle s'était réuni derrière les préfabriqués, en cachette, avec les anti-bloqueurs, un appel à un débloquage violent avait été fait pour 21h30. Il était également dit que l'on pouvait craindre la présence de membres d'organisations groupusculaires d'extrême droite. Devant la menace d'attaques fascistes, nous avons décidé de ne pas abandonner l'occupation, et par là-même de ne pas les laisser "gagner". C'est pour cela que nous nous sommes préparés et armés de manches à balai et autres barres, en espérant que ce serait suffisant pour les intimider, et qu'ils ne viendraient pas.

Malheureusement, un groupe d'une 50aine de personnes, également armées de batons contrairement à ce qu'ont pu dire certains médias, a déboulé sur le campus en chantant la Marseillaise (et ont même été vus en train de faire de splendides saluts nazis...). Les vigiles de l'université ont pu les contenir, alors que la police observait tranquillement le spectacle depuis l'extérieur de l'université...

Alors que les étudiants grévistes se repliaient dans l'amphithtéâtre occupé, suite à une première "dispersion" des anti-bloqueurs, ces derniers sont revenus à la charge, toujours sous les yeux de la police, qui a fini par intervenir, une fois la bataille terminée... Seuls la patience et le calme des grévistes (alors que les anti-bloqueurs ne cessaient de nous provoquer) expliquent qu'il n'y ai pas eu d'affrontements physiques. Nous n'étions pas là pour nous battre, mais pour nous défendre en cas d'agression, agression programmée, rappelons-le.

Le comité de grève condamne également le rôle des médias, et particulièrement de France 3, dans la montée des tensions. A la recherche du sensationnel, ils n'ont pas douter à faire un appel public au débloquage violent au JT régional du vendredi soir, et donner même l'heure du rendez-vous. Où est l'information là-dedans? Quel rôle joue ce média dans le mouvement? Evidemment, ces mêmes journalistes étaient présents à 21h30 précises et n'ont pas hésiter à nous filmer en cachette, après nous avoir promis de ne pas nous filmer. Ce média a fait preuve d'un manque cruel d'intégrité et le comité de grève s'engage à ne plus répondre à ces journalistes, qui déforment et adaptent l'information à leur sauce.

Mais surtout, le comité de grève dénonce l'attitude du président de l'université de Pepignan. Pour son premier mandat, Benkhelil montre son incompétnce en matière de gestion des crises. Il est obnubilé par la reprise des cours, et en oublie les règles minimales de sécurité. Il encourage les étudiants anti-bloqueurs à venir déloger, en faisant usage de la violence, les étudiants qui bloquent... Il ment, sans cesse, aux médias qui l'interrogent sur le mouvement, et ne se tient jamais à ce qu'il dit ou promet... Il refuse de communiquer avec les grévistes et de reconnaître les AG étudiantes, dont le cadre a été fixé après consultation entre anti-LRU, pro-LRU et administration... Il n'hésite pas à menacer ou intimider les grévistes qui occupent l'université, et va même jusqu'à couper l'électricité du bâtiment occupé. Benkhelil applique des techniques de siège, de guerre.


Pour toutes ces raisons, et devant l'évidence de son incapacité à gérer dans le calme et dans le respect une université, nous demandons la démission de Benkhelil, comme de tous les présidents d'université qui ont fait appel aux forces de l'ordre pour évacuer les facs!

Note de P&P : Sarkozy a réussi à détruire le mouvement de grève des fonctionnaires en trouvant quelques traitres à la tête des syndicats, en initiant des mouvements antigrève bidons, en instrumentalisant les directions concernées et en faisant relayer sa propagande par les médias afin d'attiser la jalousie au sein du peuple français. (Ne sommes-nous pas d'ailleurs tombé bien bas pour jalouser les conditions de vie et de travail d'un cheminot.)

Pour ce qui est du mouvement étudiant, la propagande des médias, l'instrumentalisation des directions et les mouvements antigrève bidons sont toujours là, pour corser le tout Sarkozy semble y avoir ajouté l'intervention de ses milices

Eh oui, à l'heure où ces lignes sont écrites, les CRS matraquent nos enfants, lycéens et étudiants en fac, parce que ceux-ci ont l'outrecuidanse de se battre contre la privatisation de l'université.

Quand c'était les fonctionnaires on a fermé les yeux, quand c'était les étudiants on a fermé les yeux. Quand ce sera vous, vous ferez quoi ?
 

22.11.2007

Les cheminots résistent à la trahison programmée par les syndicats

Article issu du site "Solidarité Ouvrière

 

Jeudi, au troisième jour de la grève, massivement suivie, contre les attaques sur les retraites préparées par le gouvernement gaulliste du président Nicolas Sarkozy, des assemblées générales de cheminots se sont tenues dans toute la France et ont voté, à une écrasante majorité, la reconduction et l’amplification de la lutte.

Note de P&P : Avez-vous lu ou entendu dans les medias de masse que la grève avait été massivement suivie et que la reconduction avait été voté avec une écrasante majorité ? Rien de tout cela, les médias officiels reprennent en choeur la version officielle écrite par l'Elysée : "actes de sabotages", "taux de grèviste en baisse" et "fin du mouvement imminente"

 

Ces votes sont l’expression du rejet des trois piliers principaux de la réforme: l’allongement de la durée de cotisation, de 37,5 annuités à 40, pour pouvoir jouir d’une retraite à taux plein, la décote en cas de retraite anticipée et l’indexation des retraites sur les prix et non plus sur les salaires, ce qui était plus avantageux.

Les travailleurs qui participaient à ces assemblées générales ont exprimé une grande méfiance vis-à-vis des actions entreprises par les directions syndicales et un ressentiment tout particulier envers la proposition de Bernard Thibaut, secrétaire général de la CGT (Confédération générale du travail) qu’il y ait des négociations branche par branche dans le cadre de la réforme. Cette proposition revient, de fait, à reconnaître la destruction des régimes spéciaux (retraites spéciales accordées de longue date aux travailleurs dans des métiers particulièrement pénibles) et à collaborer à la mise en place de la réforme de Sarkozy.

Note de P&P : Comme Andrew Lobaczewski l'a justement décrit, la ponérisation touche progressivement tous les pans de la société : les médias, les sphères juridiques et judiciaires mais aussi les travailleurs et les syndicats.

La vérité est douloureuse mais riche en enseignement. Les dirigeants syndicaux à l'instar de nos chers "élus" ne sont pas au service du bien commun malgré ce qu'ils affirment mais oeuvrent à l'intérêt de leur petit groupe.

Les syndicats qui pouvaient apparaitre comme le dernier rempart contre la barbarie ultralibéraliste, ont vendu pour 30 pièces d'argent la dignité des plus faibles qu'ils étaient sensés défendre.

 

Le WSWS a participé à une assemblée générale de grévistes à la Gare du Nord, à Paris. Il s’y trouvait des conducteurs de train, du personnel d’accueil, des contrôleurs et aussi une délégation des ateliers Le Landy de la Seine-Saint-Denis, au nord de Paris.

Etaient présents des membres de la CGT (syndicat majoritaire chez les cheminots), Sud Rail et Force ouvrière, respectivement les second et troisième syndicats, ainsi que des membres de l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes, proche du Parti socialiste) et des travailleurs non syndiqués.

Lecture a été faite des comptes-rendus des différents sites de la région parisienne, où entre 60 et 100 pour cent de travailleurs étaient en grève. 

Nazima de la CGT, qui joue un rôle important dans l’organisation des assemblées générales, a dit qu’elle avait reçu un coup de fil de l’Université de Tolbiac, où les étudiants sont en grève contre l’ouverture des universités aux entreprises privées, appelant les cheminots à ne pas abandonner la lutte. Elle a exprimé sa révolte quant à l’envoi de CRS la veille pour disperser les étudiants de l’Université de Nanterre à coups de matraque, qualifiant cet acte de « grosse erreur du gouvernement. » 

Note de P&P : En résumé, le complexe médiatico-politique censure l'ampleur du mouvement étudiant et utilise parallélement la violence pour le neutraliser. C'est finalement très similaire à la manière dont le mouvement pour la paix est traité aux USA.   

 

L’assemblée générale a voté la poursuite de la grève jusqu’au lendemain. Il y a eu trois abstentions.

L’assemblée a aussi voté la mise en place d’un comité de grève dont la tâche serait d’organiser les piquets de grève et d’amplifier le mouvement, notamment auprès des travailleurs de la RATP (Régie autonome des transports parisiens, bus et métro) et des travailleurs de EDF et GDF (Electricité et Gaz de France) dont les régimes spéciaux de retraite sont également attaqués par le gouvernement. 

Le comité travaillerait aussi à gagner le soutien du public et à contrer la machine de propagande de Sarkozy, qui jouit du soutien entier des médias.

Note de P&P : Effectivement la propagande sarkosienne tourne à plein régime. Au cours des derniers jours les grévistes ont été traités de "minorité", de "privilégiés", de "preneur d'otages", de "saboteurs",... Voilà un aspect classique de la pensée psychopathique : l'utilisation de l'insulte et du langage émotionnel... "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelquechose."

 

La veille, les grévistes de la Gare du Nord avaient voté à l’unanimité une motion qui a ensuite largement circulé dans toute la France et qui a été adoptée dans de nombreuses assemblées générales. Cette motion a été soumise une nouvelle fois pour servir de base de réponse à une lettre envoyée par Xavier Bertrand, le ministre du travail, le 14 novembre, invitant les syndicats à des négociations. La lettre de Bertrand a été rejetée par tous les intervenants à l’assemblée générale car elle ne propose aucunement le retrait des trois piliers de la réforme.

Au sujet de la proposition faite au gouvernement par le leader de la CGT, Bernard Thibaut, un travailleur a fait remarquer : « Qu’est-ce cela nous apporte ces négociations tripartites [entre la direction des entreprises publiques, les syndicats et des représentants du gouvernement] ?  Il n’y a aucune garantie. »

Ce qui est très significatif, c’est la décision prise de faire parvenir cette motion à tous les cheminots de France, mais aussi de l’envoyer aux dirigeants des syndicats de cheminots qui se réunissaient à 16h30 jeudi après-midi pour discuter des suites à donner à l’invitation de Bertrand.

La motion déclare : « Nous refusons le passage de 37.5 ans à 40 ans de cotisations, les décotes et l’indexation des pensions sur les prix plutôt que sur les salaires. »

La motion insiste pour que les directions syndicales ne signent pas d’accords avec le gouvernement sans le consentement de la base. « Nous exigeons d’être consultés pour toute décision qui engagerait notre avenir et d’être informés du contenu des discussions à chaque étape », dit la motion. « Nous nous déclarons opposés à toute négociation entreprise par entreprise. » 

Note de P&P : Et voici la bonne vieille tactique du "diviser pour mieux régner" qui ressurgit. Le mouvement populaire gagne une forte ampleur, découpons-le branche par branche pour mieux l'écraser.

Certes cette maneuvre a une saveur particulière lorsqu'elle est initiée par un dirigeant syndical sensé défendre l'intérêt des plus modestes. Mais finalement si tel était vraiment son objectif serait-il encore à la tête d'une organisation syndicale ?

 

Plusieurs participants au débat ont fait remarquer que la lettre de Bertrand proposait des négociations dans les différentes entreprises sur une durée d’un mois laissant entendre que la grève se prolongerait d’autant, et ce, afin d’épuiser le mouvement. 

Note de P&P : La classique mais toujours efficace tactique du pourrissement. Avec en ligne de mire des perspectives illusoires de négociations.

Il faut être deux pour négocier. A ce jour les travailleurs sont seuls face à un état hypocrite qui fait miroiter des négociations mais qui oeuvre en sous-main à la destruction du mouvement via la violence policière, la propagande relayée par les médias de masse et le noyautage des directions syndicales.

 

Monique a critiqué la direction de la CGT pour vouloir négocier entreprise par entreprise quand « le gouvernement n’a rien cédé sur les trois points essentiels. Un mois de négociations, c’est un mois de grève pour rien. » Elle a fait remarquer qu’« il y a un divorce entre les syndicats et la base qui veut se bagarrer et qui veut le retrait de la réforme. »

Un travailleur qui ne portait pas de badge syndical a dit : « Je m’attendais à ce que les directions syndicales organisent quelque chose de plus costaud. La manifestation d’hier a été organisée au dernier moment.

Note de P&P :  Souvenez vous des mots de FD Roosevelt : "En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi".

N'en doutons pas, les dirigeants de médias, d'organisations politiques, de syndicats comprennent très bien ce qui se passe actuellement et mieux que la plupart d'entre nous.

S'ils feignent l'ignorance, les dissensions internes, ils oeuvrent en concertation à la pérennisation de leur statut qui ne peut se faire qu'à travers l'exploitation toujours grandissante des plus faibles.

Croyez-vous vraiment que cette organisation à la dernière minute soit due au hasard ? Pourtant si un syndicat doit bien savoir faire une chose c'est organiser une grève non ?

Voilà en tout cas une excellente manière de détruire un mouvement de l'intérieur en toute dicrétion. Et si vous êtes pointé du doigt vous pourrez toujours invoqué la maladresse, le manque de temps, le manque de ressources ou le stress.

 

Nous sommes aujourd’hui dans une situation charnière. Sarkozy joue aux chaises musicales avec les syndicats. La seule solution : il faut communiquer. Les AG sont souveraines. Il faut gagner la population et leur dire : “Nous sommes dans la bataille avec vous sur le pouvoir d’achat. Nous ne sommes pas des privilégiés.” » 

Note de P&P : Et ici se trouve une des clefs du combat actuel. Ne plus croire en ces peurs, en ces divisions, en ces mensonges, en cette propagande.

Au sein de la société française croyez-vous vraiment que les privilégiés soient les cheminots ?

Ne voyez-vous pas la réalité ? Le peuple français comme tous les peuples du monde est toujours plus manipulé, asservi, écrasé. Le vrai schisme ne se trouve pas entre les cheminots et les non-cheminots. Tous sont esclaves d'une élite psychopatique minoritaire qui a contaminé chaque facette de notre société et qui a besoin de notre sang, de notre sueur, de notre vie pour mener une existence de nabab. 

 

Il s’est opposé au blocage des TGV (Train à grande vitesse) disant que cela faisait le jeu de ceux qui voulaient représenter les cheminots comme des Khmers rouges.

D’autres travailleurs ont fait remarquer qu’il était essentiel de faire des piquets de grève pour empêcher la reprise du travail et de stopper les trains afin d’amplifier le mouvement. Un guichetier a dit qu’ils avaient déjà mis en place un piquet de grève à 6 heures du matin pour que les bureaux restent fermés.

Le WSWS a parlé avec Monique, représentante de la CGT conducteurs, avant l’assemblée générale. Elle a dit, « Nous on veut vraiment contrôler le mouvement.  Hier c’était entre 70 pour cent à 80 pour cent de taux de grévistes et aujourd’hui c’est le même taux. Ce que nous essayons maintenant, c’est de faire la jonction avec le maximum de monde et faire que le mouvement ne soit pas dispersé. On n’accepte pas d’être appauvris. Ce qu’on veut, c’est qu’il n’y ait pas de négociations en douce dans notre dos. »

 « Moi, je veux bien respecter la direction de la CGT, mais il faut aussi qu’ils nous respectent et on n’est pas une masse de main-d’œuvre.  Nous ne voulons pas aider Sarkozy à mettre sa réforme en place. Aujourd’hui, il y a des étudiants, la RATP, EDF-GDF. Nous ne voulons pas d’entourloupe et qu’on casse le mouvement. »

Note de P&P : Sarkozy a fait de la non-négociation et du passage à tous prix de sa réforme un enjeu personnel, symbolique et idéologique. En révélant au grand jour la véritable identité des directions syndicales, N. Sarkozy prend un risque.

Il semble oublier qu'un despote n'existe que grace au soutien de sa cour qui, en échange de privilèges variés, relaye servilement auprès de la population l'illusion de sa légitimité.

La cour de Sarkozy est constituée de financiers, de patrons des médias, de politiques, d'intellectuels, de dirigeants syndicaux. Si les véritables objectifs de ces derniers sont percés à jour, si le peuple entraperçoit les pieds derrière le rideau alors l'illusion s'évanouit.

 

 « Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce qu’on ait le retrait de la réforme. Bernard Thibault a dit qu’il ne négocierait pas dans le cadrage du gouvernement. J’espère qu’il ne change pas. S’il discute, cela ne peut pas être sur la base d’accepter les 40 ans et la décote. C’est inacceptable. Il ne faut absolument pas qu’il cède sur cela. »

René-Claude, travailleur non syndiqué sur les trains de banlieue de la SNCF a dit : « L’élément auquel je suis le plus opposé, c’est la décote. Les syndicats ne comprennent pas ce qui se passe à la base. On a l’impression que les fédérations, elles font ce qu’elles veulent et que la base brasse de l’air. C’est inacceptable de voir qu’on nous entend à peine. » 

Note de P&P : Et voici certainement la clef du succès. Les peuples sont trahis depuis des siècles par leurs syndicats, par leurs partis politiques, par leurs médias, par leurs employeurs...

La réussite réside dans un mouvement uni et solidaire, rassemblant l'immense majorité des français qui souffre un peu plus chaque jour, un mouvement affranchi des composantes les plus ponérisées de notre société, un mouvement qui oeuvre dans la transparence et l'échange permanent d'information pour éviter les noyautages et les intrumentalisations. Un mouvement qui va au-delà des censures et des propagandes orchestrées par les médias de masse et qui offre une information objective sur la réalité via les médias alternatifs. Un mouvement qui a conscience de la vraie problématique à lauqlle il doit faire face : la ponérisation de nos sociétés.

21.11.2007

Malgré le succès de la grève, les syndicats préparent la trahison du mouvement

Par Peter Schwarz - Extrait de Villepin Blog

Au premier jour de leur grève contre les attaques sur les retraites préparées par le gouvernement du président Sarkozy, les cheminots ont pratiquement paralysé le réseau ferroviaire. D’après la direction de la SNCF, seul un train sur cinq était en circulation, mais de nombreuses gares parisiennes étaient quasi désertées. Les autoroutes autour de la capitale comptaient 350 km de bouchons.

Il n’y avait quasiment aucun train en circulation sur le RER (Réseau express régional), ni sur la plupart des lignes de métro. Electricité et Gaz de France ont aussi été touchés par le mouvement de grève de mercredi.

La grève a enregistré une participation inférieure de dix pour cent au mouvement du 18 octobre, date où les syndicats avaient appelé à la première grève d’un jour contre la « réforme » des retraites. Dans toutes les assemblées générales, les grévistes de la SNCF et de la RATP ont appelé à la reconduction de la grève jeudi.

Mercredi après-midi, les grévistes ont participé à des manifestations dans plusieurs villes, et de nombreux étudiants sont venus défiler pour marquer leur solidarité avec les travailleurs. Une vague de protestations est en train de s’étendre dans les universités pour s’opposer à la nouvelle loi qui est considérée comme le premier pas vers la privatisation. Mercredi, 33 universités sur 85 étaient fermées suite à des mouvements de grève des étudiants.

Plusieurs milliers de manifestants ont défilé à Lille, Marseille, Rennes, Toulouse, Bordeaux et Rouen. Malgré les difficultés de transport, 25 000 personnes se sont rassemblées à la gare Montparnasse à Paris.

L’état d’esprit des manifestants se caractérisait par une forte détermination à résister. Sébastien, qui est ouvrier d’entretien à la Gare Paris Saint-Lazare a dit au World Socialist Web Site que le personnel avait voté à cent pour cent en faveur de la reconduction de la grève. «Pour nous, il n’y a rien à négocier, » a-t-il dit. « Le gouvernement est très dur. Pour gagner, il faut élargir le mouvement, sinon on n’a aucune chance d’y arriver. »

Un jour avant, le président Sarkozy et son gouvernement avaient fortement insisté sur le fait qu’ils se montreraient inflexibles sur leur position. Mardi après-midi, Sarkozy avait pris la parole devant le parlement européen où il a appelé les députés et gouvernements européens à soutenir sa ligne.

 « J’ai engagé une politique de réformes, » a-t-il dit. « Ce n’est pas dans l’intérêt de l’Europe qu’elles échouent. C’est grâce à ces réformes, si elles réussissent, et elles réussiront, que la France assainira ses finances publiques, qu’elle respectera ses engagements. »

Sarkozy a ajouté que son élection du mois de mai dernier légitimait ses projets de réformes.   « Ces réformes, les Français les ont approuvées. Je leur ai tout dit avant les élections pour pouvoir tout faire après. Ces réformes, je les mènerai jusqu’au bout. Rien ne me détournera de mon objectif. C’est le meilleur service que la France puisse rendre à l’Europe. »

Au même moment, le premier ministre, François Fillon, mobilisait le groupe parlementaire du gouvernement à l’Assemblée nationale. Il est franchement impossible de ne pas aller jusqu’au bout des réformes, a-t-il dit aux députés ravis du parti de la majorité, UMP (Union pour un mouvement populaire) qui, juste quelques semaines auparavant avaient approuvé les 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux accordés aux riches. « Avec votre soutien, le gouvernement fera tout simplement son devoir, » a-t-il déclaré.

Lors de la session plénière au parlement, Fillon a répondu à une question posée par le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, par une référence démagogique à ceux, parmi la population, qui sont hostiles à la grève. « Des millions de Français risquent d’être privés d’une liberté fondamentale, celle de se déplacer, et parfois même celle de travailler, » a-t-il dit.

Des agitateurs de droite dans le camp UMP poussent, depuis un moment, à des actions contre les cheminots. Ils ont préparé un tract et cherchent à organiser des manifestations de soutien au gouvernement. Jusqu’ici Sarkozy et Fillon ont bloqué leur initiative. Ils ne veulent pas envenimer la situation afin de donner aux syndicats la possibilité de capituler d’eux-mêmes. Si toutefois cela ne se produisait pas d’ici la fin de la semaine, la première contre-manifestation devrait se tenir dimanche.

Tout en cherchant à faire campagne contre la grève, Sarkozy et Fillon ont aussi indiqué qu’ils sont prêts à négocier. Suivant les instructions de Sarkozy, le ministre du Travail, Xavier Bertrand a régulièrement rencontré les dirigeants de chaque syndicat un par un, afin de les amadouer et de les monter les uns contre les autres.

Jusqu’à présent, le gouvernement a rejeté le type de réunion au sommet demandé par la CGT (Confédération générale du travail, dominée par le Parti communiste), et qui réunirait  syndicats, comités exécutifs des entreprises publiques concernées et le gouvernement. Le gouvernement n’est pas prêt à reculer sur les trois principaux points de sa « réforme » des régimes spéciaux des cheminots. Il insiste pour que se mettent en place des discussions bilatérales entre les syndicats et les comités exécutifs d’entreprise afin de décider de la forme exacte de ces trois points pour chacune des entreprises.

Ces trois points consistent en une augmentation de 37,5 à 40 du nombre d’annuités nécessaires pour avoir droit à une retraite complète, l’indexation des retraites sur les prix et non plus sur les salaires, et l’introduction d’une décote supplémentaire pour ceux qui prennent une retraite anticipée. Par ces mesures, le Trésor espère économiser les quelque 5 milliards qu’il paie chaque année pour compléter les retraites des cheminots, des gaziers et électriciens et des employés de l’Etat qui bénéficient des « régimes spéciaux. » Autrement dit, les retraites relativement basses de ces personnes seront diminuées de quelque 5 milliards d’euros.

Les dirigeants syndicaux n’affichent absolument pas une fermeté ou une détermination qui soit à la mesure de celle du gouvernement. Le dirigeant de la CGT, Bernard Thibaut a fait une concession majeure au gouvernement avant même que la grève ne débute. L’attitude de la CGT est particulièrement importante, étant donné qu’elle jouit de la plus grande influence auprès des cheminots.

Mardi soir, Thibaut a rencontré le ministre du Travail, Xavier Bertrand pour de longues discussions et a accepté la demande du gouvernement de négociations séparées au niveau de chaque entreprise. Afin de permettre à Thibaut de ne pas perdre la face, le gouvernement a consenti à des négociations trilatérales, ce qui signifie qu’à chaque fois, un représentant du gouvernement participera aussi aux pourparlers. Mais il n’y a eu aucun changement quant à position inflexible du gouvernement sur la nécessité des trois points de la « réforme. » Thibaut l’a reconnu indirectement. Mis à part les positions principales, a-t-il dit, il y a « au-delà des positions de principe de nombreuses dispositions qui … justifient des véritables négociations. »

La concession de Thibaut a été bien accueillie par le gouvernement. Le secrétaire général du président, Claude Guéant, a dit au journal Le Monde que l’exécutif avait accepté la proposition faite par la CGT. « Bernard Thibault a fait en sorte que la crise puisse se dénouer dès le premier jour du conflit»  a-t-il dit.

Mercredi matin, le ministre du Travail Xavier Bertrand a reçu les représentants des autres syndicats afin de préparer les négociations.

La plupart des commentaires dans les journaux présument que la CGT va essayer de mettre fin aux grèves soit jeudi soit vendredi et négocier. « La vraie difficulté, pour la CGT, d’après le quotidien Libération, sera d’obtenir dans la négociation des concessions suffisantes pour calmer ses troupes. »

Thibaut s’est jusqu’ici abstenu de s’engager publiquement, mais a laissé entendre qu’il allait dans cette direction. Entouré de caméras de télévision mercredi en tête du cortège parisien, il a expliqué qu’il voulait que la grève se poursuive jusqu’à ce que ses propositions reçoivent « une réaction officielle du gouvernement. »

 « La CGT a fait des propositions, » a-t-il dit, « nous attendons la réaction officielle du gouvernement. On devrait recevoir un courrier matérialisant la position du gouvernement. Nous verrons ce qu'il y a dans ce courrier. Je ne peux pas dire à ce stade si le conflit va s'arrêter. »

Des commentaires similaires ont été faits par Didier Le Reste, dirigeant de la CGT cheminots. Quand on lui a demandé si la grève allait se poursuivre, il a répondu « beaucoup dépendra de la réponse du gouvernement. »

Le président Sarkozy a déjà donné l’instruction au ministre du Travail d’envoyer aux syndicats une lettre de proposition de méthode, car, selon les dires du porte-parole du président, David Martinon, il existe une « opportunité pour que l'esprit de responsabilité l'emporte dans le conflit sur la réforme des régimes spéciaux. »

Mercredi encore, le premier secrétaire du PS François Hollande a souhaité qu’« on en termine dès ce soir » avec la grève. « Si le conflit dure, ça va gêner les usagers. Donc je souhaite, j’exige même maintenant, qu’on rentre dès ce matin dans un processus de négociation entreprise par entreprise. »

Si les syndicats mettent fin à la grève, cela représenterait une trahison historique. Ils donneraient à Sarkozy et à son gouvernement la possibilité d’isoler et de monter les uns contre les autres ceux qui sont touchés par cette « réforme » et de faire de la suppression des régimes spéciaux le point de départ d’attaques tous azimuts sur l’ensemble de la classe ouvrière.

Le quotidien conservateur Le Figaro, qui fait fonction de porte-parole de la campagne contre la grève, est bien conscient de la signification plus large de la confrontation actuelle. Dans un éditorial de mercredi, il a, à nouveau, insisté pour dire à quel point une percée contre les cheminots était essentielle pour mener à bien toutes les autres « réformes » du gouvernement. « Mener cette réforme-là, c’est se donner les moyens de mener toutes les autres, » a expliqué le journal.

Note de P&P : La France va écrire dans les jours qui viennent une page essentielle de son histoire.

La réthorique financière avancée par le gouvernement n'a pas de sens (que représentent 5 milliards d'euros face aux 1500 milliards d'euros de budget annuel de l'état ?).

L'enjeu est bien plus important, il est symbolique, psychologique et idéologique. Si Nicolas Sarkozy arrive à réduire encore la retraite modeste des fonctionnaires français au même moment où il augmente son salaire vers des montant délirants, il nous fait implicitement accepter l'inégalité, il piétine le lien social, il fait de l'injustice la normalité, il brise l'espoir et la force des dynamiques du peuple, il annihile la solidarité qui lie encore la société française.

Si la France perd ce combat contre les petits tyrans du gouvernement alors la voie vers la destruction totale des acquis sociaux et des libertés individuelles sera grande ouverte.

S'enchaîneront alors rapidement : la généralisation de nouveaux contrats de travail précaire, l'intégration au système libéral de l'Europe, le démantèlement du système de santé public, la privatisation de ce qu'il reste des entreprises publiques, la réduction supplémentaire des droits de chômage, de formation et de retraite.

Nous nous rapprocherons alors à grand pas du rêve de M. Sarkozy et du cauchemar de tout individu dont la conscience fonctionne encore : l'horreur de l'individualisme matérialiste et de son porte drapeau, les Etats-Unis.