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03/01/2011

L'école de la République

Un ami français a beaucoup écrit sur le système éducatif français – le même système qu’il a traversé avec grand succès, mais qui lui a coûté cher en terme de santé physique, mentale et émotionnelle. En l’écoutant, je ne pouvais m’empêcher de ressentir une grande empathie pour les petits Français et aussi de la frustration car mes propres enfants avaient été torturés par ce système alors qu’à l’époque, je ne me doutais de rien. Mais ce système, et le gouvernement qui le dirige – sont à l’origine de la plupart des traits culturels français qui sont quasiment incompréhensibles (aux yeux d’un Etasunien ou d’un Anglosaxon).

 

Le système éducatif français est effectivement gratuit, seulement parce que c’est le moyen le plus efficace pour conformer les esprits français au moule du darwinisme malthusien; une sorte de mentalité du chacun pour soi  – de simples machines avec peu d’aspiration à une vie spirituelle plus élevée. Le texte suivant est un ensemble d’extraits des écrits de mon ami mentionné plus haut, une personne qui est passé par l’une des écoles les plus prestigieuses en France avec l’une des qualifications les plus convoitée et respectée : Ingénieur. Il avait, effectivement, prouvé qu’il avait les qualités pour faire partie de l’élite française, mais cela a failli lui coûter la vie.

 

Etudiantes consultant le résultat du "bac"

 

[...] Il est important de savoir qu’en France, vos diplômes déterminent 90% de votre avenir professionnel, de votre rémunération, de votre statut social, etc., et ce quelques soient vos réels talents, vous pouvez être totalement psychopathe ou souffrir de troubles de la personnalité, si vous décrochez un diplôme reconnu vous disposez de l’ultime sésame socioprofessionnel qui vous garantira un bon salarie, un bon poste, les gens vous respecteront et vous envieront. C’est aussi simple et aussi stupide que ça.

 

Quiconque survit au système éducatif français – ou pire encore réussit – sera soumis à un lavage de cerveau intense, entre autre raison car il aura choisi de sacrifier amis, vie sociale, loisirs, qui il est vraiment, ce qu’il aime vraiment afin d’obtenir un bon diplôme, synonyme en France de réussite et de statut social. Oh bien sûr, certains aimaient vraiment les mathématiques ou voulaient dès la prime enfance devenir médecin ou avocat, mais la plupart des choix académiques sont déterminées par les résultats antérieurs de l’enfant et par les pressions exercées par les parents – leur amour, leur reconnaissance ne seront exprimés que s’il suit la voie qu’ils lui ont tracée.

 

Fondamentalement, il s’agit d’un système narcissique, où les ambitions des parents (et de la société elle-même, afin de prouver qu’elle est meilleure et supérieure aux autres) prennent totalement le pas sur les besoins et désirs de l’enfant.

 

La créativité, l’intelligence émotionnelle, l’indépendance de pensée, l’intelligence relationnelle ne font pas partie des compétences nécessaires au succès, au contraire, il vous faudra faire preuve d’esprit de compétition, de soumission aux autorités, d’absence d’émotions, d’individualisme, et d’un mode de réflexion froid et linéaire. Et le processus de sélection est long, très long. De la maternelle à 2 ou 3 ans jusqu’à la fin des études s’écouleront généralement une vingtaine d’année de peur de l’échec, de peur du redoublement, de peur de décevoir la famille et les amis, de peur d’être un loser. Une vingtaine d’année de stress dû aux mauvaises notes, aux profs autoritaires, aux rivalités entre élèves, et une charge de travail qui ne cesse d’augmenter au fil des années. C’est ce à quoi nous, Français, avons été soumis pendant nos plus précieuses années.

 

Elèves de maternelle

 

Ce système est l’un des « grands » héritages indirectement transmis par la Révolution : l’École de la République. Même pour ceux qui ne font pas de longues études (et sont donc généralement cantonnés à la « France d’en bas »), l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans. Par conséquent personne ne peut échapper au conditionnement qui débute à la maternelle dès 2 ou 3 ans. Bien qu’elle ne soit pas obligatoire, elle est fortement encouragée – cette pression sociale fait partie du conditionnement généralisé et explique pourquoi personne n’envisage de ne pas inscrire ses enfants à la maternelle dès leur plus tendre enfance. Si vous ne le faites pas, votre choix sera catalogué comme « suspect ». Et le système éducatif poursuivra son formatage pendant plus d’une décennie. En France, il n’y a quasiment pas d’école à la maison ou d’écoles spécialisées. Chaque petite tête blonde devra passer sous les fourches caudines du moule inflexible de l’école de la République.

 

Et c’est la même chose à la maison ou au travail car les parents/collègues/supérieurs ont subi le même endoctrinement et promeuvent les mêmes « valeurs » : compétition, intellectualisme, connaissances académiques (mêmes si elles sont erronées), absence d’émotions, peur /haine d’autrui, hégémonie des sciences dures, comportement « adulte », individualisme, primauté de la raison, apparences, réthorique, ambition…

 

Aux quatre coins de la planète, le système éducatif français est montré en exemple de part la gratuité, la qualité et l’accessibilité de l’enseignement prodigué. Mais ce qui n’est pas dit (et probablement pas vu non plus) est que le système éducatif français est une énorme machine à laver les cerveaux – et pire, les cœurs.

 

Classe de primaire au début du XXe siècle

 

Au cours des premières années de son existence, qui sont les plus importantes pour définir qui l’enfant deviendra, peu de place est laissé au développement de la confiance (en soi et en autrui), la solidarité, l’amitié, l’amour et les émotions. A partir de 6 ou 12 mois le nourrisson est laissé à la charge de la nounou ou de la crèche tandis que ses parents sont au travail. Généralement, la nounou partage les mêmes attentes que les parents concernant l’enfant : aussitôt que possible il doit se montrer autonome, capable de marcher, de lire et d’écrire, de contrôler ses émotions et ses pleurs. C’est comme s’il était déjà traité comme un adulte miniature. En France l’âge de raison est fixé à 7 ans.

 

Et puis vient la maternelle, C’est là où on apprend à lire, à écrire, à compter. Tous les jours de la semaine de 9 à 17 heures (si vos parents peuvent se libérer assez tôt pour vous récupérer dès la fin des cours). La dynamique se poursuit à l’école primaire puis au collège, puis au lycée, de plus en plus d’interrogations, de plus en plus de pression, de plus en plus de travail, de plus en plus de sélection, de plus en plus de responsabilités… et cette peur grandissante de l’échec.

 

L’importance des mathématiques

 

En France, sauf exception, on n’étudie pas les matières que l’on aime ou pour lesquelles on est doué.  Les classements sont partout (entre élèves, entre classes, entre écoles, entre filières…) et ces classements sont fondés essentiellement sur les résultats en mathématiques. Remarquez que cette matière nécessite les qualités promues par le système éducatif : intellect, logique, raison.

 

Si vous êtes très bon en maths, vous suivrez une filière scientifique, intégrerez les meilleures écoles, obtiendrez les meilleurs diplômes et les meilleurs postes. Si vous êtes moins bon en maths, vous ferez économie ou droit et vous obtiendrez peut-être un poste correct. Si vous n’êtes pas bon en maths vous ferez sociologie ou géographie et vous vous retrouverez probablement au SMIG ou au RSA quelques soient vos talents et résultats dans les autres matières.

 

En classes préparatoires, les examens oraux appelés “colles”, ont lieu deux fois par semaine après les cours

 

Le système éducatif est une succession d’épreuves et de décisions toujours plus ardus. Il vous faudra passer chacune d’entre elle avec succès pour exister socialement, économiquement et professionnellement. Premières notes et première évaluation nationale dès l’âge 6 ans ; choix du meilleur collège, de la première langue et deuxième évaluation nationale à 10 ans ; choix de la deuxième langue à 12 ans ; troisième évaluation nationale et choix du meilleur lycée à 14 ans ; choix des meilleures options et du meilleur baccalauréat à 16 ans ; première partie du bac à 17 ans ; deuxième partie du bac et choix de la meilleure formation à 18 ans… Je vous ferai grâce des épreuves et sélections post bac.

 

Les résultats académiques ont une telle importance en France qu’habituellement un adolescent n’obtient pas son plus beau cadeau à l’occasion de son anniversaire ou de  Noël mais lorsqu’il décroche du bac.

 

Au cours de toutes ces années, l’enseignement est fondamentalement le même. Il est fondé sur les principes suivants : renforcement négatif (réprimande, punitions…), objectifs inatteignables, politique du « jamais assez bien », compétition et hiérarchie, et bien sûr évaluation/classement fondés essentiellement sur vos capacités en maths.

 

Permettez-moi maintenant de détailler ces différents aspects du système éducatif français

 

Renforcement négatif 

 

En France, on commence à être noté à l’âge de 6 ans. Années après années les notes moyennes sont de plus en plus basses. Par exemple en classes préparatoires, qui regroupent les tous meilleurs étudiants, la note moyenne aux tests de mathématiques (généralement organisés les samedis matins de 8 à 12 heures) sera de 6 ou 7 sur 20. Un étudiant exceptionnel tout droit destiné à Polytechnique obtiendra la note mirifique de … 11 voire 12 sur 20.

 

 Jamais assez bien / objectifs inatteignables

 

La remarque la plus courante trouvée sur les carnets de note est « peu mieux faire » ou « doit mieux faire ». Les élèves sont rarement félicités pour leurs bons résultats mais fréquemment réprimandés pour leurs « mauvais » résultats. Les élèves qui sont moins doués, ou moins soumis, ou moins travailleurs peuvent être totalement détruit par ce système – ce qui est plus ou moins le cas de la plupart des élèves. Même ceux qui réussissent sont affectés car, années après années ils acquièrent cette conviction qu’ils ne seront jamais assez bons, ils ne pensent plus qu’à l’école, leurs résultats, les travaux à produire et vivent dans la peur permanente de perdre leur place (ce qui entraîne un regain de suspicion, de haine, de rivalité…) Si vous vous êtes penché sur les travaux d’Ivan Pavlov et ses recherches sur le conditionnement, vous avez une petite idée de l’impact de ce système éducatif barbare et rétrograde sur la psyché des Français.

 

Parc de l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm

 

 

Le taux de sélection est parfois si élevé que le succès devient impossible. En voici quelques exemples frappants. ULM (Normale Sup’) est considérée comme la meilleure école de la filière littéraire. Chaque année 40 élèves y sont admis alors que des milliers d’élèves brillants en passent le concours. Le taux de passage de la 1ere à la 2e année de médecine est inférieur à 10%. Moins de 2% des étudiants en université obtiendront un doctorat.

 

Compétition et hiérarchie

 

Chaque année les écoles d’ingénieur, les écoles de commerce, les universités, les prépas, les lycées sont classés. Dans les lycées et collèges, les classes sont réparties par niveau (en fonction des langues, options et filières). Dans chaque classe les élèves sont régulièrement notés et de fait classés.

 

Cette compétition débute dès le plus jeune âge. Par exemple dès l’entrée au collège (à dix ans) les bons élèves vont choisir l’Allemand comme première langue, non pas qu’ils éprouvent un intérêt particulier pour la gutturale langue de Goethe mais parce qu’ainsi les bons élèves seront regroupés dans les mêmes classes et disposeront d’un meilleur niveau d’enseignement. Le choix de cette langue étrangère serait dû au fait la structure des phrases, les conjugaisons et les déclinaisons nécessite – devinez quoi ? – un esprit mathématique.

 

Le sysème éducatif français produit chaque année des dizaines de milliers de masters, de doctorats et de post docs, bien plus que l’économie nationale peut embaucher. Ce déséquilibre induit surqualification et déception. Ainsi il n’est pas rare de croiser un employé de McDonald docteur en lettres ou en sociologie.

 

Je pourrais multiplier les exemples mais je pense que vous commencez à comprendre le raisonnement. Génération après génération, la société française en général et son système éducatif en particulier, instillent l’esprit de compétition, la culture du résultat et la primauté de la raison chez les jeunes Français. Ce qui aboutit à des adultes névrosés, dominés par la peur, la haine et la jalousie et incapable de ressentir et encore moins d’exprimer leurs émotions.

 

Effectivement, ce qui semble sérieusement déficient chez la plupart des Français, et en particulier chez les hommes, est la capacité à exprimer sainement des émotions essentielles comme la confiance, la joie, le partage, l’amour, la créativité, l’espoir… Tout ce qui constitue au final la beauté de l’être… Toutes ces valeurs si fondamentales qui ont été sacrifiées sur l’autel de l’école de la République souvent à l’insue de ses victimes.

 

Oui, c’est une histoire triste et c’est la nôtre. Et pourtant je ne parle qu’à partir de mon expérience personnelle, limitée par définition. Au moins, j’ai eu la chance d’être relativement bon en maths. Si tel n’est pas le cas, vous serez rapidement placé dans une impasse quelques soient vos talents, vos aspirations, vos sensibilités. Et c’est la même chose pour ceux qui ne sont pas assez serviles ou crédules. L’Ecole de la République veut de bons individus obéissants et rationnels qui réagissent aux stimulis de manière parfaitement prévisible. Voilà ce que l’Ecole de la République a fait de la plupart d’entre nous : des robots émotionnellement inaptes et emplies de ressentiment.

 



Les élèves de Polytechnique ont le statut de militaires

03/04/2009

France. Des policiers au-dessus des lois

Les homicides illégaux, les passages à tabac, les injures racistes et l’usage abusif de la force par les agents de la force publique sont interdits en toutes circonstances par le droit international. Or, en France, les plaintes pour ce type de violations des droits humains ne sont pas souvent suivies d’enquêtes effectives, et les responsables de ces actes sont rarement traduits en justice, affirme Amnesty International dans un nouveau rapport, qui paraît ce jeudi 2 avril 2009.

« Dans un climat où les violences policières ne sont pas toujours contrôlées, l’impunité de fait dont bénéficient régulièrement les agents de la force publique en France est inacceptable », a déclaré David Diaz-Jogeix, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

Le rapport d'Amnesty International intitulé France : des policiers au-dessus des lois condamne le fait que des mauvais traitements policiers, des injures racistes et des utilisations abusives de la force continuent d’être signalés tandis que les procédures d’enquête sur ces allégations ne sont toujours pas à la hauteur des normes requises par le droit international. L’organisation constate par ailleurs une tendance croissante à l’inculpation pour « outrage » ou « rébellion » des victimes ou des témoins de mauvais traitements commis par des agents de la force publique.

Les nombreux cas étudiés par Amnesty International dans le cadre de la préparation de ce rapport montrent que, si les victimes de mauvais traitements et d’autres violations des droits humains sont aussi bien des hommes que des femmes et appartiennent à toutes les tranches d’âge, la grande majorité des plaintes concernent des ressortissants étrangers ou des Français appartenant à une minorité dite « visible ».

« La tâche des responsables de l’application des lois en France est difficile et dangereuse, et les expose souvent à des risques importants. Il n’en demeure pas moins que, quand des fautes sont commises par la police, elles doivent faire l’objet dans les plus brefs délais d’enquêtes exhaustives, indépendantes et impartiales », a souligné David Diaz Jogeix.

« Les gens doivent pouvoir faire confiance à leur police. Or, aujourd’hui, ce n’est souvent pas le cas. Cette confiance ne sera possible que lorsque les gens verront que des mesures disciplinaires appropriées sont prises en temps voulu, et que les policiers responsables d’actes criminels sont traduits en justice selon une procédure impartiale et indépendante. Une telle confiance est aussi indispensable pour protéger la réputation de la majorité des représentants de l’ordre qui remplissent leur devoir avec professionnalisme et dans le respect de la légalité »

Certes, les plaintes déposées contre la police ne sont pas toutes fondées, mais l’écart entre le nombre de plaintes reçues et le nombre de sanctions disciplinaires prises permet de s’interroger sur l’exhaustivité et l’impartialité des enquêtes. D’après les informations limitées qu’Amnesty International a pu obtenir, sur 663 plaintes examinées par l’organe d’inspection de la police en 2005, seulement 16 ont conduit à la radiation des agents concernés ; en 2006, seules huit allégations de violence sur 639 ont abouti à une telle radiation. De très nombreuses plaintes déposées contre des agents des forces de l’ordre sont classées sans suite par le parquet avant même d’arriver jusqu’au tribunal.

« Les gens ont le droit de porter plainte mais, dès qu’il s’agit de plaintes contre des policiers, les chances d’obtenir gain de cause sont très minces. Institutionnellement, le système judiciaire favorise les agents des forces de l’ordre. Les victimes, dont beaucoup sont des ressortissants étrangers ou des Français issus de minorités ethniques, sont trop souvent privées de justice », a ajouté David Diaz-Jogeix.

Amnesty International continue d’appeler les autorités françaises à prendre des mesures pour réformer le système actuel et à créer une commission indépendante pour s’occuper des plaintes, avec des pouvoirs et des moyens suffisants pour mener des enquêtes exhaustives et efficaces.

« Les autorités françaises doivent prendre les mesures nécessaires pour que personne ne soit au-dessus des lois. Il est indispensable que le grand public ait confiance en la police », a conclu David Diaz-Jogeix.

http://www.amnesty.fr/despoliciersaudessusdeslois

 


Liste des documents disponibles pour plus d’informations


Rapport France : des policiers au-dessus des lois (index AI : EUR 21/003/2009). Disponible à partir du 2 avril 2009.
Synthèse Média Exemples de cas de violences policières (index AI : EUR 21/007/2009). Disponible à partir du 2 avril 2009.
Synthèse Média Critiques nationales et internationales des organes français chargés de faire respecter les lois (2 avril 2009)
Document Amnesty International et les mauvais traitements en France (15 mars 2009)
Communiqué de presse Amnesty International France contre le Taser aux mains de la police (10 septembre 2008)

France. Des policiers au-dessus des lois

Les homicides illégaux, les passages à tabac, les injures racistes et l’usage abusif de la force par les agents de la force publique sont interdits en toutes circonstances par le droit international. Or, en France, les plaintes pour ce type de violations des droits humains ne sont pas souvent suivies d’enquêtes effectives, et les responsables de ces actes sont rarement traduits en justice, affirme Amnesty International dans un nouveau rapport, qui paraît ce jeudi 2 avril 2009.

« Dans un climat où les violences policières ne sont pas toujours contrôlées, l’impunité de fait dont bénéficient régulièrement les agents de la force publique en France est inacceptable », a déclaré David Diaz-Jogeix, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

Le rapport d'Amnesty International intitulé France : des policiers au-dessus des lois condamne le fait que des mauvais traitements policiers, des injures racistes et des utilisations abusives de la force continuent d’être signalés tandis que les procédures d’enquête sur ces allégations ne sont toujours pas à la hauteur des normes requises par le droit international. L’organisation constate par ailleurs une tendance croissante à l’inculpation pour « outrage » ou « rébellion » des victimes ou des témoins de mauvais traitements commis par des agents de la force publique.

Les nombreux cas étudiés par Amnesty International dans le cadre de la préparation de ce rapport montrent que, si les victimes de mauvais traitements et d’autres violations des droits humains sont aussi bien des hommes que des femmes et appartiennent à toutes les tranches d’âge, la grande majorité des plaintes concernent des ressortissants étrangers ou des Français appartenant à une minorité dite « visible ».

« La tâche des responsables de l’application des lois en France est difficile et dangereuse, et les expose souvent à des risques importants. Il n’en demeure pas moins que, quand des fautes sont commises par la police, elles doivent faire l’objet dans les plus brefs délais d’enquêtes exhaustives, indépendantes et impartiales », a souligné David Diaz Jogeix.

« Les gens doivent pouvoir faire confiance à leur police. Or, aujourd’hui, ce n’est souvent pas le cas. Cette confiance ne sera possible que lorsque les gens verront que des mesures disciplinaires appropriées sont prises en temps voulu, et que les policiers responsables d’actes criminels sont traduits en justice selon une procédure impartiale et indépendante. Une telle confiance est aussi indispensable pour protéger la réputation de la majorité des représentants de l’ordre qui remplissent leur devoir avec professionnalisme et dans le respect de la légalité »

Certes, les plaintes déposées contre la police ne sont pas toutes fondées, mais l’écart entre le nombre de plaintes reçues et le nombre de sanctions disciplinaires prises permet de s’interroger sur l’exhaustivité et l’impartialité des enquêtes. D’après les informations limitées qu’Amnesty International a pu obtenir, sur 663 plaintes examinées par l’organe d’inspection de la police en 2005, seulement 16 ont conduit à la radiation des agents concernés ; en 2006, seules huit allégations de violence sur 639 ont abouti à une telle radiation. De très nombreuses plaintes déposées contre des agents des forces de l’ordre sont classées sans suite par le parquet avant même d’arriver jusqu’au tribunal.

« Les gens ont le droit de porter plainte mais, dès qu’il s’agit de plaintes contre des policiers, les chances d’obtenir gain de cause sont très minces. Institutionnellement, le système judiciaire favorise les agents des forces de l’ordre. Les victimes, dont beaucoup sont des ressortissants étrangers ou des Français issus de minorités ethniques, sont trop souvent privées de justice », a ajouté David Diaz-Jogeix.

Amnesty International continue d’appeler les autorités françaises à prendre des mesures pour réformer le système actuel et à créer une commission indépendante pour s’occuper des plaintes, avec des pouvoirs et des moyens suffisants pour mener des enquêtes exhaustives et efficaces.

« Les autorités françaises doivent prendre les mesures nécessaires pour que personne ne soit au-dessus des lois. Il est indispensable que le grand public ait confiance en la police », a conclu David Diaz-Jogeix.

http://www.amnesty.fr/despoliciersaudessusdeslois

 


Liste des documents disponibles pour plus d’informations


Rapport France : des policiers au-dessus des lois (index AI : EUR 21/003/2009). Disponible à partir du 2 avril 2009.
Synthèse Média Exemples de cas de violences policières (index AI : EUR 21/007/2009). Disponible à partir du 2 avril 2009.
Synthèse Média Critiques nationales et internationales des organes français chargés de faire respecter les lois (2 avril 2009)
Document Amnesty International et les mauvais traitements en France (15 mars 2009)
Communiqué de presse Amnesty International France contre le Taser aux mains de la police (10 septembre 2008)

20/08/2008

Révolte

Délaissons quelques minutes nos préoccupations habituelles. Faisons l'effort d'oublier que nous risquons d'être détruits incessamment par « quelque chose... », que des ondes négatives nous pourrissent la vie, que le dentifrice lui-même est peut-être piégé, que le « gouvernement bling-bling » s'habille en « Prada » - personnellement je trouve qu'il y a assez de sujets intéressants pour ne pas virer dans le people...mais je respecte les choix des autres.

Non, imaginez-vous juste... la vie courante, normale. Et lisez une histoire vraie que l'on peut calquer mot pour mot sur l'ACTUALITE de dizaines de gens en ce moment même, à cette heure même, pas très loin de chez nous, à Castres. Vous commencez à comprendre ou non?

10 Français sont morts.

10 Français blessés ont eu le très grand privilège de voir leur président dans un hôpital.

Des 11 Français qui restent, on peut présager qu'ils sont pour le moment intransportables, car il n'y en a précisément que 10 qui entrent « au pays ».

( Si je sais compter, ça fait bien les 21 blessés de l'attentat d'Afghanistan...)

Lisez cette histoire...

Un matin de décembre, après avoir emmené ses 5 enfants à l'école, peignée et maquillée en vertu des critères en vogue de la « gentille petite femme d'officier », celle qui va à toutes les cérémonies, tous les cocktails, toutes les activités de « club de régiment », bref qui ne fait pas de vague et qui courageusement a rajouté quelques douceurs-maisons dans le paquetage de son homme parti en mission loin, si loin...qu'elle ne sait pas trop où exactement, se présente à l'activité du jour.

Porte du club fermée, bon, elle est en avance, comme d'autres d'ailleurs, qui piétinent déjà.

Congratulations d'usage – on se voit tous les jours, on n'a rien à se dire mais il faut sourire, avoir l'air gai et enjoué...Proposition « anodine » : « on va boire un café, il fait trop froid ! »

Curieux, ces gentes dames emboîtent le pas à leur mentor, « épouse de Chef de Corps », un titre, une fonction, un sacerdoce ! S'occuper d'occuper toutes ces dames, de seconder le Grand Chef, etc, etc... et le petit troupeau atterrit dans le bureau du Big Boss – pour boire un café ? Quel honneur ! Et de rajuster le petit foulard, avant d'entrer dans le saint des saints.

L'Homme qui dirige la destinée de sa moitié, la petite dame l'a déjà vu, mais jamais de si près, d'autant que c'est d'elle qu'il s'approche, grave, et... l'embrasse en bon Père de famille... avant de lui proposer un siège et un café. Pourquoi elle, pourquoi ce jour-là, et les autres ? Gênée, elle voudrait disparaître quand comme dans un ralenti, le brouillard s'épaissit autour des mots qu'elle entend.

« ...ne pas vous inquiéter, l'affaire d'une semaine de repos, quelle idée de faire le c... avec sa jeep. »

Ce discours à la fois gêné et enjoué...

W. se lève et décide, « je rentre chez moi, dans ce cas il va me téléphoner, les liaisons dans la capitale sont possibles. »

Personne ne la retient, tout le monde a l'air soulagé. Plus tard elle comprendra pourquoi. Ni larme, ni cri, rien, un grand calme.

De retour chez elle, W. s'assied à côté du téléphone et repense à ce qu'elle vient d'apprendre.

En « mission humanitaire », son époux est parti depuis deux mois, on est à la moitié de l'épreuve et elle reçoit sporadiquement une lettre, strictement personnelle, rien sur sa situation ni sur sa localisation. Et elle vient d'apprendre qu'il aurait eu un accident « bénin, trois fois rien, il a renversé la jeep ! Dans du sable, ça ne doit pas faire très mal... le veinard, une semaine de permission à la capitale. »

Il faut réagir, préparer le déjeuner avant d'aller chercher « les 5 », ses enfants, leurs enfants. Petits encore, donc elle décide de ne rien dire tant qu'elle n'en sait pas davantage.

Téléphone, le « second » - comprenez l'adjoint du Chef de Corps- lui demande de repasser au Régiment.

Elle fonce.

Pas grand chose de plus, si ce n'est un infléchissement notable dans le ton, de plus en plus embarrassé. Oh ce n'est pas grave, mais si des nouvelles arrivent – il va peut-être rentrer ! - on veut pouvoir la joindre à tout moment. On lui confie un téléphone portable (en 1998 elle n'en a jamais vu de sa vie, on lui explique le fonctionnement, pas compliqué) et on lui propose toute l'aide qu'elle peut demander...

Ce qu'elle veut, c'est simplement parler à son mari et savoir comment il va, car cette histoire devient louche. Justement, on va la contacter, pas de problème...

Tout s'accélère, rentrée chez elle, la porte encore ouverte elle se précipite sur son téléphone qui sonne dans le vide, la liaison est mauvaise, le Médecin-Chef de l'hôpital principal « là-bas », lui annonce que son mari va être rapatrié à Paris en urgence, dès qu'il sera transportable.

Comment ça transportable ? La vérité déchire le brouillard, il n'y a jamais eu de jeep, ni de permission et il faut stabiliser un état critique. Paris va envoyer un avion médicalisé en urgence, qu'elle prenne ses dispositions. Le Régiment? Bien sûr que tout le monde est au courant, premier informé! « Je vous rappelle ».

C'est une autre femme qui rappelle le Bureau, pas question de leur montrer ses larmes et sa peur, ses paroles claquent, personne ne s'attend à ça, panique à bord. Oui ils savaient, non ils ne voulaient pas l'inquiéter, bref on s'enlise... elle raccroche.

Une pause avec les enfants, à qui elle ne dit rien. Effort surhumain, ce ne sera pas le dernier.

Puis elle contacte des amis, range l'appartement, fait sa valise quand le Chef la rappelle. Penaud, embêté, il ira même jusqu'à lui proposer de prendre les enfants en pension. Non, « les 5 » resteront ensemble à la maison, c'est elle qui leur parlera, interdiction de les approcher. Voiture , chauffeur et... Médecin-chef accompagnateur sont mis à sa disposition. Elle sera à Paris quand l'avion atterrira, mais on ne sait pas ...assez de mensonge, de faux-fuyants. L'assistante Sociale ( ???) lui a retenu une chambre, pour une durée indéterminée.

Aux enfants après l'école, elle dit la vérité, le peu qu'elle sait. Elle va chercher Papa. Téléphonera tous les jours, leur fait les recommandations d'usage. W. est courageuse, un de ses fils manque de la faire déraper, il a toujours eu le chic pour les réflexions qui dérangent. « Il sera comme avant Papa ? Tu promets ? ».

Elle regarde l'enfant, dur, tendu comme un arc, un accord silencieux, « veille sur les petits »...

« oui, je promets. »

Du trajet dans la nuit, des mots elle ne garde qu'un vague souvenir, Paris, l'hôpital.

Café. Café. Non l'avion va arriver. On ne sait rien. Le jour se lève sur une triste matinée d'hiver qui plombe la capitale. Combien de temps, une heure? Plus? Café.

Le Médecin-chef du service de réanimation se précipite dès son arrivée, lui serre les mains, très fort, ne ment pas. Tout est prêt, la salle d'opérations, la banque de sang... Une équipe entière est en place, elle les voit courir dans les couloirs, l'ambulance arrive, après tout c'est l'un des leurs... à double titre. Elle a demandé à voir son homme, quelques secondes. Un brancard surmédicalisé, irréaliste, le Médecin-chef ( elle l'avait oublié celui-là...) manque de tomber dans les pommes, elle s'approche, choc.

Sur les paupières des compresses avec un sparadrap. Il n'entend rien, ne voit rien, n'est pas là.

Le silence, l'équipe guette un signe pour foncer, un regard, les yeux dans les yeux avec le mandarin, un murmure, « sauvez-le »... tout le monde disparaît derrière les portes infranchissables...

L'attente commence, dès qu'une porte s'ouvre elle sursaute. A bout de nerfs va acheter les journaux à l'ouverture de la boutique de l'hôpital, ils en savent toujours plus que tout le monde...

Et trouve un entrefilet de 10 mini-lignes dans une rubrique « chiens écrasés », anodin, un attentat, un de plus dans un pays lointain, trois blessés. Elle regarde le médecin-chef, engourdi de sommeil, renonce à lui parler.

Café.

Irruption du Médecin Chef du service, qui va droit vers W., lui serre les mains à les broyer, « scanner ...état...pas d'opération...coma...réanimation...préparation, et vous pourrez le voir. »

Son ombre s'est approchée, n'en perd pas une miette – il faudra rendre compte au retour.

W. lui montre le journal, « il s'agit d'eux ? ... Oui mais... vous l'ignoriez ???? »

Elle lui raconte l'histoire de la jeep et de la permission, il change de tête, empoigne le petit collègue et l'entraîne à l'écart. Elle ne veut pas savoir et lorsqu'il revient vers elle, elle le renvoie dans sa province, non besoin de rien. Merci pour tout ( elle est polie comme un glaçon) et au-revoir, les portes de la réanimation s'entrouvrent , elle s'y engouffre.

Son temps appartient à son mari, elle veut oublier le reste.

Le plus dur commence.

...

Des mois d'hôpital, des mois de rééducation, et finalement, des familles détruites.

Papa est rentré, mais pas tout à fait... comme avant.

Il est des traumatismes ineffaçables.

Pourquoi divulguer aujourd'hui des faits qui se sont passés il y a plus de dix ans... sans nom, ni lieu, ni date.

Parce que ce n'est pas la première fois que cela arrive, parce qu'aujourd'hui des dizaines de personnes vivent un cauchemar mais que personne n'en parle; parce que nul ne sait la détresse d'un enfant à qui on dit qu'il n'a plus de Père ou que celui-ci est vivant – mais dans quel état ?

Parce que ceux qui rentrent même légèrement blessés pour ceux qui s'en sortent au mieux, sont marqués à vie.

Parce que c'est la photo du Président de la République qu'on affiche, ce sont ses mots qu'on publie.

Peu importe de quel côté on se place, droite/gauche, les balles ne choisissent pas leur camp.

Le visage de ces hommes- de tous ces hommes-, le regard de leurs familles personne ne les verra...

On met en place, grande mode, des « cellules d'aide psychologiques », mais ce qu'on ne dit pas, c'est qu'ainsi, on bride la parole de ceux et de celles qui souffrent, qui voudraient crier leur ras-le-bol au monde entier, qu'on entoure jusqu'à ce que « le soufflé soit retombé » – surtout dans les médias - mais dont le reste de la vie sera un enfer...

Et toute cette boue pour la gloire. De quoi ? De qui ?

Une médaille sur un cercueil, des poignées de main aux survivants, une photo sur le buffet ?

Parce que nous n'avons donc jamais rien appris, rien compris...

Parce que tout le monde se fout de la valeur de 31 vies humaines ( 10 morts, 21 blessés ) mais décortique le prix de la paire de sandales de Carla...

Dans les articles parus sur FQ, nous avons dénoncé ces mises en scène rendant crédibles des actes de guerre qui risquent de mettre le feu à la planète prématurément, nous avons accusé Bush et consorts, et moi, fille, petite-fille de résistants morts lors de la Seconde Guerre Mondiale, j'accuse de crime ceux en France, qui les suivent aveuglément.

J'aurai peut être un accident de voiture demain... cela ne prouvera qu'une chose : j'ai raison...

Walkyrie.

25/02/2008

Lettre de Claire Malbois

175504063.jpgVoilà que, non satisfait de la glissade morale effectuée sur la peau de banane Guy Môquet qu’il s’était à lui-même étendue comme carpette, Mr Sarkozy prétend « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ».
Ma fille sera en CM2 en 2013. Elle porte en elle de par la grâce de ses parents la mémoire de ces milliers d’enfants, français et non français, qui au long de l’histoire humaine furent déportés, séparés des leurs, rendus orphelins, esclaves, choses sexuelles, assassinés…sur les 5 continents.
Et qui le sont encore.
Elle porte en elle la mémoire future de ces enfants violemment séparés de leurs parents ou familles, ici, maintenant, en France devant ses yeux de fillette de 4 ans.
Elle porte en elle en tant que future femme, citoyenne, lionne au combat, la mémoire de tous ces enfants qu’elle aura vus déportés de son supposé pays de cocagne vers des univers où ils disparaissent, de tous ces enfants qui n’ont pas d’enfance, en Palestine, au Liban,... de tous ces enfants marchandés cyniquement, au nom de l’enfance, au Tchad, ailleurs…
Ma fille porte en elle tout ceci parce qu’elle est vivante. Parce qu’elle a un papa et une maman vivants auprès d'elle. Qui animent son âme autant qu’ils le peuvent de toute l’actualité de leurs combats, à sa mesure de petite fille, en lui apprenant qu’il n’y a pas de différence, entre un enfant blanc et un noir, entre un enfant juif, catholique, sikh, musulman, bouddhiste, que tout enfant a droit au bonheur d’être enfant, dans la douceur de sa famille, les câlins, le jeu, les apprentissages.
Ma fille porte en elle tout cela, et elle ne se verra pas confier par l'école la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah.
Ce travail, qui m’est dévolu en tant que parent, et qu’il n’appartient pas à mon sens au Président de la République de choisir de faire à ma place, je l’élabore dans le respect de mon enfant, et de ce qu’est notre famille.
Il n’y a pas que la Shoah, Mr. le Président. Maints massacres furent perpétrés, maintes mémoires furent et sont encore blessées qu’il vous semble vain d’honorer, maints enfants furent déportés et assassinés, dont vous semblez faire si peu de cas, en d’autres temps tout aussi atroces que celui de la Shoah.
Quel est ce besoin que vous nous démontrez donc là, un besoin de repentance ? Ce mot que vous refusez à tout crin à ceux qui ne vous le demandent même pas, mais qui voudraient juste prononcer le mot de mémoire sans se faire éconduire ?
Qu’allez-vous donc faire dans cette galère ? Quel besoin de s’aplatir dans le vent d’une seule direction, sous les tapis du souvenir d’une seule victime ? Vous nous avez suffisamment dit lorsque cela vous arrangeait que les enfants n'étaient pas comptables des fautes de leurs pères.
Ma fille ne se verra confier par vous la mémoire d’aucun enfant d’une seule confession, d’une seule déportation, d’un seul esclavage, d’un seul massacre.
Ma fille ne sera jamais l'objet de votre manipulation de l'histoire, de l'émotion, du drame humain au service de vos seuls biens et besoins personnels, politiques ou autres.
Elle ne croulera pas sous le poids de votre culpabilité ou de vos obédiences. Elle grandit libre dans sa connaissance de l’autre, des ses bonheurs et malheurs, grands et petits, auxquels nous désirons l'éveiller pour qu'elle puisse partager le poids, plus tard, avec ceux qui souffrent.
Mon enfant, nos enfants, grandissent à présent dans une France dont mes parents, humains généreux s'il en fut, auraient profondément honte. Si ma mère n'était pas morte, elle défilerait aujourd'hui du haut de ses 89 ans, pour vous faire savoir qu'il suffit.
Qu'il suffit de l'outrager.
Qu'il suffit de choisir dans les souffrances humaines celles qu'il vous agrée d'honorer et celles qu'il vous indiffère d'ignorer. Quand ce n'est pas celles qu'il vous arrange de rejeter dans de lointaines poubelles.
Qu'il suffit de gesticuler, justifiant toutes les exactions de la France dans l'Ailleurs en ne supportant pas que l'Ailleurs vienne vivre dans la France.
Qu'il suffit de faire la leçon à des enseignants sur ce qu'il convient de faire partager d'histoire à leurs élèves, alors qu'ils nous font tous les jours partager, à nous parents, la fin de l'histoire d'une éducation nationale que vous rendez exangue.
Qu'il suffit de tuer les familles, je pèse mes mots, en envoyant vos sbires arracher les portes, arracher les affaires personnelles, arracher les êtres de leur travail, arracher les hommes de leur famille, arracher les mères de leurs enfants, ce que vous faites tous les jours, ici, en France.
Quand vous offrirez de la France un autre spectacle aux yeux de nos enfants.
Quand vous cesserez de nous mettre en deuil chaque matin de l'une des qualités d'accueil, de soin, de solidarité, d'éducation, de liberté, d'égalité, de fraternité... qui devraient être la nature, l'essence, la colonne vertébrale de notre pays.
Quand vous vous préoccuperez, aussi, de ce qui se passe dans une salle de classe lorsque les maîtresse malades ne sont pas remplacées, au collège lorsque les adultes si dévoués soient-ils à leur mission, n'y sont pas assez nombreux.
Quand vous proposerez à nos enfants la prise en considération de toutes les souffrances des humains à travers l'histoire, sans quantification, sans classification.
Quand vous nous aiderez véritablement à les construire dans le respect de l'autre sous les yeux d'une République exemplaire.
Quand vous tiendrez vos promesses de protéger tous les opprimés, toutes les femmes opprimées, tous les déshérités, tous les enfants déshérités...
Quand vous ferez véritablement preuve d'un courage révolutionnaire et visible en cessant les exactions, en ramenant vos chiens.
Quand vous serez capable de ne plus fabriquer visiblement et incessamment un pathos bien ciblé, d'héroïsme ou de pitié, c'est tout comme, pour dissimuler la déconstruction de l'humain et de l'espoir que vous vous acharnez à promouvoir.
Quand vous serez ce que vous n'êtes pas, quand vous ne serez plus ce que vous êtes.
Je cesserai d'être en deuil de mon pays idéal.
Je cesserai de ne pouvoir plus lire les journaux et de pleurer chaque jour à la découverte des nouveaux nuages.
Un grand mal est toujours suivi d'un grand bien.
La citoyenneté profondément humaine, sincère, dévouée, invisible, muette pour l'instant, s'amplifie chaque jour qui passe avec son lot d'expulsés amis, de justes condamnés, ...
La réponse à votre action est dans cette résistance contre laquelle vous ne pouvez strictement rien.
La pensée et le coeur sont irréductibles.
Ma fille se construit, comme bien d'autres enfants, par la grâce d'adultes conscients de leur devoir d'"êtres au monde" parmi d'autres "êtres au monde".
Ces enfants seront des adultes, nombreux et imperturbables, des lions, auxquels il incombera de développer à une échelle jamais vue les valeurs de beauté et de bonté de la vie, pêchées dans le meilleur de chacune de leurs origines, passées au tamis du métissage, cimentées entre elles par la liberté et l'empathie réunies.
Vous ne sauriez apprendre à mon enfant cela que je choisis de lui apprendre.
Son espoir et sa force sont entre les mains de son père et de sa mère.

Claire Malbos, le 14 février 2008

04/12/2007

Lettre ouverte au peuple de France.

Ce n'était pas au menu, ça !
(pancarte : grève générale)

 

 

Simon Davies
Sott.net

Citoyens de France,

Comment vous sentiriez-vous si :

  • Vous deviez contracter une assurance médicale privée onéreuse pour être sûrs de bénéficier de soins médicaux ?
  • Chaque hôpital refusait tout soin médical à ceux qui n'ont pas d'assurance médicale privée ?
  • Il n'y avait pas de filet de sécurité sociale, pas d'assurance chômage pour vous-même, votre famille et vos enfants ?
  • Vous deviez travailler 40 à 60 heures par semaine avec une seule semaine de vacances par an – et cela seulement après avoir travaillé pendant un an ou deux ?
  • Vous deviez emprunter de l'argent chaque année simplement pour nourrir votre famille et garder un toit au-dessus de leurs têtes ?
  • Vous deviez emprunter 100 000 euros pour payer les études universitaires de votre enfant ?
  • Vous aviez une dette bancaire tellement énorme que vous ne seriez jamais capable de la rembourser et ne pourriez jamais cesser de travailler jusqu'à votre mort ?
  • Les universités étaient financées par des entreprises et obligées d'enseigner seulement ce que ces entreprises jugent important ?
  • Toute l'infrastructure de la France et les richesses nationales étaient « privatisées » au bénéfice de quelques élites opulentes qui vous disent ce que vous pouvez faire ou non dans votre propre pays et vous font payer les ressources naturelles qui sont actuellement le bien commun de tous ?

Si vous pouvez imaginer ce que serait la vie dans de telles circonstances, alors vous savez à quoi ressemble la vie aujourd'hui pour une majorité d'Étasuniens. Les Étasuniens pensent qu'il est normal de travailler 50 heures par semaine avec seulement une semaine de vacances par an. Il y a beaucoup d'histoires d'horreur d'Étasuniens sans assurance refusés par les hôpitaux. Le système d'éducation étasunien a abouti à un taux d'alphabétisme de 50 % et seuls les riches peuvent accéder à l'université.

Les Étasuniens croient qu'une telle vie – une vie basée sur le montant d'argent que vous possédez – est le symbole de la liberté parce qu'ils ont subi un lavage de cerveau qui leur fait croire que l'argent fait l'homme. Voulez-vous la même chose pour la France ?

Vous ne me connaissez pas personnellement mais pour paraphraser une réplique du film V pour Vendetta, « Je suis Edmond Dantès... et je suis votre père. Et votre mère... votre frère... votre ami. Je suis vous... et moi. Je suis chacun d'entre nous. »

Dans la vraie vie, je suis un ancien banquier d'affaires d'une de vos plus grosses banques. J'ai des diplômes en économie et j'ai passé la plupart de ma vie d'adulte à observer le mouvement du capital international et comment il est manipulé par les gouvernements et les grandes entreprises pour convenir à leurs propres objectifs. Je suis aussi un rédacteur de http://www.sott.net/ parce que je le considère comme la voix de la Vérité la plus pure sur Internet. Mais, assez parlé de moi. C'est de vous, c'est de la France dont je veux parler.

Beaucoup de citoyens français se rappellent comment la France dormait pendant les années 1930 alors que l'Allemagne se réarmait et concoctait ses plans de domination européenne, des plans qui n'étaient pas cachés mais fièrement annoncés par Hitler et ses Nazis, pourtant la France dormait et a souffert de conséquences horribles et inévitables.

Peuple de France, votre président – un représentant de la cabale de l'élite mondiale et corporative avide de pouvoir – a énoncé ses plans clairement tout comme Hitler l'a fait, et encore maintenant vous dormez. Vous êtes en train d'être envahis, non pas par une armée, mais par des idées malveillantes et répugnantes répandues par vos leaders politiques et les médias.

Le but est d'infecter vos esprits avec ces idées et de faire du peuple français l'architecte de sa propre destruction. Quand votre président parle d'une « rupture » avec le passé, ce qu'il veut dire c'est une rupture de la société française ; la destruction de la manière de vivre à la française et cela ne sera pas moins horrible que l'invasion précédente par Hitler et ses hordes.

John Fitzgerald Kennedy a légué ces mots célébres : « Parce que nous sommes confrontés, autour du monde, à une conspiration monolithique et impitoyable qui s'appuie essentiellement sur des moyens voilés pour étendre sa sphère d'influence ; sur l'infiltration plutôt que l'invasion ; sur la subversion plutôt que les élections ; sur l'intimidation plutôt que le libre choix ; sur les guérillas nocturnes plutôt que les armées en plein jour. C'est un système qui a enrôlé de vastes ressources humaines et matérielles pour la construction d'une machine hautement efficiente, bien soudée, qui combine des opérations militaires, diplomatiques, d’espionnages, économiques, scientifiques et politiques. Ses préparatifs sont dissimulés, pas publiés. Ses erreurs sont enterrées, pas mises en lumière, ses dissidents sont réduits au silence, pas glorifiés ; aucune dépense n'est mise en question, aucune rumeur imprimée, aucun secret révélé. En bref, elle mène la guerre froide, avec une discipline de guerre contre laquelle aucune démocratie n'espérerait jamais souhaiter rivaliser... »

Votre ennemi est bien organisé, a un financement illimité, est mondial, impitoyable et a presque le contrôle total des médias. Votre ennemi est parmi vous et en de nombreuses façons en vous car vous avez été conditionnés à penser en termes limités et de là auto-limitants. Votre ennemi projette de détruire vos structures sociales paternalistes avec l'introduction de ce qu'on appelle un modèle économique « néolibéral américain » ; ou comme la journaliste Naomi Klein l'a appelé, un « Capitalisme Catastrophe ».

Vous avez été amenés à croire que la France est en quelque sorte protégée des prédations de l'économie néolibérale.

Cela a été accompli en grande partie en vous laissant ignorants de la vérité par le biais de la barrière du langage. Le monde anglophone est gorgé d'avertissements sur ce que l'économie libérale veut dire, pourtant la littérature disponible en France sur ces sujets des plus importants est limitée. Pourquoi cela ? Pourquoi se fait-il que vous en sachiez réellement si peu sur ce qui se passe vraiment en dehors de la France ?

M. Sarkozy tente de manipuler cette ignorance et d'encourager un intérêt personnel exagéré et la jalousie qui est tabou pour la psyché française. Bien qu'ils hésitent à l'admettre, beaucoup des supporters de M. Sarkozy de la classe moyenne sont motivés par la jalousie. Ils sont jaloux des avantages sociaux dont jouissent les fonctionnaires et sont manipulés par M. Sarkozy pour soutenir une politique qui dépouillerait les fonctionnaires de ces avantages. Ce que la classe moyenne échoue à comprendre, c'est qu'en soutenant actuellemnt l'action gouvernementale contre la classe ouvrière, ils se préparent eux-mêmes à un traitement similaire dans un avenir proche.

Ne vous trompez pas, les seuls gagnants qui émergeront de la « rupture » de M. Sarkozy seront l'élite dirigeante, les grandes entreprises internationales et les vautours étrangers qui becquetteront les os de la France. Les classes moyennes/professionnelles qui soutiennent actuellement M. Sarkozy perdront aussi leurs aises, ils ne le savent simplement pas encore.

Ils croient que par quelque mécanisme miraculeux, ils deviendront plus riches aux frais du travailleur ordinaire et que c'est « juste », « nécessaire » et « moderne ». L'élite dirigeante peut permettre qu'un petit peu des richesses de la France soit « prêté » aux classes moyennes à court terme, et les classes moyennes peuvent être achetées pour quelques euros, mais cela sera transitoire et finalement illusoire.

Croyez-moi, je le sais. La banque c'est mon métier.

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le mécanisme utilisé pour soudoyer les classes moyennes a été l'inflation immobilière. Au cours de ces quelques dernières années, un boom massif des valeurs immobilières a été manigancé pour fournir l'illusion de la richesse. Pourtant aujourd'hui, alors que les prix commencent à chuter, cette richesse s'évapore tandis que la dette contractée pour acquérir cette propriété reste très réelle et de plus en plus chère et sonnera au final le glas des classes moyennes dans ces pays.

M. Sarkozy est un homme intelligent et impitoyable. Il sait qu'il ne peut pas persuader la France d'accepter le néolibéralisme (1), et finalement le fascisme directement. Il doit conduire la France vers une position où le résultat sera un « fait accompli ». Comment cette manœuvre sera-t-elle réalisée ? C'était le sujet discuté par les rédacteurs de SOTT juste avant le début des récentes grèves françaises.

Nous avons remarqué qu'une situation similaire existait au Royaume-Uni quand Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir en 1979 « engagée dans un programme non équivoque de réduction du pouvoir et de l'influence des syndicats » (2) et avec des plans soigneusement formulés pour « rompre » le pouvoir de la classe ouvrière britannique.

Nous avons spéculé que des tactiques similaires pourraient être utilisées en France. Et aussi, puisque la banque c'est mon métier, on m'a demandé de creuser le sujet et de vous présenter, à vous peuple de France, les grandes lignes de votre avenir.

La clé du succès de Margaret Thatcher dans la « rupture » du Royaume-Uni et l'imposition du néolibéralisme aux Britanniques était une préparation à long terme :

  •  Des augmentations massives du chômage, en particulier chez les minorités raciales, ont été manigancées tandis que le gouvernement trafiquait les statistiques du chômage. En conséquence, il y a eu une éruption d'émeutes majeures dans les zones urbaines les plus pauvres.
  •  Des tactiques policières qui avaient été peaufinées au cours des années de pratique en Irlande du Nord ont été déballées à la vue du public ; les années d'attaques sous fausse bannière en Irlande ont conditionné l'esprit du public au besoin d'une violence policière militariste massive pour « défendre la loi et l'ordre ».
  •  Des dirigeants syndicaux ont été mis en place, dont le comportement subséquent ne pourrait être décrit que comme « lâche », affaiblissant ainsi l'unité parmi les syndicats.
  •  Des grèves dans les industries avec les syndicats les plus forts ont été délibérément générées par la provocation. Une « guerre d'usure » a été menée avec des attaques diffuses de la part du gouvernement sur une base graduelle. Aucune n'était assez sévère pour que les membres de la base des syndicats ne réalisent qu'ils installaient une confrontation majeure dans le futur.
  •  De nouvelles lois limitant les droits des travailleurs à la grève ont été introduites là où les syndicats avaient réussi.
  • Ainsi, le gouvernement a analysé avec succès son ennemi, observé sa réaction et a rendu essentiellement la plupart de cette réaction illégale ; décimant la capacité des travailleurs à exercer leurs droits et neutralisant leur pouvoir.

Finalement, Thatcher était prête pour la bataille finale. Son gouvernement a été réélu sur le dos de l'euphorie nationale générée par la guerre des Malouines et ses stratèges étaient prêts à tout conflit ouvert avec les syndicats et les classes ouvrières.

La faiblesse des syndicats et les nouvelles lois qui empêchaient les grèves sans vote majoritaire d'un scrutin syndicaliste ont donné au gouvernement la fermeté et le soutien public nécessaires pour finalement défier l'industrie la plus vulnérable du pays, les mines de charbon.

Les parallèles avec la France semblent trop importants pour être ignorés. Le travail de base a été entrepris de façons très similaires.

Comme Margaret Thatcher en 1982, M. Sarkozy est au début d'un nouveau mandat et revendique un mandat populaire. Margaret Thatcher a dit fameusement « Il n'y a pas d'alternative » et « La femme n'est pas pour le changement de direction » ; tandis que M. Sarkozy a dit « Nous ne nous rendrons pas et nous ne battrons pas en retraite... La France a besoin de réformes pour relever les défis que lui impose le monde. »

En spéculant que M. Sarkozy aura appris non seulement des conflits salariaux britanniques mais aussi mondiaux, il y a deux semaines nous avons conjecturé que :

1. M. Sarkozy cherchera à établir le programme et à s'assurer que les médias focalisent l'attention du public sur la réforme là où les syndicats sont les plus faibles et la sympathie du public la moins probable.

2. Afin de marginaliser davantage les travailleurs dans l'esprit du public, des évènements violents seront manigancés pour qu'ils se produisent ou soient montés (opérations fausse bannière) de façon à éloigner les grévistes des « gens ordinaires ». Les médias monteront en épingle ces questions hors de proportion des faits et des évènements impliqués.

3. Les dirigeants syndicaux sembleront rester figés comme des lapins dans les phares d'une voiture tandis que les médias se focaliseront sur le « mal » des ces évènements fabriqués.

4. Les points 1, 2 et 3 ci-dessus entraîneront une division de l'opposition aux réformes – cela sera exploité par les médias quand, selon toute vraisemblance, la « division » portera sur des détails et pas sur les principes. Les médias se focaliseront sur ceux qui s'opposent aux grèves et pas ceux qui ont des griefs valides ne pouvant être défendus que par la grève.

5. Les ministres bénéficieront de large espace médiatique et de temps d'antenne pour condamner les grévistes pour leur « égoïsme » et leur « manque de responsabilité sociale ». Les grévistes seront accusés de « menacer la grandeur de la France », « refuser la modernisation », « mettre des vies en danger », « tenir le pays en otage », « causer le chaos économique ».

6. La violence éclatera comme des points de contact clés entre les grévistes et ceux s'opposant officiellement aux grèves. Dans tous les cas, les grévistes seront rendus responsables de la violence. La police sera amenée pour « supprimer la violence » alors qu'en fait, elle l'enflamme.

7. Dans les zones des classes ouvrières pauvres, des évènements seront montés pour fabriquer une réponse violente des « masses » et conditionner l'esprit du public à la nécessité de la violence de la police et des CRS « pour défendre la France ».

8. Les termes des négociations entre le gouvernement et les syndicats seront soit gardés secrets, soit simplement cachés au public. Les vrais termes seront si désavantageux aux travailleurs qu'ils ne pourront vraiment pas les accepter, tout ça pendant que l'attention du public sera focalisée sur une « issue ingagnable », une issue qui recueille peu de sympathie de la part du public. Les travailleurs feront à nouveau la grève et descendront dans la rue.

9. À ce moment, la violence éclatera sur les piquets de grève et les CRS seront envoyés contre les grévistes. De petits groupes de grévistes seront montrés comme étant très violents. Ces individus (possiblement des agents provocateurs) seront utilisés pour discréditer tout le travail du mouvement et les dirigeants syndicaux seront obligés de se distancier de la violence, donnant ainsi la victoire à M. Sarkozy dans l'arène de l'esprit du public et dans les esprits des travailleurs modérés.

Les événements de ces deux dernières semaines nous ont donné raison. La stratégie de M. Sarkozy a suivi nos spéculations à la lettre mais c'est seulement le début. M. Sarkozy a eu la permission d'arrêter le programme de la réforme des retraites. La provision pour un départ anticipé chez les travailleurs aux métiers fatigants comme les chemins de fer était juste quand le travail était plus difficile, mais est maintenant largement considérée comme dépassée.

Un « sabotage » opportunément orchestré a divisé les syndicats et l'opinion publique, les dirigeants syndicaux se sont figés et ont brisé les rangs vendredi dernier sous le feu des médias généré par le « sabotage ». La violence « a jailli » dans les universités et il y a 5 nuits, 3 personnes ont été tuées dans un « incident » avec la police, et des « émeutes » prévisibles se sont ensuivies pendant trois nuits.

Tout se déroule selon le plan ! Un récent article de la presse dominante illustre la majeure partie de cela :

Les Grèves Françaises s'arrêtent AP – 24 novembre 2007 PARIS –

Le président français Nicolas Sarkozy s'est concentré sur une bataille gagnable, a divisé l'opposition et semble avoir pris le dessus après neuf jours de grèves des cheminots échauffés.

Pourtant des tensions subsistent alors que le débrayage a cessé et que le trafic ferroviaire a commencé à reprendre vendredi.

La violence des étudiants protestataires a provoqué la fermeture de la Sorbonne et souligné les inquiétudes sur la façon dont Sarkozy et ses compatriotes résisteront à ses plans douloureux pour refaire une France stagnante, résistante à la réforme.

Sarkozy a remporté ce qui était considéré comme une victoire nécessaire pour son programme de réforme plus général en faisant face aux cheminots en colère contre son plan de les faire travailler plus longtemps pour bénéficier d'une retraite. « Cette réforme, je l'ai promise, je l'ai tenue », a-t-il dit dans un discours confiant vendredi. J

eudi, les cheminots se sont mis d'accord pour reprendre le travail sur la promesse de pourparlers qui pourraient adoucir – mais sans compromettre – la réforme des retraites.

En résistant aux cheminots, Sarkozy espérait briser le recours instinctif des syndicats aux grèves, comme Margaret Thatcher l'a fait en écartant les mineurs de charbon et comme Ronald Reagan l'a fait avec les contrôleurs de trafic aérien dans les années 1980.

Sarkozy a astucieusement mis une distance entre les syndicats militants et modérés lors de la grève des transports prolongée, et les socialistes de l'opposition n'ont pas pu résister à ses tactiques guerrières méthodiques.

Sarkozy a exprimé l'espoir qu'à l'avenir, les syndicats « préféreront toujours les négociations à la confrontation. » Cela marquerait un changement majeur pour la France. L'élection de Sarkozy en mai – sur la base d'un programme de « rupture » dramatique avec le passé – a montré que la plupart des Français étaient prêts au changement.

Les banlieusards depuis longtemps habitués aux débrayages ont rapidement perdu patience avec cette grève des transports et ont été prompts à critiquer les cheminots grévistes défendant des privilèges considérés pour la plupart comme injustes.

« Au moment où la grève se termine, quand la raison prévaut, mes premières pensées vont aux millions de Français qui... ne peuvent en supporter plus après 10 jours de pagaille... à ces millions de Français qui ont eu le sentiment d'être pris en otage dans un conflit qui ne les concerne pas », a-t-il dit.

Mais des millions ont voté contre Sarkozy et ne sont pas prêts à lui donner carte blanche. Les pourparlers avec les cheminots sont sûrs d'être tendus et certains syndicats menacent de nouvelles grèves s'ils n'obtiennent pas assez de concessions. Et la réforme des retraites n'est qu'une petite chose que Sarkozy a dans sa manche pour l'avenir de la France. Il dit que la France a trop de fonctionnaires qui pèsent sur le gouvernement endetté.

Les 5 millions de fonctionnaires de la France ne sont pas tous d'accord et beaucoup résistent aux suppressions de postes et demandent à être mieux payés. Ils ont tenu leur première grève mardi et menacent de continuer. Le plan de Sarkozy de renoncer au système rigide et compliqué des contrats de travail qui reprend en sous-oeuvre la main-d’œuvre de la France est sûr d'être un sujet sensible.

Et puis il y a les universités récalcitrantes. Le campus de la Sorbonne était fermé vendredi suite à la violence entre les étudiants protestant contre une réforme du financement des universités et d'autres étudiants essayant d'aller en cours.

Les étudiants ont bloqué le symbolique immeuble Left Bank pendant des jours mais ont eu recours vendredi à la « violence physique », a dit l'administration qui a fermé l'école jusqu'à lundi. Les étudiants des grandes écoles et des universités envisagent de nouvelles protestations mardi.

Les voyageurs ont salué l'amélioration du trafic vendredi bien qu'on s'attendait à ce que la reprise du service total du trafic ferroviaire de la nation et des transports publics à Paris et dans d'autres villes prenne des jours. Avec un signal clair, la grève se terminait, certaines stations de métro commençaient à nouveau à encaisser des tickets vendredi. Pendant la grève, le transport sur les quelques rames en circulation était gratuit.

Il est essentiel que chacun en France comprenne que le sujet de ces grèves n'est pas que les cheminots obtiennent un régime de retraite particulier ou non.

Ces grèves sont le tranchant du coin économique néolibéral enfoncé dans l'âme de la France socialiste. Pourtant, il semble que la France soit à nouveau endormie et inconsciente des dangers. La France a été amenée par la ruse à penser que la question était la réforme des retraites.

Un coup d’œil sur l'espace médiatique relatif accordé aux grèves de la SNCF et du métro montre l'étendue du contrôle de M. Sarkozy.

Alors qu'une partie de la grève des cheminots concernait les retraites, de nombreux autres travailleurs s'opposent aux « réformes » qui illustrent bien mieux la vraie nature du programme de Sarkozy. En permettant à M. Sarkozy et aux médias de se focaliser principalement sur la réforme des retraites, les syndicats ont donné à M. Sarkozy un énorme avantage. En reculant au point crucial où les Français commençaient à voir la valeur des travailleurs dont tant de personnes semblent heureuses de détruire les droits, les syndicats lui ont tendu la victoire et ont scindé l'opposition auparavant unie.

M. Sarkozy est un tyran qui a affirmé catégoriquement qu'il n'avait pas à écouter la volonté des gens. C'est la manière dont Tony Blair a traité les Britanniques et la manière dont George W. Bush traite les Étasuniens. Est-ce cela que vous voulez pour la France ?

Il est douloureux pour beaucoup d'entre nous qui se sont franchement réjouis quand le très mal-aimé Jacques Chirac a fait un pied de nez aux Étasuniens et a dit « Non ! » à l'invasion illégale de l'Iraq , de voir ce qui se produit en France : il est en fait perturbant de réaliser que M. Sarkozy reçoit un quelconque soutien.

Il est certainement évident que les États-Unis s'effondrent, le système financier mondial frôle le bord du chaos et le modèle économique néolibéral a été exposé comme rien de plus qu'une version moderne du pillage et de la mise à sac du passé ignorant.

Donc, M. Sarkozy a-t-il perdu la tête ? Ou prévoit-il d'entraîner la France dans l'abîme avec le reste des Capitalistes Catastrophes ?

Malgré ce que M. Sarkozy peut déclarer, sur la base de mes interactions avec les citoyens français, le peuple de France n'accepte pas l'hégémonie mondiale belliqueuse des États-Unis et ne veut pas du cauchemar étasunien en France. Plus que jamais dans leur histoire, le peuple de France doit défendre la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Ne faites pas d'erreur, c'est une guerre pour la liberté de la France – une guerre de volontés cachée – qui doit être menée de front. Mais par-dessus tout, vous devez résister avec vos cœurs, vos voix et vos corps mêmes à toutes tentatives de semer la division parmi vous. Unis vous tenez, divisés vous tomberez.

Notes :

(1) Le néolibéralisme est une étiquette de libéralisme économique qui décrit la politique gouvernementale qui affirme promouvoir la concurrence de libre marché dans une économie donnée et finalement mondialement. Développé par Milton Friedman et ses disciples à l'Ecole d'Economie de Chicago – http://en.wikipedia.org/wiki/Neoliberal
(2) Voir http://news.bbc.co.uk/1/hi/scotland/3502759.stm

26/04/2007

My taylor is rich

Exception culturelle, exception linguistique
 

Lascaux, Vercingétorix, Godefroy de Bouillon, Charlemagne, Versailles, Voltaire, Descartes, Montesquieu, la déclaration des Droits de l'Homme, La Tour Eiffel, De Gaulle ...

La France c'est plus de 2000 ans d'histoire, 2000 ans de culture, 2000 ans de rayonnement. 

Une certaine manière d'étre au monde, une certaine vision du monde alliée à une vraie identitié riche, forte, unique.

Et bien sûr, comme ailleurs c'est aussi beaucoup de certitudes, d'illusions, de nombrilisme.

 

Language et connaissance 

Vous souvenez vous de Babel ? Les hommes s'étaient retrouvés autour d'un language commun et fort de cette communion, ils avaient construit une formidable tour qui leur permit d'être quasiment l'égal des dieux. 

Alors le dieu caractériel de l'Ancien Testament, dans ses habituels accès de jalousie, de rage et de destruction, balaya cet édifice et éparpilla les Hommes aux quatres coins de la planète tout en les empêchant à l'avenir de se comprendre. C'était la confusion des langues.

Aujourd'hui, la France connait le même drame. Les esprits français sont particulièrement bien formés, en comparaison de nombreux autres pays. De solides capacités d'analyse, de synthèse, de mémorisation. Un vaste champ de connaissances reltatives aux disciplines fondamentales comme la littérature, les sciences, la géographie, l'histoire,...

Malheureusement, la matière sur laquelle appliquer ces talents est dramatiquement limitée. Aujourd'hui, l'immense majorité de l'information et des nouvelles connaissances est produite en anglais. Il suffit de jeter un coup d'oeil à la recherche,  une des disciplines maîtresses de la création de connaissance pour s'en convaincre. 99% des publications sont rédigées et publiées en anglais.

 

 Connaître le dragon pour pouvoir triompher du dragon

 

Mais quel rapport entre la langue dominante utilisée dans les revues scientiques et les élections présidentielles ? A priori pas grand chose.

C'est en parcourant un article (en anglais mais désormais traduit et publié sur ce blog) du Guardian relatif aux 10 étapes de transformation d'une démocratie en régime fasciste que j'ai commencé à réaliser que la menace qui plane sur la nation française est similaire à celle qui s'est abattue sur les Etats-Unis en 2000 à l'issue du duel Bush-Gore. Et qu'aussi, la tragédie vécue depuis par le peuple américain est quasi exclusivement relayée en langue anglaise.

Bien sûr, les médias de masse distordent, filtrent, modifient la vérité. Pourtant ils s'agit d'une source essentielle de connaissance (après en avoir séparé le bon grain de l'ivraie). Comment un individu peut-il exister, comment peut-il choisir, agir d'une manière sensée lorsqu'il n'a pas accès à la connaissance ?

Comment avoir une relation objective au monde, à l'univers, en vivant dans une tour d'ivoire ? Le monde change, il change à une vitesse vertigineuse, les connaissances évoluent, s'accumulent. Pour que les esprits français puissent tirer la quintessence de cet immense potentiel, il leur faudra inévitablement trasncender cette barrière linguistique. 

Drôle de destinée. Les français se retrouvent donc vicitimes de ce que l'on appelle l'ironie du sort. Condamnés à dompter la langue anglaise pour se prémunir du candidat qui plébiscite frénétiquement cette même culture anglo saxonne.