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18/05/2009

Les Chinois achètent de l’or. Le dollar en a-t’il encore pour bien longtemps ?

 

Il y a quelques semaines, avant le sommet du G20, le gouverneur de la banque centrale chinoise a fait un discours remarqué laissant entendre qu'il fallait mettre fin au rôle actuel dominant du dollar américain comme monnaie internationale de réserve, pour se tourner vers une monnaie supranationale plus stable et moins facilement manipulable par un gouvernement.

Zhou Xiaochuan avait alors mentionné les Droits de tirage spéciaux (DTS), une monnaie artificielle inventée par le FMI en 1969 et basée sur un panier d'autres monnaies-papier nationales. Des commentateurs avaient perçu cette déclaration comme une mise en garde du gouvernement chinois envers les autorités américaines: Nous sommes votre principal créancier. Si vous cherchez à régler vos problèmes en créant trop d'argent, en dépréciant votre monnaie et en diluant ainsi la valeur de nos réserves, nous pourrions réagir en diversifiant nos actifs et en cessant de vous prêter toujours plus de milliards.

Les Chinois sont en effet les plus grands détenteurs de titres en dollars, leurs réserves s'élevant à environ 2 billions $. Si le dollar venait à être dévalué, ils perdraient beaucoup.

Cela fait des années qu'on voit venir ce crunch inévitable résultant des politiques inflationnistes de la Fed, des politiques mercantilistes des Chinois et d'autres pays émergents, et des déséquilibres monétaires qui découlent de ces politiques. La différence est que maintenant, ces déséquilibres atteignent peut-être un point critique et les Chinois pourraient être sur le point de faire autre chose que simplement lancer des messages plus ou moins subtils.

À la fin du mois d'avril, le gouvernement chinois a annoncé qu'il avait augmenté ses réserves d'or de 76% au cours des six derniers mois et a demandé au FMI de vendre ses réserves de façon à pouvoir en acheter davantage. On ne parle donc plus de morceaux de papier dont la valeur artificielle ne tient qu'à un sceau apposé par des bureaucrates, comme les DTS, mais d'un actif solide. Le signal envoyé non seulement aux gouvernements mais aux marchés est beaucoup plus clair. Comme le souligne un très intéressant article rapportant la nouvelle, « ...quite a few experts said the move solidifies gold's place as a monetary asset, and shows that it's destined for a brighter future ».

Voilà un pas dans la bonne direction, qui va probablement accélérer l'effondrement inévitable du dollar
.

La Fed, qui alimente l'économie mondiale depuis des décennies avec du faux argent, encore plus depuis la rupture du dernier lien du dollar avec l'or sous Nixon en 1971, est la première source mondiale d'inflation monétaire et de distorsions économiques. Cette situation permet aux Américains de vivre au-dessus de leurs moyens. Le statut de monnaie internationale de réserve du dollar a en effet contribué à financer beaucoup plus facilement leurs guerres impérialistes, leur consommation irresponsable et leur endettement vertigineux. Les dollars additionnels créés qui se retrouvent dans des voûtes de banques étrangères ne suscitent en effet pas de hausses de prix aux États-Unis – tant que les étrangers veulent en accumuler toujours davantage – ce qui aurait rendu une telle politique inflationniste insoutenable. En utilisant le dollar comme principale devise pour les transactions internationales et l'accumulation de réserve, le reste du monde subventionne à toutes fins pratiques le pouvoir d'achat des Américains.

Pendant ce temps, les États-Unis sont toutefois devenus un pays socialiste avec une économie de moins en moins productive et compétitive, la banqueroute du secteur automobile n'étant que l'exemple actuel le plus patent. Leur économie n'est plus aussi dominante qu'au moment où le système de Bretton-Woods a été mis en place après la Seconde Guerre mondiale. Sur la base de ce qu'ils produisent et de la demande étrangère pour leurs biens et services, les Américains devraient, aujourd'hui, avoir un niveau de vie bien moins élevé. La crise actuelle met au jour de façon encore plus évidente toutes ces distorsions et tous ces déséquilibres.

À l'échelle internationale, les réserves d'or chinoises restent modestes. Mais la Chine est également le principal pays producteur d'or, et c'est la tendance qui est importante. Les Chinois n'ont certainement pas intérêt à ce que le dollar s'effondre à court terme, mais les politiques inflationnistes de la Fed et du gouvernement Obama menacent la valeur de leurs immenses réserves. La situation est intenable à moyen terme et les force à chercher des solutions alternatives.

Le président de Centennial Precious Metals, Michael Kosares, note dans l'article que « China, true to its reputation for patience and steady, long-term progress toward its goals, has taken the golden path and now they want the world to know about it ».

On doit en effet reconnaître que les Chinois manifestent des préférences temporelles plutôt basses. Depuis quatre décennies, leur pays s'ouvre toujours davantage à l'économie de marché et s'enrichit à vive allure. Ils ont une éthique du travail et un sens de l'entrepreneurship développés, et épargnent beaucoup. Le gouvernement chinois, non-démocratique, est moins sujet aux pressions de l'opinion publique et des groupes d'intérêt parasitaires qui tentent de monnayer leur appui politique en échange de transfert de fonds publics et de privilèges, comme c'est le cas dans nos pays occidentaux.

Un tyran étatique reste bien sûr un tyran étatique, mais il y en a qui ont des politiques moins pires que d'autres. Et la Chine aura contribué plus que n'importe quel pays au monde à la mondialisation et à l'avancement de l'économie de marché à la fin du 20e et au début du 21e siècle.

Cette contribution s'avérerait encore plus cruciale si les Chinois décidaient d'appuyer activement le retour de l'étalon-or comme base du système monétaire mondial, en remplacement du système actuel fondé sur les monnaies fiduciaires et la domination du dollar. Les monnaies fiduciaires sont la quintessence du court-termisme. Elles sont sujettes à toutes les manipulations et constituent un levier incontournable de toute politique d'inspiration keynésienne (ou friedmanienne) pour stimuler l'économie. Les États peuvent constamment déprécier leur monnaie pour atteindre des objectifs à court terme, en repoussant les conséquences néfastes à plus tard.

Sauf que le long terme finit toujours par nous rattraper. Et nous payons aujourd'hui pour les politiques désastreuses de la Fed et des autres banques centrales
(y compris celles de la Chine, notons-le, qui sont loin d'être parfaites). Il aurait été impossible de mettre en oeuvre ces politiques, à tout le moins avec une telle ampleur, dans un régime d'étalon-or. C'est pourquoi toute indication d'un retour en force de l'or comme base monétaire ne peut qu'être une bonne nouvelle pour ceux qui croient dans la liberté et la rationalité économique.


Martin Masse est né à Joliette en 1965. Il est diplômé de l'Université McGill en science politique et en études est-asiatiques. Il a lancé le cybermagazine libertarien Le Québécois Libre en février 1998. Il a été directeur des publications à l’Institut économique de Montréal de 2000 à 2007. Il a traduit en 2003 le best-seller international de Johan Norberg, Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, publié au Québec par l'Institut économique de Montréal avec les Éditions St-Martin et chez Plon en France.


Article original : Martin Masse - Le Quebecois Libre

02/11/2008

Christine Lagarde se vautre en direct sur l'inflation

En préambule, précisons que Madame Christine Lagarde est ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi. Elle a vécu environ 20 ans aux Etats-Unis et a dirigé le plus grand cabinet d'avocats d'affaire au monde ! Chapeau l'artiste... Voilà pour le curriculum officiel, c'est propre, c'est net, et sans bavure... pour le curry-culum officieux, par contre, c'est un poil plus épicé...

christine lagarde

Juillet 2007. Au perchoir de l'Assemblée Nationale, elle récite son discours : « Que de détours pour dire une chose au fond si simple : il faut que le travail paye. Mais c’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant. Retroussons nos manches. » Allez, jouons le jeu ! De toute façon, je ne mets jamais que des tee-shirts pour travailler... et en plus je pense très peu, en général...

4 novembre 2007. Le pouvoir d'achat stagnant et le prix de l'essence à la pompe n'en finissant pas de grimper, elle annonce que les français devraient dorénavant se mettre au vélo. Un peu comme un médecin à qui on explique que son bras droit ne fonctionne plus et qui vous répondrait « pas de problème, utilisez votre bras gauche. Ca fera 22 euros Monsieur... »

Mi-novembre 2007. Christine Lagarde est classée bonne dernière des 12 ministres de l'Economie européens évalués par le Financial Times.

9 décembre 2007. Christine Lagarde estime à la valeur d'un treizième mois le gain apporté aux français par la nouvelle loi sur le pouvoir d'achat, ce qui fera bien rire Jean-Jacques Bourdin...

5 janvier 2008. Elle balance en direct au JT du soir de France 2, le plus naturellement du monde, que l'inflation en 2007 sera de 1,5%. Le matin même d'ailleurs, elle avait annoncé sur France-Info que l'inflation en 2007 serait "malheureusement" supérieure à 2%. Or, le journal officiel du 15 décembre 2007 est formel. L'inflation calculée entre Novembre 2006 et Novembre 2007 est de 2,4% ! Il s'agit pourtant d'une simple division Madame Lagarde ! Tout dê même ! Ce qui est le plus hallucinant, c'est qu'aucun des journaux économiques n'ait réagi. Pas plus que la presse écrite, enfin à ma connaissance... Juste Rue89. Merci ! Notons au passage que la prévision de cet indice pour 2007 était de 1,3%. Notons aussi que la loi de finances 2008 est basée sur un prix du baril de brut de 73$, alors qu'il est déjà à 100$. Notons enfin que la loi de finances 2008 est basée sur un euro à 1,37$, alors qu'il est déjà à 1,47$.

Mais un scoop de dernière minute de notre envoyé très spécial à Bercy nous informe que les services des statistiques du ministère de l'Economie et de l'Insee ont fusionné, pour des raisons de réductions des coûts bien évidemment, avec le service des prévisions de Météo France... Jean-Jacques Bourdin n'a pas fini de rire.

Article original : Les mots ont un sens

10/09/2008

Manipulations du cours de l'or

Depuis maintenant plusieurs années, un certain nombre de personnes dans l'arène financière allèguent qu'il existe une conspiration active dont le but est d'étouffer le prix de l'or. Certains voient cela comme une affaire sinistre se tramant en coulisses. D'autres prétendent que c'est simplement la manière dont marche le monde et que cela se passe au grand jour, si seulement on sait où regarder.

Parmi ces derniers, il y a le Gold Anti-Trust Action Committee (GATA), source d'une grande partie de ce qui a déjà été écrit sur le sujet au cours des dernières années. Afin de mieux comprendre leur point de vue, nous avons envoyé Doug Hornig interviewer Chris Powell, cofondateur, secrétaire et trésorier du GATA.

Doug Casey



Le GATA, nous dit Chris, s'intéresse à la politique publique de truquage, ou de « régulation », si vous préférez être poli, des marchés des changes et plus particulièrement de l'or, par les banques centrales.

« Et nous n'avons pas besoin de spéculer quant à ce qu'ils font, car ils l'ont déjà confessé de plusieurs manières. Bien sûr, ils ne l’ont pas clairement expliqué aux gens. Ils ne font pas le tour des médias pour leur demander de comprendre ce qu’ils font. Mais si vous êtes assez attentifs, vous pourrez trouver ces confessions un peu partout. »

Nous avons demandé à Chris de définir précisément qui ils sont.

« Les banques centrales et leurs agents, les banques d'affaires, nous a-t-il répondu. « Les banques centrales comprennent la Banque Centrale Européenne (BCE) ainsi que celles de presque tous les pays européens, dont l'Angleterre, ainsi que la Réserve Fédérale et le ministère des Finances des États-Unis. En fait, ce sont tous les grands possesseurs d'or occidentaux. Chacun communique directement avec l’autre, ainsi que par l'intermédiaire de la BIS, la Bank for International Settlements (qui fait par ailleurs l'objet d'un article, La banque la plus puissante dont vous n'ayez jamais entendu parler, dans le numéro du 7 mars 2006 de What We Now Know). »

Le monde des mouvements monétaires internationaux peut parfois être déroutant, même pour ceux d'entre nous qui le suivent régulièrement, nous nous sommes donc demandés également ce que sont les banques d'affaires. Chris nous a expliqué qu'elles peuvent effectivement être des banques d'affaires, mais que leur définition est en réalité plus large.

« Une banque d'affaires est n'importe quelle maison d'investissement qui travaille dans le marché de l'or, vend, achète, emprunte ou prête de l'or. Elle n'a pas besoin d'être une « vraie banque ». Cela peut être une grande société de courtage telle que Goldman Sachs. »

Cela a entraîné la question de savoir qui manipule le marché, ce qui a soulevé plus de questions que de réponses : Que font-ils ? Comment le font-ils ? Et pourquoi le font-ils ? Chris a d'abord répondu à la première.

« Il existe parmi les banques centrales un plan de régulation du marché des changes, coordonné dans une certaine mesure par la BIS, dans laquelle toutes les banques centrales sont représentées. Ces dernières l'ont parfaitement reconnu.

« Je me suis penché sur le sujet pour la première fois aux alentours de 1998, lorsque j'ai commencé à lire les écrits de Bill Murphy (trader de contrats à terme, et cofondateur du GATA). Il tempêtait contre ce qu'il voyait de collusion pour étouffer le prix de l'or et de l'argent, laquelle semblait impliquer toujours les mêmes suspects, Goldman Sachs, Morgan Chase, Citibank et d'autres institutions de ce genre. Après qu'il ait continué ainsi pendant quelques mois, je lui ai envoyé un e-mail en lui disant qu'il semblait exister beaucoup de preuves indirectes pour étayer sa thèse, mais que si cette dernière était vérifiée, elle violerait la loi antitrust américaine, le Sherman Act, le Clayton Act, ainsi que d'autres.

« Ces lois interdisent toute collusion afin d’interférer avec le prix de n'importe quel bien en libre-échange. C'est exactement ce que font les banques avec l'or. »

Chris et Bill ont créé le GATA afin d'essayer de faire prendre conscience aux gens de ce qui se passait, et s’ils le pouvaient, de pousser les organismes de contrôle du gouvernement à faire quelque chose. Une tâche difficile, étant donné que le ministère des Finances était complètement absorbé par toute l'affaire.

Lorsque les deux hommes se mirent au travail et commencèrent à publier sur Internet, d'autres personnes qui s'étaient intéressées au sujet se firent connaître et contribuèrent au GATA de leurs propres preuves et recherches.

« Il est embarrassant d'admettre », déclare Chris, « qu'il nous a fallu quelques années pour comprendre que les banques d'affaires servent simplement de façade aux banques centrales, en leur fournissant une couverture dans le marché de l'or. Ce dont nous nous plaignions était effectivement vrai, mais ce n'était pas une violation ordinaire de la loi antitrust ; tout simplement, des entités en théorie privées prêtaient une couverture aux politiques internationales des banques centrales et des ministères des Finances. » En d'autres termes, les banques centrales décident du prix de l'or, et les banques d'affaires exécutent les souhaits des banques centrales.

Le GATA pense que la couverture sous laquelle les banques centrales agissent a été si totalement dévoilée qu’on ne peut manquer de le remarquer, à moins de fermer volontairement les yeux. Et il se sert de ce qui a été dit publiquement pour soutenir sa thèse.

Par exemple, certains mots clés ont été prononcés par l'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, lorsqu'il est apparu devant le Congrès en juillet 1998. Greenspan expliquait pourquoi la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) ne devait pas s'occuper de la réglementation des produits dérivés échangés sur le marché de gré à gré.

Greenspan argumentait qu’ « il n'y a aucune raison de croire que les swaps d'actions ou les produits dérivés de crédits peuvent influencer davantage le prix des actifs sous-jacents que ne le fait le trading conventionnel de valeurs. »

On pourrait penser Greenspan coupable d'une surprenante naïveté, ou peut-être de quelque chose un peu plus sinistre, mais nous en reparlerons un autre jour. Ce qui est important de noter ici, c'est que l'or, en plus d'être une monnaie fondamentale, est également une matière première, et en tant que telle, il est de la responsabilité de la CFTC de surveiller le marché de l'or.

Il a écarté la nécessité pour la CFTC de réguler les produits dérivés de l'or, expliquant au Congrès qu'il n'y avait rien à craindre, car « les banques centrales se tiennent prêtes à louer des quantités plus importantes d'or au cas où son prix augmenterait. »

Oups. Je parie qu'il regrette que cela lui ait échappé. Comme Chris le fait remarquer, « Greenspan était en train d'expliquer au Congrès que le but du leasing de l'or n'était pas ce que les banques centrales avaient dit au monde entier, à savoir gagner un peu d'argent sur un actif mort. Le vrai but du leasing de l'or était d'en étouffer le prix. Ses remarques se trouvent toujours sur le site Internet de la Réserve Fédérale. » (C'est le cas, nous avons vérifié).

Il existe d'autres confirmations du plan de truquage des prix par les banques centrales, par exemple, l'aveu plutôt évident de William R. White, président du département monétaire et économique de la BIS. Fin juin 2005, White a ouvert la quatrième conférence annuelle de la BIS sur le thème « Passé et Avenir de la Coopération entre les Banques Centrales », une élite réunissant « les banques centrales et les intellectuels ». Parmi ces derniers, se trouvaient « des économistes et historiens de l'économie », ainsi que pour la première fois, « des experts en politique intéressés par les processus politiques et autres, ainsi que par le développement d'institutions visant à supporter de tels processus. »

Le discours de White énumérait cinq « objectifs intermédiaires de la coopération entre les banques centrales ». Le cinquième et dernier de ces objectifs consistait à « fournir des crédits internationaux et des efforts conjoints afin d'influencer les prix des actifs (plus particulièrement ceux de l'or et des échanges internationaux) lorsque les circonstances les feront juger utiles. » (Les italiques sont de nous.)

Utiles à qui ? En tout cas, probablement pas à l'investisseur moyen.

Ensuite, il y a l'accord de Washington, signé en septembre 1999 par les représentants de la BCE et des banques centrales d'Autriche, de Belgique, de Finlande, de France, d’Allemagne, d'Irlande, d’Italie, du Luxembourg, des Pays-Bas, du Portugal, de l’Espagne, de la Suède, de la Suisse et de l'Angleterre, accord expliquant comment les banques coopèreraient à la régulation du marché de l'or. (L'accord a été annoncé aux États-Unis, et bien que ces derniers ne soient pas signataires, on peut considérer qu'à défaut d'y participer directement, ils le soutiennent). En outre, l'accord définit une limite à la quantité totale d'or pouvant être vendue chaque année par l'ensemble des banques.

La prétendue raison de l'accord de Washington était de contrôler la quantité d’or vendue par les banques centrales, afin de maintenir un prix élevé et de protéger la valeur des réserves d'or de ces banques. Cela fait sens. De plus, il servirait de mécanisme d'autocontrôle pour les signataires, dans le cas où l'un d'entre eux serait tenté d'en vendre trop.

Mais Chris n'y croit pas.

« Je pense que les raisons qu'ils ont données étaient très fourbes », dit-il, « et qu'elles étaient en fait le contraire de ce pourquoi cet accord a été conclu. Ils ont dit qu'ils allaient réguler le marché de l'or en coordonnant leurs ventes et leur leasing afin de soutenir son prix. En réalité, je pense qu'ils voulaient contrôler le prix de l'or, s'assurer que ce contrôle de leur échappe pas, protéger leurs agents, les banques d'affaires, et les positions courtes dans l'or que ces banques ont prises sur l'ordre des banques centrales. »

En d'autres termes, ils voulaient maintenir le prix de l’or plus bas que ce qu'il ne devrait être.


Chris voit cet accord comme un écran de fumée, une manière de tromper tout le monde, excepté les initiés, quant à ce qui se passe réellement. Il permet aux banques centrales de dire qu'elles prennent l'initiative de limiter les ventes d'or, ce qui est vrai en ce qui concerne l'or physique. Mais tandis qu'elles font cela d'un côté, elles font monter le prix de l'action dans les marchés dérivés (les ventes à terme, les options, les swaps et les ventes à découvert), maintenant ainsi le prix de l'or artificiellement bas.

Cet argument est appuyé par les statistiques de la BIS, qui montrent que les transactions des dérivés de l'or sont passées de 234 à 354 milliards de dollars au cours du premier semestre 2006, un record. Cependant, la progression a été très irrégulière. Pour toute l'année 2005, l'activité des dérivés a en réalité chuté. Ainsi, il est difficile de tirer une conclusion définitive.

Néanmoins, l'argument selon lequel les banques centrales ont travaillé dur afin d'étouffer le prix de l'or est recevable. Afin de comprendre pourquoi les banques feraient une telle chose, au lieu d'agir pour ce qui, de l'extérieur, semblerait servir leurs intérêts, il faut comprendre ce qui se passait en coulisses pendant le long marché baissier de l'or.

Chris explique : « Je suis convaincu que l'objet du plan d'étouffement du prix de l'or n'était en réalité pas l'or lui-même. L'or n'était que la partie visible de l'iceberg. L'objectif était de booster le marché obligataire du gouvernement, de maintenir les taux d'intérêt à un bas niveau et de donner l'illusion d'un dollar fort ».

Afin d'accomplir cela, il fallait que les banques centrales incitent les banques d'affaires à coopérer, ce qu'elles ont fait.

« En vendant l'or à découvert », nous explique Chris, « les banques d'affaires ont trompé le monde quant au niveau d'inflation et d'augmentation de la masse monétaire, et au fond, elles ont vendu l'or à découvert afin d'acheter des obligations au gouvernement américain et d'empocher la différence. Si vous êtes certain que le prix de l'or est en train de baisser, vous le vendez à découvert et utilisez les recettes pour acheter des obligations du gouvernement. Vous obtenez 5 % sur les obligations du gouvernement, et le prix de l'or perd 5 % par an, ce qui vous permet de clore profitablement le découvert, et d’effectuer une transaction sans risques. Vous obtenez 10 %, tant que les banques centrales veulent bien vous soutenir en vendant plus d'or afin de continuer à faire descendre son prix. Et je pense que tout le monde se satisfaisait de cela. Les institutions financières, recrutées en tant qu'agents des banques, étaient satisfaites de leurs profits faciles. Le ministère des Finances était satisfait parce que cela boostait le prix des obligations et maintenait les taux d'intérêt à un niveau bas. Et le monde entier était trompé quant à l’augmentation massive de la masse monétaire. Ça a marché pendant un temps, jusqu'à ce qu’ils ne commencent à s'inquiéter de la diminution de leurs réserves d'or. »

Les réserves diminuent-elles vraiment ? , avons-nous demandé.

« C'est la question à 10 milliards », nous répond Chris. « Le problème, c'est que Fort Knox n'a pas été audité depuis le gouvernement Eisenhower. Aujourd'hui, les banques centrales prétendent posséder plus de 30 000 t d'or dans leurs coffres, mais nos recherches ont trouvé beaucoup de double comptage, et en fait, il y a quelques mois de cela, le FMI lui-même a publié un papier qui admettait que les règles autorisaient les banques membres à procéder au double comptage de l'or. »

Par double comptage, nous avons supposé qu'il voulait dire que ces banques comptaient à la fois l'or physique et l'or en leasing. « C'est correct », répond-il, et il ajoute en plaisantant que « la distribution réelle des réserves d'or dans les banques centrales occidentales est un secret mieux gardé que les plans de construction de l'arme nucléaire, que l'on peut aujourd’hui trouver sur Internet. Vous ne saurez jamais exactement où se trouve tout l'or et qui le possède réellement. »

La question de savoir qui possède l'or est très importante, et elle brouille réellement les cartes. A cause des swaps d’or, il est difficile de savoir qui possède quoi et où. Nous avons demandé à Chris de nous expliquer ce qu'est un swap.

« C'est tout simplement un échange. Imaginons que la Bundesbank et le ministère des Finances américain sont au téléphone. Le ministère des Finances américain dit à la Bundesbank : « écoutez, le prix de l'or est un petit peu haut, nous aimerions en vendre 20 t au cours du mois prochain afin de le faire baisser, ou au moins d'en mettre 20 t en leasing. Pourriez-vous le faire de chez vous pour que nos traces n'apparaissent pas dans la transaction ? En retour, nous en mettrons 20 t à votre nom dans le dépôt de West Point ». La Bundesbank répond : « Aucun problème ». Ils se débarrassent de 20 t en Europe via la London Bullion Market Association, et ils reçoivent un message du ministère des Finances américain qui dit : « Très bien, vous avez maintenant ces lingots à votre nom dans le coffre de West Point ». Et il est à espérer pour la Bundesbank que les lingots sont numérotés et qu'elle pourra venir les voir de temps en temps. »

Nous avons répondu que tout cela avait l'air très alambiqué. Ça a l'air difficile à coordonner.

« Pas vraiment », répond Chris. « Les banques centrales se parlent constamment, elles sont toutes membres de la BIS, qui compile des données très complètes sur les réserves d'or ainsi que sur les produits dérivés et le leasing.

Elles ont vraiment besoin de communiquer, car elles ont besoin de savoir à qui appartient l'or qui tombe aujourd'hui dans le gouffre des contrats à terme. Et la plus grande partie de l'or des banques centrales occidentales, ou en tout cas une grande quantité, est conservée par des trusts américains, que ce soit à Fort Knox, dans le sous-sol du ministère des Finances à New York, ou dans un coffre à West Point.

« D'ailleurs, l'or de West Point a été discrètement reclassifié il y a quelques années, passant de « réserve de lingots d'or » à « réserve de lingots d'or de garde ». Aucune raison n'a été donnée par l'Hôtel de la Monnaie, aucune indication quant à l'identité du possesseur de l'or dont nous avions la garde. Ensuite, en juillet 2001, l'Hôtel de la Monnaie a renommé 94 % des réserves d'or américaines en « stockage profond ». Allez savoir pourquoi ».

En repensant à tout ça, il nous semble que le ministère des Finances, la Fed et les banques centrales européennes adoptaient une attitude très dangereuse. Chris est d'accord et déclare qu’en réalité, le château de cartes s'est presque écroulé lorsque l'or a connu un pic à la fin de l'année 1999, à la suite de l'accord de Washington, et a engendré une courte bousculade.

Avec l'effondrement de Long Term Capital Management encore frais dans la mémoire des gens (il s'était produit seulement un an plus tôt), les banques centrales craignaient que la bousculade de l'or ne soit encore pire, faisant s'effondrer plusieurs des grandes maisons de trading et provoquant peut-être également un effet domino.

Selon les mots de Frank Veneroso, ancien consultant de la banque mondiale, c'était une « crise explosive des dérivés de l'or», et « le secteur public est intervenu pour la désamorcer ».

Et cette intervention fonctionna. L'or redescendit sous la barre des 300 $ et y resta pendant deux ans. Les traders purent relâcher leurs positions courtes sans subir des pertes trop importantes. Bien sûr, depuis lors, une augmentation constante de la demande a fait grimper le prix de l'or toujours plus haut. Le truquage du marché s'est révélé incapable de l'étouffer, mais a tout de même réussi à empêcher le métal d'atteindre son vrai point d'équilibre, selon Chris. Il pense qu’un jour, la situation va finir par basculer. Et à quoi cela ressemblera-t-il ?

“Je ne veux pas faire de prédiction quant à ce qui se passera, ni quand », dit-il. « Mais ce que je pense, c'est qu'un de ces jours, nous nous réveillerons et découvrirons que les banques centrales occidentales se sont rencontrées, peut-être aussi quelques banques centrales asiatiques, et qu'il y aura de nouveaux arrangements monétaires. Peut-être au nom de l'aide aux pays pauvres, les banques centrales vont acheter l'or à 1500 $ l'once ou quelque chose comme ça. Cela se produira probablement pendant la nuit, car je ne pense pas que les banques centrales puissent résister à la fuite régulière des monnaies papier vers les métaux-monnaie. S'ils le font pendant la nuit, tout le monde sera coincé dans le système fiduciaire, et on ne pourra pas y échapper. Soit vous aurez déjà votre or et votre argent, soit vous ne l'aurez pas, et il n'y aura aucune incitation à sortir du système des banques centrales. »

Cela résonna à nos oreilles comme une dévaluation soudaine et massive du dollar.

« Oui », dit Chris, « je m'attends à ça. En fait, c'est de cela dont il est question dans l'accord Plaza, conclu sous Reagan dans les années 80. C'était une dévaluation du dollar. Ils ne vous disent pas que ces choses vont arriver, ils vous disent qu'elles sont déjà arrivées. »

Comme jusqu'à maintenant, nous avions parlé des banques centrales et de la branche exécutive du gouvernement fédéral, nous lui avons demandé si le Congrès lui aussi est au courant de l’affaire.

« Les dirigeants du Congrès, oui », répond Chris. « Nous le leur avons dit. Un ami d'un ami a obtenu au GATA un entretien privé avec Dennis Hastert, président de la Chambre des représentants. La délégation du GATA a rencontré Hastert dans son bureau du Capitole le 10 mai 2000, et nous lui avons tout exposé, ainsi qu’à Spencer Bachus, membre du Congrès originaire de l'Alabama, qui a été président de la sous-commission qui avait compétence sur l'or et l'argent. Non que nous nous en ayons vraiment eu besoin ; quelques mois plus tard, j’en ai déduit que cette rencontre nous avait été accordée non parce que le président de la Chambre des représentants voulait entendre ce que nous avions à dire, mais plutôt parce qu'il voulait savoir ce qui fuyait de toute l’affaire, ce que les gens savaient, et à quel point toute la chose était compromise. Je ne peux pas dire exactement comment je sais cela, car cela mettrait mes sources en danger, mais faites-moi confiance, c'est la vérité.

Voyez-vous, en ce moment, le président de la Cour des Comptes des Etats-Unis ne cesse de répéter que nous sommes en faillite et qu'il faut faire quelque chose immédiatement. Donc, tout le monde au gouvernement sait ce qui se passe. Comme je l'ai dit tout à l'heure, je ne veux pas que le monde entier considère le GATA comme des paranoïaques de la conspiration. Nous voulons juste montrer les preuves qui circulent publiquement, demander aux gens d'approfondir la question et d'en tirer leurs conclusions. Nous essayons juste d'attirer l'attention sur les aveux qui ont déjà été faits. Et de faire en sorte que les gens regardent ces aveux sous une nouvelle lumière. Ou sous n'importe quelle lumière, en ce qui me concerne. »

Un homme averti en vaut deux. Ou comme dit Chris, soit vous avez votre or et votre argent, soit vous ne l'avez pas.

 

Article original : CaseyResearch

08/09/2008

Bercy ou la lancinante mythomanie

16 mai 2008 :

"Nos prévisions officielles de croissance pour 2008, entre 1,7 et 2%, sont bien confortées", a "jubilé" la ministre de l'Economie, Christine Lagarde.

Source : France 24

27 juin 2008 :

Vendredi, la ministre de l'Economie a déclaré que le gouvernement tablait toujours sur une croissance comprise entre 1,7 et 2% pour 2008. Cette annonce survient en pleine polémique entre le gouvernement et l'Insee. En effet, celui-ci a annoncé, la semaine dernière, ne prévoir qu'une croissance de 1,6% pour l'ensemble de l'année, alors que le gouvernement table sur un chiffre compris entre 1,7% et 2%. François Fillon avait donc jugé les prévisions de l'Insee "extrêmement pessimistes"...

Source : Challenge

15 juillet 2008 :

La ministre de l'Economie Christine Lagarde maintient sa prévision d'une croissance d'environ 1,7% de l'économie française en 2008 alors que la Banque de France n'attend pas mieux que 0,2% au deuxième trimestre...Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis, prédit même une croissance qui tournerait autour de 1% seulement pour les deux prochaines années. Christine Lagarde réfute ce pessimisme.

Source : Nouvel Observateur

7 septembre 2008 :

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a estimé dimanche que la croissance française s'établirait "sans doute autour de 1%" en 2008

Source : Le Point

 

Note de P&P : Christine Lagarde fait partie du gouvernement de Nicolas Sarkozy où elle joue le rôle de ministre de l'Economie.

En 2008 la rémunération officielle de Christine Lagarde était de 13 905,82 € (soit 13,4 SMIG) auxquels il faut ajouter les avantages suivants :

- Accès gratuit au réseau SNCF (1ère classe)
- Quotas de déplacements aériens
- Mise à disposition d'un parc automobile
- Dépenses téléphoniques et courrier
- Voiture de fonction et chauffeur
- Logement de fonction ou prise en charge par l'Etat d'un logement d'une superficie maximale de 80 m² plus 20 m² par enfant à charge...

29/01/2008

La thèse du coupable fou, subalterne et isolé

ecdf2fbf819f7d34fbc664a339650e59.jpgIl se révait en «trader d'exception», doué d'un «feeling des marchés» qu'il brûlait de voir reconnu par son employeur. Comme nous l'écrivions lundi, Jérôme Kerviel, 31ans, a été présenté hier en début d'après-midi à deux magistrats du pôle financier. En début de soirée, il a été mis en examen pour «abus de confiance» et laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Les juges n'ont pas retenu les chefs de mise en examen «d'abus de confiance aggravé» et de «tentative d'escroquerie» requis par le parquet.

Note de P&P : Manifestement le parquet n’a pas « chargé » Jérôme Kerviel comme le procureur l’aurait souhaité, cette décision sera gênante pour défendre avec un minimum de crédibilité la thèse du bouc émissaire, du trader fou, subalterne et isolé.

 

Ce dernier qui avait pourtant requis le placement en détention provisoire, va faire appel de la décision de mise en liberté.

Note de P&P : Ce détail est intéressant. Nous apprenons donc que Jérôme Kerviel a demandé à être placé en détention provisoire. Si vous étiez mis en examen, demanderiez-vous une détention provisoire plutôt qu’une mise en liberté ? Probablement non, à moins peut-être que vous ne sachiez qu’en restant dehors vous pourriez être l’objet de « pressions ».

 

Tout au long du week-end, le trader de la Société générale a retracé devant les enquêteurs de la brigade financière le scénario de sa lente dérive initiée, semble-t-il, dès la fin 2005. «C'est à cette époque, explique le procureur de la République, Jean-Claude Marin, que Jérôme Kerviel a peu à peu commencé à prendre des positions de pure spéculation, ce qui a généré un certain nombre d'opérations profitables pour son employeur.» De la sorte, l'homme, qui semble avoir souffert d'être cantonné pendant plusieurs années à des fonctions jugées peu valorisantes, souhaitait apparemment démontrer sa capacité à «sentir le marché».

Note de P&P : Au-delà des brillantes assertions psychologiques développées par le procureur il serait intéressant que des preuves tangibles soient produites.

Il eut également été appréciable que la présomption d’innocence soit respectée. Avez-vous remarqué comment avant tout procès, avant toute enquête le complexe politico-médiatico-juridique désigne ses propres coupables ?

Lynchage médiatique, diffusion d'informations personnelles concernant l'intéressé, inquisition collective menée par les politiques. Tout cela nous rappelle les heures les plus glorieuses de la grande aventure humaine.

Dans l’affaire de Villiers Le Bel aussi, le procureur connaissait les coupables, les circonstances des décès, les mobiles avant tout enquête ou procès.

 

Le trader, dont le salaire annuel ne dépasse pas 100 000 euros, espérait d'ailleurs percevoir une prime de 300 000 euros au titre des positions prises en 2007. «Son but était manifestement de faire une sorte de démonstration, et non de spolier la banque», relève Jean-Claude Marin.

Note de P&P : Il serait intéressant que le Figaro cite les déclarations où Jérôme Kerviel révèle cet objectif de faire une démonstration. Ou bien s’agit-il seulement des interprétations de la psychologie de Jérôme Kerviel proposée par le procureur ?

 

Mots de passe informatiques

Interrogé par les policiers sur le détail des opérations financières litigieuses, Jérôme Kerviel a admis avoir dépassé les autorisations qui lui avaient été accordées par la Société générale et accompli «un certain nombre d'actes et de faits pour dissimuler des prises de position aventureuses sur les marchés» . En pratique, il aurait notamment emprunté les mots de passe informatiques de certains collègues et créé de faux mails confirmant des opérations fictives. Lorsque, à plusieurs reprises, des alertes ont été lancées par les services comptables, le «middle-office» ou le «service risques» de la banque, il reconnaît aussi avoir fourni des justificatifs mensongers pour éviter d'être démasqué. Interrogé en novembre 2007 sur d'importantes positions prises sur le marché Eurex, il aurait ainsi produit un échéancier fictif dans l'espoir de convaincre ses employeurs que celles-ci seraient bientôt «couvertes» par d'autres opérations.

Pour sa défense, Jérôme Kerviel indique aujourd'hui avoir bénéficié d'«une certaine tolérance» de la part de sa hiérarchie, liée selon lui au bénéfice que la Société générale comptait tirer de son activité.

Note de P&P : Si je comprends bien lorsque les traders prennent des risques et que ça marche la Société Générale encaisse avec plaisir les profits générés, si les spéculations génèrent potentiellement des pertes alors elle se retourne contre ses opérateurs et les jette en pâture aux médias, aux politiques et aux procureurs.

 

D'ailleurs, a-t-il assuré aux policiers, le dépassement par certains traders des autorisations qui leur sont assignées ne constituerait pas un phénomène exceptionnel.

Note de P&P : Si ces pratiques sont généralisées alors la responsabilité ne repose pas sur les épaules d’un des traders mais bien sur ceux qui définissent la politique d’investissement de la banque c'est-à-dire les administrateurs.

 

Par ailleurs, le financier souligne que ses opérations clandestines affichaient au 31 décembre 2007 un solde positif de 1,4 milliard d'euros, tandis que le gain enregistré au titre des opérations «classiques» était de 55 millions d'euros.

Dépassé par les événements

Début 2008, c'est en pensant anticiper sur un retournement du marché, alors extrêmement bas, que Jérôme Kerviel aurait engagé les importantes opérations mises au jour le week-end dernier. «Considérablement dépassé par les événements» , selon un magistrat, il peinerait aujourd'hui à cerner précisément son degré de responsabilité. Aux policiers, il a certes concédé: «J'ai explosé ma ligne de crédit.» Cependant, il souligne que la banque ne perdait pas d'argent vendredi 25 janvier en milieu de journée et estime qu'en prenant plus de temps pour solder ses positions, la Société générale aurait vraisemblablement limité le montant de ses pertes.

Note de P&P : Mais si la Société Générale avait soldé proprement des positions qui étaient encore bénéficiaires le 25 janvier alors elle ne disposait plus du bouc-émissaire sur qui faire reposer la responsabilité de l’immense désastre financier dont seulement une fraction a été révélée à ce jour.

 

 «Cependant , nuance le procureur de la République, la banque était en risque de perdre de l'argent. Elle n'était certes pas obligée de vendre, mais une telle position spéculative sur les marchés ne pouvait qu'accroître la perte au-delà des cinq milliards et donc, stratégiquement, il était insensé de rester en position de risque sur un tel montant.»

Note de P&P : En parlant de pertes, le procureur devrait peut-être se pencher sur les 1300 milliards de créances doutes détenues par le système bancaire et sur leur incorporation (titrisation) dans une multitude de « produits financiers dérivés ». A ce sujet, la Société Générale est un des leaders mondiaux des produits action dérivés

Depuis des années les dirigeants bancaires, aux plus hauts niveaux, ont imposé des politiques d’investissement totalement suicidaires. 

Ces choix délibérés visant à enrichir encore plus une petite minorité, sont en train de mettre l’économie mondiale à genoux et de déclencher l’une des plus grandes crises que nous n’ayons jamais connue. 

Jérôme Kerviel est un épiphénomène, un bouc émissaire, une marionnette. Daniel Bouton est un fusible de plus et la Société Générale est l'arbre qui cache la forêt bancaire en feu.

Le cataclysme vers lequel nous avançons à grand pas est le fruit d’une politique menée par les plus grands dirigeants de la finance et eux ne seront jamais inquiétés.

 

Estimant que de nombreux volets de cette affaire restent à explorer, qui portent notamment sur le fonctionnement des systèmes de contrôles internes à la Société générale , Jean-Claude Marin a ouvert hier une information judiciaire dont il a saisi les juges du pôle financier Françoise Desset et Renaud Van Ruymbeke. En position délicate depuis qu'il est visé par des poursuites disciplinaires en marge de l'affaire Clearstream, ce dernier, magistrat emblématique de la lutte contre la corruption, aujourd'hui âgé de 55 ans, revient ainsi sur le devant de la scène judiciaire.
Note de P&P : Il est intéressant que Clearstream soit mentionné dans le cadre de cette affaire. Si vous vous souvenez bien, selon la thèse officielle l’intégralité de l’affaire Clearstream était le fruit des errements d’Imad Lahoud un informaticien fou, subalterne et isolé.

Si le fusible Kerviel ne suffit, c’est le fusible qui se trouve au niveau supérieur qui sautera. Dans ce cas il s’agit du PDG Daniel Bouton, comme Jean-Louis Gergorin vice-président d’EADS avait été sacrifié à l’époque de l’affaire Clearstream.

Avez-vous remarqué comment les aliénés subalternes isolés ont façonné l’histoire ? Sirhan Sirhan dans des circonstances dont il ne se souvient pas même sous hypnose a assassiné RFK, Lee Harvey Oswald grâce à sa balle magique a éliminé JFK, Van der Lubbe, pyromane communiste inconnu a mis le feu au Reichtag…

Les grands désastres de l’humanité ne sont jamais le fruit de décisions concertées, collectives et secrètes.

Ah si, au fait, il existe un complot homologué par l’histoire officielle, c'est celui de ce barbu saoudien ex-agent de la CIA qui du fond de sa caverne afghane a organisé avec ses lieutenants, ses pilotes, ses logisticiens, ses financeurs, ses coordinateurs, ses experts en maniement du cutter et en dissimulation de passeports et dans le plus grand secret les attentats du 11 septembre.

Article initial publié par Le Figaro

 

 

 

18/12/2007

La crise financière pour les nuls

e7a0de2313cc02012523d42ff9484efd.jpgNote de P&P : Suite à plusieurs commentaires d’internautes réalisant l’importance de la finance, de la crise à venir et leurs difficulté à comprendre ce domaine complexe, nous allons tenter de décrypter le plus simplement possible un récent communiqué de l’AFP

 

FRANCFORT (AFP) - La Banque centrale européenne a mis mardi un montant massif d'argent pas cher à la disposition des banques de la zone euro

Note de P&P : La Banque centrale européenne (BCE) est l’homologue de la Banque Fédérale (Fed) aux Etats-Unis. Leur mission est simple : 1/: fabriquer des billets, 2/ prêter ces billets à un certain taux d’intérêt qu’elles ont défini.

L’AFP nous dit donc ici que la BCE vient d’imprimer tout plein de billets et qu’elle les a prêtés aux banques d’Europe (comme le Crédit Agricole ou la Caisse d’Epargne) à un taux d’intérêt très faible

 

pour rétablir un semblant d'ordre et de confiance sur les marchés monétaires minés par la crise du "subprime".

Note de P&P : « Le marché monétaire miné par les subprimes » Cela veut dire que les banques (aux USA en particulier) ont prêté énormément d’argent avec très peu de garanties d’être remboursées et qu’elles n’ont plus d’argent (ce qui est un comble pour une banque !)

Le raisonnement des banquiers était : « pour toucher commissions et frais de dossiers,  prêtons à tous ces ménages pour qu’ils achètent des maisons. Ils gagnent peu mais vu le boom du marché immobilier s’ils ne peuvent pas rembourser on vendra leur maison. »

Le problème c’est que le marché immobilier a commencé à baisser et que la vente de la maison ne permet plus de rembourser le prêt.

Par conséquent, les particuliers ne peuvent plus payer, les banques n’encaissent plus les remboursements des prêts qu’elles ont accordés, elles rentrent donc moins d’argent tout en devant en sortir beaucoup (pour payer leurs employés, leurs loyers,…).

Résultat : les banques n’ont plus d’argent ce qui est quand même problématique. Si vous voulez récupérer vos économies, comme votre banque vous paye-t-elle ? Si vous voulez emprunter pour tel ou tel projet comment votre banque vous finance-t-elle ?

Quant aux « subprimes » c’est un terme de jargon supplémentaire pour parler de ces prêts qui n’auraient jamais du être acceptés, qui ne seront probablement jamais remboursés et qui suite à la folie des grandeurs des banquiers ont été mélangés et ont contaminé d’autres produits financiers.

La BCE avait promis la veille aux établissements un montant illimité de liquidités, et ces derniers ne s'en sont pas privés: 348,6 milliards d'euros à un taux de 4,21% -inférieur aux niveaux pratiqués actuellement sur le marché monétaire- ont été prêtés (alloués) mardi, a annoncé l'institut de Francfort.

Note de P&P : vous avez bien lu « montant illimité de liquidités » c'est-à-dire que les banques d’Europe peuvent emprunter autant de billets qu’elles veulent au taux très bas de 4,21%.

 

La Banque centrale réalise toutes les semaines une opération de refinancement pour les banques de la zone euro, destinée à les approvisionner en liquidités pour remplir leurs réserves minimum.

Note de P&P : Tentative de contrôle des dommages : rien de grave, de telles opérations sont effectuées toutes les semaines. L’AFP omet soigneusement de préciser que ce n’est pas toutes les semaines que des montants aussi pharaoniques, sans plafond et à des taux aussi bas sont débloqués.

 

Elles sont obligées de mettre cet argent de côté -qui n'est ni investi, ni prêté- et disposent ainsi d'un coussin de sécurité en cas de crise majeure, ce qui contribue à la stabilité du système bancaire de la zone euro.

Note de P&P  : En cas de crise majeure…et si nous étions déjà entrés dans cette crise majeure ? Une chute de 60% du dollar par rapport à l’euro, une baisse de 30% du marché immobilier US, une inflation record aux US depuis les trente dernières années, ça commence à faire pas mal d’indicateurs dans le rouge, non ?

 

La BCE a évalué le montant nécessaire pour remplir les réserves à 180,5 milliards, mais a alloué quelque 168 milliards de plus. Un montant massif, qui intervient seulement quelques jours après l'annonce d'une vaste action concertée de soutien aux marchés impliquant, outre la BCE, la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre et la Banque

Note de P&P  : L’AFP semble mal renseignée. A ce jour le montant des prêts « douteux » (c'est-à-dire qui ne seront probablement jamais remboursés) s’élève à plus de 1000 milliards de dollars et à ce jour les banques ont seulement effacé 100 milliards de dollars de créances douteuses (c'est-à-dire qu’elles ont fait passer en perte 100 milliards de remboursement de prêts qu’elles comptaient initialement encaisser).

L’intégration de 10% de ces prêts douteux a déjà entraîné la suppression de centaines de milliers d’emplois, la création de centaines de milliards de dollars et d’euros, la baisse des taux d’intérêts et l’augmentation de l’inflation. Je vous laisse imaginer ce qu’il en sera lorsque les banques auront annulé les 90% de créances douteuses restantes.

 

De quoi se poser des questions sur la santé des banques, que la BCE estime peut-être plus mauvaises que redouté.

Pour Jonathan Loynes de Capital Economics, cela "fait monter les inquiétudes sur le fait que les choses vont particulièrement mal dans la zone euro". "Nous avons le sentiment que l'exposition" des banques européennes à la crise du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis est "significative", ajoute-t-il.

"C'est simplement une question d'aider les banques sur cette période de fin d'année qui est toujours tendue, mais cette année particulièrement", précise à l'AFP un porte-parole de la BCE.

Les banques bouclent leurs comptes en fin d'année, et veulent présenter à leurs actionnaires le meilleur bilan possible.

Note de P&P : Les banques ressemblent à cet individu qui se jette du 50e étage d’un immeuble. Passant devant le 49e étage, il se dit : « jusque là tout va bien », Passant devant le 48e étage, il se dit : « jusque là tout va bien »…

 

"Le marché monétaire ne fonctionne pas normalement (...) le besoin en liquidités est plus grand qu'habituellement", souligne-t-il.

BCE et économistes espèrent un retour à la normale au début de l'an prochain, quand les établissements de crédits auront publié leurs comptes de l'année écoulée, qui devraient donner une idée précise de l'étendue des dégâts.

Note de P&P : « BCE et économistes espèrent un retour à la normale au début de l'an prochain » allez, risquons nous à une prophétie, au début de l’année 2008 les choses ne seront pas revenues à la normale, la situation aura même empiré, les banques centrales continueront à imprimer plus de billet et les taux d’intérêt continueront à chuter. L’inflation augmentera encore plus et les banques prendront des mesures drastiques (licenciements, dépôts de bilan,…), le dollar perdra encore du terrain par rapport à l’euro ou au pétrole.

 

"Nous avons besoin de plus de transparence", insiste le porte-parole de la BCE.

Car les soubresauts actuels sur le marché sont avant tout liés à l'ignorance. Comme les banques ne savent pas à quel point leurs consoeurs sont affectées par la crise du "subprime", elles rechignent à se prêter entre elles et préfèrent parquer les liquidités qu'elles détiennent. D'où la montée des taux sur le marché monétaire, largement au dessus du taux minimum de la BCE actuellement à 4%, car le crédit se fait plus rare.

Note de P&P : Ce que l’AFP oublie de préciser c’est que ces mesures de sauvetage du secteur bancaire consistant à imprimer des tonnes de billets et à baisser les taux d’intérêts ont déjà des conséquences désastreuses sur la vie économique.

Les raisons en sont compréhensibles :

1/ plus vous imprimez de billets plus la valeur de chacun des billets décroît. Ce qui vous coûtait auparavant un billet (que ce soit du pain, de l’eau ou de l’électricité) vous coûte désormais deux billets. C’est pour cela que le prix des matières premières comme le blé, le pétrole ou l’or explosent (en fait c’est la valeur des monnaies, du dollar en particulier, qui s’écroule)

2/ plus vous baissez les taux d’intérêts plus les ménages et les entreprises empruntent et donc dépensent. Ces dépenses augmentent la demande pour tel ou tel produit et augmente donc son prix. Cette mesure renforce encore l’inflation.

 

La BCE a choisi très tôt, peu après le plongeon des marchés mondiaux en août, d'injecter des liquidités afin de faire comprendre aux banques qu'elles pourront toujours se refinancer à des conditions favorables, et les aider ainsi à retrouver confiance. Jusqu'ici sans succès durable.

Jusqu'à quand va-t-elle continuer? Nous "ne sommes pas en mesure de dire quand" la situation va s'améliorer, reconnaît le porte-parole. Et pour ce qui est des mesures d'aide aux marchés, la BCE ne s'est fixé "aucune limite dans le temps".

Note de P&P : Pour utiliser une analogie, un conducteur (la banque centrale) part de Marseille pour sa destination : Paris (un objectif d’économie saine, croissance forte et inflation maîtrisée), arrivé à Valence le réservoir est en réserve (plus d’argent, inflation en forte augmentation) là le conducteur se dit qu’il faut accélérer pour atteindre le plus rapidement sa destination (imprimer encore plus de billets et réduire encore les taux d’intérêt). Comme vous l’avez compris cette accélération est totalement contre-productive et ne rendra la panne sèche que plus rapide et douloureuse (croissance négative et inflation galopante). Nul doute que certains décideurs dans le monde bancaire ont conscience de cette hérésie. Fort de ce constat nous pouvons conjecturer une crise majeure délibérément orchestrée.