12.10.2009

La fin du dollar


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Donnant une illustration saisissante du nouvel ordre mondial, les pays arabes ont lancé des initiatives secrètes conjointement à la Chine, à la Russie et à la France, qui visent à cesser d’utiliser la monnaie américaine pour le commerce du pétrole.

En septembre, l’Iran a annoncé que ses réserves de devises étrangères seraient, dorénavant, libellées en euros, et non pas en dollars.

Dans ce qui est le plus profond changement financier de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient, les pays arabes du Golfe sont en train de préparer – avec la Chine, la Russie, le Japon et la France – la cessation du recours au dollar pour les transactions pétrolières, au profit d’un panier de devises comportant le yen japonais, le yuan chinois, l’euro, l’or et une nouvelle devise unifiée préparée par les pays membres du Conseil de Coopération du Golfe, qui regroupe notamment l’Arabie saoudite, Abu Dhabi, le Koweït et le Qatar.

Des réunions secrètes ont d’ores et déjà été tenues entre ministres des finances et gouverneurs des banques centrales, en Russie, en Chine, au Japon et au Brésil, afin de travailler à ce projet, qui aura pour effet que le pétrole ne sera désormais plus échangé contre des dollars.

Ces projets, que des sources des milieux bancaires tant du Golfe arabe que chinois de Hong Kong nous ont confirmés, peuvent expliquer pour partie une hausse soudaine des prix de l’or. Mais ils augurent aussi d’une extraordinaire transformation des marchés libellés en dollars, qui sont appelés à disparaître peu à peu au cours des neuf années à venir.

Les Américains, au courant de ces réunions – bien qu’ils n’en aient pas mis au jour les détails – vont certainement lutter contre cette cabale internationale qui inclura dorénavant y compris certains de leurs fidèles alliés, comme le Japon et les pays arabes du Golfe. Dans le contexte de ces négociations monétaires, Sun Bigan, ex-envoyé spécial chinois au Moyen-Orient, a mis en garde contre le risque qu’elles n’approfondissent les divisions entre la Chine et les Etats-Unis, qui sont en concurrence pour l’influence et le pétrole, au Moyen-Orient. « Des querelles et des clashes bilatéraux sont inévitables », a-t-il dit à notre confrère Asia and Africa Review. « Nous ne pouvons en aucun cas baisser la garde à l’encontre de l’hostilité, au Moyen-Orient, autour des enjeux de l’énergie et de la sécurité ».

Cela sonne comme une inquiétante prédiction d’une future guerre économique entre les Etats-Unis et la Chine, pour la conquête du pétrole moyen-oriental – transformant, de surcroît, les conflits endémiques de cette région en une bataille pour la suprématie de la première puissance mondiale. La Chine consomme plus de pétrole que les Etats-Unis, et elle en consomme de plus en plus, sa croissance économique étant moins efficace énergétiquement. La monnaie de transition, dans le mouvement prévu d’abandon du dollar, pourrait fort bien être l’or, laissent entendre certaines sources des milieux bancaires chinois. La richesse d’Abu Dhabi, de l’Arabie saoudite, du Koweït et du Qatar, qui, ensemble, détiennent des réserves estimées à 2,1 milliers de milliards de dollars, donne une idée des sommes gigantesques en cause.

Le déclin de la puissance économique américaine, liée à la récession économique mondiale actuelle, a été implicitement reconnu par le président de la Banque Mondiale, Robert Zoellick : « Un des legs de cette crise sera sans doute la prise de conscience d’un bouleversement total dans les relations entre puissances économiques », a-t-il déclaré, à Istanbul, en prélude à la réunion du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale qui doit s’y tenir, cette semaine. Mais c’est l’extraordinaire puissance financière, totalement inédite, de la Chine – conjointement à l’irritation des pays producteurs et consommateurs de pétrole contre la capacité américaine d’interférer dans le système financier international – qui a motivé les négociations récentes impliquant les pays du Golfe.

Le Brésil a manifesté son intérêt pour une collaboration à des paiements pétroliers en non-dollars, ainsi que l’Inde.

De fait, la Chine apparaît comme la plus enthousiaste de toutes les puissances économiques concernées, et ses énormes échanges commerciaux avec le Moyen-Orient n’y sont pas pour rien… En effet, elle importe 60 % de son pétrole, essentiellement du Moyen-Orient et de Russie. Les Chinois détiennent des concessions pétrolières en Irak – qui étaient restées bloquées par les Etats-Unis jusqu’à cette année – et, depuis 2008, ils mettent en œuvre un accord signé avec l’Iran, pour un montant de 8 milliards de dollars, visant à développer les capacités de raffinage et les ressources gazières de ce pays. Elle a des accords pétroliers avec le Soudan (où elle s’est substituée aux intérêts américains [jolly good ! ndt]) et elle continue à négocier des concessions pétrolières avec la Libye, un pays dans lequel tous les contrats de cette nature ne peuvent qu’être des joint ventures.

De plus, les exportations chinoise vers le Moyen-Orient représentent désormais non moins de 10 % des importations de chacun des pays de cette région, y compris un large éventail de produits allant des automobiles aux systèmes d’armement, en, passant par les produits alimentaires, l’habillement, et même… les poupées ! En une claire indication de la musculature croissante de la Chine, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a plaidé, hier, auprès de Pékin, afin de lui demander de laisser s’apprécier le yuan par rapport à un dollar en dégringolade et, par extension, de relâcher la dépendance de la Chine par rapport à la politique monétaire américaine, afin de contribuer à rééquilibrer l’économie mondiale et d’atténuer les pressions à la hausse sur l’euro.

Depuis les accords de Bretton Woods – ces accords, conclus juste après la fin de la Seconde guerre mondiale, qui définirent l’architecture du système financier international actuel – les partenaires commerciaux de l’Amérique ont eu affaire à l’impact du contrôle de Washington, ainsi, ces dernières années, qu’à l’hégémonie du dollar, en tant que réserve de devises mondiales dominante.

Ainsi, les Chinois sont, par exemple, persuadés que si les Américains ont persuadé la Grande-Bretagne de rester à l’extérieur de l’euro, c’est uniquement afin d’empêcher un mouvement d’abandon du dollar, qui se serait déjà produit, sans cela. Mais nos sources dans les milieux bancaires chinois disent que leurs pourparlers sont d’ores et déjà allés trop loin pour pouvoir être bloqués, désormais. « Les Russes vont finalement mettre le rouble dans la cagnotte des devises (non-dollar) », nous a ainsi déclaré un éminent courtier de Hong Kong. « Les Brits sont coincés au beau milieu du gué, et ils vont devoir adopter l’euro : ils n’ont pas le choix, dès lors qu’ils ne pourront plus utiliser le dollar américain… »

Nos sources des milieux financiers chinois pensent que le Président Barack Obama est trop occupé à soigner l’économie américaine pour se concentrer sur les implications extraordinaires de la transition conduisant à l’abandon total du dollar d’ici neuf ans. La deadline actuelle, pour le parachèvement de la transition monétaire est, en effet, l’année 2018.

Les Etats-Unis ont brièvement évoqué cette tendance lors du sommet du G20 à Pittsburgh ; le gouverneur de la Banque centrale chinoise et d’autres responsables se plaignaient de manière audible du dollar, depuis des années. Leur problème, c’est qu’une part considérable de leur richesse nationale est constituée d’avoirs en dollars…

« Ces projets changeront le visage des transactions financières internationales », a indiqué un banquier chinois. « L’Amérique et la Grande-Bretagne peuvent se faire du mouron : vous saurez à quel point elles sont emmerdées au tonnerre de démentis que cette information ne manquera pas de susciter… »

En septembre, l’Iran avait annoncé que ses réserves de devises étrangères seraient dorénavant en euros, et non plus en dollars. Les banquiers se souviennent, bien évidemment, de ce qui est arrivé au dernier producteur de pétrole du Moyen-Orient à avoir vendu son pétrole en euros, et non en dollars : quelques mois seulement après qu’un certain Saddam Hussein eut annoncé cette décision avec tambour et trompette, les Américains et les British envahissaient l’Irak…

Article original en anglais : The Demise of the Dollar, Robert Fisk, The Independent, le 6 octobre 2009.

Traduction : Marcel Charbonnier pour Mondialisation.ca

18.12.2007

La crise financière pour les nuls

e7a0de2313cc02012523d42ff9484efd.jpgNote de P&P : Suite à plusieurs commentaires d’internautes réalisant l’importance de la finance, de la crise à venir et leurs difficulté à comprendre ce domaine complexe, nous allons tenter de décrypter le plus simplement possible un récent communiqué de l’AFP

 

FRANCFORT (AFP) - La Banque centrale européenne a mis mardi un montant massif d'argent pas cher à la disposition des banques de la zone euro

Note de P&P : La Banque centrale européenne (BCE) est l’homologue de la Banque Fédérale (Fed) aux Etats-Unis. Leur mission est simple : 1/: fabriquer des billets, 2/ prêter ces billets à un certain taux d’intérêt qu’elles ont défini.

L’AFP nous dit donc ici que la BCE vient d’imprimer tout plein de billets et qu’elle les a prêtés aux banques d’Europe (comme le Crédit Agricole ou la Caisse d’Epargne) à un taux d’intérêt très faible

 

pour rétablir un semblant d'ordre et de confiance sur les marchés monétaires minés par la crise du "subprime".

Note de P&P : « Le marché monétaire miné par les subprimes » Cela veut dire que les banques (aux USA en particulier) ont prêté énormément d’argent avec très peu de garanties d’être remboursées et qu’elles n’ont plus d’argent (ce qui est un comble pour une banque !)

Le raisonnement des banquiers était : « pour toucher commissions et frais de dossiers,  prêtons à tous ces ménages pour qu’ils achètent des maisons. Ils gagnent peu mais vu le boom du marché immobilier s’ils ne peuvent pas rembourser on vendra leur maison. »

Le problème c’est que le marché immobilier a commencé à baisser et que la vente de la maison ne permet plus de rembourser le prêt.

Par conséquent, les particuliers ne peuvent plus payer, les banques n’encaissent plus les remboursements des prêts qu’elles ont accordés, elles rentrent donc moins d’argent tout en devant en sortir beaucoup (pour payer leurs employés, leurs loyers,…).

Résultat : les banques n’ont plus d’argent ce qui est quand même problématique. Si vous voulez récupérer vos économies, comme votre banque vous paye-t-elle ? Si vous voulez emprunter pour tel ou tel projet comment votre banque vous finance-t-elle ?

Quant aux « subprimes » c’est un terme de jargon supplémentaire pour parler de ces prêts qui n’auraient jamais du être acceptés, qui ne seront probablement jamais remboursés et qui suite à la folie des grandeurs des banquiers ont été mélangés et ont contaminé d’autres produits financiers.

La BCE avait promis la veille aux établissements un montant illimité de liquidités, et ces derniers ne s'en sont pas privés: 348,6 milliards d'euros à un taux de 4,21% -inférieur aux niveaux pratiqués actuellement sur le marché monétaire- ont été prêtés (alloués) mardi, a annoncé l'institut de Francfort.

Note de P&P : vous avez bien lu « montant illimité de liquidités » c'est-à-dire que les banques d’Europe peuvent emprunter autant de billets qu’elles veulent au taux très bas de 4,21%.

 

La Banque centrale réalise toutes les semaines une opération de refinancement pour les banques de la zone euro, destinée à les approvisionner en liquidités pour remplir leurs réserves minimum.

Note de P&P : Tentative de contrôle des dommages : rien de grave, de telles opérations sont effectuées toutes les semaines. L’AFP omet soigneusement de préciser que ce n’est pas toutes les semaines que des montants aussi pharaoniques, sans plafond et à des taux aussi bas sont débloqués.

 

Elles sont obligées de mettre cet argent de côté -qui n'est ni investi, ni prêté- et disposent ainsi d'un coussin de sécurité en cas de crise majeure, ce qui contribue à la stabilité du système bancaire de la zone euro.

Note de P&P  : En cas de crise majeure…et si nous étions déjà entrés dans cette crise majeure ? Une chute de 60% du dollar par rapport à l’euro, une baisse de 30% du marché immobilier US, une inflation record aux US depuis les trente dernières années, ça commence à faire pas mal d’indicateurs dans le rouge, non ?

 

La BCE a évalué le montant nécessaire pour remplir les réserves à 180,5 milliards, mais a alloué quelque 168 milliards de plus. Un montant massif, qui intervient seulement quelques jours après l'annonce d'une vaste action concertée de soutien aux marchés impliquant, outre la BCE, la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre et la Banque

Note de P&P  : L’AFP semble mal renseignée. A ce jour le montant des prêts « douteux » (c'est-à-dire qui ne seront probablement jamais remboursés) s’élève à plus de 1000 milliards de dollars et à ce jour les banques ont seulement effacé 100 milliards de dollars de créances douteuses (c'est-à-dire qu’elles ont fait passer en perte 100 milliards de remboursement de prêts qu’elles comptaient initialement encaisser).

L’intégration de 10% de ces prêts douteux a déjà entraîné la suppression de centaines de milliers d’emplois, la création de centaines de milliards de dollars et d’euros, la baisse des taux d’intérêts et l’augmentation de l’inflation. Je vous laisse imaginer ce qu’il en sera lorsque les banques auront annulé les 90% de créances douteuses restantes.

 

De quoi se poser des questions sur la santé des banques, que la BCE estime peut-être plus mauvaises que redouté.

Pour Jonathan Loynes de Capital Economics, cela "fait monter les inquiétudes sur le fait que les choses vont particulièrement mal dans la zone euro". "Nous avons le sentiment que l'exposition" des banques européennes à la crise du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis est "significative", ajoute-t-il.

"C'est simplement une question d'aider les banques sur cette période de fin d'année qui est toujours tendue, mais cette année particulièrement", précise à l'AFP un porte-parole de la BCE.

Les banques bouclent leurs comptes en fin d'année, et veulent présenter à leurs actionnaires le meilleur bilan possible.

Note de P&P : Les banques ressemblent à cet individu qui se jette du 50e étage d’un immeuble. Passant devant le 49e étage, il se dit : « jusque là tout va bien », Passant devant le 48e étage, il se dit : « jusque là tout va bien »…

 

"Le marché monétaire ne fonctionne pas normalement (...) le besoin en liquidités est plus grand qu'habituellement", souligne-t-il.

BCE et économistes espèrent un retour à la normale au début de l'an prochain, quand les établissements de crédits auront publié leurs comptes de l'année écoulée, qui devraient donner une idée précise de l'étendue des dégâts.

Note de P&P : « BCE et économistes espèrent un retour à la normale au début de l'an prochain » allez, risquons nous à une prophétie, au début de l’année 2008 les choses ne seront pas revenues à la normale, la situation aura même empiré, les banques centrales continueront à imprimer plus de billet et les taux d’intérêt continueront à chuter. L’inflation augmentera encore plus et les banques prendront des mesures drastiques (licenciements, dépôts de bilan,…), le dollar perdra encore du terrain par rapport à l’euro ou au pétrole.

 

"Nous avons besoin de plus de transparence", insiste le porte-parole de la BCE.

Car les soubresauts actuels sur le marché sont avant tout liés à l'ignorance. Comme les banques ne savent pas à quel point leurs consoeurs sont affectées par la crise du "subprime", elles rechignent à se prêter entre elles et préfèrent parquer les liquidités qu'elles détiennent. D'où la montée des taux sur le marché monétaire, largement au dessus du taux minimum de la BCE actuellement à 4%, car le crédit se fait plus rare.

Note de P&P : Ce que l’AFP oublie de préciser c’est que ces mesures de sauvetage du secteur bancaire consistant à imprimer des tonnes de billets et à baisser les taux d’intérêts ont déjà des conséquences désastreuses sur la vie économique.

Les raisons en sont compréhensibles :

1/ plus vous imprimez de billets plus la valeur de chacun des billets décroît. Ce qui vous coûtait auparavant un billet (que ce soit du pain, de l’eau ou de l’électricité) vous coûte désormais deux billets. C’est pour cela que le prix des matières premières comme le blé, le pétrole ou l’or explosent (en fait c’est la valeur des monnaies, du dollar en particulier, qui s’écroule)

2/ plus vous baissez les taux d’intérêts plus les ménages et les entreprises empruntent et donc dépensent. Ces dépenses augmentent la demande pour tel ou tel produit et augmente donc son prix. Cette mesure renforce encore l’inflation.

 

La BCE a choisi très tôt, peu après le plongeon des marchés mondiaux en août, d'injecter des liquidités afin de faire comprendre aux banques qu'elles pourront toujours se refinancer à des conditions favorables, et les aider ainsi à retrouver confiance. Jusqu'ici sans succès durable.

Jusqu'à quand va-t-elle continuer? Nous "ne sommes pas en mesure de dire quand" la situation va s'améliorer, reconnaît le porte-parole. Et pour ce qui est des mesures d'aide aux marchés, la BCE ne s'est fixé "aucune limite dans le temps".

Note de P&P : Pour utiliser une analogie, un conducteur (la banque centrale) part de Marseille pour sa destination : Paris (un objectif d’économie saine, croissance forte et inflation maîtrisée), arrivé à Valence le réservoir est en réserve (plus d’argent, inflation en forte augmentation) là le conducteur se dit qu’il faut accélérer pour atteindre le plus rapidement sa destination (imprimer encore plus de billets et réduire encore les taux d’intérêt). Comme vous l’avez compris cette accélération est totalement contre-productive et ne rendra la panne sèche que plus rapide et douloureuse (croissance négative et inflation galopante). Nul doute que certains décideurs dans le monde bancaire ont conscience de cette hérésie. Fort de ce constat nous pouvons conjecturer une crise majeure délibérément orchestrée.