Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/01/2009

Israël : Boycott, Désinvestissement, Sanction, par Naomi Klein

Copyright © Naomi Klein / La République des Lettres, lundi 12 janvier 2009

boycott-israel.pngDevant les massacres commis en toute liberté dans la Bande de Gaza et face à un régime d'appartheid maintenu en place depuis plus de soixante ans avec la complicité des dirigeants occidentaux, il semble que seuls les peuples soient en mesure de faire eux-mêmes pression sur Israël. Un instrument citoyen collectif et pacifique, le boycott, a fait ses preuves dans l'histoire d'autres pays et d'autres luttes. L'essayiste altermondialiste Naomi Klein, auteur notamment de No Logo, la tyrannie des marques et de La Stratégie du choc, montée d'un capitalisme du désastre, préconise ce moyen de combattre la dérive guerrière d'Israël.

Article publié dans le magazine américain "The Nation" le 7 janvier 2009:
Il est temps. Plus que temps. La meilleure façon de faire cesser l'occupation de plus en plus sanglante de la Palestine est qu'Israël devienne la cible d'un mouvement international de boycott similaire à celui qui a permis de mettre fin au régime d'apartheid en Afrique du Sud. En juillet 2005, une coalition de groupes pro-palestiniens a jeté les bases d'une tel mouvement. Elle a appelé tous les "hommes de conscience, partout dans le monde, à prendre des initiatives de désinvestissement à l'encontre Israël semblables à celles appliquées à l'Afrique du Sud pendant l'apartheid". La campagne "Boycott, Désinvestissement, Sanctions" (BDS) était née. Chaque journée de bombardement de Gaza apporte de nouveaux soutiens à cette campagne planétaire de boycott, y compris parmi les Juifs israéliens. Au début de l'agression, environ 500 israéliens, dont de nombreux artistes et universitaires de renom, ont adressé une lettre aux ambassadeurs étrangers en poste en Israël. Cette lettre, qui établit un parallèle évident avec la lutte anti-apartheid, réclame "l'adoption immédiate de sanctions et de mesures restrictives". Pour les signataires, "Le boycott de l'Afrique du Sud a été efficace mais on prend des gants avec Israël. Le soutien international doit cesser".
Nombre d'entre nous n'y adhèrent toutefois pas encore. Les raisons, complexes et émotionnelles, sont bien compréhensibles. Mais elles ne sont tout simplement pas justifiées car la sanction économique est l'instrument le plus efficace dans l'arsenal non-violent: y renoncer est en quelque sorte se rendre complice des massacres commis par Israël. Détaillons les quatre principales objections opposées à cette stratégie "Boycott, Désinvestissement, Sanctions".


1. Des mesures punitives vont radicaliser l'Etat juif plutôt que le persuader.

Mais la communauté internationale a essayé ce que l'on appelle "l'engagement constructif". Elle a totalement échoué. Depuis 2006, Israël ne cesse d'intensifier ses actions criminelles: expansion des colonies, déclenchement d'une guerre contre le Liban et punition collective des Palestiniens de la Bande de Gaza au moyen d'un blocus assassin. Malgré cette escalade dans l'horreur, Israël n'a fait l'objet d'aucune mesure de rétorsion, au contraire. Les Etats-Unis envoient pour commencer des armes et trois milliards de dollars annuels d'aide à l'Etat juif. Celui-ci a bénéficié ensuite d'une amélioration de ses relations diplomatiques, culturelles et commerciales avec d'autres pays désormais alliés. Par exemple, Israël est devenu en 2007 le premier pays non-latino-américain à signer un accord de libre-échange avec le Mercosur. Au cours des neuf premiers mois de 2008, les exportations israéliennes vers le Canada ont augmenté de 45%. Un nouvel accord commercial avec l'Union européenne est appelé à doubler les exportations de conserves d'Israël. Et en décembre dernier les ministres européens (sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, Ndlr) ont "modernisé" l'accord de partenariat entre l'Union Européenne et Israël, une faveur attendue depuis longtemps par Jérusalem. C'est dans ce contexte que les dirigeants israéliens ont lancé leur guerre contre Gaza: ils savent que cela ne leur coûtera rien en termes d'échanges commerciaux ou diplomatiques. Il est significatif que plus de sept jours de guerre fasse grimper l'indice de la Bourse de Tel Aviv de 10,7%. Lorsque la méthode de la carotte ne fonctionne pas, le bâton est nécessaire.


2. Israël n'est pas l'Afrique du Sud. 

Bien entendu ! La pertinence d'un boycott de type sud-africain réside dans le fait que la tactique du BDS peut être efficace lorsque des mesures plus faibles (manifestations, pétitions, lobbying en coulisse) ont échoué. L'écho affligeant de l'appartheid est flagrant dans les territoires palestiniens occupés: différence de code-couleur des cartes d'identité, permis de déplacement, maisons rasées au bulldozer, déportations de populations, routes réservées uniquement aux colons israéliens. Ronnie Kasrils, un haut responsable politique sud-africain, révèle que l'architecture de la ségrégation en Palestine constatée en 2007 (c'est-à-dire avant le blocus aussi inhumain que terrifiant imposé à la Bande de Gaza, Ndlr) est "infiniment pire que l'apartheid".


3. Pourquoi accuser Israël alors que les Etats-Unis et les pays occidentaux font la même chose en Irak et en Afghanistan ? 

Le boycott n'est pas un dogme, c'est une tactique. La raison pour laquelle la stratégie BDS doit être essayée est pratique: dans un pays aussi petit et qui dépend autant du commerce, il sera réellement efficace.


4. Le boycott rompt la communication alors que nous avons besoin de dialoguer plus. 

Je répondrai à cette objection par une histoire personnelle. Pendant huit ans, mes livres ont été publiés en Israël par une maison d'édition qui s'appelle Babel. Mais lorsque j'ai publié The Shock Doctrine (La stratégie du choc), j'ai voulu respecter le boycott. Sur les conseils de militants du BDS, j'ai contacté un petit éditeur nommé Andalus. Andalus est un éditeur activiste très impliqué dans le mouvement contre l'occupation israélienne et c'est aussi le seul à traduire et publier en hébreu des livres de langue arabe. Nous avons conclu un contrat garantissant que tous les bénéfices du livre reviendront à Andalus, pas à moi. Je boycotte l'économie israélienne, pas les Israéliens. Mettre en place ce plan a nécessité de nombreux appels téléphoniques et courriels entre Tel Aviv, Ramallah, Paris, Toronto et la ville de Gaza. Ma remarque est la suivante: si vous commencez une stratégie de boycott, le dialogue s'accroît de façon considérable. Pourquoi ne pas essayer ? L'argument selon lequel le boycott nous couperait les uns des autres est spécieux étant donné l'éventail de moyens de communication modernes dont nous disposons. Nous croulons sous les moyens de nous parler par-dessus les frontières nationales. Le boycott n'interrompt pas la communication, au contraire.
Actuellement, beaucoup de sionistes orgueilleux se vantent qu'Israël est numéro 1 mondial en matière de joujous de haute technologie. C'est relativement vrai, mais ils ne sont pas les seuls. Quelques jours après l'attaque de Gaza par Israël, Richard Ramsey, gérant d'une entreprise britannique de télécom spécialisée dans les services vocaux sur internet, a envoyé un mail à la firme technologique israélienne MobileMax: "Suite à l'action du gouvernement israélien de ces derniers jours, nous ne sommes plus en mesure de travailler avec vous ou avec toute autre société israélienne." Contacté par le magazine The Nation, Ramsey a déclaré que sa décision n'était pas politique. "Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des clients", explique-t-il, "c'est purement défensif sur le plan commercial". C'est le même calcul pragmatique qui a conduit de nombreuses entreprises à se retirer d'Afrique du Sud il y a vingt ans. Et c'est précisément en ce calcul réaliste que réside le plus grand espoir de rendre enfin justice à la Palestine.

 

27/10/2008

Interview de Naomi Klein sur la Télé Libre

VOICI L’INTÉGRALE EN 3 PARTIES DE L’INTERVIEW DE NAOMI KLEIN A LATÉLÉLIBRE

Nous avons pu rencontrer Naomi Klein, cette journaliste et écrivaine canadienne, auteure du livre “No Logo”, et plus récemment de “la stratégie du choc” (2007, Actes Sud). Alors que la crise financière s’installe dans le monde entier, il nous a semblé utile d’entendre cette spécialiste du “capitalisme du désastre”.

Partie 1

"La stratégie du choc" à l’œuvre pendant la crise financière

“La règle du néolibéralisme n’est pas le libre-marché, la règle c’est l’intérêt des multinationales”

Dans cette première partie, Naomi Klein nous rappelle la stratégie de l’idéologie “néo-libérale”: profiter des crises pour installer un peu plus le système du “laissez-faire”. Un système qui fonctionne sur les bulles spéculatives et le secours de l’Etat en cas de problème. Quand elles gonflent, les spéculateurs font des profits, et ”quand les bulles éclatent, l ’Etat intervient et nationalise la dette, nationalise le risque”.

Une stratégie politique

Elle donne l’exemple édifiant du cyclone à la Nouvelle Orléans. Selon elle, ce n’est pas le cyclone “Erika” qui a détruit la ville, mais c’est la démission de l’Etat sur tous les services publics (notamment l’entretien des digues), qui a favorisé la catastrophe.

En fait, si vous vous rendez à la Nouvelle-Orléans aujourd’hui, vous verrez la vision de la reconstruction de l’administration Bush : elle consiste à finir le boulot, à détruire l’Etat et le service public. Donc le réseau des écoles publiques. Et pour l’ensemble des logements sociaux, c’est pareil. La Nouvelle-Orléans accueille beaucoup de logements sociaux. Dès que la ville était sous les eaux, j’y étais à l’époque, des hommes politiques et des lobbyistes ont déclaré : « maintenant, nous pouvons fermer le projet de logement ». En fait, j’ai cité un homme politique républicain qui disait : « nous ne pouvions pas arrêter le projet mais Dieu l’a fait ».

Bush s’est invité à la TV et a déclaré que nous aurions « la société de propriétaires » à la Nouvelle-Orléans. Les particuliers vont habiter dans leurs propres logements au lieu de louer un logement social. Donc on peut observer un lien direct entre ce qui s’est passé à la Nouvelle-Orléans et la crise hypothécaire actuelle, celle des subprimes, nous ne vivons pas un accident de l’histoire »

PARTIE 2

Comment le capitalisme a voulu oublier la crise de 1929

 

Lors de cette deuxième partie de l’interview, la journaliste nous met en garde contre l’impression donnée par les dirigeants libéraux. Que ce soit Bush ou Sarkozy, tous s’efforcent de nous convaincre qu’ils veulent s’attaquer à la crise. Selon la journaliste, ils n’ont en fait qu’une idée en tête, continuer le travail entrepris depuis des années: briser les acquis sociaux obtenus par les travailleurs au siècle dernier.

Je pense que Nicolas Sarkozy est un homme politique qui sait dire aux gens ce qu’ils veulent entendre”. Elle est très féroce avec Bush, qui lui aussi a pris ses distances avec les traders de Wall Street: “il a déclaré que Wall Street était “ivre” des profits, comme s’il y était étranger. Or c’est lui qui servait à boire, c’était lui le barman, et il a fait semblant de tout découvrir.

Elle revient sur la crise de 29, et sur les outils mis en place lors du New Deal, pour réguler le système anarchique des banques.

Après le krach financier de 1929. Un choc est survenu dans le système et  Franklin D. Roosevelt a fait voter une loi appelée «Glass-Steagall » qui a établi une barrière entre les banques d’affaires et les banque de dépôt. Selon cette loi, si vous vous lancez dans la banque d’affaires, si vous voulez jouer, spéculer, faire plein de profits, très bien mais le gouvernement ne garantira pas vos investissements, c’est votre problème, aller jouer au casino! Si vous voulez être une banque de dépôt, si vous voulez la confiance des épargnants qui vous confient les économies de toute une vie, nous allons garantir cette épargne, c’est l’engagement de l’Etat ; mais si nous sécurisons les économies, une banque de dépôt ne peut pas spéculer, vous devez prendre le moins de risque possible“.

Des lois qui ont été volontairement oubliées, à partir du mandat de Ronald Reagan.

PARTIE 3

Pendant la crise, le peuple doit agir

 

L’une des choses qui empêche les gens d’agir c’est l’idée que nous sommes impuissants. Nous l’entendons tout le temps. Tous ceux qui ont moins de 40 ans ont grandi avec l’idée que le gouvernement est le problème, pas la solution“.

Pour terminer cette rencontre, je demande à Naomi Klein comment, selon elle, le peuple peut agir contre ceux qui veulent profiter de la crise pour faire passer en douce leur idéologie noé-libérale (voir les épisodes précédents). En bonne sociale-démocrate-radicale, elle balaie les deux extrêmes : ni libéralisation, ni collectivisme.

Pas de pouvoirs concentrés en seulement quelques mains, mais l’action collective de base. Elle donne les exemples de la sécurité sociale au Canada, son pays, et les programmes de logements aux USA, qui ont été obtenus grâce à des actions directes.

« Les gens étaient expulsés de chez eux, comme aujourd’hui, avec des saisies. Les voisins étaient organisés dans des groupes solidaires. Quand les meubles des voisins étaient déposés dans la rue, ils les remettaient dans la maison. Ils prenaient ce genre d’actions directes. C’est ce genre de pression qui a créé le contexte pour que F.D Roosevelt dise à Wall Street « Regardez, la gauche gagne du terrain dans le pays, il faut un compromis, et ce compromis, c’est le New Deal ».

John Paul Lepers

images: Henry Marquis et Matthieu Martin

Montage : Smaïn Belhadj

Traduction: Kelly Pujar

Merci à Anthony Santoro

Source : La Télé Libre