Kourosh Ziabari : Vous critiquez l’État d’Israël si durement ; cependant, vous avez sans doute remarqué que les médias et les hommes politiques israéliens se contentent de coller une étiquette de « traître » à chacun, simple citoyen, journaliste, professeur, ou analyste, qui, en Israël se permet de condamner l’État juif pour les boucheries et les massacres qu’il commet. Qu’en pensez-vous ?
Gilad Atzmon : D’abord, ce n’est déjà pas si mal d’être un « traître » dans un état assassin. Cependant, je ne me considère pas comme un israélien. Je suis né là-bas, mais il y a longtemps que je n’y vis plus ou même que j’y aie mis les pieds. Une fois que j’ai pris conscience que je résidais sur une terre volée, en qualité d’oppresseur, j’ai empaqueté mes saxos et je suis parti. Dans une certaine mesure, je puis être considéré comme « un Juif qui se déteste et qui en est fier. » Je suis plein de honte de moi-même et de ceux qui étaient mes compatriotes. Je parle de ma honte ; j’écris à ce sujet et je compose ma musique en essayant d’affronter ce sujet.
Kourosh Ziabari : Les officiels israéliens prétendent qu’ils n’ont fait que chercher à riposter en attaquant les bases du Hamas, et qu’ils ont essentiellement tué des gens de l’armée et des militaires. Par ailleurs, ils avaient interdit l’accès de la Bande de Gaza occupée aux journalistes et aux correspondants de guerre, et leur ont interdit de diffuser la réalité. Comment peuvent-ils justifier cette contradiction ? Pourquoi ne permettent-ils pas aux journalistes d’entrer à Gaza s’ils sont tellement sûrs de la vérité de leurs déclarations ?
Gilad Atzmon : Je ne pense pas que les Israéliens soient le moins du monde préoccupés par leurs contradictions ou par leurs incohérences. Les Israéliens sont pas non plus concernés par leur image.
Je voudrais essayer d’approfondir. Israël est actuellement le plus grand Ghetto Juif de tous les temps. Le Ghetto Juif est essentiellement un endroit où les Juifs peuvent célébrer leurs idiosyncrasies et leurs symptômes collectivement, entre eux, sans avoir à faire attention à ce qu’ils disent, pensent ou éprouvent. Israël s’est déjà entouré de murs gigantesques dont le seul but est de donner à la ségrégation une signification réelle. Et cependant, le Ghetto juif d’Israël est très différent du Ghetto juif d’europe de l’est. En Europe de l’Est, les Juifs étaient intimidés par la réalité qui les entourait, dans le Ghetto Israélien, ce sont les Juifs qui intimident les autres. Ils répètent que l’entièreté du Proche et Moyen Orient doit être maintenu dans un état d’anxiété permanent.
La mentalité de Ghetto est un outil d’analyse très utile. Il nous aide, par exemple, à comprendre pourquoi le premier ministre Olmert s’est permis de se vanter publiquement d’avoir humilié le président Bush et la Secrétaire d’État Rice. Dans le Ghetto, les Juifs ses sentent en sécurité, ils peuvent s’exprimer librement en restant à peu près sûrs que rien ne filtrera chez les Goyim. Dans le Ghetto, une seul logique s’applique : la logique juive.
Dans les années 50, le premier ministre Ben Gourion a adopté la mentalité du Ghetto juif pour formuler un précepte de politique israélienne qu’il a éloquemment formulé comme suit : « Ce que disent les Goyim n’a aucune importance, la seule chose qui compte est ce que font les Juifs. » Apparemment, ce mantra du Ghetto juif à la Ben Gourion a réussi à séparer les israéliens du reste de l’humanité. Mais cela va plus loin, comme nous le voyons à Gaza et dans tout conflit qui implique Israël. Cela détache le paradigme hébraïque de toute notion d’éthique humaniste.
Cette même philosophie se transpose aisément dans le pragmatisme militaire israélien, mortel : « Ce que les Nations Unies ou le monde entier pense n’a manifestement pas la moindre importance, tout ce qui compte est ce que fait l’armée israélienne. »
Maintenant, je veux parler du sujet des journalistes étrangers. Les chefs militaires israéliens savaient pertinemment, à l’avance, que Gaza allait devenir un bain de sang pour les civils Palestiniens. Ils savaient manifestement à l’avance quel genre d’armement ils allaient employer. Ils ne voulaient surtout pas que des journalistes étrangers fassent état dans les média du monde entier du Massacre de Gaza. Les média internationaux et le « droit de savoir » ne constituent pas un intérêt national israélien. Dans l’État du Ghetto juif, la seule chose qui compte est ce que fait l’armée israélienne.
Les Israéliens voulaient « finir leur travail » d’abord, tuer beaucoup de Palestiniens, détruire gaza, et démanteler son infrastructure, de façon à retrouver le pouvoir de dissuasion qu’il ont perdu depuis bien des années. Des journalistes présents à Gaza auraient pu encombrer leur chemin.
Kourosh Ziabari : En partant d’une description aussi complexe, quelle est, selon vous, la raison principale pour laquelle Israël bloque les bateaux d’aide humanitaire à destination de Gaza ? Y a-t-il quelque chose de mal à laisser passer de la nourriture, des médicaments, des produits de premiers soins destinés à une multitude de gens à qui est refusé tout accès au monde extérieur ?
Gilad Atzmon : La réponse est presque étymologique. Parler d’« effort humanitaire » suppose une certaine familiarité avec la notion d’humanisme ; Comme les Israéliens ne se sentent pas concernés par l’éthique ou par l’humanisme universel, on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils soient touchés par des efforts ou des problèmes humanitaires. Au cours des derniers jours, Israël a bombardé des hôpitaux, des écoles, des centres pour réfugiés, et des centres de distribution de l’aide des Nations Unies. Il vaut mieux en prendre son parti : l’État Juif est une organisation criminelle de haut vol qui n’a guère de pareille. Il serait plus sage de s’attendre à ce qu’Israël se comporte comme la personnification du mal ultime, et j’ai le regret de dire qu’en effet ils ne m’ont jamais déçu.
Kourosh Ziabari : L’emploi de phosphore blanc dans les bombes que l’armée israélienne lâche sur la tête des civils et sur leurs maisons à Gaza me semble une violation manifeste des règles internationales et des Conventions de Genève. Y a-t-il la moindre possibilité de donner à ces crimes de guerre la récompense qu’ils méritent ?
Gilad Atzmon : Je ne suis pas un expert juriste, et je ne puis donc vous donner une réponse appropriée. Cependant, il est très intéressant de noter que, bien que partout dans le monde la condamnation d’Israël pour l’emploi de bombes au phosphore soit quasi unanime, l’armée sioniste n’a pas arrêté l’emploi de ces armes, et que ce n’est pas la première fois qu’ils utilisent des armes non conventionnelles contre des civils en dépit de la condamnation internationale. Nous voyons tous les jours ces bombes mortelles qui explosent sur des cibles civiles. Une fois de plus, nous voyons que ce que peuvent dire les Goyim n’a pas la moindre importance. La seule chose qui compte, c’est ce que font les Juifs, c’est-à-dire tuer des civils Palestiniens. Je voudrais encore ajouter que les lamentations israéliennes sur la nécessité de détruire des armes de destructions massive « potentielles » que d’autres nations pourraient posséder devient pathétique de la part de gens qui disposent eux-mêmes d’un aussi obscène arsenal de têtes nucléaires. Comme ils ne se soucient aucunement du doit international, pourquoi se soucieraient-ils de l’opinion publique internationale ?
Kourosh Ziabari : Provisoirement, même si la guerre s’arrête aujourd’hui et qu’Israël se retire des territoires occupés, le résultat de ce conflit est de plus de 1 300 morts et de la destruction de 70% des infrastructures, des bâtiments, des lieux publics. Comment la véritable justice pourrait-elle s’exercer à propose d’Israël et de ses crimes contre l’humanité ?
Gilad Atzmon : A nouveau, je ne suis pas un expert. Ce n’est pas que je refuse de me prononcer. Mais ma préoccupation est d’abord l’étude de l’identité Juive et Israélienne. Je m’intéresse à la métaphysique de l’inclinaison génocidaire d’Israël. Je réfléchis à une identité qui peut infliger tant de douleur et se livrer à de tels carnage sur des civils innocents. Je m’intéresse à la banalité du mal qui se révèle dans la barbarie ultime d’Israël et dans le soutien qu’apportent à ce mal des institutions juives à travers le monde. Je crois qu’une fois que l’on commence à prendre conscience de ce à quoi nous sommes confrontés, nous pouvons peut-être trouver un moyen de le combattre. Honnêtement, je ne crois pas aux tribunaux internationaux. Il me semble infiniment plus efficace de faire reconnaître à tous à travers le monde que l’État Juif n’est rien d’autre que de la barbarie à l’état pur.
Kourosh Ziabari : Encore une dernière question. Quel message, en tant qu’artiste israélien, souhaitez-vous envoyer au peuple de Palestine, à ces mères qui ont perdu leurs enfants ou à ces enfants traumatisés qui subissent maintenant le choc de se retrouver orphelins ?
Gilad Atzmon : Oh mes chers frères et soeurs. J’ai le coeur brisé en contemplant la mort et le carnage que vous a infligé l’État Juif. Nous voyons tous ce que vous avez subi et nous savons tous que la justice est de votre côté. Je vous supplie de ne pas perdre espoir. Le mal finit toujours par rencontrer sa fin, et il en va de mal avec le mal juif. Israël rencontrera sa fin, même s’il est possible que nous ayons à travailler à faire venir cette fin.
Une chose, cependant, est claire. Le prétendu « Occident libéral » s’est montré lamentablement incapable de vous sauver ; les États Arabes n’ont pas encore tous rejoint votre lutte. Aussi triste que cela soit, et bien que la justice soit à l’évidence de votre côté, vous êtes seuls ici, confrontés au mal ultime.
Israël a encore beaucoup de bombes dans son arsenal. Mais vous, mes frères et soeurs Palestiniens, possédez quelques choses que eux n’ont pas : la justice est de votre côté, l’humanité est dans les rues de vos cités, vous avez la vigueur et la bombe ultime, celle de la démographie.
La Palestine est une terre. Israël est un État.
Les États vont et viennent, la terre reste éternellement.
Vive la Palestine.