22.11.2007

Les cheminots résistent à la trahison programmée par les syndicats

Article issu du site "Solidarité Ouvrière

 

Jeudi, au troisième jour de la grève, massivement suivie, contre les attaques sur les retraites préparées par le gouvernement gaulliste du président Nicolas Sarkozy, des assemblées générales de cheminots se sont tenues dans toute la France et ont voté, à une écrasante majorité, la reconduction et l’amplification de la lutte.

Note de P&P : Avez-vous lu ou entendu dans les medias de masse que la grève avait été massivement suivie et que la reconduction avait été voté avec une écrasante majorité ? Rien de tout cela, les médias officiels reprennent en choeur la version officielle écrite par l'Elysée : "actes de sabotages", "taux de grèviste en baisse" et "fin du mouvement imminente"

 

Ces votes sont l’expression du rejet des trois piliers principaux de la réforme: l’allongement de la durée de cotisation, de 37,5 annuités à 40, pour pouvoir jouir d’une retraite à taux plein, la décote en cas de retraite anticipée et l’indexation des retraites sur les prix et non plus sur les salaires, ce qui était plus avantageux.

Les travailleurs qui participaient à ces assemblées générales ont exprimé une grande méfiance vis-à-vis des actions entreprises par les directions syndicales et un ressentiment tout particulier envers la proposition de Bernard Thibaut, secrétaire général de la CGT (Confédération générale du travail) qu’il y ait des négociations branche par branche dans le cadre de la réforme. Cette proposition revient, de fait, à reconnaître la destruction des régimes spéciaux (retraites spéciales accordées de longue date aux travailleurs dans des métiers particulièrement pénibles) et à collaborer à la mise en place de la réforme de Sarkozy.

Note de P&P : Comme Andrew Lobaczewski l'a justement décrit, la ponérisation touche progressivement tous les pans de la société : les médias, les sphères juridiques et judiciaires mais aussi les travailleurs et les syndicats.

La vérité est douloureuse mais riche en enseignement. Les dirigeants syndicaux à l'instar de nos chers "élus" ne sont pas au service du bien commun malgré ce qu'ils affirment mais oeuvrent à l'intérêt de leur petit groupe.

Les syndicats qui pouvaient apparaitre comme le dernier rempart contre la barbarie ultralibéraliste, ont vendu pour 30 pièces d'argent la dignité des plus faibles qu'ils étaient sensés défendre.

 

Le WSWS a participé à une assemblée générale de grévistes à la Gare du Nord, à Paris. Il s’y trouvait des conducteurs de train, du personnel d’accueil, des contrôleurs et aussi une délégation des ateliers Le Landy de la Seine-Saint-Denis, au nord de Paris.

Etaient présents des membres de la CGT (syndicat majoritaire chez les cheminots), Sud Rail et Force ouvrière, respectivement les second et troisième syndicats, ainsi que des membres de l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes, proche du Parti socialiste) et des travailleurs non syndiqués.

Lecture a été faite des comptes-rendus des différents sites de la région parisienne, où entre 60 et 100 pour cent de travailleurs étaient en grève. 

Nazima de la CGT, qui joue un rôle important dans l’organisation des assemblées générales, a dit qu’elle avait reçu un coup de fil de l’Université de Tolbiac, où les étudiants sont en grève contre l’ouverture des universités aux entreprises privées, appelant les cheminots à ne pas abandonner la lutte. Elle a exprimé sa révolte quant à l’envoi de CRS la veille pour disperser les étudiants de l’Université de Nanterre à coups de matraque, qualifiant cet acte de « grosse erreur du gouvernement. » 

Note de P&P : En résumé, le complexe médiatico-politique censure l'ampleur du mouvement étudiant et utilise parallélement la violence pour le neutraliser. C'est finalement très similaire à la manière dont le mouvement pour la paix est traité aux USA.   

 

L’assemblée générale a voté la poursuite de la grève jusqu’au lendemain. Il y a eu trois abstentions.

L’assemblée a aussi voté la mise en place d’un comité de grève dont la tâche serait d’organiser les piquets de grève et d’amplifier le mouvement, notamment auprès des travailleurs de la RATP (Régie autonome des transports parisiens, bus et métro) et des travailleurs de EDF et GDF (Electricité et Gaz de France) dont les régimes spéciaux de retraite sont également attaqués par le gouvernement. 

Le comité travaillerait aussi à gagner le soutien du public et à contrer la machine de propagande de Sarkozy, qui jouit du soutien entier des médias.

Note de P&P : Effectivement la propagande sarkosienne tourne à plein régime. Au cours des derniers jours les grévistes ont été traités de "minorité", de "privilégiés", de "preneur d'otages", de "saboteurs",... Voilà un aspect classique de la pensée psychopathique : l'utilisation de l'insulte et du langage émotionnel... "Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelquechose."

 

La veille, les grévistes de la Gare du Nord avaient voté à l’unanimité une motion qui a ensuite largement circulé dans toute la France et qui a été adoptée dans de nombreuses assemblées générales. Cette motion a été soumise une nouvelle fois pour servir de base de réponse à une lettre envoyée par Xavier Bertrand, le ministre du travail, le 14 novembre, invitant les syndicats à des négociations. La lettre de Bertrand a été rejetée par tous les intervenants à l’assemblée générale car elle ne propose aucunement le retrait des trois piliers de la réforme.

Au sujet de la proposition faite au gouvernement par le leader de la CGT, Bernard Thibaut, un travailleur a fait remarquer : « Qu’est-ce cela nous apporte ces négociations tripartites [entre la direction des entreprises publiques, les syndicats et des représentants du gouvernement] ?  Il n’y a aucune garantie. »

Ce qui est très significatif, c’est la décision prise de faire parvenir cette motion à tous les cheminots de France, mais aussi de l’envoyer aux dirigeants des syndicats de cheminots qui se réunissaient à 16h30 jeudi après-midi pour discuter des suites à donner à l’invitation de Bertrand.

La motion déclare : « Nous refusons le passage de 37.5 ans à 40 ans de cotisations, les décotes et l’indexation des pensions sur les prix plutôt que sur les salaires. »

La motion insiste pour que les directions syndicales ne signent pas d’accords avec le gouvernement sans le consentement de la base. « Nous exigeons d’être consultés pour toute décision qui engagerait notre avenir et d’être informés du contenu des discussions à chaque étape », dit la motion. « Nous nous déclarons opposés à toute négociation entreprise par entreprise. » 

Note de P&P : Et voici la bonne vieille tactique du "diviser pour mieux régner" qui ressurgit. Le mouvement populaire gagne une forte ampleur, découpons-le branche par branche pour mieux l'écraser.

Certes cette maneuvre a une saveur particulière lorsqu'elle est initiée par un dirigeant syndical sensé défendre l'intérêt des plus modestes. Mais finalement si tel était vraiment son objectif serait-il encore à la tête d'une organisation syndicale ?

 

Plusieurs participants au débat ont fait remarquer que la lettre de Bertrand proposait des négociations dans les différentes entreprises sur une durée d’un mois laissant entendre que la grève se prolongerait d’autant, et ce, afin d’épuiser le mouvement. 

Note de P&P : La classique mais toujours efficace tactique du pourrissement. Avec en ligne de mire des perspectives illusoires de négociations.

Il faut être deux pour négocier. A ce jour les travailleurs sont seuls face à un état hypocrite qui fait miroiter des négociations mais qui oeuvre en sous-main à la destruction du mouvement via la violence policière, la propagande relayée par les médias de masse et le noyautage des directions syndicales.

 

Monique a critiqué la direction de la CGT pour vouloir négocier entreprise par entreprise quand « le gouvernement n’a rien cédé sur les trois points essentiels. Un mois de négociations, c’est un mois de grève pour rien. » Elle a fait remarquer qu’« il y a un divorce entre les syndicats et la base qui veut se bagarrer et qui veut le retrait de la réforme. »

Un travailleur qui ne portait pas de badge syndical a dit : « Je m’attendais à ce que les directions syndicales organisent quelque chose de plus costaud. La manifestation d’hier a été organisée au dernier moment.

Note de P&P :  Souvenez vous des mots de FD Roosevelt : "En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi".

N'en doutons pas, les dirigeants de médias, d'organisations politiques, de syndicats comprennent très bien ce qui se passe actuellement et mieux que la plupart d'entre nous.

S'ils feignent l'ignorance, les dissensions internes, ils oeuvrent en concertation à la pérennisation de leur statut qui ne peut se faire qu'à travers l'exploitation toujours grandissante des plus faibles.

Croyez-vous vraiment que cette organisation à la dernière minute soit due au hasard ? Pourtant si un syndicat doit bien savoir faire une chose c'est organiser une grève non ?

Voilà en tout cas une excellente manière de détruire un mouvement de l'intérieur en toute dicrétion. Et si vous êtes pointé du doigt vous pourrez toujours invoqué la maladresse, le manque de temps, le manque de ressources ou le stress.

 

Nous sommes aujourd’hui dans une situation charnière. Sarkozy joue aux chaises musicales avec les syndicats. La seule solution : il faut communiquer. Les AG sont souveraines. Il faut gagner la population et leur dire : “Nous sommes dans la bataille avec vous sur le pouvoir d’achat. Nous ne sommes pas des privilégiés.” » 

Note de P&P : Et ici se trouve une des clefs du combat actuel. Ne plus croire en ces peurs, en ces divisions, en ces mensonges, en cette propagande.

Au sein de la société française croyez-vous vraiment que les privilégiés soient les cheminots ?

Ne voyez-vous pas la réalité ? Le peuple français comme tous les peuples du monde est toujours plus manipulé, asservi, écrasé. Le vrai schisme ne se trouve pas entre les cheminots et les non-cheminots. Tous sont esclaves d'une élite psychopatique minoritaire qui a contaminé chaque facette de notre société et qui a besoin de notre sang, de notre sueur, de notre vie pour mener une existence de nabab. 

 

Il s’est opposé au blocage des TGV (Train à grande vitesse) disant que cela faisait le jeu de ceux qui voulaient représenter les cheminots comme des Khmers rouges.

D’autres travailleurs ont fait remarquer qu’il était essentiel de faire des piquets de grève pour empêcher la reprise du travail et de stopper les trains afin d’amplifier le mouvement. Un guichetier a dit qu’ils avaient déjà mis en place un piquet de grève à 6 heures du matin pour que les bureaux restent fermés.

Le WSWS a parlé avec Monique, représentante de la CGT conducteurs, avant l’assemblée générale. Elle a dit, « Nous on veut vraiment contrôler le mouvement.  Hier c’était entre 70 pour cent à 80 pour cent de taux de grévistes et aujourd’hui c’est le même taux. Ce que nous essayons maintenant, c’est de faire la jonction avec le maximum de monde et faire que le mouvement ne soit pas dispersé. On n’accepte pas d’être appauvris. Ce qu’on veut, c’est qu’il n’y ait pas de négociations en douce dans notre dos. »

 « Moi, je veux bien respecter la direction de la CGT, mais il faut aussi qu’ils nous respectent et on n’est pas une masse de main-d’œuvre.  Nous ne voulons pas aider Sarkozy à mettre sa réforme en place. Aujourd’hui, il y a des étudiants, la RATP, EDF-GDF. Nous ne voulons pas d’entourloupe et qu’on casse le mouvement. »

Note de P&P : Sarkozy a fait de la non-négociation et du passage à tous prix de sa réforme un enjeu personnel, symbolique et idéologique. En révélant au grand jour la véritable identité des directions syndicales, N. Sarkozy prend un risque.

Il semble oublier qu'un despote n'existe que grace au soutien de sa cour qui, en échange de privilèges variés, relaye servilement auprès de la population l'illusion de sa légitimité.

La cour de Sarkozy est constituée de financiers, de patrons des médias, de politiques, d'intellectuels, de dirigeants syndicaux. Si les véritables objectifs de ces derniers sont percés à jour, si le peuple entraperçoit les pieds derrière le rideau alors l'illusion s'évanouit.

 

 « Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce qu’on ait le retrait de la réforme. Bernard Thibault a dit qu’il ne négocierait pas dans le cadrage du gouvernement. J’espère qu’il ne change pas. S’il discute, cela ne peut pas être sur la base d’accepter les 40 ans et la décote. C’est inacceptable. Il ne faut absolument pas qu’il cède sur cela. »

René-Claude, travailleur non syndiqué sur les trains de banlieue de la SNCF a dit : « L’élément auquel je suis le plus opposé, c’est la décote. Les syndicats ne comprennent pas ce qui se passe à la base. On a l’impression que les fédérations, elles font ce qu’elles veulent et que la base brasse de l’air. C’est inacceptable de voir qu’on nous entend à peine. » 

Note de P&P : Et voici certainement la clef du succès. Les peuples sont trahis depuis des siècles par leurs syndicats, par leurs partis politiques, par leurs médias, par leurs employeurs...

La réussite réside dans un mouvement uni et solidaire, rassemblant l'immense majorité des français qui souffre un peu plus chaque jour, un mouvement affranchi des composantes les plus ponérisées de notre société, un mouvement qui oeuvre dans la transparence et l'échange permanent d'information pour éviter les noyautages et les intrumentalisations. Un mouvement qui va au-delà des censures et des propagandes orchestrées par les médias de masse et qui offre une information objective sur la réalité via les médias alternatifs. Un mouvement qui a conscience de la vraie problématique à lauqlle il doit faire face : la ponérisation de nos sociétés.