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19/02/2010

Haïti : vers une nouvelle occupation américaine ?

Le Grand Soir, 17 février 2010

Claude RIBBE

arton9825-b92c4.jpgL’envoi de 10 000 marines en Haïti, la prise de contrôle par les USA de tous les points stratégiques, à commencer par l’aéroport de Port-au-Prince, le refus de laisser atterrir, sous prétexte de saturation, un avion français : tout semble annoncer une prise de contrôle d’Haïti par Washington.

L’attitude de Paris le confirme : nomination de personnes notoirement incompétentes pour enterrer le dossier, absence du gouvernement à la cérémonie de Notre Dame du 16 janvier (alors que le président de la République et de nombreux ministres devaient initialement s’y rendre), retrait des protestations contre la mainmise américaine sur l’aéroport Toussaint-Louverture… La marche arrière est totale.

Certes, l’engagement américain, présenté comme humanitaire, a été le plus rapide. Mais on sait que l’humanitaire est un pavillon qui peut flotter sur toutes sortes de marchandises. Des émeutes révèlent qu’en réalité les Haïtiens tardent à être secourus, ou du moins que les secours sont sélectifs. On peut s’attendre à des émeutes qui seraient réprimées grâce à un impressionnant déploiement militaire.

La mainmise sur Haïti est un scénario étudié depuis longtemps. La preuve en est que l’ambassade des USA, récemment construite, n’a pas souffert du séisme, à la différence de l’ambassade de France. Depuis plusieurs années, dans le programme de rénovation de toutes les ambassades américaines dans le monde entier, celle de Port-au-Prince était présentée comme aussi stratégique que celle de Bagdad.

Le séisme qui frappe aujourd’hui Port-au-Prince est une bonne occasion de prendre le contrôle d’un pays, présenté comme misérable à cause de la couleur de ses habitants, mais doté d’un riche sous-sol, avec des réserves pétrolifères qui pourraient être supérieures à celles du Vénézuela, d’importants gisements d’or et de cuivre et surtout des ressources en iridium, matériau extrêmement résistant et utilisé dans l’industrie de l’armement (protection des têtes de missiles balistiques intercontinentaux).

Il faut savoir que le seul autre pays au monde à détenir d’importantes ressources d’iridium est l’Afrique du sud. Comme par hasard l’Afrique du sud était la seule nation à aider Haïti au moment de la célébration du bicentenaire de son indépendance. La France avait pourtant déployé des efforts considérables pour l’en dissuader. Depuis le coup d’État franco-américain de 2004, c’est l’Afrique du Sud qui accueille et protège l’ex-président Aristide, lequel n’a jamais fait mystère de la richesse du sous-sol de son pays.

On ne pourrait suspecter les Américains de mauvaises intentions s’il n’y avait des précédents. Le 28 juillet 1915, sous prétexte de sortir Haïti d’un prétendu « chaos », les marines débarquaient comme aujourd’hui à Port-au-Prince et s’emparaient des réserves d’or de la banque nationale. Des milliers de paysans, les Cacos, s’insurgèrent alors sous la conduite de Charlemagne Péralte qui, trahi et arrêté en 1919, fut cloué par l’occupant sur une porte. La répression fut particulièrement féroce. Pour réduire les derniers foyers de résistance, les USA inaugurent en 1919 les bombardements aériens massifs. Tout résistance est écrasée en 1920. Les USA ne quittèrent le pays qu’en 1934. Dix-neuf ans d’occupation après un débarquement à des fins, comme aujourd’hui... humanitaires.

Claude Ribbe
www.claude-ribbe.com

 

13/01/2009

Israël et son monopole sur la souffrance psychologique

Jeremy Salt
Palestine Chronicle
Jeudi, 08 Jan 2009 17:45 UTC

 

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Bien joué, courageux pilote israélien


Cher courageux pilote israélien,

Qu’est-ce que ça fait de tirer des missiles sur des gens que tu ne vois pas ? Cela t’aide-t’il, de répéter que ne vous ne ciblez pas délibérément des civils ? Cela te permet-il de bien dormir, ou fais-tu des cauchemars dans lesquels tu vois les femmes et les enfants que tu as tués dans leurs foyers, dans leurs lits, dans leurs cuisines et dans leurs salons, dans leurs écoles, sur leurs marchés ou dans leurs mosquées ? Que ressens-tu lorsque tu as terminé ta mission ? Que tu as fait du bon boulot ? Penserais-tu encore que tu as fait du bon boulot si tu devais regarder les cadavres déchiquetés qui constituent ta contribution personnelle au « processus de paix » au Moyen Orient ?

Tes dirigeants politiques, tes médias et les porte-parole de ton gouvernement et de ton armée louent unanimement tes attaques aériennes, les qualifiant d’immense succès. Personnellement, comment appliquerais-tu les termes « immense » ou « succès » au meurtre de civils ? As-tu conscience qu’aux quatre coins de la planète, des gens te considèrent comme un criminel de guerre qui devrait être jugé si ton identité devait jamais être révélée et si tu prenais le risque d’une arrestation en mettant le pied dans un pays qui ne plaisante pas avec les crimes de guerre ?

Dans ton propre pays – façon de parler – des agissements comme les tiens sont légion. Tu te souviens sans doute de la remarque de Dan Halutz, ton ex-chef d’État-major. Lorsqu’on lui demanda ce qu’il avait ressenti en bombardant un immeuble résidentiel de Gaza, il répondit qu’il avait senti les ailes de son avion vibrer au moment de larguer la bombe qui fit 18 morts lorsqu’elle explosa. Pour toi, la disparition de femmes et d’enfants est-elle une blague ? Ce n’est pas le meurtre de civils qui causa la disgrâce du général Halutz, comme on pourrait légitimement s’y attendre, mais son échec dans la guerre contre le Liban il y a trois ans. Les dirigeants politiques qui t’ont donné ton ordre de mission l’ont désormais rejoint au panthéon surpeuplé des criminels de guerre israéliens. Ils t’ont dit d’aller défendre ton pays, et c’est là que le problème commence, n’est-ce pas ? Tes parents ou tes grands-parents ont pris à quelqu’un d’autre ce que tu appelles ton pays. Vrai ou faux ? En fait, ce que tu fais en bombardant Gaza, c’est attaquer ceux qui ont été déportés du pays que tu prétends défendre, mais ce que tu défends c’est ton « droit » à conserver ce territoire volé, et même après 60 ans, cela reste un non-sens, n’est-ce pas ?

Que disent tes parents lorsque tu rentres chez toi ? Ta mère est-elle toute excitée, te chouchoutant, te caressant les cheveux, te préparant une tasse de thé, soulagée que son fils bien-aimé soit de retour entier et en bonne santé ? En fait, elle n’a aucune idée de ce que tu as fait aujourd’hui, et ce n’est pas toi qui vas lui raconter – non pas qu’elle veuille savoir. Tu as juste fait ton boulot. Et en quoi consiste ton boulot ? Qu’as-tu accompli aujourd’hui ? Nous la connaissons, ta mission, mais ce que tu as fait en réalité est tout autre.

Sous prétexte de destruction des infrastructures terroristes, tu as tué des civils, concrêtement et avec efficacité. Il ne leur sera plus jamais possible de se relever. Impossible que ces enfants grandissent ou que leur mère disparue donne à nouveau la vie. Aucun espoir qu’un corps ne retrouve son membre ou sa tête disloqués par le missile que tu as tiré. Impossible de ressusciter les morts. C’est peut-être toi qui as bombardé le marché. Si c’est le cas, ais l’honnêteté de t’asseoir et de regarder la vidéo de ton œuvre. Tu vas voir une scène sortie tout droit de l’enfer. Peut-être te diras-tu que tu n’as pas vu de telles horreurs depuis… depuis quoi ? Depuis quand ? Selon tes critères, quel est l’équivalent de ce que tu as fait ? Depuis ce que les nazis ont fait ce que tu fait aujourd'hui aux civils, ou depuis ce que les Étasuniens ont commis au Vietnam ou en Iraq ? Quelque part, es-tu réconforté de savoir que nombreux sont ceux qui, avant toi, ont fait exactement la même chose, que tu n’es ni pire ni meilleur qu’eux ?

En toute probabilité, tu es un jeune homme charmant issu d’une bonne famille, fier d’avoir intégré l’école des pilotes de l’armée de l’air. On t’a appris à piloter les avions de guerre les plus sophistiqués de la planète afin de détruire l’ennemi. Sans nul doute, des psychologues sont intervenus à tel ou tel stade pour te préparer à la mort accidentelle de civils.

Lorsque le territoire ciblé est l’endroit le plus densément peuplé de la planète, tu sais que des civils vont mourir, mais tes justifications sont toutes prêtes. Tout est la faute de l’ennemi. Après tout, ce sont eux qui ont commencé ; après tout, nous avons tout tenté pour éviter cette situation ; après tout, ils ont rompu le cessez-le-feu ; après tout, ils terrifient nos concitoyens dans le Sud du pays ; après tout, ils s’abritent et cachent des armes parmi les civils ; après tout, nous ne ciblons pas délibérément des civils… après tout, ils sont si nombreux, c’est vrai ; et tu vas utiliser toutes ces justifications pour expliquer que, même si c’est ton avion qui a tiré ces missiles, même si c’est ta main qui a appuyé sur la commande, tu n’es pour rien dans leur mort. Est-ce ta faute si l’ennemi transforme les écoles, les mosquées, les immeubles résidentiels, les campus universitaires, les ministères, le Parlement et les ambulances en infrastructure terroristes ? Par conséquent, tu n’es pas un meurtrier – après tout. Ce sont eux, les meurtriers.

L’ennemi est le meurtrier. Il t’a forcé à tuer son propre peuple. Il ne t’a pas laissé le choix. Bien sûr, pour un pilote de l’une des meilleures armées de l’air de la planète, il y a quelque chose qui cloche dans toute cette histoire. Tu ne cours aucun danger dans le ciel de Gaza. Les Gazaouis n’ont ni avions, ni missiles sol-air pour te menacer. Tu es en totale sécurité dans le cockpit de ton F-16. Tu as tout le temps qu’il te faut pour verrouiller ta cible et tirer : on doit donc en conclure que tes bombardements sur un marché, un centre commercial ou une école sont délibérés, et que le meurtre de civils fait partie d’un plan établi par tes chefs militaires et soutenu par tes politiciens afin de paralyser le gouvernement du Hamas en terrorisant la population civile. C’est ce qu’ont fait les Étasuniens en Iraq en 2003, et c’est ce que toi et tes camarades pilotes ont fait au Liban en 2006 – à ce propos, pouvons-nous supposer que nous assistons actuellement au prototype de ce que vous projetez de faire au Liban la prochaine fois ? Que vous n’êtes pas allés assez loin en 2006 et prévoyez d’aller encore plus loin au cours du prochain massacre ?

Tu dois justifier tes crimes, car sinon, tu ne pourrais plus te regarder dans un miroir ou supporter le regard d’autrui. Tu ne pourrais plus écouter leurs éloges, car tu sais, même si personne d’autre n’est au courant, ce que tu as fait. Mais que diras-tu si tout cela remonte à la surface, que diras-tu, non pas au milieu de la nuit, lorsque, allongé dans ton lit , les yeux aux plafond, tu te demandes ce que tu as fait, mais face à un tribunal qui t’accusera de crimes de guerre ? « Je ne faisais qu’obéir aux ordres ». Gageons que tu as déjà entendu cette réponse quelque part.

Jeremy Salt est professeur associé en histoire et politique du Moyen-Orient à l’Université Bilken d’Ankara, en Turquie. Auparavant, il a enseigné à l’université du Bosphore à Istanbul, et à l’université de Melbourne au sein des départements d’étude du Moyen-Orient et de sciences politiques. Le professeur Salt a écrit de nombreux articles sur les problèmes du Moyen-Orient et en particulier de la Palestine. Il a été journaliste pour The Age lorsqu’il vivait à Melbourne. Il a rédigé cet article pour le site PalestineChronicle.com

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique

09/01/2009

Yonatan Shapira : “il n’y a pas de solution militaire, il faut faire pression sur le gouvernement israélien”

Publié le  par ibnkafka, édité par Futur Quantique

"Mon gouvernement est engagé dans un Gigantesque Crime de Guerre"

21/08/2008

La colère des proches de Julien, tué en Afghanistan

J’ai juste envie de dire que faire un choix c’est facile, l’assumer c’est autre chose. J’ai juste envie de dire que la mort est devant moi et qu’elle est terrifiante. » Voilà ce que Julien Le Pahun a écrit sur son blog le 16 juillet dernier, à la veille de prendre l’avion pour rejoindre les forces de l’Otan en Afghanistan.

Ce jeune soldat du 8e régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa), est l’un des dix combattants tués lundi dans une embuscade des talibans, à une cinquantaine de kilomètres de Kaboul.

A quelques heures de rencontrer le chef de l’Etat pour l’hommage solennel aux Invalides (Paris), ses proches et parents, réunis hier au domicile familial à Montévrain, ne cachaient pas leur colère et leur « rancoeur » devant le destin de Julien.

« Les images qu’on nous montre à la télévision ne reflètent pas la réalité, estime le père du soldat, Joël Le Pahun. La vérité, c’est qu’on envoie des gamins se faire tuer comme des cibles au ball-trap. Pourquoi est-ce que des jeunes de 20 ans, formés depuis six mois ou un an, se retrouvent sur ce terrain, le plus difficile ? Qu’est-ce qu’ils défendent exactement là-bas ? » Toutes ces questions, Joël Le Pahun compte les poser aujourd’hui à Nicolas Sarkozy, qui doit rencontrer les familles des victimes en marge de la cérémonie parisienne.

«La mort est devant moi, elle est terrifiante », a écrit Julien sur son blog

Marine, la petite soeur de Julien, âgée de 17 ans, jurait hier « ne pas avoir envie de parler au président et aux politiques ». Tout comme ses amis, elle préfère se souvenir du jeune homme sociable et rigolard, plus que du soldat engagé en juin 2007 au prestigieux RPIMa de Castres (Tarn). « L’armée l’a changé, notent-ils. Ces derniers mois, il semblait beaucoup plus tendu que d’habitude, comme aux aguets, même quand il dormait. Les soldats, à force, ne sont plus des hommes. Ils deviennent des armes. »

Peu intéressé par les études, Julien avait lâché l’école à 17 ans. « Il pensait qu’il ne lui restait que l’armée, racontent ses amis. Il a passé les tests sans conviction, mais quand il a été admis chez les parachutistes, il était tellement fier qu’il a voulu continuer. » L’Afghanistan était sa première mission. Avec un téléphone portable acheté à Kaboul, il restait en contact quotidiennement avec sa famille et ses copains.

« Il n’avait pas le droit de raconter précisément ce qu’il faisait, raconte son frère Aurélien, âgé de 15 ans. Mais en substance, on comprenait que c’était horrible. » Selon son père, le jeune homme semblait particulièrement tendu à la fin de la semaine dernière : « Vendredi, il était en larmes après une sortie près de Kaboul, relate-t-il. Il me disait que s’il y avait eu des talibans dans ce défilé où ils patrouillaient, ils seraient tous morts. »

Article original : Le Parisien.

20/08/2008

Révolte

Délaissons quelques minutes nos préoccupations habituelles. Faisons l'effort d'oublier que nous risquons d'être détruits incessamment par « quelque chose... », que des ondes négatives nous pourrissent la vie, que le dentifrice lui-même est peut-être piégé, que le « gouvernement bling-bling » s'habille en « Prada » - personnellement je trouve qu'il y a assez de sujets intéressants pour ne pas virer dans le people...mais je respecte les choix des autres.

Non, imaginez-vous juste... la vie courante, normale. Et lisez une histoire vraie que l'on peut calquer mot pour mot sur l'ACTUALITE de dizaines de gens en ce moment même, à cette heure même, pas très loin de chez nous, à Castres. Vous commencez à comprendre ou non?

10 Français sont morts.

10 Français blessés ont eu le très grand privilège de voir leur président dans un hôpital.

Des 11 Français qui restent, on peut présager qu'ils sont pour le moment intransportables, car il n'y en a précisément que 10 qui entrent « au pays ».

( Si je sais compter, ça fait bien les 21 blessés de l'attentat d'Afghanistan...)

Lisez cette histoire...

Un matin de décembre, après avoir emmené ses 5 enfants à l'école, peignée et maquillée en vertu des critères en vogue de la « gentille petite femme d'officier », celle qui va à toutes les cérémonies, tous les cocktails, toutes les activités de « club de régiment », bref qui ne fait pas de vague et qui courageusement a rajouté quelques douceurs-maisons dans le paquetage de son homme parti en mission loin, si loin...qu'elle ne sait pas trop où exactement, se présente à l'activité du jour.

Porte du club fermée, bon, elle est en avance, comme d'autres d'ailleurs, qui piétinent déjà.

Congratulations d'usage – on se voit tous les jours, on n'a rien à se dire mais il faut sourire, avoir l'air gai et enjoué...Proposition « anodine » : « on va boire un café, il fait trop froid ! »

Curieux, ces gentes dames emboîtent le pas à leur mentor, « épouse de Chef de Corps », un titre, une fonction, un sacerdoce ! S'occuper d'occuper toutes ces dames, de seconder le Grand Chef, etc, etc... et le petit troupeau atterrit dans le bureau du Big Boss – pour boire un café ? Quel honneur ! Et de rajuster le petit foulard, avant d'entrer dans le saint des saints.

L'Homme qui dirige la destinée de sa moitié, la petite dame l'a déjà vu, mais jamais de si près, d'autant que c'est d'elle qu'il s'approche, grave, et... l'embrasse en bon Père de famille... avant de lui proposer un siège et un café. Pourquoi elle, pourquoi ce jour-là, et les autres ? Gênée, elle voudrait disparaître quand comme dans un ralenti, le brouillard s'épaissit autour des mots qu'elle entend.

« ...ne pas vous inquiéter, l'affaire d'une semaine de repos, quelle idée de faire le c... avec sa jeep. »

Ce discours à la fois gêné et enjoué...

W. se lève et décide, « je rentre chez moi, dans ce cas il va me téléphoner, les liaisons dans la capitale sont possibles. »

Personne ne la retient, tout le monde a l'air soulagé. Plus tard elle comprendra pourquoi. Ni larme, ni cri, rien, un grand calme.

De retour chez elle, W. s'assied à côté du téléphone et repense à ce qu'elle vient d'apprendre.

En « mission humanitaire », son époux est parti depuis deux mois, on est à la moitié de l'épreuve et elle reçoit sporadiquement une lettre, strictement personnelle, rien sur sa situation ni sur sa localisation. Et elle vient d'apprendre qu'il aurait eu un accident « bénin, trois fois rien, il a renversé la jeep ! Dans du sable, ça ne doit pas faire très mal... le veinard, une semaine de permission à la capitale. »

Il faut réagir, préparer le déjeuner avant d'aller chercher « les 5 », ses enfants, leurs enfants. Petits encore, donc elle décide de ne rien dire tant qu'elle n'en sait pas davantage.

Téléphone, le « second » - comprenez l'adjoint du Chef de Corps- lui demande de repasser au Régiment.

Elle fonce.

Pas grand chose de plus, si ce n'est un infléchissement notable dans le ton, de plus en plus embarrassé. Oh ce n'est pas grave, mais si des nouvelles arrivent – il va peut-être rentrer ! - on veut pouvoir la joindre à tout moment. On lui confie un téléphone portable (en 1998 elle n'en a jamais vu de sa vie, on lui explique le fonctionnement, pas compliqué) et on lui propose toute l'aide qu'elle peut demander...

Ce qu'elle veut, c'est simplement parler à son mari et savoir comment il va, car cette histoire devient louche. Justement, on va la contacter, pas de problème...

Tout s'accélère, rentrée chez elle, la porte encore ouverte elle se précipite sur son téléphone qui sonne dans le vide, la liaison est mauvaise, le Médecin-Chef de l'hôpital principal « là-bas », lui annonce que son mari va être rapatrié à Paris en urgence, dès qu'il sera transportable.

Comment ça transportable ? La vérité déchire le brouillard, il n'y a jamais eu de jeep, ni de permission et il faut stabiliser un état critique. Paris va envoyer un avion médicalisé en urgence, qu'elle prenne ses dispositions. Le Régiment? Bien sûr que tout le monde est au courant, premier informé! « Je vous rappelle ».

C'est une autre femme qui rappelle le Bureau, pas question de leur montrer ses larmes et sa peur, ses paroles claquent, personne ne s'attend à ça, panique à bord. Oui ils savaient, non ils ne voulaient pas l'inquiéter, bref on s'enlise... elle raccroche.

Une pause avec les enfants, à qui elle ne dit rien. Effort surhumain, ce ne sera pas le dernier.

Puis elle contacte des amis, range l'appartement, fait sa valise quand le Chef la rappelle. Penaud, embêté, il ira même jusqu'à lui proposer de prendre les enfants en pension. Non, « les 5 » resteront ensemble à la maison, c'est elle qui leur parlera, interdiction de les approcher. Voiture , chauffeur et... Médecin-chef accompagnateur sont mis à sa disposition. Elle sera à Paris quand l'avion atterrira, mais on ne sait pas ...assez de mensonge, de faux-fuyants. L'assistante Sociale ( ???) lui a retenu une chambre, pour une durée indéterminée.

Aux enfants après l'école, elle dit la vérité, le peu qu'elle sait. Elle va chercher Papa. Téléphonera tous les jours, leur fait les recommandations d'usage. W. est courageuse, un de ses fils manque de la faire déraper, il a toujours eu le chic pour les réflexions qui dérangent. « Il sera comme avant Papa ? Tu promets ? ».

Elle regarde l'enfant, dur, tendu comme un arc, un accord silencieux, « veille sur les petits »...

« oui, je promets. »

Du trajet dans la nuit, des mots elle ne garde qu'un vague souvenir, Paris, l'hôpital.

Café. Café. Non l'avion va arriver. On ne sait rien. Le jour se lève sur une triste matinée d'hiver qui plombe la capitale. Combien de temps, une heure? Plus? Café.

Le Médecin-chef du service de réanimation se précipite dès son arrivée, lui serre les mains, très fort, ne ment pas. Tout est prêt, la salle d'opérations, la banque de sang... Une équipe entière est en place, elle les voit courir dans les couloirs, l'ambulance arrive, après tout c'est l'un des leurs... à double titre. Elle a demandé à voir son homme, quelques secondes. Un brancard surmédicalisé, irréaliste, le Médecin-chef ( elle l'avait oublié celui-là...) manque de tomber dans les pommes, elle s'approche, choc.

Sur les paupières des compresses avec un sparadrap. Il n'entend rien, ne voit rien, n'est pas là.

Le silence, l'équipe guette un signe pour foncer, un regard, les yeux dans les yeux avec le mandarin, un murmure, « sauvez-le »... tout le monde disparaît derrière les portes infranchissables...

L'attente commence, dès qu'une porte s'ouvre elle sursaute. A bout de nerfs va acheter les journaux à l'ouverture de la boutique de l'hôpital, ils en savent toujours plus que tout le monde...

Et trouve un entrefilet de 10 mini-lignes dans une rubrique « chiens écrasés », anodin, un attentat, un de plus dans un pays lointain, trois blessés. Elle regarde le médecin-chef, engourdi de sommeil, renonce à lui parler.

Café.

Irruption du Médecin Chef du service, qui va droit vers W., lui serre les mains à les broyer, « scanner ...état...pas d'opération...coma...réanimation...préparation, et vous pourrez le voir. »

Son ombre s'est approchée, n'en perd pas une miette – il faudra rendre compte au retour.

W. lui montre le journal, « il s'agit d'eux ? ... Oui mais... vous l'ignoriez ???? »

Elle lui raconte l'histoire de la jeep et de la permission, il change de tête, empoigne le petit collègue et l'entraîne à l'écart. Elle ne veut pas savoir et lorsqu'il revient vers elle, elle le renvoie dans sa province, non besoin de rien. Merci pour tout ( elle est polie comme un glaçon) et au-revoir, les portes de la réanimation s'entrouvrent , elle s'y engouffre.

Son temps appartient à son mari, elle veut oublier le reste.

Le plus dur commence.

...

Des mois d'hôpital, des mois de rééducation, et finalement, des familles détruites.

Papa est rentré, mais pas tout à fait... comme avant.

Il est des traumatismes ineffaçables.

Pourquoi divulguer aujourd'hui des faits qui se sont passés il y a plus de dix ans... sans nom, ni lieu, ni date.

Parce que ce n'est pas la première fois que cela arrive, parce qu'aujourd'hui des dizaines de personnes vivent un cauchemar mais que personne n'en parle; parce que nul ne sait la détresse d'un enfant à qui on dit qu'il n'a plus de Père ou que celui-ci est vivant – mais dans quel état ?

Parce que ceux qui rentrent même légèrement blessés pour ceux qui s'en sortent au mieux, sont marqués à vie.

Parce que c'est la photo du Président de la République qu'on affiche, ce sont ses mots qu'on publie.

Peu importe de quel côté on se place, droite/gauche, les balles ne choisissent pas leur camp.

Le visage de ces hommes- de tous ces hommes-, le regard de leurs familles personne ne les verra...

On met en place, grande mode, des « cellules d'aide psychologiques », mais ce qu'on ne dit pas, c'est qu'ainsi, on bride la parole de ceux et de celles qui souffrent, qui voudraient crier leur ras-le-bol au monde entier, qu'on entoure jusqu'à ce que « le soufflé soit retombé » – surtout dans les médias - mais dont le reste de la vie sera un enfer...

Et toute cette boue pour la gloire. De quoi ? De qui ?

Une médaille sur un cercueil, des poignées de main aux survivants, une photo sur le buffet ?

Parce que nous n'avons donc jamais rien appris, rien compris...

Parce que tout le monde se fout de la valeur de 31 vies humaines ( 10 morts, 21 blessés ) mais décortique le prix de la paire de sandales de Carla...

Dans les articles parus sur FQ, nous avons dénoncé ces mises en scène rendant crédibles des actes de guerre qui risquent de mettre le feu à la planète prématurément, nous avons accusé Bush et consorts, et moi, fille, petite-fille de résistants morts lors de la Seconde Guerre Mondiale, j'accuse de crime ceux en France, qui les suivent aveuglément.

J'aurai peut être un accident de voiture demain... cela ne prouvera qu'une chose : j'ai raison...

Walkyrie.

Morts sur l'autel de la folie sarkozienne

CASTRES (Tarn), (AFP) - "C'est catastrophique", "c'étaient des membres de la famille", "la ville est marraine du régiment", entendait-on mardi à Castres alors que se répandait la nouvelle de la mort de 10 soldats français en Afghanistan, dont huit basés dans la sous-préfecture du Tarn.

Le 8e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa) de Castres a envoyé plus de 550 hommes cet été vers l'Afghanistan dans le cadre des renforts décidés par le gouvernement français.

"Il n'ont pas eu beaucoup de temps d'adaptation. On s'inquiétait de les voir partir pour une destination si risquée, les femmes de militaires ne voulaient pas parler de cette mission", dit tristement Laurent Pasquet, patron du tabac de la rue Gambetta au centre-ville.

Des Castrais ont ressorti mardi le ruban jaune qu'ils arboraient en juillet au moment du départ des troupes en soutien aux soldats et à leurs familles. Le député Philippe Folliot (app. NC) est venu à la caserne du régiment, familièrement surnommé le "8", arborant le fameux ruban jaune.

Laurent Pasquet se rappelle en avoir vendu de nombreux en juillet. "C'était une initiative de la femme du chef de détachement, on les a vendus à deux euros au bénéfice des familles", confie-t-il.

M. Pasquet explique qu'il existe un lien profond entre les 47.000 habitants de Castres et le régiment. "Beaucoup sont restés près de Castres après avoir terminé leur carrière, ça enrichit le lien", dit-il en citant un cas dans sa famille.

Philippe Folliot rappelle "les liens très forts qui se sont tissés depuis 1963 et l'implantation du "8" à Castres". "C'est un élément de symbole fort de la ville, tout comme l'équipe de rugby du Castres Olympique. Beaucoup se disent: "c'est ma famille"", souligne le député.

"Ce n'est pas le moment de remettre en cause notre engagement en Afghanistan", ajoute-t-il, en soulignant qu'un hommage national aux victimes se prépare aux Invalides à Paris.

Une pharmacienne, qui requiert l'anonymat, souligne que "pas mal de jeunes filles d'ici ont rencontré leur mari au 8e RPIMa".

"On a beau dire que ce sont les risques du métier, il ne faut pas oublier la dimension humaine, les enfants qui perdent leur papa, la France doit s'incliner devant eux", ajoute-t-elle.

A la mairie, les drapeaux sont en berne depuis le milieu de l'après-midi et les hommages s'accumulent: "A la foi, la force et le courage", a signé un ancien de la coloniale, tandis qu'un autre salue les "actions menées par nos militaires".

Dans un café de la place Jean Jaurès, au coeur de la ville, Florian Castillan, jeune serveur, ne connaît pas encore les noms des victimes mais il s'inquiète: "J'en connais sans doute, il y a peut-être un ami". Son patron, Gilles Liégeois, visiblement marqué, répète: "C'était une destination à risques, c'est catastrophique!".

Les familles des victimes ont été prises en charge par une cellule d'aide. Les rencontres se font dans la caserne, à l'abri du public. Tout aussi discrètement, des bouquets ont commencé à orner le mur d'enceinte.

Article original : Yahoo News

 

Note de P&P : Quelques jours après que Sarkozy ait déclaré que les militaires français étaient des incapables et que Fillon ait annoncé le démantélement de l'armée française, 10 soldats français sont morts en Afghanistan et 21 sont blessés dont certains dans un état grave puisqu'ils n'ont toujours pas tous été rapatriés.

Il est difficile de ne pas penser aux épouses, aux orphelins, aux familles, aux amis, qui parfois porteront pour le reste de leur existence les stigmates de ces dramatiques disparitions.

Et bien sûr une question lancinante revient encore et encore : "A quoi auront servi ces morts ? Pourquoi ?"

Face à tant de douleurs on ne peut que s'interroger sur la présence de 2600 militaires français en Afghanistan qui participent à l'occupation et la destruction de l'Afghanistan.

Même les différentes raisons officielles invoquées au fil du temps laissent songeur :

1/ pourchasser Oussama Ben Laden ?

Soi disant insaisissable depuis plus de 7 ans alors que les satellites militaires détectent des têtes d'épingles, on peut se demander si Oussama Ben Laden ne joue pas le rôle idéal du méchant terroriste introuvable, prétexte d'une occupation sans fin. Remarquons également que selon  Benazir Buttho, les services secrets saoudiens et les services secrets français, Oussama Ben Laden est mort depuis plusieurs années.

2/ Eradiquer les talibans ?

Ne serait-il pas paradoxal que les Etats Unis et leur vassaux tels que Sarkozy ou Brown se mettent soudain en quête de démocratie alors que tant de nations souffrent sous le joug de dictatures, elles-même mises en place par les Etats-Unis.

Non les armées américaines ne sont nullement libératrices, depuis des décennies que ce soit en Corée, au Vietnam, au Guatemala, au Panama, en Iraq... c'est toujours la même histoire. Un prétexte généralement créé de toutes pièces par la CIA (agression, dictature, guerre civile...) est invoqué pour envahir le pays cible puis le piller (appropriation des ressources minières, pris de contrôles des marchés publics et privés, exploitation de la main d'oeuvre, contrôle du territoire,...)

A ce sujet il est piquant de constater que le mouvement des talibans a été créée dans les années 70 par la CIA dans le cadre du développement de plusieurs mouvements islamistes dans les pays entourant la Russie afin d'attaquer à terme cette dernière.

3/ Libérer l'Afghanistan ?

Quel paradoxe, aujourd'hui l'Afghanistan est occupé, bombardé depuis des années, des milliers de civils ont été sacrifiés par l'armée étasunienne et ses laquais, auparavant la population afghane était victime des talibans formés, financés et entrainés par la CIA.

Dans cette histoire la CIA et le Pentagone se situent aux antipodes du libérateur. Le jour de leur arrivée sur la terre afghane a signé le début de l'asservissement et d'immenses souffrances pour le peuple afghan.

Alors pourquoi ? Pourquoi dix jeunes Français sont allés mourrir à des milliers de kilomètres de leurs familles et de leurs amis ?

Comme souvent l'examen des bénéficiaires d'une opération permet également d'en identifier les auteurs.

Cui bono ? A qui profite la situation ? Si l'on se penche sur la situation de l'Afghanistan on se rend rapidement compte que depuis l'invasion étasunienne deux éléments macro économiques ont sensiblement changé :

-d'une part l'Afghanistan est devenu le premier producteur mondial d'héroïne, sachant que la production d'opium avait été initiée dès le début des années 80 par la CIA.

-d'autre part les accord concernant un gazoduc majeur permettant d'éviter le territoire russe a été signé en juin 2008.

P.S. : Nous recherchons désespérement  des images prises pendant ou après l'accident , et nous n'osons écouter nos tendances paranoïaques qui répétent insidieusement : "les médias et les politiques vont main dans la main, aucune image des victimes ne sera donc publiée, ce serait mauvais pour la côte de popularité de notre très cher président".