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28/02/2009

¡Que se vayan todos! – voilà ce qui dit le mécontentement mondial


Par Naomi Klein

The Guardian, le 8 février 2009

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Le monde ne se soulève pas seulement contre les élites qui gouvernent – mais aussi contre le modèle du capitalisme dérégulé dans son ensemble.

En regardant les Islandais taper sur des pots et des casseroles jusqu’à ce que leur gouvernement tombe, je me suis souvenue d’un slogan populaire des cercles anticapitalistes de 2002 : « Vous êtes Enron. Nous sommes l’Argentine. »

Son message était assez simple. Vous – les politiques et les PDG qui vous pressez aux forums économiques – êtes les cadres impitoyables et les escrocs d’Enron (bien sûr, nous n’en connaissions pas la moitié). Nous – la populace – sommes comme le peuple argentin, lequel, au milieu d’une crise économique effroyablement comparable à la nôtre, est descendu dans la rue en frappant sur des pots et des casseroles. Ils scandaient : « ¡Que se vayan todos! » [Qu’ils s’en aillent tous] – et ils ont forcé quatre présidents successifs à partir en moins de trois semaines. Ce qui rend unique le soulèvement argentin de 2001-2002 est qu’il n’était pas dirigé contre un parti politique en particulier ou même contre la corruption en général. Sa cible était le modèle économique dominant : ce fut la première révolte nationale contre le capitalisme contemporain dérégulé.

Cela a pris du temps, mais de l’Islande à la Lettonie et de la Corée du Sud à la Grèce, le reste du monde a finalement son moment ¡Que se vayan todos! Les matrones islandaises stoïques frappant sur leurs pots alors même que leurs gosses mettent le frigo à sac pour trouver des projectiles (des œufs, c’est sûr, mais des yaourts ?) font écho aux tactiques devenues célèbres à Buenos Aires. Tout comme la colère collective envers les élites qui ont saccagé un pays autrefois florissant et qui pensaient pouvoir s’en tirer à bon compte. Ainsi que Gudrun Jonsdottir, une employée de bureau islandaise de 36 ans, le dit : « J’en ai assez ! Je ne fais pas confiance au gouvernement, je ne fais pas confiance aux banques, je ne fais pas confiance aux partis politiques et je ne fais pas confiance au FMI. Nous avions un bon pays et ils l’ont ruiné. »

Un autre écho : à Reykjavik, les manifestants ne se laisseront pas achetés par un simple changement de visage au sommet de l’Etat (même si le nouveau Premier ministre est une lesbienne). Ils veulent des aides pour les personnes, pas seulement pour les banques ; ils veulent des enquêtes judiciaires sur la débâcle et une réforme électorale profonde.

On peut entendre des exigences similaires en Lettonie, dont l’économie s’est contractée plus brutalement que n’importe quel autre pays de l’UE et où le gouvernement vacille. Pendant des semaines, la capitale a été secouée par les manifestations, dont une émeute à grande échelle, le 13 janvier, avec lancé de pavés. Comme en Islande, les Lettons sont scandalisés par le refus de leurs dirigeants de reconnaître la moindre responsabilité dans ce désastre. Interrogé par Bloomberg TV sur ce qui a déclenché la crise, le ministre de finances letton a haussé les épaules en disant : « Rien de particulier ».

Mais les problèmes de la Lettonie sont vraiment particuliers : la politique qui a permis au « tigre de la Baltique » de croître à un rythme de 12% en 2006 l’amène aussi à se contracter violemment, selon les prévisions, de 10% cette année : l’argent, libéré de toute entrave, sort aussi vite qu’il rentre, avec une grande part qui est détournée vers les poches des politiciens. (Ce n’est pas une coïncidence si beaucoup des grands invalides d’aujourd’hui sont les « miracles » d’hier : l’Irlande, l’Estonie, l’Islande, la Lettonie).

En Lettonie, une grande partie de la colère populaire s’est concentrée contre les mesures d’austérité du gouvernement – licenciements massifs, services sociaux réduits et salaires du secteur public considérablement réduits – toutes qualifiant la Lettonie pour un prêt d’urgence du FMI (non, rien n’a changé). En Grèce, les émeutes de décembre ont fait suite à la mort d’un jeune de 15 ans, abattu par la police. Mais ce qui a conduit ce mouvement à se poursuivre, avec les agriculteurs prenant la tête des étudiants, est une colère généralisée contre la réponse donnée par le gouvernement à la crise : les banques ont obtenu 36 milliards d’euros de subventions tandis que les travailleurs ont vu leurs pensions réduites et les agriculteurs n’ont quasiment rien reçu.

Malgré le désagrément causé par les tracteurs qui bloquent les routes, 78% des Grecs disent que les exigences des agriculteurs sont raisonnables. De façon similaire, la récente grève générale en France – déclenchée en partie par les plans du Président Sarkozy de réduire de façon spectaculaire le nombre d’enseignants – a inspiré le soutien de 70% de la population.

Peut-être que le fil conducteur le plus solide de cette réaction violente mondiale est le rejet de la logique de « la politique extraordinaire » - une expression créée par le politicien polonais Leszek Balcerowicz pour décrire comment, dans une crise, les politiciens peuvent ignorer les règles législatives et se ruer vers des « réformes » impopulaires. Le truc commence à être usé, ainsi que le gouvernement sud-coréen l’a découvert récemment. En décembre, le parti au pouvoir a essayé d’utiliser la crise pour foncer tête baissée dans un accord de libre-échange hautement controversé avec les Etats-Unis. Emmenant la politique des coulisses vers de nouveaux extrêmes, les législateurs se sont enfermés dans la chambre afin de pouvoir voter à huis clos, barricadant la porte avec des bureaux, des chaises et des canapés.

L’opposition en a eu assez : avec des marteaux-piqueurs et une scie électrique, ils sont entrés de force et ont organisé un sit-in de 12 jours dans le parlement. Le vote a été retardé, accordant plus de temps pour le débat – une victoire pour une nouvelle sorte de « politique extraordinaire ». Le modèle est clair : les gouvernements qui répondent à une crise créée par l’idéologie du libre-échange par une accélération de ce même programme discrédité ne survivront pas pour raconter l’histoire. Comme les étudiants italiens sont descendus dans la rue en criant : « Nous ne paierons pas pour votre crise ! »

 

Traduit de l'anglais par JFG/QuestionsCritiques

27/12/2008

Victoria (Keny Arkana)

Keny Arkana interprète Victoria (clip officiel)

26/12/2008

Et comme reverbère quotidien, je m’offrirai madame Thatcher.

thatcher.jpgAnne Ladonne, une Parisienne, mère de trois enfants, regarde défiler la campagne du Kent à travers la fenêtre de l'Eurostar, tout en réfléchissant à voix haute à sa liste de courses : "Pain de mie tranché de chez Marks and Spencers [notre équivalent n'est pas aussi moelleux]. Crackers au fromage pour Noël, sablés au beurre, sauce pour les pâtes Marks and Spencer…" Anne Ladonne, directrice de communication, s'est rendue compte que faire son shopping à Londres et se procurer des articles exotiques qu'elle ne trouvait pas à Paris devenait tout à coup envisageable. La chute de la livre [20 % par rapport à l'euro depuis le début de l'année] est devenue synonyme de bonnes affaires, d'autant que la Grande-Bretagne raffole des promos. "Des pyjamas Primark", songe-t-elle soudain avec enthousiasme.

Londres, autrefois réputée pour ses prix incroyablement élevés, est-elle en train de perdre cette image pour devenir une destination de shopping bon marché ? On se rapproche dangereusement de la parité entre la livre sterling et l'euro alors que la devise de Sa Très Gracieuse Majesté valait encore 1,50 euro en janvier 2007. Les expatriés britanniques payés en livres sterling, qui ont longtemps joui d'un niveau de vie plus enviable qu'en France, sont maintenant à plaindre, tandis que les consommateurs français avisés, s'ils ont les moyens de s'offrir le voyage de Londres, profitent de l'aubaine.

A Kensington High Street, le rendez-vous shopping de nombreux riches expatriés français, Jean-Luc Vuhal, gérant de restaurant, médite sur son triste sort. "C'est dur quand je rentre en France avec des livres, se plaint-il. En revanche, toute ma famille française vient faire des courses ici, acheter des vêtements, des cadeaux de Noël, tout." Ayant détourné les yeux des vitrines parisiennes ces dernières semaines, je remonte cette rue commerçante pour voir dans quelle mesure les bas prix londoniens peuvent remonter le moral des Français.

D'énormes pancartes – de tous les formats – affichent la baisse de la TVA accordée par Gordon Brown [deux points de TVA en moins, dans le cadre du plan de relance]. La réduction incluse, une robe de soirée M&S coûte 55 livres (soit 61 euros). A titre de comparaison, j'ai été horrifiée par le prix de deux robes du même genre dans un grand magasin parisien, le BHV : 89,95 et 145 euros.

Mais le vrai comparatif consiste à faire une pause-café avec pâtisserie. Chez Phillies, situé dans une rue qui donne sur Kensington High Street, où un cinquième de la clientèle est française, l'expresso coûte 1,70 livre (1,90 euro), contre 2,50 euros à la terrasse de mon troquet du coin à Paris. Une part d'excellente tarte Tatin est à 4,50 livres (5 euros), à peu de choses près le même prix qu'à une terrasse de café à Paris. Autre test incontournable : une baguette est en promo chez Tesco à 89 pence [0,99 euro], contre 1,10 euro chez le boulanger*. Mais je sais laquelle je préfère. A Paris, j'avais déjà affronté le Salon des viticulteurs indépendants pour acheter quelques bouteilles de mousseux d'Alsace à moins de 8 euros la bouteille. Tesco propose du cava [vin mousseux catalan] millésimé à 5,99 livres [6,68 euros].

Il y a tout de même quelques avantages à être Britannique, pour peu que vous soyez payé en euros. Un diplômé de l'université de Newcastle de 24 ans, qui tient à garder l'anonymat de peur de passer pour un m'as-tu-vu, explique que son emploi à Paris et sa paie en euros l'aident à rembourser le prêt étudiant qu'il avait contracté en Grande-Bretagne. "Mon salaire et mon pouvoir d'achat augmentent quand je transfère l'argent en livres, explique-t-il. J'ai l'intention de rester plus longtemps en France pour finir de rembourser mes dettes. A ce rythme-là, j'en ai pour trois ans, pas plus."

Article original : Courrier International


Note de P&P : Vous souvenez-vous il y a quelques années ? Les médias reprenaient en chœur l’ « ode à Albion », il n’était plus possible de créer ou de développer une entreprise en France.

L’Angleterre était devnue le nouvel eldorado entrepreneurial, tellement plus attractive avec ses formalités administratives simplifiées, son boom économique, ses financements pléthoriques et surtout ses charges allégées.

Le message subliminal était bien sûr que l’on devait fuir la France au plus vite, cette vieille nation au bord de la ruine, minée par une fiscalité stratosphérique, plombée par son système de retraite, son assurance maladie et son assurance chômage, traînant comme un boulet trop lourd ses écoles et ses trains publics…

De l’autre côté de la Manche, l’histoire était tout autre.

Il y a près de trente ans, Margaret Thatcher arrivait au 10, Downing Street. A l’issue de son premier mandat sa côte de popularité était au plus bas en raison d’une politique ultra-libérale qui avait laissé exsangue la société anglaise.

Le hasard faisant souvent bien les choses, du moins pour nos chères élites, le conflit des Malouines émergea comme par miracle. Soudain l’Angleterre s’entichait d’un bout de cailloux désertique balayé par les vents glaciaux des 50e hurlants.

Quoi de mieux qu’une bonne guerre pour exalter les sentiments patriotiques et resserrer les rangs derrière le leader, défenseur de la fierté nationale et garant de la victoire à venir ?

Quelques centaines de morts plus tard, l’Angleterre sortait victorieuse de ce triste conflit et Thatcher emportait haut la main les élections qui s'ensuivirent.

Elle avait alors quasiment le champ libre. Elle écarta aisément le dernier obstacle qui s’opposait à elle. Les syndicats furent brisés par des mesures ultra-autoritaires, qui après les Malouines ne furent plus perçues comme les excès d’une dirigeante froide et haineuse mais comme la force salvatrice de celle qui avait vaincu le perfide Argentin.

Alors prit place la longue entreprise de démantèlement de la nation anglaise, grande braderie des biens publics, construits, financés, améliorés par des générations de citoyens.

De Thatcher à Brown en passant par Major et Blair, les services publics du pays furent livrés à une privatisation inexorable et particulièrement injuste puisqu’elle transférait les biens du peuple (hôpitaux, écoles, trains) aux plus nantis - les PDG, banquiers, lords dont l’entregent et/ou la fortune permettait de participer à la vente aux enchères du patrimoine public.

Le peuple s’appauvrissait mais le nombre de milliardaires lui ne cessait de croître.

Comme dans les dizaines de pays qui connurent le choc néolibéral, ce pillage fut accompagné par les banquiers qui ouvrirent en grand les vannes de l’argent facile.

Le peuple croulait sous des dettes toujours plus importantes mais les chiffres d’affaire stimulés par les achats à crédit ne cessaient de croître.

Evidemment, ces régimes fondés sur la croissance exponentielle des inégalités et des taux d’endettement ne peuvent durer bien longtemps.

Certes les médias font montre de trésors d’ingéniosité pour dissimuler les atrocités induites par le néolibéralisme lorqu'il sévit au Chili, en Argentine, au Brésil ou en Indonésie. Les « success stories » et les dysfonctionnements des reliquats d’un système public obsolète font les grands titres tandis que la hausse constante des taux de suicide, des sans-abris ou des affaires de corruption est soigneusement passée sous silence.

Mais lorsque ce désastre touche un pays comme l’Angleterre, voisin direct de la France, éternel rival, creuset d’une culture millénaire, il est plus difficile de masquer l’atroce réalité.

Car, en l’espace de quelques années le vent a tourné et l’Angleterre qui, comme les Etats-Unis a adopté le dogme néolibéral à bras ouvert, se retrouve dans une indicible crise de solvabilité. L’Etat, les banques, les entreprises, les particuliers ne sont plus en mesure d’honorer leurs dettes pharaoniques alors que quelques milliardaires, intimes du pouvoir, continuent à accroître leur fortune.

Dans ces pays, à contrario des sociétés ayant préservé leurs services publics, la chute déchenchée par la crise économique n'est nulllement amortie par les prestations chômages, les assurances-maladies, les pensions de retraite non capitalisées, les hôpitaux et les trains indépendants des trous d'air du marché. La crise économique y est intégralement transformée en crise sociale.

Pendant ce temps en France, la police matraque, les SDF crèvent de froid, les rangs de chômeurs s’étoffent, les élites s’engraissent, les droits reculent alors que Sarkozy suit scrupuleusement la voie qui a mené l’Angleterre droit au désastre.

Un dicton anglo-saxon affirme : "un idiot n'apprend rien de ses erreurs, une personne intelligente apprend de ses propres erreurs, un génie apprend des erreurs des autres."

Mainfestement Sarkozy est bien loin de tout éclair de génie. A moins que ce que le peuple perçoit légitimement comme une terrible erreur ne soit considéré par ceux qui l'ont mis au pouvoir comme un immense succès.

 

15/02/2008

Quand le Mossad organise des attentats contre les Juifs

Attentats de Buenos Aires - MANIPULATION DU TERRORISME ANTISÉMITE PAR LE MOSSAD


    On avait accusé le Hezbollah d'avoir fait les attentats antisémite de Buenos Aires en 1992 et 1994 ; mais, en fait, c'était le Mossad qui les avait commis pour pousser la communauté juive de ce pays à cesser d'être antisioniste. 
 

Washington veut réécrire les attentats de Buenos-Aires

    Les États-Unis voudraient utiliser le souvenir des attentats de Buenos Aires de 1992 et 1994 pour étoffer leur dossier contre les musulmans chiites. La plupart des encyclopédies continuent en effet à attribuer ces massacres au Hezbollah ou à l’Iran. Mais ces accusations ont fait long feu, la Justice argentine s’est orientée entre temps vers une piste israélienne. Du coup, Washington fait pression pour geler une enquête qui devient gênante.

    Pour étoffer ses accusations contre le « croissant chiite » (Iran, Syrie, Hezbollah libanais), Washington a décidé de verser au dossier les attentats commis à Buenos Aires au début des années 90. Il est en effet communément admis dans les pays atlantistes qu’ils furent l’œuvre de terroristes musulmans.

    Or, cette version des faits a été entre temps démentie par la Cour suprême argentine qui s’est, au contraire, orientée vers une piste israélienne. Une opération a donc été montée par les néo-conservateurs pour renverser le cours des choses. À la suite d’une réunion qui s’est tenue à Washington en mai 2006 et à laquelle ont participé deux hauts magistrats de Buenos Aires, de fortes pressions ont été exercées à la fois sur le gouvernement et sur la justice argentine. En réplique, un groupe de citoyens argentins conduit par le docteur Oscar Abdura Bini  [1] vient de porter plainte devant le Tribunal de Grande Instance de Buenos Aires nommément contre l’American Jewish Committee [2] et les procureurs Nissman et Martinez Burgos pour entrave à la Justice.

    Pour comprendre les enjeux de cette polémique, souvenons-nous de ces attentats.

    Le 17 mars 1992 une violente explosion détruisait l’ambassade d’Israël à Buenos Aires et endommageait gravement une église catholique et une école adjacentes. 29 personnes furent tuées et 242 autres furent blessées.

    Dans un premier temps, l’enquête s’orienta sur la piste islamique. L’attentat aurait été commis par un kamikaze palestinien utilisant une camionnette bourrée d’explosifs. Il aurait appartenu au Jihad islamique et aurait voulu venger l’assassinat par Israël du leader du Hezbollah libanais cheikh Abbas al-Musawi et de sa famille. L’opération aurait été préparée par un groupe de Pakistanais et coordonnée par Moshen Rabbani, l’attaché culturel de l’ambassade d’Iran. Ce dernier fut d’ailleurs interpellé, quelques années plus tard, en Allemagne avant d’être relâché faute de preuves.

    Le 18 juillet 1994, une seconde explosion dévastait l’immeuble de l’Association mutelle israélite argentine (AMIA) faisant 85 morts et plus de 300 blessés.

    L’enquête initiale s’orienta également sur la piste islamique. L’attentat aurait été commis par un kamikaze de 29 ans, Ibrahim Hussein Berro, conduisant un véhicule piégé. Quelques années plus tard, un mandat d’arrêt fut lancé contre Imad Mugniyah, un membre du Hezbollah libanais ; puis, l’ancien ambassadeur d’Iran en Argentine, Hade Soleimanpour, fut interpellé au Royaume-Uni et relâché faute de preuves.

    Tous ces éléments, qui paraissent être des conclusions définitives, sont reproduits depuis des années dans toutes sortes d’encyclopédies. Pourtant, aucun jugement n’est venu les confirmer. Pis, les enquêteurs ont progressivement déconstruit des versions qu’Israéliens et Américains leur avaient glissées à l’oreille pour en arriver à une hypothèse radicalement contraire : les deux attentats auraient été commis par des agents israéliens pour casser l’antisionisme de la communauté juive argentine. Les valses-hésitations des enquêteurs doivent être replacées dans le contexte politique mouvementé de leur pays, où les gouvernements et les insurrections se sont rapidement succédés. À ce jour, aucun jugement définitif n’ayant été rendu dans aucune des deux affaires, chacun peut donc tirer les conclusions qui l’arrangent en se référant à des actes contradictoires de procédure.

    Quoi qu’il en soit, le moins que l’on puisse dire est que la piste du terrorisme musulman ne tient plus la route et que les néo-conservateurs font tout ce qu’ils peuvent non pas pour débloquer les enquêtes, mais pour les enterrer définitivement.

    Le juge d’instruction Alfredo Horacio Bisordi a témoigné sous serment à huis clos, le 5 mars 2002, à propos du premier attentat, devant une commission d’enquête parlementaire. Le Réseau Voltaire a pu se procurer le script de cette audition.

    Selon le juge Bisordi, le commissaire Meni Battaglia dirigea l’enquête sur l’attentat contre l’ambassade. Il était secondé, à titre non-officiel, par un béret vert de l’ambassade des États-Unis (non identifié) et par le chef de la sécurité de l’ambassade d’Israël, Ronie Gornie, tous deux disposant prétendument d’une longue expérience de ce type d’attentat au Proche-Orient. Sur les conseils de ces « experts », le commissaire adopta immédiatement l’hypothèse de la voiture piégée et consigna avoir retrouvé des morceaux épars du moteur d’une camionnette Ford 100.

    Il ne fut pas possible d’établir la liste exacte des victimes, car il s’avéra que la liste des diplomates israéliens accrédités ne correspondait pas à la réalité du personnel de l’ambassade, sans que cette différence puisse être expliquée. Le commissaire Battaglia s’opposa au juge Bisordi, qui souhaitait faire autopsier les victimes, au motif que cela n’apporterait pas d’éléments nouveaux. Le juge insistant, le Grand rabbin d’Argentine s’y opposa à son tour au motif que, dans le cas des victimes juives, il s’agirait d’une profanation. Il ne fut en définitive procédé à aucune autopsie.

    Le magistrat s’interrogeait sur deux points : pourquoi avoir attendu que l’ambassade soit vide pour l’attaquer alors que, quelques heures plus tôt, on y recevait en grande pompe une centaine de personnalités juives ? Et pourquoi recourir à un kamikaze alors que cela n’était pas nécessaire pour jeter la camionnette sur l’ambassade ?

    Manifestant de plus en plus de scepticisme sur la version que l’on essayait de lui imposer, il reçut la visite du directeur adjoint des services secrets (SIDE), le docteur Gerardo Conte Grand. Chargé de lui faire entendre raison.

    De plus en plus soupçonneux, le magistrat fit irruption à l’improviste au commissariat lors de l’interrogatoire d’un témoin-clé : un chauffeur de taxi qui attestait avoir raccompagné un groupe de musulmans à l’aéroport juste avant l’attentat. Ceux-ci lui auraient dit qu’il fallait quitter rapidement le quartier avant qu’il ne se transforme en enfer. Le juge Bisordi interrogea lui-même le témoin qui croyait avoir à faire à une personne aussi complaisante que les policiers. Le chauffeur de taxi refusa de décliner son identité et se présenta comme « l’homme d’Israël ». Il revendiqua être colonel de Tsahal et avoir combattu durant la Guerre des Six jours.

    Les éléments relatifs à la seconde enquête sont tout aussi édifiants avec notamment un vrai-faux policier israélien qui se promène comme chez lui dans les commissariats et les prisons argentines, et procède à des interrogatoires hors procédure et à des pressions sur les témoins. Prié de s’expliquer devant la justice argentine, l’homme a disparu. Le gouvernement israélien, après avoir nié son existence, a finalement reconnu l’employer, mais s’est opposé à son audition.

    La Cour suprême s’est réunie à huis clos pour examiner diverses pièces de procédures. Elle a validé des investigations scientifiques établissant de manière formelle que, contrairement à ce qui avait été admis au départ, il n’y avait pas de véhicules piégés conduits par des kamikazes, mais que les explosifs avaient été installés dans les bâtiments, aussi bien à l’ambassade qu’à l’AMIA.

    Tout ce qui a été dit sur l’origine des véhicules et leurs conducteurs est donc invalidé.

    Au lendemain de cette audience, le porte-parole de l’ambassade d’Israël à Buenos Aires a déploré ces conclusions et accusé les juges de la Cour suprême d’antisémitisme.

    Il faudra certainement encore beaucoup d’indépendance et de persévérance à la justice argentine pour élucider complétement ces affaires. Au demeurant, ceci suscite quelques commentaires.

    Il est étrange qu’il faille une dizaine d’années pour se rendre compte qu’un attentat a été réalisé en plaçant un explosif dans un bâtiment et non avec un véhicule kamikaze. J’observe au passage que dans l’enquête actuelle sur l’assassinat du Premier ministre libanaisRafic Hariri , la thèse de la camionnette piégée qui était considérée comme certaine par l’envoyé spécial de l’ONU Detlev Mehlis, n’est plus qu’une hypothèse de travail pour son successeur.

    En quatorze ans, de nombreux experts occidentaux ont rédigé des ouvrages sur le terrorisme en raisonnant sur une interprétation erronée des attentats de Buenos Aires. Ils ignorent ou feignent d’ignorer les progrès de l’enquête argentine, ce qui est soit un signe d’incompétence, soit de mauvaise foi. Ils s’accrochent aux conclusions de leurs raisonnements alors que les prémisses en sont fausses.

    Il est pénible de constater que les enquêtes judicaires sur les grands attentats terroristes imputés aux musulmans sont inachevées, qu’il s’agisse de Buenos Aires, de New York, de Bali, de Casablanca, de Madrid ou de Londres. D’autant que cela n’empêche guère les gouvernements néo-conservateurs et leurs « experts » d’en tirer des conclusions générales.

    Les États-Unis ont l’habitude de modifier rétrospectivement l’attribution d’attentats dont ils furent victimes, de manière à accuser leur adversaire réel ou fabriqué du moment. Ils envisagent maintenant de réécrire l’Histoire jusque chez les autres.

    Enfin, il convient de se montrer vigilant face aux va-t-en-guerre qui évoquent mensongèrement les attentats de Buenos Aires pour qualifier tel parti ou tel gouvernement de « terroristes » et appeler à son éradication.

Thierry Meyssan
Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire.
http://www.voltairenet.org

NOTES :

[1] Le docteur Oscar Abdura Bini est bien connu du public argentin. Il avait été sollicité par le président Carlos Menem pour empoisonner son épouse, dont il était le psychiatre attitré, en lui prescrivant des doses excessives de médicaments. Il avait alors protégé sa patiente contre les sbires présidentiels.

[2] Créée au lendemain de la Révolution russe, l’American Jewish Committee était initialement une association anti-communiste. Elle est devenue aujourd’hui néo-conservatrice. Il s’agit avant tout d’une organisation politique interne à la communauté juive américaine et non pas d’une organisation communautaire.

 

Note de P&P : Les attentats sanguinaires de Buenos Aires nous montrent que le Mossad est prêt à assassiner des centaines de Juifs pour arriver à ses propres fins, soit dans ce cas-ci anihilier le sentiment antisioniste de la communauté juive argentine.

Ces événéments nous montrent aussi que les Argentins juifs étaient bien inspirés d'entretenir de la méfiance à l'encontre des sionistes puisque ceux-ci n'hésitèrent pas à commettre deux attentats meurtriers contre la population juive.

Finalement les attentats de Buenos Aires illustrent, malgré ce que veulent nous faire croire les médias de masse, combien judaïsme et sionisme sont diamétralement opposés.

D'un côté le judaïsme est une religion, comme le christianisme, l'indouisme ou l'islam, religion qui rassemble des pratiquants dans leur quête de Dieu.

A l'opposé se trouve le sionisme qui n'est rien d'autre qu'une idéologie politique nationaliste avec toutes les notions de frontières, d'altérité, de possession, de xénophobie, de  haine et  de violence que cela implique.

Ce n'est pas un hasard si les critiques les plus pertinentes à l'égard du sionisme proviennent de Juifs éminents.