Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/01/2009

Le véritable objectif du massacre dans Gaza

par Jonathan Cook, Global Research, le 2 janvier 2009
Mondialisation.ca, Le 15 janvier 2009

Depuis que le Hamas a triomphé aux élections palestiniennes il y a près de trois ans, la rumeur circulait en Israël qu’une invasion terrestre de grande ampleur sur la bande de Gaza était imminente. Mais même quand l’opinion publique faisait monter la pression pour un coup décisif contre le Hamas, le gouvernement reculait devant un assaut frontal.

Aujourd’hui, le monde attend d’Ehud Barak, ministre de la Défense, qu’il envoie ses chars d’assaut et ses troupes dans la logique de cette opération qui pousse inexorablement vers une guerre terrestre. Néanmoins, les officiels temporisent. Des forces terrestres importantes sont massées à la frontière avec Gaza, mais en Israël on parle de « stratégies de sortie », d’accalmie et de renouvellement de cessez-le-feu.

Même si les chars israéliens s’avancent à l’intérieur de l’enclave, oseront-ils aller jusque sur les véritables champs de bataille au centre de la bande de Gaza ? Ou serviront-ils simplement, comme ce fut le cas dans le passé, à terroriser la population civile depuis la périphérie ?

Les Israéliens sont conscients de la raison officielle de la réticence de Barak à prolonger les raids aériens avec une guerre terrestre d’envergure. Ils n’ont pas oublié que les plus grandes pertes de l’armée dans la seconde Intifada palestinienne ont été essuyées en 2002 durant l’invasion du camp de réfugiés de Jénine.

Gaza, comme les Israéliens ne le savent que trop bien, est un gigantesque camp de réfugiés. Ses ruelles étroites, où les chars Merkava ne peuvent pénétrer, forceront les soldats israéliens à y entrer au grand jour. Gaza, dans l’imaginaire israélien, est un piège mortel.

De même, nul n’a oublié le lourd tribut qu’ont payé les soldats israéliens durant la guerre terrestre avec le Hezbollah en 2006. Dans un pays comme Israël, avec une armée citoyenne, l’opinion a fini par ressentir une véritable aversion pour une guerre où un grand nombre de ses fils seraient placés sur la ligne de tir.

Cette crainte n’est que renforcée par les articles de presse israéliens selon lesquels le Hamas prie pour voir l’armée israélienne s’engager dans un combat sérieux. La décision de sacrifier nombre de soldats à Gaza n’est pas de celle que Barak, dirigeant du Parti travailliste, prendra à la légère à six semaines des élections.

Mais il existe une autre inquiétude qui donne à Barak une même raison d’hésiter.

En dépit de la rhétorique populaire existant en Israël, aucun haut responsable ne croit que le Hamas puisse être anéanti, que ce soit par des raids aériens ou avec des brigades d’infanterie. Le Hamas est simplement beaucoup trop ancré dans la bande de Gaza.

Cette conclusion est admise pour les raisons modérées proposées jusqu’à maintenant pour les opérations d’Israël. « Installer le calme dans le sud du pays » et « Modifier l’environnement sécuritaire » prévalent sur les choix antérieurs, tels que « Eradiquer l’infrastructure du terrorisme ».

Une invasion dont le véritable objectif serait de renverser le Hamas, comme Barak et ses officiels l’entendent, exigerait une réoccupation militaire permanente de la bande de Gaza. Mais revenir sur le désengagement de Gaza - la grande idée en 2005 d’Ariel Sharon, Premier ministre de l’époque - supposerait un énorme engagement militaire et financier de la part d’Israël. Il aurait une fois de plus à assumer la responsabilité du bien-être de la population civile locale, et l’armée serait tenue à une surveillance traîtresse des camps surpeuplés de Gaza.

En effet, une invasion de Gaza pour renverser le Hamas serait un renversement de tendance dans la politique israélienne depuis le processus d’Oslo au début des années 90.

C’était le temps où Israël permettait au leader palestinien, Yasser Arafat, qui sortait d’un long exil, de revenir dans les territoires occupés avec son nouveau rôle de chef de l’Autorité palestinienne. Naïvement, Arafat avait supposé qu’il serait le dirigeant d’un gouvernement en attente. En vérité, il est simplement devenu, par contrat, le chef de la sécurité d’Israël.

Arafat a été supporté durant les années 90 parce qu’il faisait peu pour arrêter l’annexion réelle par Israël de vastes parties de la Cisjordanie grâce à l’expansion rapide des colonies de peuplement et l’accroissement de restrictions sévères aux déplacements des Palestiniens. Il avait préféré se concentrer sur le renforcement des forces de sécurité de ses fidèles du Fatah, maîtrisant le Hamas et préparant la naissance d’un Etat qui n’a jamais vu le jour.

Quand la seconde Intifada palestinienne s’est déclanchée, la preuve fut donnée que, pour Israël, Arafat n’avait plus d’utilité. Son Autorité palestinienne fut petit à petit émasculée.

Depuis la mort d’Arafat et le désengagement de Gaza, Israël cherche à consolider la séparation physique de la Bande de Gaza d’avec la très convoitée Cisjordanie. Même si ce n’est pas ce que voulait Israël à l’origine, la prise de pouvoir du Hamas sur Gaza a répondu de façon significative à cet objectif.

Israël est maintenant confronté à deux mouvements nationaux palestiniens. L’un, le Fatah, basé en Cisjordanie et dirigé par un président faible, Mahmoud Abbas, largement discrédité et conciliant. L’autre, le Hamas, basé dans la bande de Gaza, qui a grandi en assurance, prétendant être le véritable gardien de la résistance contre l’occupation.

Incapable d’anéantir le Hamas, Israël est en train actuellement d’examiner la possibilité de vivre avec ce groupe armé à sa porte.

Le Hamas a prouvé qu’il pouvait faire respecter ses règles dans la bande de Gaza, quasiment comme Arafat le faisait autrefois dans les deux territoires occupés. La question en débat au sein du cabinet israélien et dans les bureaux de l’armée est de savoir si, comme Arafat, le Hamas est susceptible de collaborer avec l’occupation. Il a fait la preuve de sa force, mais peut-il être utile à Israël, lui aussi ?

En pratique, cela voudrait dire dompter le Hamas plutôt que de l’étouffer. Israël essaie de faire monter le Fatah en Cisjordanie avec des carottes, et il utilise l’actuel massacre à Gaza comme un gros bâton avec lequel il tape sur le Hamas pour le mater.

L’objectif ultime est une nouvelle trêve qui arrêtera les tirs de roquettes depuis Gaza, comme avec le cessez-le-feu qui vient de se terminer, mais à des conditions encore plus favorables à Israël.

Le blocus sauvage qui a privé la population de Gaza de l’essentiel pendant de nombreux mois a failli dans son objectif. Au lieu de cela, le Hamas a assumé rapidement les tunnels clandestins qui sont devenus une bouée de sauvetage pour les Gazaouis. Les tunnels ont relevé les finances du Hamas, et sa popularité tout autant.

Il n’est donc pas surprenant qu’Israël se soucie peu de toucher la direction du Hamas ou sa branche armée. Au contraire, il a bombardé les tunnels, le coffre au trésor du Hamas, et il a tué un nombre important de policiers ordinaires, les garants de l’ordre public dans la bande de Gaza. Les derniers articles suggèrent qu’Israël programme en ce moment d’étendre ses raids aériens aux organisations de bienfaisance du Hamas, qui sont à la base de sa popularité.

La campagne aérienne s’en tient à la capacité du Hamas à fonctionner efficacement comme dirigeant de Gaza. Elle est en train de saper les bases du pouvoir politique du Hamas. La leçon n’est pas que le Hamas puisse être anéanti militairement, mais qu’il peut être affaibli à l’intérieur des territoires.

Israël espère apparemment persuader la direction du Hamas, comme il l’a fait pour Arafat en son temps, que le mieux pour servir ses intérêts serait de coopérer avec Israël. Le message est : oubliez votre mandat populaire de résistance à l’occupation et concentrez-vous plutôt sur votre maintien au pouvoir, avec notre aide.

Dans le brouillard de la guerre, les évènements peuvent encore s’aggraver et d’une telle manière qu’une vaste invasion terrestre ne puisse être évitée, spécialement si le Hamas poursuit ses tirs de roquette sur Israël. Mais quoi qu’il arrive, Israël et le Hamas sont presque certains à la fin de s’entendre sur un nouveau cessez-le-feu.

La question est de savoir si, ce faisant, le Hamas, comme Arafat avant lui, va perdre de vue sa mission première : obliger Israël à arrêter son occupation. 



Lire l'article original en anglais: The real goal of the slaughter in GazaHamas cannot be defeated, so it must be brought to heel, publié le 2 janvier 2008.
La version anglaise de cet article a également été publié dans 
The National (www.thenational.ae), à Abu Dhabi.

Traduction en français:JPP pour Info-Palestine.

Jonathan Cook
 est auteur et journaliste basé à Nazareth, Israël. Son dernier livre: “Disappearing Palestine: Israel's Experiments in Human Despair” (Zed Books). Son site internet est:  www.jkcook.net.

Jonathan Cook est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Jonathan Cook publiés par Mondialisation.ca

11/01/2009

La guerre n’est pas finie, mais Israël a déjà perdu

Tony Karon

Rootless Cosmopolitan

Vendredi 9 janvier 2009

waltz-with-bashir-001-433.jpg

Ne sommes nous pas déjà venus ici ? (Valse avec Bachir)

I. La dernière valse ?

Reproduire des comportements qui ont déjà entraîné des échecs catastrophiques et s’attendre à des résultats différents est insensé, et lorsque le comportement psychotique d’un individu lui fait courir ainsi qu’à son entourage un danger physique immédiat, la responsabilité de ceux qui affirment être ses amis est de le dissuader. Mais même si Valse avec Bachir est projeté dans les multiplex aux quatre coins de la planète comme un douloureux rappel de l’accès de rage aveugle d’Israël ayant précédé celui contre Gaza, les États-Unis (et les éditeurs du New York Times et du Washington Post) soulignent qu’il est sensé et rationnel d’envoyer l’une des armées les plus puissantes de la planète dans un camp de réfugiés géant pour faire saigner les chairs et briser les os de ceux qui se trouvent sur son chemin que ce soit par défiance ou simplement parce qu’ils ont eu la malchance d’être nés du mauvais côté et de s’être trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Israël veut nous faire croire qu’en combattant jusqu’au cœur du territoire du Hamas, il peut détruire ce dernier et entrer dans une glorieuse période de paix. Ou pour citer la froideur habituelle de Condoleeza Rice au cours du dernier épisode de cette brutalité stérile, nous sommes témoins des « contractions préliminaires à la naissance d’un nouveau Moyen Orient » Israël a échoué en 2006, tout comme en 2002 et en 1982. Ils nous disent que cette fois-ci ce sera différent.

Et puis les horreurs se multiplient, comme toujours – les centaines de civils accidentellement massacrés alors qu’ils s’abritaient dans des lieux qu’on leur disait sûrs, – et l’ennemi désespéré et sans armes réussit à survivre, comme à chaque fois. Et en survivant, il prend plus plus de poids politique. Peu importe le nombre de victimes, les leaders ciblés par l’armée israélienne se renouvellent sans fin dans le terreau fertile que sont la souffrance et le ressentiment découlant de la situation créée par Israël mais que ce dernier et ses partisans les plus fervents refusent de reconnaître et encore moins de corriger.

Arafat est mort. Tout comme Sheik Yassin et Rantissi. Et Abbas al-Musawi, et Imad Mughniyeh. Israël excelle dans l’art d’éliminer les dirigeants palestiniens avec une glaciale efficacité et pourtant, qui que soit la dernière victime, mille nouvelles têtes se lèvent et clament : « je suis Spartacus ». Ceux qui prennent la direction de ces organisations ne sont pas animés par les ambitions personnelles – diriger le Hamas équivaut à une condamnation à mort. Le flot incessant de Palestiniens prêts à sacrifier leur vie pour cette responsabilité en dit long sur la situation de ce peuple. Et les dirigeants israéliens le savent. Il y a dix ans, lorsqu’on demanda à Ehud Barak, alors candidat au poste de Premier ministre, ce qu’il aurait fait s’il était né Palestinien, cet homme qui dirige actuellement les opérations militaires à Gaza répondit abruptement : « j’aurais rejoint une organisation terroriste ».

D’après la logique de son propre instinct révélée au cours de la campagne de 1999, Ehud Barak devrait savoir que l’opération Plomb Durci est vouée à l’échec, hormis peut-être pour son avenir politique personnel. Peu importe le nombre de dirigeants, de militants et de simples civils qu’Israël tuera dans Gaza, le Hamas – ou un équivalent – survivra.

Valse avec Bachir – un film qui, j’imagine, n’a pu être fait que par des Israéliens, car si Hollywood avait mis en doute le militarisme d’Israël, le film aurait été catalogué comme « antisémite » - nous rappelle qu’en 1982, Ariel Sharon mena une invasion du Liban, soi-disant pour juguler les attaques contre le Nord d’Israël, et il la poursuivit jusqu’à Beyrouth afin de détruire l’OLP. Evidemment l’OLP fut chassée du Liban et s’exila en Tunisie, mais les Israéliens furent obligés de négocier avec l’OLP en raison de la révolte des jeunes en Cisjordanie et à Gaza. L’invasion du Liban en 1982 fut une campagne sanglante et inutile qui révéla les images choquantes des massacres de Sabra et de Shatila qui constituent le cœur de ce film.

Depuis 1982, Israël a évidemment assiégé et bombardé quasiment toutes les principales villes palestiniennes, tuant et emprisonnant des milliers de Palestiniens, gaffant encore au Liban en 2006 et tuant un millier de Libanais, bombardant Gaza à plusieurs reprises et étouffant son économie pendant la majeure partie des trois dernières années ; et pourtant, rien n’a changé. À ce jour, ils ont fait approximativement 700 victimes à Gaza et les roquettes continuent de voler ; quel que soit l’état de ses infrastructures, politiquement, le Hamas est plus fort dans les rues palestiniennes, alors que ces dirigeants palestiniens qui ont coopéré avec Israël ou les États-Unis sont plus isolés et plus discrédités que jamais. Les Israéliens - et leurs financeurs au sein de l’establishment politique étasunien – semblent incapables de comprendre ce qui est empiriquement évident : le Hamas et ses partisans se renforcent à chaque fois qu’Israël tente de les éliminer par la force.

 

II. De dangereuses illusions et une guerre des choix.

« Mais Israël avait-il le choix ? », déclarent ses partisans aux États-Unis. « Aucune société digne de ce nom ne peut tolérer le tir de roquettes vers son territoire. Le Hamas n’a pas laissé le choix à Israël. »

Eh bien, en fait, comme Jimmy Carter l’a expliqué à partir de son expérience personnelle, Israël a eu des tas d’alternatives et les a délibérément ignorées, car il est resté enfermé dans la politique soutenue par les États-Unis visant à renverser le verdict démocratique des élections palestiniennes de 2006 qui a fait du Hamas le parti dirigeant de l’Autorité palestinienne. Sur le fond, cette stratégie portée par Israël, les États-Unis et l’Europe (et tacitement soutenue par les autocrates arabes de Mubarak à Mahmoud Abbas) visait à appliquer des sanctions économiques toujours plus strictes, en espérant que l’annihilation de la perspective d’une vie décente pour les 1,5 millions d’habitants de Gaza les forcerait en quelque sorte à revenir sur leur choix politique. Une punition collective en d’autres termes. Ainsi, même lorsque le Hamas a respecté le cessez-le-feu de juin à novembre, Israël a refusé d’ouvrir les frontières. Lorsque les coups de feu recommencèrent le 5 novembre suite à une attaque d’Israël sur ce qu’il prétendait être un tunnel du Hamas, celui-ci intensifia ses tirs de roquettes, mais précisa qu’il reprendrait le cessez-le-feu et étendrait son périmètre d’application si Israël acceptait d’ouvrir les passages frontaliers. Selon Carter, Israël se dit alors prêt à autoriser 15% des flux normaux de marchandises vers Gaza si le Hamas cessait le feu. Bien entendu, ce dernier n’était pas prêt à accepter une réduction de seulement 15% du blocus économique.

Le Hamas semblait croire que le déclenchement d'une crise forcerait Israël à accepter un nouvel accord. S’agissait-il d’une erreur ou pas, cela reste à voir. Si le Hamas arrive intact jusqu’à la trêve qui clôturera l’opération Plomb Durci et qui inclura la levée du blocus, alors il revendiquera sa réhabilitation. Même actuellement, les dirigeants israéliens continuent à insister bêtement sur le fait que l’on ne peut permettre au Hamas de tirer un quelconque gain diplomatique d’une trêve qui nécessitera de fait sa coopération. Exactement comme en 2006, les Israéliens ont abouti à une situation politique diamétralement opposée à ce qu’ils prévoyaient. Ils ont clairement démontré, même aux yeux du nouveau gouvernement étasunien, que la politique visant à isoler le Hamas est particulièrement contreproductive et doit être abandonnée de toute urgence.

Alors même qu’Israël commence à réaliser qu’une fois de plus leur adversaire sortira politiquement grandi de la déroute militaire de son adversaire, les Israéliens envisagent une dernière offensive sanglante au cœur de la ville de Gaza, espérant que cette opération militaire puisse affaiblir le Hamas et l’obliger à se plier aux diktats israéliens. Certains hommes politiques étasuniens entretiennent même le fantasme qu’il pourront imposer une nouvelle fois le régime du docile Mahmoud Abbas à Gaza – fantasme sans nul doute pathétique, puisque les proches observateurs de la vie politique palestinienne savent que le seul élément qui, à l’heure actuelle, permet à Abbas de rester au pouvoir en Cisjordanie est la présence de l’armée israélienne, et sa propension à emprisonner les opposants d’Abbas. Il est commode par exemple qu’Abbas n’ait pas à se confronter aux parlementaires puisque Israël en a emprisonné la majeure partie. Mahmoud Abbas a accepté de devenir un Pétain palestinien, et même les membres de base de son propre parti, le Fatah, se sont retournés contre lui. Pas même les Israéliens ne croient qu’il puisse contrôler Gaza sans leur soutien, et ils ne sont pas enclins à rester.

Si le Hamas n’est pas autorisé à gouverner Gaza, il y a de grandes chances que personne ne la gouverne. Et ce territoire ressemblera plus à Mogadiscio qu’à la Cisjordanie – un chaudron chaotique dirigé par des chefs de guerre rivaux, avec le Hamas – qui ne sera plus en charge de la gouvernance – comme force politique et militaire la plus importante (même si Al Qaida tentera de prendre le pouvoir si le gouvernement du Hamas est renversé – le Hamas représente le meilleur rempart contre une montée en puissance des hommes de Ben Laden à Gaza.)

 

III. La souveraineté palestinienne

L’autre figure de style désespérément invoquée par les départements de propagande israéliens défend l’idée selon laquelle il s’agit seulement d’un nouveau développement du conflit régional qui oppose Israël à l’Iran, son ennemi mortel. Le Hamas, nous disent nombre de médias qui devraient mieux connaître ce dossier, est un « satellite de l’Iran ». Ce n’est tout simplement pas le cas, et les analystes modérés de cette région le savent : le Hamas dépend certainement des fonds iraniens pour Gaza, ceci dit, les stratèges étasuniens et israéliens qui ont privé ce territoire de toute source de financement ne devraient pas être surpris de voir le Hamas se tourner vers les financements là où ils sont disponibles. Sans doute acceptera-t’il également toute aide militaire qui lui est proposée. Mais le Hamas ne partage ni l’idéologie ni le type de relations politiques qui unissent le Hezbollah libanais et l’Iran. Le Hamas fut initialement créé par la Fraternité musulmane égyptienne et ses décisions politiques sont totalement indépendantes de l’Iran. Bien entendu, la Syrie, elle, a plus d’influence politique sur le Hamas, mais elle n’est pas vraiment un satellite de l’Iran malgré l’alliance qui les unit. Si tel était le cas, pourquoi les États-Unis investiraient-ils tant d’énergie dans des stratégies diplomatiques visant à briser cette alliance ? En outre, cette idée selon laquelle l’Iran serait sur la voie de la guerre avec Israël est fort discutable. Il est certain qu’Ahmadinejad se plaît à prévenir Israël de sa disparition à venir, mais lui et ses supérieurs ont précisé depuis longtemps que l’Iran n’avait nullement l’intention d’attaquer Israël. Et vous pourriez vous dire que ceux qui insistent sur le fait que la raison d’être des Mollah iraniens est la destruction d’Israël même au prix de leur propre vie (vous connaissez cette idée qui veut que les Iraniens soient tellement obsédés par la destruction d’Israël que les politiques de dissuasion classiques n’ont aucun effet sur eux) devraient se poser la question suivante : pourquoi le Hezbollah, qui dispose d’un stock important de roquettes, ne les lance-t’il pas sur Israël qui est train de mettre Gaza à feu et à sang ? Israël nous dit que le Hezbollah a les armes voulues, et nul doute qu’il dispose de la rage nécessaire. La réponse ne serait-elle pas que ce satellite de l’Iran n’ouvre pas le feu parce que, très pragmatiquement, il est inquiet pour sa propre survie et son propre développement au Liban ? Si tel est le cas, que pouvons-nous en déduire concernant l’Iran ? Une fois encore, l’Iran n’a pas grand-chose à voir avec ce qui se passe à Gaza.

Cette crise n’a pas été non plus déclenchée par l’aggressivité du Hamas, il s’agit plutôt du dernier chapitre sanglant de la stratégie aberrante de l’administration Bush et des Israéliens, et qui vise à renverser le Hamas. L’alternative à la guerre, ignorée par Israël, mais tellement évidente, est très simple : Israël va devoir négocier avec le Hamas. (et épargnez-moi cet argument : « mais le Hamas n’a pas reconnu l’État d’Israël » : S’il pouvait changer l’Histoire, aucun dirigeant palestinien n’accepterait la création de l’État d’Israël, pour la bonne et simple raison que la création d’Israël signa le début de la Nakbah palestinienne, la catastrophe qui les a expropriés et en a fait des réfugiés. Israël initia des pourparlers avec l’OLP bien avant que sa charte ne soit révisée afin de permettre la reconnaissance d’Israël ; ses dirigeants réalisaient qu’Israël ne pouvait être vaincu militairement. Nombre de membres du Hamas en sont arrivés à la même conclusion ; Efraim Halevy, ex-directeur du Mossad, prétend que le Hamas est de plus en plus susceptible d’accepter la création d’un État palestinien selon les frontières de 1967. Les Étasuniens vont devoir faire le deuil d’une négociation qui n’engagerait que des dirigeants palestiniens comme Mahmoud Abbas, c'est-à-dire soumis à leurs intérêts. Ils vont désormais devoir faire face à des dirigeants défendant les intérets du peuple palestinien.

Avi Shlaim, historien israélien officiant à Oxford, écrit :

Israël aime à se décrire comme un îlot de démocratie dans un océan d’autoritarisme. Pourtant, tout au long de son histoire, Israël n’a jamais fait quoique ce soit pour promouvoir la démocratie chez ses voisins arabes, et s’est même fortement investi pour saboter de telles initiatives. Israël a une longue histoire de collaborations secrètes avec les régimes réactionnairs arabes afin d’annihiler le nationalisme palestinien. Malgré tous ces handicaps, les Palestiniens ont réussi à construire la seule véritable démocratie du monde arabe, à l’exception peut-être du Liban. En 2006, des élections parlementaires libres et équitables pour le conseil législatif de l’Autorité palestinienne ont porté au pouvoir un gouvernement dirigé par le Hamas. Israël a toutefois refusé de reconnaître ce gouvernement élu démocratiquement, prétendant que le Hamas est purement et simplement une organisation terroriste.

Les États-Unis et l’Europe ont, sans scrupules, rejoint Israël dans cet exercice d’ostracisation et de démonisation du gouvernement du Hamas et dans ses tentatives de le renverser en bloquant le produit des taxes et l’aide internationale. Une situation surréaliste s’est alors développée, où une part significative de la communauté internationale a imposé des sanctions économiques non pas contre l’occupant, mais contre l’occupé ; non pas contre l’oppresseur, mais contre l’opprimé.

Comme si souvent dans la tragique histoire de la Palestine, les victimes furent accusées des crimes qu’elles subissaient. L’organe de propagande israélien a systématiquement colporté cette notion selon laquelle les Palestiniens sont des terroristes, qu’ils refusent une co-existence avec l’État juif, que leur nationalisme ressemble fortement à de l’antisémitisme, que le Hamas n’est rien d’autre qu’un groupe de fanatiques religieux, et que l’islam est incompatible avec la démocratie. Mais la vérité toute simple est que les Palestiniens sont des gens normaux avec des aspirations normales. Ils ne sont pas meilleurs, mais ils ne sont pas pires que les autres peuples. Ce à quoi ils aspirent avant tout est d’avoir leur propre territoire et d’y vivre librement et dignement

Comme les autres mouvements radicaux, le Hamas a commencé à tempérer son programme politique au cours de sa montée au pouvoir. Partant du réjectionisme idéologique inscrit dans sa charte, il a commencé à évoluer vers l’acceptation pragmatique d’une solution à deux États. En mars 2007, le Hamas et le Fatah ont formè un gouvernement d’unité nationale qui était prêt à négocier un cessez-le-feu durable avec Israël. Mais ce dernier refusa de négocier avec un gouvernement qui incluait le Hamas.

Israël continua à jouer avec les deux factions palestiniennes rivales au vieux jeu du diviser pour mieux régner. A la fin des années 80, Israël avait soutenu l’émergence du Hamas afin d’affaiblir le Fatah, le mouvement séculier nationaliste dirigé par Yasser Arafat. Depuis, Israël s’est mis à encourager les dirigeants du Fatah, corrompus et dociles, à renverser leurs rivaux politiques et à reprendre le pouvoir. Des néoconservateurs étasuniens va-t-en-guerre ont participè à ce plan visant à déclencher une guerre civile en Palestine. Leurs manigances furent une des principales causes de l’implosion du gouvernement d’union nationale et de l’arrivée au pouvoir du Hamas en juin 2007 afin de prévenir un coup d’État du Fatah.

La guerre déclenchée par Israël contre Gaza le 27 décembre a marqué l’apogée d’une série de conflits et d’oppositions avec le gouvernement du Hamas. Plus globalement, il s’agit toutefois d’une guerre entre Israël et le peuple palestinien, puisque ce dernier a mis ce parti au pouvoir. L’objectif déclaré de cette guerre est l’affaiblissement du Hamas et l’intensification de la pression jusqu’à ce que les dirigeants palestiniens acceptent un cessez-le-feu selon les termes israéliens. L’objectif non avoué est de s’assurer que les Palestiniens de Gaza soient perçus par la communauté internationale comme un simple problème humanitaire, mettant ainsi fin à leur lutte pour la création d’un État indépendant.

Shlaim nous présente le défaut majeur dans le raisonnement « aucune société digne de ce nom ne tolérerait des tirs de roquettes » : Israël, très simplement, n’est pas une société digne de ce nom. C’est un pays sans frontières légales fixes, et les querelles concernant la position de ces frontières – le conflit fondamental, non sur la religion ou l’idéologie, mais sur les terres et le pouvoir – est au cœur de l’épicentre du conflit actuel à Gaza et des guerres incessantes d’Israël contre ses voisins.

On ne peut qu’espèrer de tout cœur que Barak Obama a retenu la sagesse de son mentor dans le domaine des affaires étrangères, Brent Scowcroft, dont les observations sur l’hérésie de l’administration Bush soutenant la campagne israélienne de 2006 s’appliquent tout autant à l’offensive actuelle contre Gaza : « le Hezbollah n’est pas la cause du problème » écrivit Scowcroft dans le Washington Post. « C’est un symptôme de la cause, qui est le tragique conflit palestinien né en 1948. Toute la côte Est de la Méditerranée est plongée dans le chaos, une série ininterrompue de conflits depuis la tentative avortée de l’ONU en 1948 visant à créer un État israélien et un État palestinien distincts. »

Si ce constat était vrai pour le Liban, il l’est encore plus pour Gaza. Pour totalement comprendre pourquoi le Hamas a refusé de reconnaître l’État d’Israël, pourquoi il lutte avec des moyens équitables et d’autres terriblement déraisonnables, et pourquoi il a gagné haut la main Gaza au cours des élections de 2006, un bon point de départ serait d'examiner les données démographiques de la bande de Gaza – aujourd’hui 80% des Gazaouis sont des familles réfugiées, expulsées des foyers et des terres qu’elles possédaient à l’intérieur de ce qui depuis 1948 est Israël, et dont le retour est à jamais interdit par l’une des lois fondatrices d’Israël. Devons-nous alors être surpris que la position fondamentale de la politique palestinienne ait toujours été de refuser la reconnaissance d’Israël, dans la mesure où cela signifie l’abandon de leurs revendications concernant leurs maisons et leurs terres volées suite à la création même d’Israël ? Bien sûr, Israël peut déclarer qu’il a gagné la guerre de 1948 et que le vainqueur se sert. Mais que ferait Ehud Barak si c’était son père ou son grand-père qui avait été exproprié de sa ferme à Ashkelon et qui se retrouvait désormais dans l’enfer de Gaza ?

Vous connaissez déjà sa réponse.

Et cette réponse restera la même (même si Barak ne songera plus jamais à l’admettre) tant que justice et dignité seront refusées à la communauté qui a donné le pouvoir au Hamas.

L’opération Plomb Durci a révélé en des termes clairs et brutaux que les dirigeants israéliens sont incapables de dépasser cette tendance patholohique qui les enferme dans une spirale morbide empêchant toute stabilisation du Moyen Orient. La politique israélienne dérive en permanence vers la droite ; même lorsque le centre-gauche était au pouvoir et négociait avec les Palestiniens, les colonies dans les territoires occupés ne cessaient de s’étendre ; aussi loin que l’on puisse voir, aucun gouvernement israélien ne se retirera de la Cisjordanie pour revenir au niveau de la Ligne Verte. Donc si l’on veut que cette folie cesse, on devra dire à Israël et à la Palestine où se trouvent leurs frontières, dans le cadre d’un accord juste et commandé par la communauté internationale qui ne laisse aucune latitude aux deux parties, et autorise les troupes turques à le mettre en œuvre. Mais cet accord semble bien loin…

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique

09/01/2009

Israël a créé le Hamas pour diviser la Palestine

Sott.net

Brandon Dean

waronyou.com

Jeudi 8 janvier 2009

hamossad.jpg
L’étoile de David
Les opérations faux drapeau d’Israël n’ont pas de limite.

Ce qui m’a vraiment rendu malade en examinant les photos des manifestations anti-israéliennes qui, ces derniers jours, ont fleuri à travers la planète, c’est l’usage récurrent de drapeaux et de posters du Hamas, comme si le Hamas combattait pour la liberté des Palestiniens. Laissez moi rire…

Pour ceux qui ne sont pas au courant, le Fatah et l’Autorité palestinienne ont gouverné la Palestine jusqu’à l’invasion israélienne, qui ne s’est terminée qu’en 2005, après que la prise de pouvoir du Hamas eut été assurée. Et comme par magie, ce dernier est depuis lors le parti au pouvoir en Palestine !

En outre, tous les combattants du Hamas ont pris la (sage) décision de se terrer et de se camoufler, en anticipation du massacre planifié par Israël . Oh, comme il est heureux (pour eux) que les Israéliens se contentent du meurtre de 1,3 millions de civils (la population de Gaza)…

Le Mossad (l’équivalent israélien de la CIA) a créé le Hamas en 1987, avec ses têtes de file Sheikh Ahmed Ismail Yassin et Abdel Aziz al-Rantissi, car, comme Zeev Sternell, historien à l'université hébraïque de Jérusalem, l’a souligné : « Israël pensait qu'il s'agissait d’un habile stratagème pour monter les islamistes contre L'OLP ».

Voilà un drôle de détail, n’est-ce pas ? Ainsi, le Mossad a lancé le Hamas, avec l’ « intention » première d’en faire une organisation caritative pour le peuple palestinien. Et le Hamas a effectivement œuvré dans l’humanitaire. Petit à petit – évidemment – il s’est transformé en mouvement politique et militaire, conformément à sa véritable finalité. Il s’oppose depuis lors au Fatah et à l’OLP. Diviser pour mieux régner, vieux principe des manuels de stratégie militaire…

Cette thèse vous laisse perplexe ? Bien, que dites-vous d’une photo authentique d’un agent du Mossad qui porte un uniforme du Hamas et qui a oublié d’enlever son étoile de David ?

hamossad.jpg
© Inconnu

L’étoile de David

Et quid de cet événement de juillet 2006, où des combattants du Hamas ayant soi-disant kidnappé un soldat israélien se rendirent dans le centre-ville de Gaza pour y tenir une conférence de presse ?

 

hamossad2.jpg
© Inconnu
Simulacre de conférence de presse ?

Si un enlèvement avait vraiment eu lieu, ces « terroristes » auraient été exécutés, ou au moins arrêtés, sur place. Allons, cette photo a été prise à moins de 15 kilomètres de la frontière israélienne ! Bon sang, la Palestine est truffée d’agents israéliens !!

Les Israéliens ont créé le Hamas pour qu’il s’oppose à l’OLP, et il a parfaitement joué son rôle. D’après les comptes-rendus, à part se cacher, le Hamas n’a pas fait grand chose pour « aider » les Gazaouis face à ces massacres. Ils kidnappent des Israéliens, ou même, ils plastiquent des bars israéliens, tuant prétendument des juifs israéliens. Mais, en réalité, le bar était tenu par un Arabe israélien, et 90% des clients étaient musulmans, pas juifs. 

Il est bon de voir le monde en colère contre Israël à la suite des atrocités flagrantes qu’il a commis au cours des dernières semaines, mais il est temps que le monde prenne également conscience de la réalité des opérations faux drapeau. Il est temps que lumière soit faite sur ces tactiques, qu’il faut connaître. Les Israéliens sont les meilleurs organisateurs d’opérations faux drapeau au monde, comme démontré par l’ « holocauste » absolument fantastique de la Deuxième Guerre mondiale ; et avec un mensonge aussi monumental qui perdure jusqu’à aujourd’hui, est-il si difficile de déceler le mensonge de ce soldat du Hamas, ou l’arnaque des roquettes « Qassam » ? Encore une fois, tout cela me fait bien rigoler…

A lire :

Le Hamas est une création du Mossad par Hassane Zerouky.

Ouvrage à lire :

Devil's Game (Le jeu du diable) par Robert Dreyfuss

 

Commentaire : L’auteur offre des preuves supplémentaires de l’implication du Mossad dans des opérations faux drapeaux. Manifestement, le Mossad se fait parfois passer pour le Hamas ou d’autres mouvements islamiques pour lancer des attaques en leurs noms qui servent ses intérêts politiques. Cela ne veut toutefois pas dire que le Hamas agit sous la direction du Mossad.

Voici un extrait de l’article intitulé : « Si le Hamas n’existait pas ».

La destruction de Gaza n’a rien à voir avec le Hamas. Israël n’acceptera aucune autorité dans les territoires palestiniens qu’il ne puisse in fine contrôler. Tout individu, dirigeant, faction ou mouvement qui n’accède pas aux demandes d’Israël ou qui défend une souveraineté nationale légitime et l’égalité entre toutes les nations de la région ; tout gouvernement ou mouvement populaire qui réclame l’application des conventions internationales et de la Déclaration universelle des droits de l’Homme pour son propre peuple sont inacceptables aux yeux d’Israël. Ceux qui rêvent d’un État unifié doivent se demander ce qu’Israël infligerait à une population de 4 millions de Palestiniens résidant à l’intérieur de ses frontières alors que chaque jour, si ce n’est chaque heure, Israël commet des crimes contre ces populations vivant autour de ses frontières ? Que deviendra alors la raison d’être, la finalité autoproclamée d’Israël, si les territoires palestiniens sont totalement annexés ?

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique

06/01/2009

Flashback – Le Hamas est une création du Mossad

Cet article a été écrit par Hassane Zerouky, pour Global Research, le 23 mars 2004

Le Hamas a été autorisé à renforcer sa présence dans les territoires occupés grâce au Mossad, « l'officine des renseignements et des tâches spéciales » d'Israël. Dans le même temps, l'OLP, le mouvement de Yasser Arafat, ainsi que la gauche palestinienne subissaient les formes les plus brutales de répression et d'intimidation. N'oublions pas que c'est Israël qui a en fait créé le Hamas. Selon Zeev Sternell, historien à l'université hébraïque de Jérusalem, « Israël pensait qu'il s'agissait d’un habile stratagème pour monter les islamistes contre L'OLP ».

A son retour du Caire dans les années soixante-dix, Ahmed Yassine, le dirigeant spirituel du mouvement islamiste en Palestine, mit en place une association caritative islamique. Pour le Premier ministre Golda Meir, il s'agissait là d'une opportunité pour contrebalancer la montée du mouvement de Yasser Arafat. Selon l'hebdomadaire israélien 'Koteret Rashit' d'octobre 1987, « les associations, tout comme l'université islamique ont été soutenues et encouragées par les autorités militaires israéliennes » en charge de l'administration de la Cisjordanie et de Gaza. « Elles [les associations islamiques et l'université] furent autorisées à recevoir de l'argent de l'étranger. »

Les islamistes mirent en place des orphelinats et des cliniques, un réseau d'écoles et d'ateliers qui créèrent des emplois pour les femmes et un système d'aide financière pour les pauvres. Ils créèrent l'université islamique à Gaza en 1978. « Les autorités militaires furent convaincues que ces activités affaibliraient l'OLP et les organisations de gauche de Gaza. » Fin 92, on dénombrait six cents mosquées à Gaza. Grâce au Mossad, l'agence de renseignement d'Israël, les islamistes furent autorisés à renforcer leur présence dans les territoires occupés. Dans le même temps, les membres du Fatah et de la gauche Palestinienne furent soumis aux formes les plus brutales de répression.

En 1984, Ahmed Yassin fut arrêté et condamné à 12 ans de prison, après la découverte d’une cache d'armes. Mais un an plus tard, il fut libéré et reprit ses activités. Lorsque l' « intifada » (le soulèvement) commença en octobre 1987, prenant les islamistes par surprise, Sheik Yassin répondit en créant le Hamas (Le Mouvement de résistance islamique). L'article 7 de la charte de cette organisation dit : « Dieu est notre commencement, le Prophète notre modèle, le Coran notre institution »

Au moment où les accords d'Oslo (déclaration de principes sur un gouvernement de transition) furent signés en septembre 1993, Ahmed Yassin était en prison. Le Hamas rejeta catégoriquement ces accords. Mais à cette époque, 70% des Palestiniens avaient condamné les attaques contre les civils israéliens. Yassin fit tout son possible pour saboter les accords d'Oslo. Avant même la mort du Premier ministre Rabin, il bénéficia du soutien du gouvernement israélien qui était lui même peu enthousiaste à l’idée d’appliquer cet accord de paix.

Le Hamas lança alors une série d'attaques soigneusement préparées, contre les civils, le jour précédant la rencontre entre les Palestiniens et les négociateurs israéliens au sujet de la reconnaissance formelle d'Israël par le Conseil national palestinien. Ces événements furent largement instrumentalisés pour la formation d'un gouvernement israélien de droite à l’issue des élections de mai 1996.

Contre toute attente, le Premier ministre Netanyahu ordonna que Sheik Ahmed Yassin soit libéré de prison (« pour cause humanitaire ») où il purgeait une peine à perpétuité. Dans le même temps, Netanyahu et Bill Clinton faisaient pression sur Arafat afin qu'il contrôle le Hamas. En fait, Netanyahu savait parfaitement qu'il pouvait, une fois encore, compter sur les islamistes pour saboter les accords d'Oslo. Pire encore: Après avoir expulsé Yassin en Jordanie, le Premier ministre Netanyahu lui permit de retourner à Gaza, où il fut reçu en héros en 1997.

Arafat se retrouva impuissant face à ces évènements. De plus, à cause de son soutien à Saddam Hussein durant la guerre du Golfe en 1991 (alors même que le Hamas avait bien pris soin de s'abstenir de prendre parti), les Etats du golfe décidèrent de suspendre le financement de l'Autorité palestinienne. Dans le même temps, entre février et avril 1998, Sheik Yassin put obtenir des centaines de millions de dollars au près de ces mêmes Etats. Ces nouvelles sources de financement permirent aux islamistes de poursuivre efficacement leurs diverses activités caritatives. On estime qu’un Palestinien sur trois bénéficie de l'aide du Hamas. Et dans ce domaine, Israël n'a rien fait pour diminuer l'entrée d'argent dans les territoires occupés.

Le Hamas a accru sa puissance grâce à divers actes de sabotage du processus de paix servant les intérêts du gouvernement israélien. De son côté, ce dernier chercha à empêcher l'application des accords d'Oslo de différentes manières. En d'autres mots, le Hamas remplissait les fonctions pour lequel il avait été créé à l'origine : empêcher la création d'un Etat palestinien. Et à ce niveau, le Hamas et Ariel Sharon, sont exactement sur la même longueur d'onde.

Traduction française : Lionel P. pour Futur Quantique

28/05/2008

CHIRAC demande à une Europe ‘couchée' de rompre avec les Etats-Unis sur le blocus de Gaza

CHIRAC demande à une Europe ‘couchée' de rompre avec les Etats Unis sur le blocus de Gaza

 
Les dernières déclarations de l’ancien président Jacques Chirac en qualifiant le blocus de Gaza comme « l’un des plus grands crimes contre l'humanité sur Terre », et en demandant aux Européens de lever l’embargo et surtout de dialoguer avec le Hamas, ont provoqué beaucoup d’émoi et de réactions même au sein de sa propre famille politique.

Le CRIF se dit choqué de l’appel de l’ex-président à « tendre la main à un mouvement terroriste » et rappelle que la politique franchement « pro-arabe », « anti-américaine » et pas suffisamment « pro-israélienne » était à l’origine de la montée de l’antisémitisme en France pendant son mandat. Ce qui a provoqué à l’époque l’appel de l’ancien premier ministre israélien Ariel Sharon aux juifs de France de quitter leur pays natal pour « retourner chez eux » en Palestine.

Rassurez-vous mes amis, rien de tout cela ne peut arriver en France. La France est amie avec tout le monde, n’a été complice d’aucun crime, et n’a pas de problème sur la conscience. Mieux encore, depuis l’élection du président Sarkozy, avait récemment déclaré le premier ministre israélien Ehud Olmert, la France et Israël sont en train de vivre une histoire d’amour !

Carter demande à une Europe ‘couchée’ de rompre avec les Etats Unis sur le blocus de Gaza

L’ex-président dit que l’UE est complice dans un crime contre les droits de l’Homme

Jonathan Steele et Jonathan Freeland - The Guardian (lundi 26 mai 2008).


La Grande Bretagne et les autres gouvernements européens devraient s’écarter des Etats-Unis sur le blocus du Gaza, a déclaré hier au Gardian le précédent président US Jimmy Carter. Carter en visitant la ville de Hay située aux frontières avec le pays de Galles, pour e rendre au festival littéraire du Gardian, a décrit la position européenne sur le conflit israélo-palestinienne comme étant « couchée », et son échec à critiquer le blocus israélien de gaza comme « embarrassant ».

En commentant la possibilité de l'Europe de rompre avec les États-Unis dans une interview avec le Guardian, il a dit: « Pourquoi pas ? Ils ne sont pas nos vassaux. Ils occupent une position égale avec les Etats-Unis ».

Le blocus de Gaza dominée par le Hamas, imposé par les États-Unis, l’UE, l’ONU et la Russie - ce qu'on appelle le Quartet - après la victoire électorale du Hamas en 2006, était « l’un des plus grands crimes contre l'humanité sur Terre », car il impliquait « l’emprisonnement de 1,6 millions de personnes, dont un million de réfugiés ». « La plupart des familles à Gaza mangent un seul repas par jour. De voir les Européens approuver cela, c’est embarrassant », a dit Carter.

Il a demandé à l’UE de reconsidérer sa position si le Hamas accepte un cessez-le-feu à Gaza. « « Que les Européens lèvent l’embargo, et qu’ils disent qu’ils vont protéger les droits des Palestiniens à Gaza, et qu’ils envoient même des observateurs au passage de Rafah [le passage de Gaza pour l’Egypte] pour garantir que les Palestiniens ne vont pas le forcer ».

Bien que 27 ans se soient écoulés depuis qu'il a quitté la Maison-Blanche, Carter a récemment rencontré les dirigeants du Hamas à Damas. Il a déclaré une percée en convaincant l'organisation d'offrir un cessez-le-feu à Gaza et un arrêt des tirs des roquettes palestiniennes sur Israël, si Israël cesse ces attaques aériennes et terrestres dans le territoire.

Carter a décrit l’autocensure des gouvernements occidentaux de parler au Hamas comme irréaliste et a déclaré que tout le monde savait qu’Israël négociait avec l'organisation via un médiateur égyptien, Omar Suleiman. C’est Suleiman a proposé l’offre du cessez-le-feu du Hamas à Jérusalem la semaine dernière.

Israël hésitait encore à accepter le cessez-le-feu, a confirmé Carter hier. « J'ai parlé à M. Suleiman avant-hier. J'espère que les Israéliens vont accepter », a-t-il dit.
 
Tout en restant scrupuleusement poli vis-à-vis du Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et du premier ministre, Salam Fayyad, qui représentent le mouvement Fatah, il a été sévère au sujet de leur exclusion du Hamas. Il a décrit le gouvernement du seul Fatah comme un « subterfuge » visant à contourner la victoire électorale du Hamas il ya deux ans. « Le principal sondeur d’opinions à Ramallah m'a dit l'autre jour que l’opinion publique en Cisjordanie est en train de changer pour le Hamas, parce que les gens croient le Fatah a capitulé devant Israël et les Etats-Unis », a-t-il dit.

Carter a déclaré que la politique du Quartet de ne pas parler au Hamas, tant qu’il n’a pas reconnu Israël, et satisfait à deux autres conditions, a été dessinée par Elliot Abrams, un fonctionnaire du conseil national de sécurité à la Maison Blanche. Il a appelé Abrams « un supporter très militant en faveur d'Israël ». L'ex-président dont son « Centre Carter pour la surveillance des élections » venait de certifier la victoire électorale du Hamas comme libre et équitable, s’était adressé au Quartet durant 12 minutes à sa session de Londres en 2006. Il l'a invité à parler au Hamas, qui venait de proposer de constituer un gouvernement d'unité avec le Fatah, les perdants.

« Le document final du Quartet a été rédigé à l'avance à Washington, et pas une ligne n’a été changée », a-t-il dit.
 
Auparavant, Carter a déclaré à Sky News qu’Hillary Clinton devrait abandonner son combat pour devenir le candidat démocratique à la présidence après le dernier tour des primaires au début du mois de Juin. À l'instar de nombreux super-délégués, il doit encore déclarer son soutien soit à Clinton soit à Barack Obama, mais il a suggéré que l'issue de la course était à prévoir. « Je pense que beaucoup d'entre nous, les super-délégués, vont prendre une décision ... assez rapidement, après les dernières primaires du 3 juin », a-t-il déclaré. « Je pense qu’à ce moment-là, il sera temps pour elle d'abandonner ».

Hier soir, devant une foule dense à Hay, Carter a parlé de son « horreur » de l’implication de l'Amérique (comme d’habitude, on réduit l’Amérique aux Etats-Unis, Ndt) dans la torture des prisonniers, en déclarant qu'il voulait que le prochain président des Etats-Unis s’engage de ne plus jamais le refaire.
 
Il a aussi insinué que George Bush pourrait même faire l’objet des poursuites sur des crimes de guerre une fois qu'il aura quitté la Maison Blanche.
 
Pressé par Philippe Sands QC à propos de la récente reconnaissance de Bush qu'il avait autorisé des procédures d'interrogation largement considérée comme s'apparentant à la torture, Carter a répondu qu'il était sûr que Bush serait en mesure de vivre une pacifique « vie productive dans notre pays ».
 
Sands, un expert juridique international, a déclaré ensuite qu'il avait compris cela comme une « claire confirmation » que, si Bush ne devrait pas rencontrer des soucis dans son propre pays, « ce qui pourrait arriver à l'extérieur du pays est un tout autre sujet ».
 
Article original : The Guardian.
Traduction : Iyad Abbara pour Alterinfo

Mardi 27 Mai 2008