27.11.2007

Villier-le-bel et sa "thèse officielle"

Depuis quelques jours je suis exposé comme vous au pillonage médiatique relatif à l’affaire de Villier-le-Bel.

Au départ j’écoutais distraitement les compte-rendus et reportages jusqu’à ce que ma curiosité soit piquée par l’uniformité des commentaires.

L’événement est tout récent, Il n’existe quasiment pas de preuves, de témoignages ou de résultats d’enquête et pourtant, quelques soient les sources : journalistiques,  juridiques, judiciaires ou politiques, c’est exactement le même refrain : les policiers sont innocents, il s’agit d’un accident, les jeunes n’avaient pas de casque.

Interpelé par cette homogénéité du discours je me suis rendu sur un populaire moteur de recherche et j’ai tapé « villier + responsables ». N’hésitez pas à faire de même, les résultats sont bluffants.

En substance les 5 premiers résultats disent la même chose : « les policiers ne sont pas responsables », le seul changement provenait de la manière de le dire.

Ces 5 premières réponses proviennent-elles de médias alternatifs d’extrême droite en soif de charters vers le Mali et de karcherisation ? Que nenni. Dans l’ordre d’apparition il s’agit de :

20 minutes : Villiers-le-Bel : selon la police, les policiers ne sont pas responsables

Europe 1 : la responsabilité des policiers ne serait pas engagée

France 24 : Sur leur chemin, ils heurtent une voiture de police

RTL Info : Les premiers éléments de l'enquête (…) écartaient lundi la responsabilité des policiers

Le Point : Cette affaire est considérée pour l'instant officiellement comme un accident

 

La ponérisation de la société française devient tellement flagrante que les pathocrates sont trahis par l’insistance de leur propres mensonges. La justice, la police, les politiques, les médias ont atteint un tel niveau de corruption et de partialité que lorsqu’ils hurlent tous en cœur en faveur de telle ou telle thèse  alors vous pouvez être assuré que la thèse opposée recèle une part de vérité. Comme dit le dicton populaire : ils se défendent avec trop de véhémence pour être totalement innocents.

Cette situation est d’autant plus paradoxale que cette affaire n’a que 48 heures, que l’enquête vient juste de débuter, et que les quelques éléments objectifs relatifs à ce double décès n’accréditent en rien la thèse officielle : d’une part lorsque les pompiers sont arrivés il n’y avait pas de policiers sur les lieux, d’autres part la zone d’impact se trouve sur la partie avant du véhicule de police.

Si l’on prête attention au discours des uns et des autres, Le petit karcheriseur en tête, on entend des remarques prononcées la main sur le cœur du type « laissons faire la justice » mais les mêmes intervenants soulignent qu’il y a de fortes probabilités que les policiers soient innocents.

Vous aurez également remarqué cette manoeuvre de la pensée psychopathique que l’on nomme paramoralisme. En soulignant systématiquement que ces deux jeunes n’avaient pas de casque, on inverse les rôles : ils n’avaient pas de casque, donc ils sont dans l’illégalité, donc ce sont eux les coupables. Pour utiliser une image c’est un peu comme si un tortionnaire croyait démontrer la culpabilité de sa victime en révélant qu’elle a proféré une insulte.

Andrew Lobaczewski  dit :

Paramoralisme : La conviction qu’il existe des valeurs morales et que certaines actions violent des règles morales est un phénomène tellement commun et ancien qu’il semble avoir quelque substrat au niveau du patrimoine instinctif (encore qu’il ne soit certainement pas entièrement adéquat dans le cadre de la vérité morale), et qu’il ne fait pas que représenter des siècles d’expérience, de culture, de religion et de socialisation. Dès lors, toute insinuation infiltrée dans des slogans moraux est toujours suggestive, même quand les critères “moraux” utilisés ne sont que pure invention ad hoc. N’importe quel acte peut donc être vu comme immoral ou moral par le biais de paramoralismes et de la suggestion active; il se trouvera toujours des gens pour tomber dans le panneau de ce genre de raisonnements.

A titre d’exemple d’acte mauvais dont la valeur négative ne suscite aucun doute dans aucune situation sociale, les experts en éthique citent souvent la maltraitance d’enfants. Mais les psychologues se trouvent fréquemment confrontés à des qualifications pseudo-morales de ce comportement dans leur cabinet, comme dans le cas de cette famille déjà mentionnée, où la soeur aînée avait subi une lésion dans la zone préfrontale. Ses jeunes frères affirmaient avec force que les traitements sadiques infligés par leur soeur à son fils provenaient du sens moral exceptionnellement élevé de celle-ci, et ils avaient été convaincus de cela par autosuggestion. La pseudo-morale échappe adroitement au contrôle de notre bon sens, et conduit parfois à l’affirmation d’un comportement dont le caractère est manifestement pathologique.