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13/06/2008

Malgré la pression des médias, les Irlandais disent "non".

DUBLIN (AFP) - Les Irlandais ont dit "non" au traité européen de Lisbonne, selon les premières projections de la radio-télévision publique RTE, tandis que certains ministres concédaient déjà à mots couverts la défaite du "oui", qui devrait plonger l'Europe dans une nouvelle crise.

"Il semble que ce soit un non", a confirmé le ministre irlandais de la Justice Dermot Ahern, lors d'une interview à RTE. "Il est très clair qu'il y a un vote non très important", a-t-il poursuivi.

Le "non" s'est imposé dans les six premières circonscriptions dont les résultats officiels ont été publiés en milieu de journée.

Selon le site officiel consacré au référendum, le "non" obtenait 53,5% des voix contre 46,5% pour le "oui" après le dépouillement de 15,11% des suffrages. Les chiffres définitifs n'étaient connus en milieu de journée que pour 12 des 43 circonscriptions: dix d'entre elles ont rejeté le traité, parfois à plus de 54%.

"D'après ce que j'entends, ça se ne présente pas bien" pour le camp du "oui", a déclaré à l'AFP le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Dick Roche, alors que les résultats définitifs sont prévus en fin d'après-midi.

"Il me semble que le traité a été rejeté", a déclaré Mary Lou McDonald, responsable de la campagne pour le parti nationaliste Sinn Féin, seule formation parlementaire à voter "non". "Je serais très satisfaite" (en cas de viuctoire du "non"), a-t-elle ajouté sur RTE.

L'homme d'affaires Declan Ganley, figure des "nonistes", a cependant refusé de crier victoire, qualifiant simplement les premiers chiffres d'"encourageants". "C'est une grande et belle journée pour tout Irlandais et tout Européen. C'est un grand jour pour la démocratie", a-t-il ajouté.

"Ce serait la troisième fois que le même message est envoyé par plusieurs millions de citoyens européens à une élite à Bruxelles non élue et qui n'a pas de comptes à rendre", a-t-il poursuivi.

Un peu plus de trois millions d'électeurs ont voté jeudi pour cet unique référendum tenu sur le traité de Lisbonne dans un pays européen. Les 26 autres Etats-membres de l'Union européenne (UE) ont opté pour une ratification parlementaire, ce que 18 capitales ont déjà fait.

S'il est confirmé, le probable rejet du traité par une île comptant 4,2 millions d'habitants, soit moins de 1% des 495 millions d'Européens, ne serait pas sans rappeler le "non" opposé à la Constitution européenne en 2005 par la France et les Pays-Bas, ainsi par les Irlandais en 2001 contre le traité de Nice.

Il avait alors fallu organiser un deuxième vote sur l'île pour faire adopter le texte. Mais il n'y aura pas de second référendum cette fois-ci, a assuré le gouvernement.

Le traité doit être adopté dans l'ensemble des 27 pays de l'UE pour entrer en vigueur.

La France et l'Allemagne réagiront ensemble au résultat du référendum, a déclaré vendredi le président Nicolas Sarkozy. "Nous avons convenu avec la chancelière allemande Angela Merkel que nous ferions une réaction commune", a-t-il dit. Paris doit assurer la présidence tournante de l'UE au 1er juillet et un non de l'Irlande risquerait de remiser au second plan les ambitieux projets européens de M. Sarkozy.

Le Premier ministre français, François Fillon, a estimé jeudi soir qu'il n'y aurait "plus de traité de Lisbonne" en cas de rejet du texte par les Irlandais.

Mais le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a jugé qu'il faudrait néanmoins "que le processus de ratification continue dans les autres pays", et qu'un "arrangement juridique" puisse être trouvé entre l'Irlande et les 26 autres pays membres de l'UE.

Article original : AFP 

 

Note de P&P : Nous ne pouvons que saluer la décision des Irlandais qui malgré la propagande pro-européenne entonnée depuis des mois par les médias et les politiciens pour le "oui" ont su écouter leur conscience et voir la réalité.

Ce décalage entre les pressions des médias et des politiciens par rapport au choix souverain du peuple souligne le divorce grandissant entre les élites et les peuples.

Ceci dit la lutte ne fait que commencer. Souvenons-nous du référendum français qui avait vu une victoire fracassante du "non", cela n'avait pas empêché nos chers politiciens de renommer leur constitution scélérate "traité de Lisbonne" et de nous l'imposer en évitant cette fois-ci tout consultation du peuple.

Il sera intéresant de suivre la manière dont nos brillants dirigeants vont tenter de nous refourguer leur Europe libérale : une nouvelle version de leur constitution ? Une Europe basé sur le traité de Lisbonne et accordant un statut spécial à l'Irlande qui sera malgré tout absorbée dans quelques années ?

Cela fait longtemps que la démocratie n'est plus qu'une illusion, alors malgré les "non" très clairs des peuples français et irlandais il semble acquis qu'une poignée de privilégiés tentera d'imposer, quelques soient les moyens, le cauchemar totalitaire européen.

Dès aujourd'hui nous devrions voir médias et politiciens recommencer leur litanies de mensonges et de manipulations : "c'est un coup dur pour tous les pays européens", "cette décision menace nos économies", "sans l'Europe nous serons mangés par les pays émergents", "faisons l'Europe malgré le refus irlandais", bla bla bla...

10/01/2008

les traités servent les intérêts de ceux qui les écrivent

Un « mini-traité » de… 1300 pages.
par Silvia Cattori

En 2005, un Français comme les autres, Étienne Chouard, professeur au lycée Marcel Pagnol de Marseille, a présenté sur son blog ses analyses du projet de Traité constitutionnel européen. Au cours de la campagne référendaire, son site suscite un véritable engouement et devient l’un des plus fréquentés de France. Tranchant avec l’opacité des discours officiels, la simplicité de ses argumentaires touche un vaste public pour qui « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Silvia Cattori a rencontré ce citoyen exemplaire qui revient sur le devant de la scène à l’occasion de la signature du mini-traité européen. Il raconte son parcours et décrit sa vision d’institutions selon lui dénaturées.
 

Silvia Cattori : En consultant votre site internet on découvre, qu’en 2004, vous étiez favorable au Traité constitutionnel européen, mais qu’après en avoir étudié son contenu, vous avez radicalement changé d’avis. Pourriez-vous nous résumer les raisons de votre revirement ?

Étienne Chouard : Ma trajectoire est celle de quelqu’un qui faisait confiance aux politiciens. Je ne faisais pas de politique. Quand j’ai commencé à comprendre ce qu’étaient devenues les institutions européennes, je suis tombé de haut. Je me suis rendu compte que les hommes au pouvoir étaient en train d’écrire eux-mêmes les limites de leur pouvoir, qu’il y en avait pas ou peu, et qu’elles étaient écrites de façon à ce que nous ne comprenions rien.

Dans les institutions européennes, plus aucun acteur n’est responsable de ses actes devant les citoyens ; il y a quelques apparences de responsabilité, mais ce sont des faux semblants, des leurres.
Mais surtout, le Parlement ne compte pour rien dans les institutions : il n’a pas l’initiative des lois, il ne participe à l’élaboration de la loi que sous la tutelle (la surveillance ?) du Conseil des ministres qui s’est promu co-législateur au mépris de la plus élémentaire et indispensable séparation des pouvoirs, et encore, pas dans tous les domaines ! En effet, il y a des domaines soumis à ce qu’on appelle les « procédures législatives spéciales », une vingtaine, dont on n’affiche la liste nulle part, et dans lesquels le Conseil des ministres décide seul, sans le Parlement. Le saviez-vous ?

C’est impressionnant de voir le nombre d’institutions européennes non élues qui ont un pouvoir important et mal contrôlé.

La Banque centrale européenne, non plus, ne rend de comptes à personne. C’est extravagant, la façon dont cela a été écrit : on voit bien, on voit partout, que ce sont des ministres qui ont écrit ces règles sur mesure, pour eux-mêmes.

En regardant bien, on s’aperçoit même que ces institutions ont été écrites plus pour l’intérêt des banques et des multinationales que pour l’intérêt général. On peut se demander pourquoi.

Quand on lit le livre de Jean-Pierre Chevènement, on découvre que Jean Monet, cette icône, ce symbole de l’Europe, ce quasi saint pour les « eurolâtres », était un banquier français qui vivait aux États-Unis et qui s’était imprégné de leurs valeurs. En fait, il avait conçu et construit l’Union européenne pour affaiblir l’Europe, pour empêcher les souverainetés populaires de se reconstruire après la guerre. Il l’écrit lui-même ! C’est consternant !

Quand on lit les traités européens avec ces lunettes, ils ressemblent à cette vision-là de Monet : ces institutions permettent aux multinationales d’écrire le droit et interdisent aux parlements nationaux et aux peuples de s’y opposer. C’est un régime inacceptable ; pourtant, Monet et ses fidèles nous l’ont imposé par voie de traités depuis 50 ans sans que le peuple n’ait jamais vraiment son mot à dire.

Il y a eu un simulacre de débat sur Maastricht ; je vous rappelle, qu’alors, on n’a absolument pas parlé d’institutions ; on a parlé de monnaie, certes, mais même pas de ce qui compte le plus en matière monétaire : on ne nous a rien dit, notamment, de l’abandon total de la création monétaire aux banques privées (article 104) qui est pourtant un pur scandale, la cause majeure de la dette publique qui asphyxie nos États et une cause importante du chômage endémique qui asphyxie nos économies.

En 1992, on ne nous a invités à débattre que de l’indépendance de la Banque centrale et de la nouvelle monnaie unique, qui sont sans doute de bonnes choses. Mais, de la faiblesse du Parlement, de la confusion des pouvoir, de l’indépendance des juges, de l’impuissance des citoyens, de la révision sans référendum, de toutes ces honteuses et dangereuses institutions, on n’a pas du tout parlé. Du vote de Maastricht, on ne peut donc pas dire honnêtement qu’il cautionne les institutions.

Si on envisage l’ensemble de la construction européenne sur cinquante ans, les peuples n’ont donc finalement pas eu droit au moindre débat sur l’essentiel.

La seule fois où on nous a demandé vraiment notre avis, en 2005, la première fois où on nous a retiré le bâillon, on a crié « Non ! » Aussitôt, on nous a remis le bâillon et puis le viol a recommencé. Et on nous dit : « Vous n’en voulez pas, mais vous l’aurez quand même, par la voie parlementaire… »

2007 a donc confirmé ce que 2005 avait révélé : la méthode et le contenu du traité de Lisbonne confirment que l’on a une bande de violeurs aux manettes, et ce qui se passe là, c’est un coup d’État. C’est un coup de force. La définition du coup d’État, c’est un pouvoir exécutif qui ne se plie pas au suffrage universel. Nous y sommes.

Silvia Cattori : Tout cela a pu se faire car les citoyens ont abandonné leurs responsabilités et s’en sont remis naïvement à leurs représentants sans sans imaginer qu’ils pouvaient abuser de leurs pouvoirs et sans contrôler leur action.

Étienne Chouard : Oui. Le mensonge est partout et les gens honnêtes n’osent pas y croire. On parle d’un mini traité simplifié, qui n’est ni « mini », ni « simplifié ». Il faut lire trois mille pages maintenant pour savoir ce qu’il y a dans le traité de Lisbonne. C’est extrêmement compliqué. Il y a toutes sortes de renvois et tout ce qui était dans le traité de 2005 se retrouve ici. Même ce qu’ils ont dit vouloir retirer. L’hymne, ils vont le garder. Le drapeau va rester. La référence à l’euro va rester. Ils ont dit qu’ils retireraient le drapeau. Mais vous le croyez, qu’ils vont le retirer ? Ils ont retiré l’étiquette « constitution ». Mais sur une fiole de poison, qu’est-ce qui est dangereux ? L’étiquette ou le poison ? Quand on retire l’étiquette, est-ce que le poison est moins dangereux ?

On nous prend pour des imbéciles.

C’est une constitution, à l’évidence, mais une mauvaise constitution écrite par des gens qui ne devaient pas l’écrire. On a des élus, mais ce n’est pas à eux d’écrire la constitution. Je tiens à cette idée forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir ; ce n’est pas aux parlementaires, aux ministres, aux juges, d’écrire la constitution ; c’est à d’autres, à des gens désintéressés.

Il n’y a pas d’autre moyen, pour nous les simples citoyens, d’être protégés contre les abus de pouvoir, qu’une Assemblée constituante, mais attention : surtout pas élue parmi les candidats des partis, car les partis ont de nombreux membres au pouvoir dont les amis écriraient à nouveau des règles pour eux-mêmes et on n’en sortirait pas.

Ce que Giscard lui-même a affirmé [1] de ce traité de Lisbonne devrait amener les 16 millions d’électeurs qui ont voté non à descendre dans la rue, car c’est le même traité que le précédent, illisible, et s’il est compliqué, Giscard dit que c’est pour rendre impossible le référendum ; Giscard dit aussi que tout ce qui tenait à cœur aux Conventionnels en 2004 se retrouve dans le traité de Lisbonne, sauf que c’est dans un ordre différent.

Ma conclusion est celle-ci : tout cela arrive parce que ceux qui écrivent les règles les écrivent pour eux-mêmes et qu’ils trichent.

Silvia Cattori : Aucun acteur n’a de compte à rendre ?

Étienne Chouard : Aucun ; les citoyens ne comptent pour rien. Ils n’ont aucun moyen de résister contre les abus de pouvoir dans ces institutions. Le seul bon moyen serait le référendum d’initiative populaire et nous ne l’avons pas. Je dirais même qu’on ne l’aura jamais si ce sont des représentants élus qui écrivent les règles. Le droit de pétition (de l’article 11 du traité de Lisbonne consolidé) n’a aucune valeur contraignante. On n’a pas besoin d’un article comme ça pour faire des pétitions : même si on le retirait, les gens pourraient toujours faire pétition.

Silvia Cattori : Le traité de Lisbonne ne comporte-t-il pas au moins un élément positif, par exemple la possibilité pour un État de sortir de l’Union européenne ?

Étienne Chouard : Oui, et cela existait déjà dans le TCE rejeté en 2005, et c’est repris, comme tout le reste.

Silvia Cattori : Dans ce cas de figure, comment un État qui le souhaiterait pourrait-il sortir de l’Union ? Cette procédure est-elle applicable ?

Étienne Chouard : Cela ne serait pas simple de sortir de l’Union européenne et cela coûterait très cher ; il y a beaucoup de rouages en œuvre ; il faudrait un gouvernement très déterminé. Cette situation de non-retour me fait penser à l’AGCS (l’Accord Général sur le Commerce des Services) d’où on ne peut pas sortir non plus : cet accord (négocié et signé sans nous en parler, dans le plus grand secret) a le même génome antidémocratique que l’Union européenne : ce sont les mêmes qui l’ont conçu, ce sont les mêmes intérêts qui sont servis : les multinationales et les banques.

À quoi sert l’AGCS ? À faire disparaître toutes les contraintes sur le commerce des services. Aujourd’hui, un État souverain peut encore interdire quantité d’abus pour se protéger contre les investisseurs prédateurs : quand une grande entreprise veut venir s’installer quelque part, le pays a ses propres règles pour défendre son droit social, son droit environnemental, son droit fiscal, ses ressources naturelles, etc.

Cela va disparaître : Les États, dans les négociations secrètes de l’AGCS, sont en train de s’interdire d’interdire (aux entreprises), les uns les autres : je ne t’interdis plus cela, mais toi, tu arrêtes de m’interdire ça… Les citoyens vont se retrouver nus, sans défense et personne n’en parle ! Tous les services publics sont menacés par ces mécanismes. Et cela est irréversible : les amendes que les États acceptent de devoir payer en cas de retrait ne sont pas payables, tellement elles sont prohibitives.

Les accords de l’AGCS sont donc négociés en secret par une personne seule : le commissaire européen au commerce extérieur… Une personne seule pour 480 millions de personnes négocie en secret des accords décisifs qui lèsent tout le monde de façon irréversible. C’est un pur scandale, c’est très grave.

Silvia Cattori : En voyant les chefs d’État et de gouvernement de l’Union signer le traité à Lisbonne qu’avez-vous ressenti ?

Étienne Chouard : L’impression d’être violenté, à l’évidence, et par ceux-là mêmes qui prétendent partout me défendre… L’impression d’être dans un piège contrôlé par des menteurs professionnels et des voleurs en bande. Ce qui me désole est que les gens ne soient pas du tout informés et ne se sentent donc pas concernés.

Silvia Cattori : Il y a un aspect très important qui est également peu présent dans le débat : la politique étrangère de l’Union ; la participation de ses principaux membres à des opérations militaires via l’OTAN. Or, là aussi, alors que les sondages montrent que les citoyens sont très majoritairement opposés à ces guerres illégales, ils sont totalement impuissants à les empêcher. Alors que les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak se révélent être des aventures coloniales, M. Sarkozy tente de resserrer les liens de l’Union européenne et des États-Unis dans la perspective d’un conflit avec l’Iran dans l’intérêt d’Israël. Que pensez-vous de cet aspect de l’Union ?

Étienne Chouard : On a l’impression que tout cela a été programmé depuis le début. Cela s’est fait de manière progressive. Le Non les a un peu ralentis mais, deux ans plus tard, les autorités font passer le traité en force. Et les citoyens ne réagissent pas, ce qui confirme sans doute les gouvernants dans l’opinion qu’ils ont tous les droits. L’ambiance est au pessimisme. Oui, ils peuvent enlever des enfants africains dans les écoles, oui ils peuvent aller faire la guerre au bout du monde. Il faut lire Alain Badiou (De quoi Sarkozy est-il le nom). Les critiques des médias ont été si virulentes contre ce livre que j’ai failli ne pas le lire. Je le trouve pourtant passionnant. C’est très bien analysé ; il dit bien que l’ambiance n’est pas au pétainisme, mais au néo pétainisme.

Il faut aussi lire François-Xavier Verschave (« De la Françafrique à la Mafiafrique , pour commencer) pour comprendre que la décolonisation n’a pas eu lieu.

Silvia Cattori : Votre réflexion rejoint celle que le sociologue Jean-Claude Paye a conduit à propos des libertés fondamentales dans l’Union [2]. Comme vous, il constate que les institutions ont été construites de telle façon que les décisions échappent aux citoyens.

Étienne Chouard : Effectivement, je ne suis pas le seul à le dire, loin de là, et en fait, tous ceux qui étudient honnêtement les institutions sont scandalisés et regrettent d’avoir trop fait confiance à leurs élus.

Silvia Cattori : Ces sommets, Lisbonne, le G 8, ne seraient donc que des mascarades où des dirigeants, entre festins et embrassades, prennent des décisions sans en référer à leurs mandants comme si on était dans un système dictatorial ?

Étienne Chouard : Ce n’est pas —encore— une dictature car, dans une dictature, il n’y a pas de liberté d’opinion ni d’expression. C’est donc plus soft que cela, c’est poli, c’est joli à voir, c’est en train de devenir totalitaire, mais il y a moins de prise à la critique, c’est plus difficile à condamner. Le discours mensonger, inversant les valeurs, Orwell l’annonçait fort bien dans 1984, consistait à dire « la guerre, c’est la paix », « le travail ; c’est la liberté », et le simple fait de le répéter retire des armes aux résistants potentiels. La manipulation par le langage fonctionne bien. Elle demande, de la part des résistants, une formation, un apprentissage de ces manipulations.

Silvia Cattori : Quels outils les partisans du non ont-ils pour vaincre ces obstacles ?

Étienne Chouard : Il y en a un qui sera peut-être assez fort : c’est une requête individuelle auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui ne fait pas partie de l’Union européenne mais dont l’Union a signé la Convention qu’elle doit donc respecter.

La Cour peut être saisie par une unique personne contre un État. C’est une cour qui protège les individus isolés.

Son argumentation est puissante (voyez le site 29mai.eu), je m’en sers déjà à tout propos. La requête consiste à attaquer l’État français pour violation de l’article 3 du protocole 1 de la Convention qui dit que les « hautes parties contractantes s’engagent à garantir à leurs citoyens des élections libres qui permettent un libre choix du corps législatif ».

En fait, notre corps législatif est désormais très largement européen. Et au niveau européen, est-ce que le corps législatif est élu ? Pour l’essentiel, non : nous n’avons pas le choix. Le corps législatif en France, ce n’est pas l’Assemblée nationale : 80 % des nouvelles lois qui s’appliquent en France sont des normes européennes automatiquement transposées dans notre droit national, sans vrai débat parlementaire.

Alors, qu’en est-il donc en Europe ?

Au niveau constituant d’abord, c’est une CIG (Conférence intergouvernementale, non élue) qui écrit et corrige les traités, c’est-à-dire la Constitution européenne (qui cache désormais son nom, hypocritement). Les parlements (les seuls qui soient élus) ne peuvent que ratifier ou pas les traités écrits par des non élus, en bloc : ils n’ont ni droit d’initiative, ni droit d’amendement : ils sont donc réduits à la portion congrue, alors que ce sont eux qui sont élus !

Au niveau constituant, donc, le pouvoir échappe aux élus.

Ensuite, les lois ordinaires européennes sont écrites par la Commission (non élue) qui a l’exclusivité et l’initiative des lois, et ces lois sont ensuite discutées et votées par le Conseil des ministres (non élu) en « codécision » avec le Parlement européen (le seul qui soit élu).

Mais —écoutez bien cela, c’est essentiel— il n’y a pas codécision sur tous les sujets : il y a une quantité de sujets où des non élus (Commission et Conseil) décident seuls de la loi européenne.

Ces domaines où les exécutifs écrivent ce que j’appelle des lois sans parlement (c’est plus clair que l’expression chafouine « procédures législatives spéciales ») sont soigneusement cachés, ils n’y a pas de liste : demandez donc à vos parlementaires ou à vos ministres ou à vos journalistes de vous dire quelques uns de ces domaines : ils ne les connaissent pas eux-mêmes (ou alors ce sont de vrais bandits de ne pas en parler clairement à tout le monde).

Cette stérilisation progressive du suffrage universel est une raison solide d’attaquer l’État français pour violation de la Convention européenne des droits de l’homme : nos propres représentants sont en train de vider nos votes de toute force : la démocratie agonise dans un décor factice de démocratie simulée.

Une seule requête suffit, mais en en envoyant des milliers, on crée une force politique en appui d’une requête juridique.

C’est gratuit. Si on perd, cela n’aura coûté que le timbre d’envoi.

De plus, la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a intérêt à montrer quelle sert à quelque chose, et c’est un cas d’école (inédit) qui pourrait faire jurisprudence.

En tout cas, c’est le seul moyen dont nous disposons, nous : simples citoyens. Tous les autres moyens dépendent de nos représentants, parlementaires et ministres, qui ont montré qu’ils sont décidés à nous violer. Si on attend d’eux qu’ils nous défendent, on va attendre longtemps, c’est perdu d’avance.

Cette requête donne de l’espoir car la Cour peut bloquer le processus de ratification, le temps de décider sur le fond. Il me semble que c’est une arme puissante, nouvelle.

Silvia Cattori : Que dites-vous à ces citoyens suisses et norvégiens qui ont refusé jusqu’ici d’adhérer à l’Union européenne, généralement qualifiés d’« attardés qui refusent le progrès » par leurs détracteurs ?

Étienne Chouard : J’espère pour eux qu’ils vont continuer de résister. Je les envie, car j’ai l’impression que nous sommes enfermés par nos propres élus dans un piège épouvantable. Notre désindustrialisation a commencé et elle va à grand pas. On nous oblige à ouvrir nos frontières avec des pays qui ne respectent ni les droits du travail, ni les droits environnementaux, ni aucune des contraintes que nous imposons à nos propres entreprises en vertu du progrès social. Mis en concurrence déloyale avec des pays qui sont si peu comparables, on ne peut que continuer de dégringoler vers la ruine générale.

Ne riez pas : des pays ont déjà vécu cette descente aux enfers en appliquant ces mauvaises recettes : voyez le cas effrayant de l’Argentine, cobaye du néolibéralisme…

Silvia Cattori : Si on demandait aux citoyens s’ils veulent rester ou sortir de l’Union, que choisiraient-ils selon vous ?

Étienne Chouard : le coup d’État de Lisbonne me conduit à me demander s’il ne faut pas sortir de toute urgence de cette UE-MB (Union européenne des multinationales et des banques). Je commence effectivement à désespérer de changer l’UE, dont le programme génétique semble être conçu contre les peuples et contre la démocratie.

Peut-être faut-il sortir de cette UE-là pour construire enfin une vraie société européenne, voulue et défendue par les peuples concernés (et pas par leurs élites décalées).

Silvia Cattori : Pourquoi ne pas faire campagne pour en sortir carrément, si les chances de revenir sur le traité sont nulles ?

Étienne Chouard : Je n’ai pas encore renoncé à mon rêve européen de fraternité. Je voudrais que l’on recommence avec moins de pays à la place de ce monstre conçu par et pour les grandes corporations. Là on est en train de marier des peuples avec le consentement de leurs « pères ». Un mariage réussi et durable se fait forcément avec le consentement des peuples concernés.

Silvia Cattori : Les sociaux-démocrates ne portent-ils pas la principale part de responsabilité dans cette forme de construction européenne ? Jacques Delors n’a-t-il pas fait l’Europe du marché ?

Étienne Chouard : Jacques Delors et la plupart des leaders socialistes nous ont évidemment trompés, ils nous ont menti mille fois, et cette évidente trahison des chefs de la gauche est une catastrophe pour le pays.

Je leur faisais confiance, et très particulièrement à Jacques Delors : je me souviens du dernier jour avant le référendum de Maastricht : Jacques Delors nous avait parlé à la télévision ; il avouait qu’on n’avait encore pas « fait de social » jusque-là en Europe, mais il prenait date avec nous, solennellement, en nous regardant avec ses yeux bleus tristes et sincères, il nous a promis ardemment de commencer à « faire du social » dès le lendemain de notre vote Oui. Il nous l’a promis pour qu’on vote OUI. Quinze ans après, nous sommes plus que jamais en recul social sur tous les plans… J’ai l’impression d’avoir été trompé par un des hommes en qui je faisais le plus confiance. C’est triste et révoltant à la fois.

La chute est rude.

Silvia Cattori : Vous avez parlé d’abandon total de la création monétaire. Vous pouvez préciser de quoi il s’agit ?

Étienne Chouard : Il y a un rouage essentiel qui m’est apparu cette année. Je commence même à y voir le cœur du piège, le diamant central, le moteur de notre impuissance… C’est l’article 104 de Maastricht (qui est devenu l’article 123 du traité de Lisbonne).

Il dit ceci : « Les États n’ont plus le droit d’emprunter auprès de leurs banques centrales ». Pour le commun des mortels c’est incompréhensible.

De quoi s’agit-il ? Depuis des siècles, les États ont abandonné une partie de leur pouvoir de créer la monnaie aux banques privées : les banques ont obtenu des gouvernants, très certainement par corruption, le droit (fondamental) de créer la monnaie.

Mais au moins, jusqu’à une période récente (1974 en France), les États partageaient encore avec les banques privées le droit de créer la monnaie : quand un État avait besoin d’argent pour créer des voies ferrées, des logements ou des hôpitaux, l’État créait lui même sa monnaie, et il ne devait pas payer d’intérêts pendant les remboursements - ne relâchez pas votre attention et n’oubliez pas : c’est le point crucial, celui qui vous condamne aux travaux forcés au profit de rentiers oisifs.

C’est comme cela que l’État créait la monnaie : l’État empruntait auprès de sa banque centrale (qui créait cette monnaie pour l’occasion) et, au fur et à mesure où l’État remboursait cet emprunt, la Banque centrale détruisait cet argent, mais sans faire payer d’intérêts à l’État !

Depuis 1974 en France, à l’époque du serpent monétaire européen, l’État —et c’est sans doute pareil dans les autres pays européens— s’est interdit à lui-même d’emprunter auprès de sa banque centrale et il s’est donc lui-même privé de la création monétaire. Donc, l’État (c’est-à-dire nous tous !) s’oblige à emprunter auprès d’acteurs privés, à qui il doit donc payer des intérêts, et cela rend évidemment tout beaucoup plus cher.

Dans quel intérêt ? L’intérêt général ? Vous plaisantez, sans doute !

Je vous fais remarquer que, précisément depuis 1974, la dette publique ne cesse d’augmenter et le chômage aussi.

Je prétends que c’est lié.

Ce n’est pas fini : depuis 1992, avec l’article 104 du traité de Maastricht, cette interdiction pour les États de créer la monnaie a été hissée au plus haut niveau du droit : international et constitutionnel. Irréversible, quoi, et hors de portée des citoyens.

On ne l’a dit pas clairement : on a dit qu’il y avait désormais interdiction d’emprunter à la Banque centrale, ce qui n’est pas honnête, pas clair, et ne permet pas aux gens de comprendre. Si l’article 104, disait « Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des riches rentiers, propriétaires de fonds à prêter à qui voudra les emprunter », il y aurait eu une révolution.

Ce hold-up scandaleux coûte à la France environ 80 milliards par an (*) et nous ruine année après année ; mais on ne peut plus rien faire.

Ce sujet devrait être au cœur de toutes nos luttes sociales, le fer de lance de la gauche et de la droite républicaines. Au lieu de cela, personne n’en parle. C’est consternant.

Silvia Cattori : C’est difficile pour le citoyen d’imaginer que leurs élus se compromettent tous à ce point. Finalement ce sont des citoyens isolés, qui comme vous, s’investissent de manière désintéressée, qui reprennent en main le débat que leurs élus ont abandonné.

Étienne Chouard : Il y a des gens qui se battent. Maurice Allais, prix Nobel d’économie, tempête contre la création monétaire abandonnée aux banques privées ; il proteste énergiquement et affirme que c’est une honte, que les banques privées se comportent (parce qu’on les y autorise) comme des faux monnayeurs et que cela nous ruine. L’esprit libre Maurice Allais dit aussi que les multinationales qui nous imposent ce grand marché dérégulé sont malfaisantes. L’ultra libéral Maurice Allais dénonce la « chienlit laisser-fairiste » de l’Union européenne. Peut-on être plus clair ?

Et bien, ce monsieur qui a voué un grande partie de sa vie à l’étude de la monnaie et qui a probablement reçu tous les honneurs et toutes les médailles du monde, ce grand spécialiste de la monnaie est « triquard » (interdit de tribune) dans les grands médias, il n’arrive plus à publier ni dans Le Monde, ni dans Le Figaro.

Qui ne voit le lien évident entre la persécution d’un citoyen courageux qui appuie là où ça fait mal et le fait que les grands médias aient été achetés -et soient désormais contrôlés- précisément par des multinationales et des banques ?

Maurice Allais développe une idée majeure (que nous devrions tous étudier) quand il dit qu’il faut rendre la création monétaire aux États, à une banque centrale indépendante, qu’il faut que la banque européenne (BCE) récupère la création monétaire en la reprenant aux banques privées.


13/12/2007

Quand le Le peuple dit "non", les psychopathes disent "oui"

Note de P&P : L'AFP nous informe de la signature du traité européen, 7 ans jours pour jours après l'accession frauduleuse de Georges W. Bush à la Maison Blanche. Dans les deux cas, le peuple fait face à un changement mené par la tromperie, au mépris d'une décision démocratique souveraine et marquant le renforcement d'un mouvement d'ultralibéralisation.

 LISBONNE (AFP) - Les dirigeants de l'Union européenne ont signé jeudi à Lisbonne le traité remplaçant la défunte Constitution, au cours d'une cérémonie solennelle, marquée par l'absence du Premier ministre Gordon Brown , qui a joint sa signature trois heures après.

La signature du document, qui prendra désormais le nom de Traité de Lisbonne, ouvre la voie à un délicat processus de ratification dans les 27 pays membres.

Note de P&P : L'AFP souligne un difficile processus de ratification. Cette maneuvre permet d'entretenir chez le lecteur l'illusion que le choix est encore possible. Les chefs d'états européens ont signé ce document et soyez en sûr après les échecs des référendums français et hollandais, ils donneront une pseudo légitimité démocratique à ce traité scélérat en le faisant seulement voter par leurs assemblées déjà acquises à la décision.
 

Le traité a été signé dans le cloître du monastère des Jeronimos aux pierres sculptées comme de la dentelle, datant du XVIème siècle, où le Portugal avait déjà signé son traité d'adhésion à l'Union en 1985.

Note de P&P : En politique rien n'arrive par hasard. Ce choix du monastère de Jeronimo semble pourtant bien obscur. En creusant un peu, l'on découvre que c'est la société secrète Skulls & Bones qui détient les ossements du chef indien Jéronimo et que une bonne partie des grands décideurs, dont Bush père et fils, architectes de la mondialisation néolibérale, sont issus de cette société secrète. Mettons tout cela sur le compte d'une mauvaise coîncidence.

 

Les chefs de gouvernement et les ministres des Affaires étrangères de chaque pays ont apposé leur signature sur le document à l'aide d'un stylo en argent offert par la présidence portugaise de l'UE.

Le seul chef de gouvernement européen à rater la cérémonie était le Britannique Gordon Brown, qui a laissé son ministre des Affaires étrangères David Miliband signer à sa place.

Downing Street a invoqué l'obligation pour M. Brown de répondre aux questions d'une commission parlementaire pour justifier son arrivée tardive dans la capitale portugaise et son absence à la cérémonie.

M. Brown a signé le traité, en milieu d'après-midi au musée des Carrosses de Lisbonne, en l'absence de plusieurs dirigeants européens qui, conviés à déjeuner, avaient déjà quitté les lieux.

Les problèmes d'emploi du temps de Gordon Brown, vu comme plus eurosceptique que son prédécesseur Tony Blair, n'ont guère convaincu et M. Brown a été accusé par une partie de la presse de céder à la pression des eurosceptiques.

"Chacun d'entre nous gère ses problèmes. Moi, je pense qu'on a besoin de la Grande-Bretagne en Europe", a réagi le président français Nicolas Sarkozy, avant d'ajouter, en anglais: "We need Gordon!".

Note de P&P : L'AFP dédie donc plus de la moitié de son article à l'absence de Gordon Brown. Il s'agit d'une intéressante tentative de diversion. Avec ou sans Gordon Brown, l'Angleterre a signé ce traité illégitime et par conséquent le peuple anglais comme les autres peuples européens connaitra encore plus de souffrance, d'inégalité et de cynisme.
 

Les dirigeants européens espèrent que le traité, dont le contenu avait été approuvé le 19 octobre dernier après des mois de douloureuses négociations entre les 27, sera ratifié partout dès 2008 et entrera en vigueur au 1er janvier 2009.

Echaudée par le rejet du projet de Constitution par les Français et les Néerlandais en 2005, la majorité des gouvernements devrait opter pour une ratification par la voie parlementaire, sauf l'Irlande obligée d'organiser un référendum.

Note de P&P : La pensée psychopathique défie la logique humaine. Ainsi le 29 mai 2005, 54,69% des français ont dit "non" à la constitution européenne. Un peu plus de deux années plus tard le gouvernement français signe le traité qui reprend ladite constitution.

 

Le texte, qui reprend des pans entiers de la Constitution mais est incompréhensible aux non-juristes, doit faciliter les décisions dans une Union européenne passée depuis 2004 de 15 à 27 pays.

Note de P&P : Vous avez compris la logique limpide du raisonnement : la constitution est incompréhensible et elle doit faciliter les décisions. Comme la constitution ne peut être comprise vous pouvez prendre les décisions les plus injustes et les déclarer conformes à la constitution. Vous trouverez peu de résistance puisque le document de référence est incompréhensible.
 

"Pour arriver à ce résultat, tous les gouvernements ont fait preuve de courage politique. Je vous invite maintenant à faire preuve de la même détermination pendant la période de ratification", a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Note de P&P : les gouvernements ont fait preuve de courage... Décidemment les journalistes ne craignent pas les mensonges les plus repoussants. Le courage politique eut consisté à respecter le résultat négatif des référendums populaires. L'honnêteté politique eut été de présenter cette constitution et ce traité tels qu'ils sont vraiment : une destruction supplémentaire des droits des citoyens européens.  La trahison politique consiste à dire "oui" lorsque le peuple a massivement choisi le "non".

 

Conscient du scepticisme grandissant vis-à-vis du projet européen, il a aussi appelé les gouvernements à "communiquer" sur les bienfaits du traité et à répondre à l'attente des citoyens, qui "veulent des résultats".

Le Premier ministre portugais, José Socrates, président en exercice de l'UE, a quant à lui souligné que le traité devait permettre à l'Europe d'être "plus forte" pour promouvoir l'économie européenne et défendre ses valeurs d'égalité et de liberté.

Le président français Nicolas Sarkozy a, lui, souligné qu'il fallait maintenant "mettre du contenu" dans le projet européen.

"Il faut une politique de l'immigration, il faut une politique de l'environnement, il faut une politique de la défense en Europe. C'est ce à quoi on va s'occuper", a ajouté M. Sarkozy, qui prendra la présidence de l'UE au 2e semestre 2008.

Note de P&P : Les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Il n'y aura pas de politique de l'immigration apportant plus d'échanges, de partage et de solidarité, il n'y aura pas d'Europe de la défense au sens d'une mutualisation des fonctions pour réduire les coûts, il n'y aura pas d'Europe sociale, il n'y aura pas d'Europe de la culture, de l'éducation ou de la recherche, il n'y aura pas d'Europe de l'environnement au sens d'un vrai respect de notre planète.

L'Europe que viennent d'entériner les dirigeants rassemblés à Lisbonne est une Europe ultralibérale, cynique et individualiste. Une Europe de la compétition et de la course financière, une Europe pour les forts et les privilégiés. Une Europe encore plus déshumanisée que le modèle étasunien sur lequel elle prend modèle.
 

Les dirigeants européens, déjà à Lisbonne le week-end dernier, à l'exception notable de Gordon Brown qui boycottait le 2e sommet UE-Afrique, ont quitté rapidement la capitale portugaise. Ils doivent se retrouver dès vendredi matin à Bruxelles pour leur dernier sommet de l'année.

Note de P&P : Un dernier sommet au cours duquel ces dirigeants souhaiteront la main sur le coeur et l'oeil larmoyant de joyeuses fêtes aux citoyens européens après avoir acté la destruction de leur peu d'acquis sociaux. Grande est la jouissance du chat face à l'agonie de la souris.

06/12/2007

Leçon de démocratie

Note de P&P : Le Monde, grand quotidien français dont l’objectivité n’a d’égale que l’impartialité nous informe des résultats du référendum vénézulien.


Le président vénézuélien Hugo Chavez a perdu son référendum. Une courte majorité d'électeurs a refusé la réforme constitutionnelle qui devait, selon lui, assurer "la transition du pays vers le socialisme". Le chef de l'Etat a reconnu le résultat proclamé tard dans la nuit du dimanche 2 décembre par le Conseil national électoral (CNE), sur la base de 90 % des voix dépouillées.

Les 69 articles de la Constitution modifiés (sur 350) avaient été divisés en deux blocs : 50,7 % des électeurs ont refusé le premier bloc, qui correspondait au projet présenté par le président lui-même, et 51,05 % le deuxième, les modifications ajoutées par l'Assemblée. L'abstention a dépassé 44 %.

Entre embrassades, applaudissements et Klaxons, les partisans du "non" ont célébré une victoire à laquelle bien peu croyaient. Les dirigeants de l'opposition, qui dénigraient le CNE - accusé de partialité - ont appelé à la "réconciliation nationale", en se gardant de tout triomphalisme contre M. Chavez.

Ce revers électoral du président - le premier en neuf ans - a été célébré comme une victoire de la démocratie. "L'opposition va récupérer la confiance dans les institutions et c'est une bonne chose", note Manlio Ostili, un ingénieur heureux de la victoire du "non". "Plus personne ne pourra dire que Chavez est un dictateur", souligne Raul Hernandez, cadre dans une entreprise publique et "chaviste" convaincu.

Note de P&P : Décidemment le méchant Chavez a des progrès à faire en terme de manipulation d’élections. Peut être qu’il devrait demander quelques conseils à son voisin et parangon de la démocratie Georges Bush.



"J'AI ENTENDU LE PEUPLE"

"Ceux qui ont voté contre ma réforme, je les félicite et je les remercie. Ils ont démontré que ce chemin est le bon : la démocratie vénézuélienne a mûri", a déclaré le président vénézuélien au cours d'une conférence de presse nocturne retransmise sur toutes les chaînes du pays. Souriant, M. Chavez a ironisé : "Pour le moment, nous n'avons pas pu." Ce sont les mots que, lieutenant-colonel putschiste, il avait prononcés, le 4 février 1992, alors que la tentative de soulèvement militaire dont il avait pris la tête venait d'échouer.

Note de P&P : Le Monde semble souffrir d’une mémoire sélective. La tentative de coup d’état d’Hugo Chavez en 1992 était dirigée contre le régime de Carlos André Pérez, dont les recours fréquents à la torture, les fouilles et détentions arbitraires sont tristement célébres.

Peut-être que Le Monde aurait pu également souligner les deux tentatives de coup d’état contre Chavez que la CIA a lamentablement ratées en avril 2002 et en décembre 2007.



"Nous sommes faits pour les longues batailles", a souligné M. Chavez en défendant son projet socialiste. "Et nous avons dans le passé su transformer des défaites apparentes en victoires politiques, a-t-il ajouté. J'ai entendu le peuple et je l'entendrai toujours."

Alerté par le fait que la réforme constitutionnelle était rejetée par une partie de sa base, le président avait, au cours des derniers jours, joué la carte du plébiscite. "Voter "oui", c'est voter Chavez, voter "non" c'est voter George Bush", avait-il insisté.

La réforme prétendait consacrer le caractère socialiste de l'Etat et de l'économie vénézuéliens et l'existence des "conseils communaux", expression du pouvoir populaire. Le mouvement étudiant, les partis d'opposition, l'Eglise et un secteur dissident du "chavisme" avaient appelé à voter "non". Teodoro Petkoff, directeur du quotidien Tal Cual, a rappelé que la défaite d'une réforme autoritaire a été rendue possible grâce aux voix de ces "chavistes critiques".

Note de P&P : Le Monde semble expert dans la manipulation des mots. Vous aurez noté l’emploi de l’expression « réforme autoritaire ». Hugo Chavez propose des réformes par référendum, le peuple répond « non » et les réformes sont mises en suspens. Ceci est l’opposé de réformes autoritaires.

Nul besoin d’aller en Amérique du Sud pour faire face à l’autoritarisme. 86% des français considère que Nicolas Sarkozy est autoritaire. Celui-ci insulte les populations défavorisées en les traitant de racailles, il les provoque en les menaçant de karcherisation, il augmente les garde à vue de 10% par an, il fait passer le nombre de détenus de 48000 à 60000 en 5 ans.


L'annonce des résultats a mis fin à une soirée électorale aussi tendue et pleine de suspense que la journée de vote avait été tranquille. A 18 heures locales, une dépêche de l'agence Reuters donnait d'ailleurs la victoire du "oui" sur la base d'enquêtes à la sortie des urnes réalisées par trois instituts de sondage. Le service de presse de la présidence de la République convoquait une conférence de presse pour 20 heures.

Toutefois, vers 21 heures, Jorge Rodriguez, vice-président de la République et chef de l'équipe de campagne en faveur du "oui", annonce un résultat "serré". Il célèbre "la victoire de la démocratie", et appelle ses compatriotes à maintenir le calme et à respecter le résultat électoral. Plus d'un Vénézuélien se convainc alors de la défaite du "oui".

La tension monte. Le Conseil électoral tarde à émettre un premier bulletin alors que le vote électronique - utilisé dans plus de 90 % des bureaux de vote - permettait d'espérer un résultat très rapide. Les rues de Caracas sont désertes et les Vénézuéliens rivés devant leur téléviseur. Juan Contreras, leader communautaire du quartier populaire "23 de enero", où quelques heures plus tôt votait Hugo Chavez, confirme que "tout est calme, mais les esprits sont chauds".

 

Note deP&P : "Tout est calme, mais les esprits sont chauds". Pourquoi Le Monde dédie-t-il près de la moitié de son article à cette hypothètique tension ? Vous aurez tout d'abord remarqué que nous sommes en plein dans le domaine de la divination et de la rumeur. Il n'y a pas eu d'altercation, pas de manifestation, pas de heurts, les rues sont calmes. Pourtant les médias continuent à entretenir les fantasmes et les peurs. Pourquoi ? Simplement pour faire croire que Chavez et ses sympathisants sont des violents, des casseurs, des mauvais perdants, des antidémocratiques, des émeutiers et que par opposition les pantins de la CIA sont les chantres de la démocratie, serviteurs du peuple et respectueux des institutions. 

Le Monde semble bien avoir retenu la leçon : "calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose" 


Les présentateurs tentent de meubler les heures qui passent. Faute de résultats, personne n'ose une analyse. La loi interdit aux médias de publier des estimations avant la publication du premier bulletin officiel. A 22 heures, les rumeurs commencent à courir. Partisans du "oui" et partisans du "non" seraient convenus de publier le plus tard possible les résultats - "quand tout le monde dormira" - afin d'éviter tout débordement de violence. Mais les opposants ont le sourire aux lèvres. Puis ils s'impatientent. A 1 h 10 du matin, le Conseil électoral annonce les résultats. Et Hugo Chavez se montre bon joueur.

Note de P&P : Voilà une excellente leçon de démocratie. Il est sain et juste de consulter le peuple par référendum avant d’entreprendre des réformes majeures.

Nicolas Sarkozy semble aux antipodes de cette vision. La France a massivement répondu « non » au référendum sur la constitution européenne et que fait le grand démocrate Sarkozy ? Il tente de faire passé à nouveau cette réforme majeure sous la forme d’un traité simplifié et en évitant bien sur l’écueil du référendum.