04.06.2008

Vous pouvez vous rendormir, la crise est terminée

Les ventes de logements neufs sont tombées de 27,9% sur un an au premier trimestre 2008, pour s'établir à 26.700 unités, et le niveau des stocks n'a jamais été aussi élevé, ont annoncé mardi les services de l'Equipement du ministère de l'Ecologie.

Sur cette période, les ventes sont en recul dans 18 des 22 régions de France métropolitaine. La baisse est particulièrement forte en Limousin (-64,8%), Lorraine (-68,4%) et Auvergne (-67,9%), a précisé le ministère dans un communiqué.

Le nombre de logements neufs à vendre a également nettement reculé, au premier trimestre, de 28,3% sur un an à 28.800 logements. Le repli est de 19,3% par rapport au quatrième trimestre 2007.

Cette baisse dépasse même les 60%, en rythme annuel, dans trois régions (Lorraine, Midi-Pyrénés et Auvergne).

"Les mises en vente de logements en immeubles collectifs ont reculé de 29,4% et celles de maisons de 21%", selon le communiqué.

Le niveau des ventes restant inférieur à celui des mises en ventes, le stock de logements neufs proposés à la vente "continue de progresser", selon le texte.

Au 31 mars, ce stock est de "105.600 logements, chiffre qui n'avait jamais été atteint", a souligné le ministère.

Selon lui, le délai d'écoulement de logement reste stable à 11 mois pour le collectif mais passe à 12 mois pour l'individuel.

Quant aux prix au mètre carré, ils ont poursuivi leur progression dans le collectif (+3,7%) mais à l'inverse, dans l'individuel, le prix d'un lot a reculé de 1,8%, selon le ministère.

 

Article original : Le Monde  

 

Note de P&P : Malgré les déclarations délirantes d'optimisme de nos chers politiciens dont plus que jamais les promesses n'engagent que les quelques derniers illuminés qui continuent à y croire, la crise n'est nullement terminée.

A vrai dire elle ne fait que débuter puisque seulement 200 milliards de dollars d'actifs "pourris" (principalement des prêts hypotécaires insolvables) ont été effacés des comptes des banques de la planète.

Cela signifie que 1000 milliards de dollars de prêts hypothécaires immobiliers restent dans la nature sans parler des milliers de milliards de produits financiers comme les CDS qui intégrent en partie ces prêts hypothécaires et qui hantent les comptes des banques, des compagnies d'assurance et des hedges funds.

Le refinancement de la majeure partie de ces prêts hypothécaires aura lieu à partir de la rentrée 2008, donc après un été où le dollar devrait rester en deça des 1,60 euro grace aux transfusions des banques centrales et où tous les regards seront tournés vers les jeux du cirque de Pékin. La fin 2008 devrait annoncer le véritable début de la crise.

Depuis des mois les Etats-Unis sont entrés dans une spirale infernale. Au niveau des consommateurs, la hausse des mensualités (remboursements progressifs) et l'effondrement des prix de l'immobilier ont mis en péril les prêts dont les garanties étaient ces mêmes biens immobiliers. Les citoyens étasuniens se sont retrouvés obligés de céder leurs maisons pour une valeur largement inférieure à leurs prêts, générant autant de pertes chez leurs banquiers. Ces ventes massives ont fait croître le nombre de biens à la vente, accélérant un peu plus la chute des prix, obligeant encore plus de propriétaires à vendre. Ces logements inoccupés constituent autant de manque à gagner pour la sphère publique (impôts locaux).

Les banques qui pour 1 dollar détenu investissaient/prêtaient des dizaines voire des centaines de dollars se retrouvent face à des clients qui ne peuvent les rembourser, leurs rentrées d'argent se tarissent alors que les dettes s'accumulent. Elles doivent beaucoup d'argent et elles n'en ont pas. Ainsi la banque privée, abusivement dénommée banque fédérale, qui détient le monopole sur la création de monnaie et le niveau des taux d'intérêts a créé des centaines de milliards qu'elle a cédé aux banques à des conditions extrêmement avantageuses.

De cette manière les banques offrent l'illusion, pour un temps, de ne plus être au bord de la faillite. Cette création de monnaie à destination des banques est extrêmement perverse (qu'attendre d'autre de la part de nos chères élites ?)

En effet, plus d'argent est créé moins il a de valeur. Ainsi les citoyens étasuniens, déjà en faillite, voient les quelques dollars qui leur restent se déprécier encore plus parce que la Fed a décidé de diluer la monnaie afin d'aider les banques. Alors que ce sont ces mêmes banques qui, animées par un insatiable appétît de lucre, ont créé des produits financiers toujours plus acadabrants et ont déclenché cette crise à côté de laquelle 1929 fera figure de promenade de santé.

Ces mêmes banquiers qui ont gagné des milliards de bonus, primes et autres intéressements en sacrifiant l'économie de leur pays se retrouvent à nouveau privilégiés, aidés par la Fed sur le compte des citoyens obligés d'abandonner leur logement et ignorés des plans de soutien financier. Ah le rêve américain, on comprend de mieux en mieux pourquoi Sarkozy bade, telle un cocker servile, la plus grande "démocratie du monde".

Dès le 1er semestre 2007, Pouvoir et Psychopathie annonçait l'immense crise à venir. Celle-ci ne fait que se confirmer jour après jour malgré la propagande éhontée reprise par les politiciens et les médias, il suffit de consulter ses factures pour connaitre la réalité. L'Europe fait face à une inflation grandissante alors que les Etats-Unis ont d'ores et déjà sombré dans l'hyperinflation. 

En fait deux facteurs se combinent : d'une part une hausse des matières premières en raison surtout de spéculations grandissantes. Après avoir détruit le marché action (2000) et le marché immobilier (2007) les apprentis sorciers de Wall Street ou de la City se sont retournés vers le dernier gros marché, celui des matières premières.

D'autre part une chute des monnaies en général et du dollar en particulier. Aujourd'hui les propagandistes nous serinent des histoires de rebond du dollar.  Nous verrons fin 2008 et nous reparlerons du rebond du dollars. Les banquiers centraux maintiennent artificiellement le dollar au-dessous de 1,60 euros mais cette perfusion ne sera pas éternelle et lorsqu'elle s'arrêtera, alors commencera la véritable chute.

Cette dégringolage découle etre autre des indicateurs économiques US qui sont tous au rouge foncé : consommation en chute libre, donc recul des ventes, profits et cours de bourse s'effondrent, entrainant des licenciements de masse, qui réduisent encore les niveaux de consommation. 

Ce phénomène de forte récession est cette fois-ci couplé à une hyperinflation chronique (banques au bord de la faillite -> création de monnaies injectée dans les banques -> perte de valeur de la monnaie -> hausse des prix).

En résumé nous constatons la formation d'une bulle des matières premières et nous nous dirigeons vers l'explosion d'une bulle des monnaies. En effet la valeur du pétrole ou du blé par rapport à l'or restent stables. Ce qui change c'est la valeur des monnaies qui ne cesse de chuter.  

Lorsque récession (croissance négative) et hyperinflation se combinent, l'on assiste au terrible phénomène dénommé "recflation".

Cela veut dire qu'au-delà des chiffres manipulés par les médias et les agences gouvernementales, les USA connaissent d'ores et déjà des taux de croissance négatifs, avant inflation compris entre 0 et -2% et après inflation de -5 à -10%.

Ce raz de marée ne sera bien évidemment pas circonscrit aux Etats-Unis et dès la fin 2008, il touchera l'Europe de plein fouet. Il ne reste donc que quelques semaines pour adapter notre patrimoine. Fuir les banques (épargnes, prêts, actions, SICAV, assurances-vies), vendre l'immobilier tant qu'il a encore de la valeur, ne pas conserver de monnaies papier, acheter des matières premières, métaux précieux en particulier.

28.05.2008

CHIRAC demande à une Europe ‘couchée' de rompre avec les Etats-Unis sur le blocus de Gaza

CHIRAC demande à une Europe ‘couchée' de rompre avec les Etats Unis sur le blocus de Gaza

 
Les dernières déclarations de l’ancien président Jacques Chirac en qualifiant le blocus de Gaza comme « l’un des plus grands crimes contre l'humanité sur Terre », et en demandant aux Européens de lever l’embargo et surtout de dialoguer avec le Hamas, ont provoqué beaucoup d’émoi et de réactions même au sein de sa propre famille politique.

Le CRIF se dit choqué de l’appel de l’ex-président à « tendre la main à un mouvement terroriste » et rappelle que la politique franchement « pro-arabe », « anti-américaine » et pas suffisamment « pro-israélienne » était à l’origine de la montée de l’antisémitisme en France pendant son mandat. Ce qui a provoqué à l’époque l’appel de l’ancien premier ministre israélien Ariel Sharon aux juifs de France de quitter leur pays natal pour « retourner chez eux » en Palestine.

Rassurez-vous mes amis, rien de tout cela ne peut arriver en France. La France est amie avec tout le monde, n’a été complice d’aucun crime, et n’a pas de problème sur la conscience. Mieux encore, depuis l’élection du président Sarkozy, avait récemment déclaré le premier ministre israélien Ehud Olmert, la France et Israël sont en train de vivre une histoire d’amour !

Carter demande à une Europe ‘couchée’ de rompre avec les Etats Unis sur le blocus de Gaza

L’ex-président dit que l’UE est complice dans un crime contre les droits de l’Homme

Jonathan Steele et Jonathan Freeland - The Guardian (lundi 26 mai 2008).


La Grande Bretagne et les autres gouvernements européens devraient s’écarter des Etats-Unis sur le blocus du Gaza, a déclaré hier au Gardian le précédent président US Jimmy Carter. Carter en visitant la ville de Hay située aux frontières avec le pays de Galles, pour e rendre au festival littéraire du Gardian, a décrit la position européenne sur le conflit israélo-palestinienne comme étant « couchée », et son échec à critiquer le blocus israélien de gaza comme « embarrassant ».

En commentant la possibilité de l'Europe de rompre avec les États-Unis dans une interview avec le Guardian, il a dit: « Pourquoi pas ? Ils ne sont pas nos vassaux. Ils occupent une position égale avec les Etats-Unis ».

Le blocus de Gaza dominée par le Hamas, imposé par les États-Unis, l’UE, l’ONU et la Russie - ce qu'on appelle le Quartet - après la victoire électorale du Hamas en 2006, était « l’un des plus grands crimes contre l'humanité sur Terre », car il impliquait « l’emprisonnement de 1,6 millions de personnes, dont un million de réfugiés ». « La plupart des familles à Gaza mangent un seul repas par jour. De voir les Européens approuver cela, c’est embarrassant », a dit Carter.

Il a demandé à l’UE de reconsidérer sa position si le Hamas accepte un cessez-le-feu à Gaza. « « Que les Européens lèvent l’embargo, et qu’ils disent qu’ils vont protéger les droits des Palestiniens à Gaza, et qu’ils envoient même des observateurs au passage de Rafah [le passage de Gaza pour l’Egypte] pour garantir que les Palestiniens ne vont pas le forcer ».

Bien que 27 ans se soient écoulés depuis qu'il a quitté la Maison-Blanche, Carter a récemment rencontré les dirigeants du Hamas à Damas. Il a déclaré une percée en convaincant l'organisation d'offrir un cessez-le-feu à Gaza et un arrêt des tirs des roquettes palestiniennes sur Israël, si Israël cesse ces attaques aériennes et terrestres dans le territoire.

Carter a décrit l’autocensure des gouvernements occidentaux de parler au Hamas comme irréaliste et a déclaré que tout le monde savait qu’Israël négociait avec l'organisation via un médiateur égyptien, Omar Suleiman. C’est Suleiman a proposé l’offre du cessez-le-feu du Hamas à Jérusalem la semaine dernière.

Israël hésitait encore à accepter le cessez-le-feu, a confirmé Carter hier. « J'ai parlé à M. Suleiman avant-hier. J'espère que les Israéliens vont accepter », a-t-il dit.
 
Tout en restant scrupuleusement poli vis-à-vis du Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et du premier ministre, Salam Fayyad, qui représentent le mouvement Fatah, il a été sévère au sujet de leur exclusion du Hamas. Il a décrit le gouvernement du seul Fatah comme un « subterfuge » visant à contourner la victoire électorale du Hamas il ya deux ans. « Le principal sondeur d’opinions à Ramallah m'a dit l'autre jour que l’opinion publique en Cisjordanie est en train de changer pour le Hamas, parce que les gens croient le Fatah a capitulé devant Israël et les Etats-Unis », a-t-il dit.

Carter a déclaré que la politique du Quartet de ne pas parler au Hamas, tant qu’il n’a pas reconnu Israël, et satisfait à deux autres conditions, a été dessinée par Elliot Abrams, un fonctionnaire du conseil national de sécurité à la Maison Blanche. Il a appelé Abrams « un supporter très militant en faveur d'Israël ». L'ex-président dont son « Centre Carter pour la surveillance des élections » venait de certifier la victoire électorale du Hamas comme libre et équitable, s’était adressé au Quartet durant 12 minutes à sa session de Londres en 2006. Il l'a invité à parler au Hamas, qui venait de proposer de constituer un gouvernement d'unité avec le Fatah, les perdants.

« Le document final du Quartet a été rédigé à l'avance à Washington, et pas une ligne n’a été changée », a-t-il dit.
 
Auparavant, Carter a déclaré à Sky News qu’Hillary Clinton devrait abandonner son combat pour devenir le candidat démocratique à la présidence après le dernier tour des primaires au début du mois de Juin. À l'instar de nombreux super-délégués, il doit encore déclarer son soutien soit à Clinton soit à Barack Obama, mais il a suggéré que l'issue de la course était à prévoir. « Je pense que beaucoup d'entre nous, les super-délégués, vont prendre une décision ... assez rapidement, après les dernières primaires du 3 juin », a-t-il déclaré. « Je pense qu’à ce moment-là, il sera temps pour elle d'abandonner ».

Hier soir, devant une foule dense à Hay, Carter a parlé de son « horreur » de l’implication de l'Amérique (comme d’habitude, on réduit l’Amérique aux Etats-Unis, Ndt) dans la torture des prisonniers, en déclarant qu'il voulait que le prochain président des Etats-Unis s’engage de ne plus jamais le refaire.
 
Il a aussi insinué que George Bush pourrait même faire l’objet des poursuites sur des crimes de guerre une fois qu'il aura quitté la Maison Blanche.
 
Pressé par Philippe Sands QC à propos de la récente reconnaissance de Bush qu'il avait autorisé des procédures d'interrogation largement considérée comme s'apparentant à la torture, Carter a répondu qu'il était sûr que Bush serait en mesure de vivre une pacifique « vie productive dans notre pays ».
 
Sands, un expert juridique international, a déclaré ensuite qu'il avait compris cela comme une « claire confirmation » que, si Bush ne devrait pas rencontrer des soucis dans son propre pays, « ce qui pourrait arriver à l'extérieur du pays est un tout autre sujet ».
 
Article original : The Guardian.
Traduction : Iyad Abbara pour Alterinfo

Mardi 27 Mai 2008

13.05.2008

Les contradictions d'Amnesty International

Article original issu de Voltaire Net, par Salim Lamrani

 

Doit-on considérer comme « prisonniers d’opinion » des individus qui ont été condamnés parce qu’ils étaient stipendiés par une puissance étrangère pour déstabiliser leur pays ? À l’évidence non. Et pourtant, Amnesty International admet que les agents des États-Unis chargés de renverser un régime socialiste sont des « prisonniers d’opinion ».
Salim Lamrani s’interroge sur cette étrange conception selon laquelle tout État aurait le droit de se protéger des ingérences étrangères, sauf lorsqu’elles proviennent des États-Unis et visent à imposer leur idéologie et leur modèle économique. 

 

Amnesty International (AI) est sans aucun doute la plus célèbre organisation de défense des droits de l’homme à travers le monde. Créée en 1961 par l’avocat britannique Peter Benenson, cette organisation non gouvernementale dispose de sections dans plus de cinquante pays et de plus de deux millions d’adhérents à travers la planète. Son travail remarquable en faveur de l’abolition de la peine de mort et de la torture, contre les crimes politiques et pour la libération des prisonniers d’opinion lui a permis de bénéficier du statut d’organisme à caractère consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies, de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe et de l’Organisation des États américains, entre autres [1].

Les « prisonniers d’opinion »

AI publie chaque année un rapport sur la situation des droits de l’homme dans le monde. Presque aucun pays n’échappe à son regard vigilant. Concernant Cuba, l’organisation internationale fait état de « 69 prisonniers d’opinion » dans son rapport 2007 et explique que ces derniers sont incarcérés pour « leurs positions ou activités politiques non violentes ». Le gouvernement cubain récuse cette charge et accuse AI de partialité. Les relations ont été rompues entre l’organisation et les autorités du pays depuis 1988, date de la dernière visite de AI à Cuba [2].

Dans une déclaration du 18 mars 2008, AI a cette fois-ci dénombré « 58 dissidents toujours emprisonnés à travers le pays ». L’organisation souligne que « le seul crime commis par ces 58 personnes est d’avoir exercé de manière pacifique leurs libertés fondamentales ». Kerry Howard, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International, note qu’elle « les considère comme des prisonniers d’opinion. Ces personnes doivent être remises en liberté sans délai et sans condition [3] ».

Dans son communiqué, l’organisation internationale reconnaît que « la plupart ont été inculpés d’’actes contre l’indépendance de l’Etat’ ». Amnesty International reconnaît également que ces personnes ont été condamnées « pour avoir reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba [4] ».

Pour se convaincre d’une telle réalité, en vigueur depuis 1959, il suffit de consulter, en plus des archives états-uniennes partiellement déclassifiées, la section 1705 de la loi Torriccelli de 1992, la section 109 de la loi Helms-Burton de 1996 et les deux rapports de la Commission d’Assistance à une Cuba libre de mai 2004 et juillet 2006. Tous ces documents révèlent que le président des États-Unis finance l’opposition interne à Cuba dans le but de renverser le gouvernement de La Havane. Il s’agit là du principal pilier de la politique étrangère de Washington à l’égard Cuba [5].

Ainsi, la section 1705 de la loi Torricelli stipule que « les États-Unis fourniront une assistance, à des organisations non gouvernementales appropriées, pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba [6] ».

La section 109 de la loi Helms-Burton est également très claire : « Le Président [des États-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba [7] ».

Le premier rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre prévoit la mise en place d’un « solide programme de soutien favorisant la société civile cubaine ». Parmi les mesures préconisées, un financement à hauteur de 36 millions de dollars est destiné au « soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante [8] ».

Le 3 mars 2005, M. Roger Noriega, secrétaire assistant pour les Affaires de l’hémisphère occidental de l’administration Bush, a signalé que 14,4 millions de dollars avaient été ajoutés au budget de 36 millions de dollars prévu dans le rapport de 2004. M. Noriega a même poussé la sincérité jusqu’à dévoiler l’identité de certaines personnes travaillant à l’élaboration de la politique étrangère états-unienne contre Cuba [9].

Enfin, le second rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre prévoit un budget de 31 millions de dollars pour financer davantage l’opposition interne. De plus, un financement d’au moins 20 millions de dollars annuels est alloué à ce même effet pour les années suivantes « jusqu’à ce que la dictature cesse d’exister [10] ».

Ainsi, aucun doute n’est possible à ce sujet.

Contradictions

AI admet désormais que les personnes qu’elle considère comme des « prisonniers d’opinion » ont « reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba ». C’est ici que l’organisation internationale entre en pleine contradiction.

En effet, le droit international considère comme illégal le financement d’une opposition interne dans une autre nation souveraine. Une telle politique viole de manière flagrante les principes et les normes qui régissent les relations entre les États. Tous les pays du monde disposent d’un arsenal juridique leur permettant de défendre l’indépendance nationale contre ce type d’agression étrangère, en codifiant comme délits les conduites qui favorisent l’application de telles dispositions menant à la subversion. Il s’agit là d’un devoir primordial de tout État.

La législation cubaine

La législation cubaine punit de sanctions très sévères toute association avec une puissance étrangère dans le but de subvertir l’ordre établi et de détruire son système politique, économique et social. La loi n° 88 de protection de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba a été adoptée le 15 mars 1999, suite à la décision prise par les États-Unis d’accroître les sanctions économiques et le financement de l’opposition interne à Cuba.

Cette législation a pour but, comme le stipule l’Article 1, de « définir et sanctionner les actes destinés à soutenir, faciliter ou collaborer avec les objectifs de la loi ’Helms-Burton’, le blocus et la guerre économique contre [le] peuple [cubain], destinés à briser l’ordre interne, déstabiliser le pays et liquider l’État socialiste et l’indépendance de Cuba [11] ».

La loi prévoit des sanctions de sept à quinze ans de privation de liberté pour toute personne qui « fournirait, directement ou par le biais d’un tiers, au gouvernement des États-Unis d’Amérique, ses agences, dépendances, représentants ou fonctionnaires, des informations pour faciliter les objectifs de la loi ’Helms-Burton’. Cette sanction sera de huit à vingt ans de prison si le délit est commis conjointement par plusieurs personnes ou s’il est stipendié d’une manière ou d’une autre [12].

La législation n° 88 sanctionne d’une peine de trois à huit ans de prison le fait d’accumuler, reproduire ou diffuser du matériel à caractère subversif du « gouvernement des États-Unis, ses agences, dépendances, représentants, fonctionnaires ou de toute entité étrangère » dans le but de soutenir les objectifs des sanctions économiques et déstabiliser la nation. Les peines seront de quatre à dix ans d’emprisonnement si le délit est réalisé avec le concours d’autres personnes ou s’il est rémunéré [13].

Enfin, l’Article 11 stipule que « celui qui [...] directement ou par le biais d’un tiers, reçoit, distribue ou participe à la distribution de ressources financières, matérielles ou autre, en provenance du gouvernement des États-Unis d’Amérique, ses agences, dépendances, représentants, fonctionnaires ou d’entités privées, est passible d’une privation de liberté de trois à huit ans [14] ».

Ainsi, comme l’admet explicitement Amnesty International, les personnes qu’elle considère comme étant des « prisonniers d’opinion » ont en réalité commis un grave délit sévèrement sanctionné par la loi cubaine. Ce faisant, ils sont passés du statut d’opposants à celui d’agents stipendiés par une puissance étrangère et sont donc condamnables au regard de la justice cubaine. Les « prisonniers d’opinion » sont en réalité des mercenaires au service d’une puissance étrangère hostile et belliqueuse.

Spécificité pénale cubaine ?

Il convient également de souligner que les États-Unis ont été historiquement l’ennemi acharné de l’indépendance et de la souveraineté de Cuba. En 1898, Washington est intervenu dans la guerre anticoloniale cubaine pour empêcher les Cubains d’accéder pleinement à l’autodétermination et a occupé le pays jusqu’en 1902. Par la suite, Cuba est devenue une espèce de protectorat dominé politiquement et économiquement jusqu’en 1958. A partir de 1959, les États-Unis ont tout tenté pour détruire la Révolution cubaine : attentats terroristes, invasion armée, menace de désintégration nucléaire, sanctions économiques, guerre politique, médiatique et diplomatique et subversion interne.

Comme tout État responsable, le gouvernement révolutionnaire a adopté des mesures légales pour sa survie contre de tels agissements. Cependant, la législation pénale cubaine dispose-t-elle d’un caractère particulier ? Est-elle unique ? Voyons ce que prévoient les législations occidentales - qui, pourtant, ne font pas face aux mêmes menaces que Cuba - pour les individus qui se mettraient au service d’une puissance étrangère.

Le Code pénal états-unien

Aux États-Unis, de tels agissements sont fortement sanctionnés. Selon le paragraphe 951 du Code pénal, « quiconque, autre qu’un fonctionnaire diplomatique ou consulaire ou attaché, agit aux États-Unis en tant agent d’un gouvernement étranger sans notification préalable au Ministre de la Justice [...] est passible à ce titre d’une peine pouvant atteindre dix ans de prison ». Le point e/2/A du paragraphe précise que « toute personne engagée dans une transaction commerciale légale doit être considérée comme un agent d’un gouvernement étranger [...] s’il s’agit d’un agent de Cuba ». Ainsi, un Cubain qui achèterait un appareil médical aux États-Unis pour un hôpital de La Havane est légalement passible d’une peine pouvant atteindre dix ans de prison [15].

Le paragraphe 953, connu sous le nom de loi Logan, stipule que « tout citoyen des États-Unis, quel qu’il soit, qui, sans autorisation des États-Unis, entreprend ou maintient, directement ou indirectement, une correspondance ou une relation avec un gouvernement étranger ou tout fonctionnaire ou agent de celui-ci, dans l’intention d’influencer les mesures ou la conduite d’un gouvernement étranger ou de tout fonctionnaire ou agent de celui-ci, par rapport à un conflit ou une controverse avec les États-Unis » est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison [16].

Si une telle loi était appliquée à Cuba, l’immense majorité de ce que la presse occidentale considère comme étant la « dissidence cubaine » se trouverait sous les verrous. En effet, les opposants cubains se réunissent régulièrement avec le représentant des États-Unis à La Havane, Michael Parmly, dans les bureaux de la Section d’intérêts nord-américains (SINA) ou même dans la résidence personnelle de celui-ci.

Le paragraphe 954 prévoit une peine de dix ans de prison pour toute personne qui émettrait de « fausses déclarations » dans le but de porter atteinte aux intérêts des États-Unis dans ses relations avec une autre nation [17]. Là encore, si l’opposant Oswaldo Payá - qui accuse le gouvernement cubain d’être responsable de disparitions et d’avoir assassiné plus de « vingt enfants » - était soumis à une législation aussi sévère que celle des États-Unis, il serait actuellement en prison, sans susciter aucun émoi auprès des âmes bien-pensantes occidentales. Pourtant le plus célèbre des dissidents cubains n’a jamais été inquiété par la justice cubaine, car celle-ci n’a pas de preuves qu’il reçoit de l’argent d’une puissance étrangère. À titre de comparaison, Raúl Rivero, qui était un opposant relativement modéré et frileux par rapport à Payá, avait été condamné à vingt ans de prison (et libéré un an plus tard) car il avait accepté les généreux émoluments offerts par Washington [18].

Le paragraphe 2 381 stipule que « quiconque, devant allégeance aux États-Unis, mène une guerre contre le pays ou s’associe à ses ennemis, en leur fournissant une aide et un soutien aux États-Unis ou ailleurs, est coupable de trahison et est passible de la peine de mort, ou d’une peine de prison supérieure à cinq ans [19] ».

Ainsi, si des citoyens états-uniens avaient eu les mêmes agissements que les individus reconnus coupables d’association avec une puissance étrangère par la justice cubaine, ils risqueraient la peine capitale. Le paragraphe 2 385 prévoit une peine de vingt ans de prison pour toute personne prônant le renversement du gouvernement ou de l’ordre établi [20].

Comme cela est aisément constatable, le code pénal états-unien est, à maints égards, bien plus sévère que la législation cubaine.

La legislation pénale française

Le Code pénal français prévoit également des sanctions extrêmement sévères en cas d’association avérée avec une puissance étrangère. Selon l’article 411-4,

« Le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende.
Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d’entreprendre des hostilités ou d’accomplir des actes d’agression contre la France [21] ».

La loi française est, à cet égard, plus sévère que la législation cubaine.

La loi espagnole

Le Code pénal espagnol de 1995 prévoit des sanctions sévères pour ces mêmes délits. Selon l’Article 592, « les personnes maintenant des intelligences ou des relations de tout type avec des gouvernements étrangers, avec leurs agents ou avec des groupes, organismes ou associations internationales ou étrangères, dans le but de porter préjudice à l’autorité de l’État ou de compromettre la dignité ou les intérêts vitaux de l’Espagne, seront punis d’une peine de prison de quatre à huit ans [22] ».

L’Article 589 prévoit une peine de un à trois ans de prison pour « toute personne qui publierait ou exécuterait en Espagne n’importe quel ordre, disposition ou document d’un gouvernement étranger qui porte atteinte à l’indépendance ou à la sécurité de l’État, s’oppose au respect de ses lois ou provoque leur violation [23] ». Si les fameuses Dames en Blanc cubaines avaient eu le même comportement en Espagne, elles seraient privées de liberté.

Le Code pénal belge

Le Chapitre II de la législation belge qui traite « des crimes et des délits contre la sûreté extérieure de l’État » et plus précisément l’Article 114, stipule que « quiconque aura pratiqué des machinations ou entretenu des intelligences avec une puissance étrangère ou avec toute personne agissant dans l’intérêt d’une puissance étrangère, pour engager cette puissance à entreprendre la guerre contre la Belgique, ou pour lui en procurer les moyens, sera puni de la détention de vingt ans à trente ans. Si des hostilités s’en sont suivies il sera puni de détention à perpétuité [24] ».

La législation italienne

Selon l’Article 243 du Code pénal italien, « quiconque entretient des intelligences avec l’étranger dans le but qu’un État étranger déclare la guerre ou réalise des actes d’hostilité contre l’État italien, ou bien commette d’autres faits dans le même but, est puni à une réclusion non inférieure à dix ans. Si la guerre s’ensuit, la peine de mort est appliquée ; si les hostilités se vérifient, la réclusion criminelle à perpétuité est appliquée. [La peine de mort est supprimée et substituée par la réclusion à perpétuité] [25] ».

L’Article 246 traite du financement du citoyen par une puissance étrangère : « Le citoyen, qui, même indirectement, reçoit ou se fait promettre de l’étranger, pour lui-même ou pour autrui, de l’argent ou n’importe quel article, ou en accepte seulement la promesse, afin de commettre des actes contraires aux intérêts nationaux, est sanctionné, si le fait ne constitue pas l’acte le plus grave, de la réclusion de trois à dix ans ». La peine est augmentée si « l’argent ou l’article sont remis ou promis par le biais d’une propagande avec le moyen de la presse [26] ».

Ainsi, la législation italienne est bien plus sévère que la loi cubaine. Si les célébrissimes dissidents tels que Payá, Marta Beatriz Roque ou Elizardo Sánchez se trouvaient en Italie, ils seraient en prison et non pas en liberté.

La loi suisse

Même la pacifique Suisse prévoit des sanctions pour délit d’association avec une puissance étrangère. L’Article 266 du Code pénal stipule que :

« 1. Celui qui aura commis un acte tendant à porter atteinte à l’indépendance de la Confédération ou à mettre en danger cette indépendance, ou à provoquer de la part d’une puissance étrangère, dans les affaires de la Confédération, une immixtion de nature à mettre en danger l’indépendance de la Confédération, sera puni d’une peine privative de liberté d’un an au moins.
2. Celui qui aura noué des intelligences avec le gouvernement d’un État étranger ou avec un de ses agents dans le dessein de provoquer une guerre contre la Confédération sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au moins.
Dans les cas graves, le juge pourra prononcer une peine privative de liberté à vie ».

L’Article 266 bis est également très clair :

« 1 Celui qui, à l’effet de provoquer ou de soutenir des entreprises ou menées de l’étranger contre la sécurité de la Suisse, sera entré en rapport avec un État étranger, ou avec des partis étrangers, ou avec d’autres organisations à l’étranger, ou avec leurs agents, ou aura lancé ou propagé des informations inexactes ou tendancieuses, sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire.
2 Dans les cas graves, le juge pourra prononcer une peine privative de liberté d’un an au moins [27] ».

La législation suédoise

En Suède, le Code Pénal prévoit une peine de deux ans d’emprisonnement pour « celui qui perçoit de l’argent ou d’autres dons d’une puissance étrangère ou de quiconque agit dans l’intérêt de celle-ci, afin de publier ou diffuser des écrits, ou d’influencer de quelque façon que ce soit l’opinion publique en ce qui concerne l’organisation interne de l’État [28] ».

Cette démocratie scandinave sanctionne également « celui qui propage ou transmet à des puissances étrangères ou à leurs agents des informations inexactes ou tendancieuses, dans le but de créer des menaces pour la Sécurité de l’État ». Enfin, une peine allant de dix ans à la réclusion criminelle à perpétuité est appliquée à « celui qui constitue une menace contre la sécurité de l’État pour avoir utilisé des moyens illégaux avec l’appui d’une puissance étrangère [29] ».

Agents au service d’une puissance étrangère et non « prisonniers d’opinion »

Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Dans n’importe quel pays du monde, l’association avec une puissance étrangère est sévèrement sanctionnée par la loi et il n’est donc point possible d’accorder le qualificatif de « prisonniers d’opinion » aux individus stipendiés par un gouvernement étranger, comme cela est le cas pour les détenus cubains, ce que reconnaît d’ailleurs très honnêtement Amnesty International.

Amnesty International est une organisation réputée pour son sérieux, son professionnalisme et son impartialité. Mais le traitement qu’elle réserve à Cuba est sujet à caution. Afin de continuer à jouir du même prestige et de la même objectivité, AI serait avisée de reconsidérer, sans plus attendre, son jugement à l’égard de ceux qu’elle considère comme étant des « prisonniers d’opinion » à Cuba, car la double mesure n’est pas acceptable.

 Salim Lamrani
Enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis. Auteur de Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’État, dernier ouvrage publié en français : Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme.
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[1] Amnesty International, « L’histoire d’Amnesty International », pas de date. (site consulté le 23 avril 2008).

[2] Amnesty International, « Cuba. Rapport 2007 », avril 2007. (site consulté le 23 avril 2008).

[3] Amnesty International, « Cuba. Cinq années de trop, le nouveau gouvernement doit libérer les dissidents emprisonnés », 18 mars 2008. site consulté le 23 avril 2008).

[4] Ibid.

[5] Salim Lamrani, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008), pp. 45-55.

[6] Cuban Democracy Act, Titre XVII, Section 1705, 1992.

[7] Helms-Burton Act, Titre I, Section 109, 1996.

[8] « Le plan Powell pour l’après-Castro », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 16 juin 2004. Voir en annexe de l’article, le document téléchargeable : Commission for Assistance to a Free Cuba, par Colin L. Powell (Washington : United States Department of State, mai 2004).

[9] Roger F. Noriega, « Assistant Secretary Noriega’s Statement Before the House of Representatives Committee on International Relations », Department of State, 3 mars 2005. (site consulté le 9 avril 2005).

[10] « Le nouveau plan de Bush pour renverser les institutions cubaines », par Salim Lamrani, Réseau Voltaire, 2 août 2006. Voir en annexe de l’article, le document téléchargeable : Commission for Assistance to a Free Cuba, par Condolezza Rice & Carlos Gutierrez (Washington : United States Department of State, juillet 2006).

[11] Gaceta Oficial de la República de Cuba, Ley de protección de la independencia nacional y la economía de Cuba (LEY NO 88), 15 mars 1999.

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 45, § 951.

[16] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 45, § 953.

[17] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 45, § 954.

[18] El Nuevo Herald, « Mensaje de Payá destaca que en la isla hay desaparecidos », 18 mars 2005, p. 23A.

[19] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 115, § 2381.

[20] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 115, § 2385.

[21] Code Pénal Français, Livre IV,Chapitre I, Section 2, Article 411-4.

[22] Code Pénal Espagnol de 1995, chapitre II, Article 592.

[23] Code Pénal Espagnol de 1995, chapitre II, Article 589.

[24] Code Pénal Belge, Chapitre II, Article 114.

[25] Code Pénal Italien, Livre II, Titre I, Chapitre I, Article 243.

[26] Code Pénal Italien, Livre II, Titre I, Chapitre I, Article 246.

[27] Code Pénal Suisse, Article 266.

[28] Code Pénal Suédois, Chapitre 19, Article 13.

[29] Code Pénal Suédois, Chapitre 19, Article 8.

08.04.2008

Sarkozy abat l'oeuvre gaulliste.

Sarkozy en visite à Kaboul le 22 décembre (Eric Feferberg/Reuters)

1745298742.jpgQuelques pages dans un petit carnet de note illustrent la distance parcourue en un peu plus d'un an dans le positionnement international de la France. Mes premières notes portent sur un "briefing" d'un conseiller de l'Elysée à l'époque de Jacques Chirac, en novembre 2006:

"L'Otan ne doit pas apparaître comme le gendarme d'un monde occidental bien pensant"... "l'Otan n'est pas l'alpha et l'omega de l'organisation de la sécurité internationale"... "le risque est que l'Otan devienne le club occidental de sécurité qui s'étendra au monde entier."

Quelques pages plus loin, des notes toutes fraîches, lors d'un "briefing" de l'ère Sarkozy, il y a quelques jours:

"Pendant trente ans, la France a été hypocrite. Elle a fait chier tout le monde, et elle y allait. On a joué au gaullisme à peu de frais. Nicolas Sarkozy dit clairement des choses qui étaient déjà dans les faits... Sa vision du monde: la France est dans le bloc occidental, c'est assumé, et c'est une rupture... L'Otan devient globale, y compris en Afrique".

 

"Situer la France au sein de sa famille occidentale"

Ces deux postures, à un an d'intervalle, sont au coeur du virage de la politique étrangère française, et ce tournant passe par l'Afghanistan, où la France va envoyer des renforts militaires, et par Bucarest, où Nicolas Sarkozy participe mercredi et jeudi au Sommet de l'Alliance atlantique.

Le successeur de Jacques Chirac assume son positionnement en des termes que n'auraient jamais employés ses prédécesseurs. "Relisez son discours de politique étrangère le plus important, celui qu'il a prononcé devant le corps diplomatique le 18 janvier", souligne notre "briefeur". On est allé voir, et, de fait, il affiche la couleur:

"J’ai d’abord voulu situer, franchement et nettement, et là est la première rupture, la France au sein de sa famille occidentale. (...) En se plaçant clairement dans sa famille occidentale, la France, et c’était mon objectif, accroît sa crédibilité, sa marge d’action, sa capacité d’influence à l’intérieur comme à l’extérieur de sa famille. D'ailleurs, comment espérer avoir de l'influence sur sa famille politique si, dans le même temps, on n'y a plus sa place ou si les membres de cette famille politique se méfient de vous? La capacité d'influence de la France sur sa famille occidentale tient à la clarté de son engagement et de ses choix.".

Appelons cela l'Atlantisme décomplexé... C'est donc le choix de l'engagement au côté des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, signifié par les deux grands voyages et deux grands discours prononcés par le Président à Washington en novembre et à Londres la semaine dernière. Le choix du retour plein et entier dans les structures militaires de l'Otan qui semble quasiment acquis. Dans le même temps, on entend dans les allées du pouvoir des phrases comme "Kohl-Mitterrand, Verdun, le sentimentalisme franco-allemand, c'est fini"... Un choix stratégique qui tourne le dos à quarante ans d'histoire, et, de fait, renvoie le gaullisme au musée des lubies françaises: une partie de l'UMP appréciera.

Faire intervenir l'Otan en Afrique?

Les Américains ont répondu positivement à l'ouverture que leur a offerte Sarkozy. On a ainsi vu défiler à Paris des responsables américains qui venaient flatter l'égo national en soulignant que les Français étaient les seuls en Europe, avec les Anglais, à savoir se battre, et qu'on avait besoin d'eux en Afghanistan:

"Les Allemands arrivent là-bas avec le mauvais matériel et ne veulent pas se battre, alors que vous, les Français, vous êtes bien entraînés et motivés, et avez l'expérience du désert"...

Le choix de Sarkozy aurait du sens s'il y avait une stratégie clairement définie, au-delà du repositionnement dans l'espoir de prendre la tête d'une défense européenne ressortie de la naphtaline. L'Otan n'a pas de stratégie évidente, ni sur sa manière de gagner face aux talibans en Afghanistan, ce qui ne l'empêche pas d'accroître ses effectifs, ni sur son rôle dans l'organisation de la sécurité mondiale.

Or, les deux nouveaux meilleurs amis de la France trainent toujours le boulet de leur engagement en Irak, et le lègueront sans doute à leurs successeurs, très prochainement à Washington, et peut-être aussi à Londres. Et, dans une fuite en avant de dernière minute, George Bush force la main à ses alliés pour engager des démarches d'adhésion pour l'Ukraine et la Géorgie, au grand dam de Vladimir Poutine qui sera vendredi à Bucarest pour faire, lui aussi, des adieux fracassants à ses ennemis préférés de l'Otan, et, sans doute, leur dire ses quatre vérités.

L'Otan est devenue incontournable: cette alliance militaire qui n'avait pas tiré un seul coup de feu avant la chute du mur de Berlin, est aujourd'hui en plein essor, non seulement en récupérant les uns après les autres tous les pays ex-communistes, mais surtout en devenant, de fait, le bras armé occidental dans le monde entier. Oubliés les vieux débats sans fin sur le "hors zone", c'est-à-dire sur les interventions hors du "théâtre" historique de la guerre froide, au coeur de l'Europe. A Paris, on est même prêt à envisager de voir l'Otan intervenir en Afrique, drôle de rupture avec la Françafrique!

Dans un monde où les institutions multilatérales comme l'ONU ont perdu toute capacité d'intervention, où les menaces sont diffuses et multiples, le discours sarkozyste a une logique de "bloc" qui peut sembler rassurante. Elle a toutefois l'inconvénient de s'aligner sans conditions sur des pompiers pyromanes, qui portent, avec leur unilatéralisme de la guerre d'Irak et leur incapacité à favoriser la moindre avancée dans les conflits du Moyen-Orient en général, une responsabilité majeure dans la dégradation du climat international. Pas vraiment rassurant, et les prochaines années montreront si la France ne sera pas sortie de son ambiguité diplomatique à ses dépens, pour paraphraser le Cardinal de Retz que Nicolas Sarkozy a choisi d'ignorer

Article original publié par Rue 89.

Note de P&P : Sarkozy qui pendant des années a mangé au râtelier du gaullisme vient de fouler aux pieds l’un des acquis majeurs obtenu par Charles De Gaulles : une véritable indépendance militaire et donc stratégique et militaire pour la France.

En intégrant l’OTAN Sarkozy vient de sacrifier cette liberté. La France a remis sa destinée géostratégique et militaire dans des mains étrangères. La France a fait acte d’allégeance aux Etats-Unis et s’est soumise à l’idéologie de ceux qui tirent les ficelles de Bush comme de Sarkozy.

Cette idéologie est barbare, xénophobe et terrifiante  vise au conflit global. L’émergence d’un bloc « blanc occidental judéo chrétien dominant » incluant Israël, l’Europe et les Etats-Unis et légitimant son existence à travers la haine, la peur, la stigmatisation et la destruction de l’autre, pillant les ressources, exterminant ses opposants et contrôlant ses habitants.

Au premier rang de ces cibles nous retrouverons bien sûr les pays musulmans - au sein desquels Liban et Palestine tiennent une place de choix - mais aussi la Chine et la Russie.

Citoyens français nous payons des impôts qui servent à couvrir nos mains du sang des enfants d’Afghanistan. Demain les innocents d’Irak, de Palestine ou d’Iran rejoindront leurs rangs.

Sarkozy a sacrifié l’indépendance militaire de la France sur l’autel de l’allégeance étasunienne (sans consultation du parlement), de même il a sacrifiée l’indépendance politique et financière de la France sur l’autel de l’oligarchie européenne (dans le total mépris du choix populaire clair exprimé par le référendum d’avril 2006).

L’OTAN comme l’Union Européenne sont des entités opaques et technocratiques n’ayant aucune légitimité démocratique. Le citoyen n’y a pas de poids, pas de rôle, pas de pouvoir. Son seul droit y est de travailler de consommer et de payer. Le fruit de notre labeur ainsi collecté alimente ces mêmes organisations et les cliques qui les contrôlent.

10.01.2008

Les États-Unis détiennent le record mondial d'emprisonnement

Article publié par le Réseau Voltaire.




Selon le Département de la Justice, le nombre total de prisonniers aux Etats-Unis (incluant les détenus des prisons fédérales, des prisons d’État, des prisons locales, des prisons militaires, des prisons indiennes, etc.) a atteint en 2006 le chiffre de 2 385 213 personnes. À ceux-là doivent être ajoutés 5 035 225 personnes placées sous contrôle judiciaire.

Le total de cette population correctionnelle du « pays de la Liberté », soit 7 420 438 personnes, représente 3,2 % de la population adulte, record du monde absolu. Il s’agit d’une augmentation considérable depuis le 11-Septembre 2001 et le vote de l’USA Patriot Act, en moyenne de 2 % par an.

Ces chiffres ne tiennent pas compte des prisonniers étrangers détenus par les États-Unis hors de leur territoire (Guantanamo, Bagram et autres prisons secrètes de la CIA).

A titre de comparaison, pour plus d’un milliard d’adultes en Chine, il n’y a qu’1,5 million de prisonniers.

Note deP&P : L'emprisonnement constitue un puissant moyen de contrôle des populations et de renforcement des dynamiques ponérogéniques.

Il permet de neutraliser les ennemis du régime et parallélement il augmente la peur éprouvée parmi les citoyens non incarcérés. C'est cette même peur qui pousse le citoyen à accepter l'inacceptable.

 

05.12.2007

L'armée des Etats Unis a fait de moi un assassin pscyhopathe

3d38dc43e6b1cf612f56f23159910889.jpg28 novembre 2007 - Voltairenet.org

Pendant près de douze ans, le sergent Jimmy Massey a été un US Marine aux nerfs d’acier et au cœur de pierre. Il a servi en Irak où il a participé à des atrocités, avant d’ouvrir les yeux et de lutter contre la politique belliciste de son pays. Il anime aujourd’hui l’association des vétérans d’Irak contre la guerre. Au Salon du livre de Caracas, où il a présenté son témoignage Cowboys del infierno, il a répondu aux questions de la journaliste cubaine Rosa Miriam Elizalde, de Cubadebate.   

« J’ai 32 ans et je suis un assassin psychopathe bien entraîné. Tout ce que je sais faire dans la vie, c’est vendre aux jeunes l’idée de s’enrôler dans les Marines et de tuer. Je suis incapable de conserver un travail. Pour moi, les civils sont des êtres méprisables, des arriérés mentaux, des faibles, un troupeau de brebis. Et moi, je suis le chien de berger. Le déprédateur. Dans l’Armée, on m’appelait « Jimmy le Requin ».

Ceci est le deuxième paragraphe du livre écrit il y a trois ans par Jimmy Massey avec l’aide de la journaliste Natasha Saulnier. Kill ! Kill ! Kill ! a été présenté au Salon du livre de Caracas ; il s’agit du témoignage le plus violent jamais écrit par un ex-membre du corps des marines, arrivé en Irak avec les troupes d’invasion en 2003. Il a décidé de raconter aussi souvent qu’il le faudra comment il a pu jouer pendant douze ans le rôle d’un Marine impitoyable et pourquoi cette guerre l’a changé.

Jimmy a participé au principal débat du Salon du livre, dont le titre était pour le moins polémique : « Une révolution est-elle possible aux États-Unis ? », et son témoignage est sans doute celui qui a le plus impressionné le public. Il a les cheveux courts (coupe militaire), des lunettes noires, une démarche martiale et les bras couverts de tatouages. Il a l’air, très exactement, de ce qu’il était : un Marine. Quand il parle, c’est autre chose : il est profondément marqué par une expérience hallucinante qu’il voudrait épargner à d’autres jeunes gens naïfs. Comme il le dit dans son livre, il n’est pas le seul à avoir tué en Irak : l’exercice était quotidien pour ses compagnons aussi. Quatre ans après avoir quitté le théâtre des opérations, ses cauchemars le poursuivent encore.

Rosa Miriam Elizalde : Que signifient tous ces tatouages ?

Jimmy Massey
: J’en ai beaucoup. Je me les suis fait faire à l’armée. Sur la main (il montre la zone comprise entre le pouce et l’annulaire), le symbole de Blackwater, une armée de mercenaires qui s’est constituée là où je suis né, en Caroline du Nord. Je me le suis fait faire par esprit de contestation, parce qu’il est interdit aux Marines de se tatouer les poignets et les mains. Un jour, avec les membres de mon peloton, on s’est tous saoulés et on s’est tous fait faire le même tatouage : un cow-boy aux yeux injectés de sang sur plusieurs as, l’image de la mort. Oui, cela veut dire exactement ce que tu penses : « tu as tué quelqu’un ». Sur le bras droit, le symbole des marines, le drapeau des États-Unis et celui du Texas, où je me suis enrôlé. Sur la poitrine, du côté gauche, un dragon chinois qui déchire la peau et signifie que la douleur est la faiblesse qui s’échappe du corps. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.

Rosa Miriam Elizalde : Pourquoi dites-vous avoir trouvé chez les Marines les les pires individus que vous ayez jamais rencontrées ?

Jimmy Massey : Les États-Unis utilisent leurs Marines de deux façons : soit dans l’humanitaire, soit pour assassiner. J’ai passé douze ans dans le Corps des Marines des États-Unis et je ne suis jamais parti en mission humanitaire.

Rosa Miriam Elizalde : Avant de partir pour l’Irak, vous recrutiez des jeunes pour l’armée ? Qu’est-ce que cela représente d’être recruteur aux États-Unis ?

Jimmy Massey
: Pour recruter il faut mentir. L’administration Bush a forcé la jeunesse étasunienne à s’enrôler dans l’armée. De quelle manière ? En usant d’un procédé qui était aussi le mien : des offres économiques. En trois ans, j’en ai recruté soixante-quatorze, aucun ne m’a dit qu’il voulait entrer dans l’armée pour défendre son pays, aucun n’avait de motivation d’ordre patriotique. Ils voulaient de l’argent pour entrer à l’Université ou pour avoir une couverture de santé. Je commençais par leur parler de tous ces avantages, et seulement à la fin, je leur faisais valoir qu’ils allaient servir la cause de la patrie. Jamais je n’ai pu recruter un seul fils de riche. Pour garder son travail quand on est recruteur, il ne faut pas s’embarrasser de scrupules.

Rosa Miriam Elizalde : Le Pentagone a revu à la baisse les conditions requises pour entrer dans l’armée. Qu’est-ce que cela signifie ?


Jimmy Massey : Les standards du recrutement ont beaucoup baissé, parce que presque personne ne veut s’enrôler. Avoir des problèmes de santé mentale ou un casier judiciaire ne constitue plus un obstacle. Des personnes ayant commis des actes qui leur ont valu plus d’un an de prison, des délits considérés comme sérieux, peuvent entrer dans l’armée, de même que des jeunes qui n’ont pas fini leurs études secondaires. S’ils réussissent le test mental, ils sont admis.

Rosa Miriam Elizalde : Vous avez changé après la guerre, mais quels étaient vos sentiments avant ?

Jimmy Massey : J’étais un troufion quelconque, qui gobait tout ce qu’on lui disait. C’est quand je suis devenu recruteur que j’ai commencé à ressentir un malaise : il fallait tout le temps que je mente.

Rosa Miriam Elizalde : Pourtant, vous étiez convaincu que votre pays s’engageait dans une guerre juste contre l’Irak.

Jimmy Massey : Oui, les rapports que nous recevions indiquaient que Saddam possédait des armes de destruction massive. Ce n’est que plus tard que nous avons appris que c’était pur mensonge.

Rosa Miriam Elizalde
: Quand l’avez-vous appris ?

Jimmy Massey : En Irak, où je suis arrivé en mars 2003. Mon peloton a été envoyé sur les lieux qui avaient été ceux de l’armée irakienne, et nous y avons trouvé des milliers et des milliers de munitions dans des caisses étiquetées aux États-Unis : elles s’y trouvaient depuis que les États-Unis avaient décidé de soutenir le gouvernement de Saddam dans sa guerre contre l’Iran.
J’ai vu des caisses avec le drapeau nord-américain et même des chars nord-américains. Mes Marines —j’étais sergent de catégorie E6, un grade supérieur à celui de simple sergent, et je commandais 45 Marines—, mes hommes me demandaient pourquoi il y avait des munitions des États-Unis en Irak. Ils ne comprenaient pas. Les rapports de la CIA nous avaient convaincus que Salmon Pac était un camp de terroristes et que nous allions trouver des armes chimiques et biologiques. Or, nous n’avons rien trouvé de tout ça. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à soupçonner que le contenu de notre mission était le pétrole.

Rosa Miriam Elizalde : Les passages les plus terribles de votre livre sont ceux où vous reconnaissez que vous êtes alors un assassin psychopathe. Pouvez-vous expliquer pourquoi vous le dites ?

Jimmy Massey : Je suis devenu un assassin psychopathe parce que j’ai été entraîné à tuer. Je ne suis pas né avec cette mentalité. C’est le Corps d’infanterie de Marine qui a fait de moi un gangster au service des grandes multinationales étasuniennes, un vulgaire délinquant. J’ai été entraîné pour exécuter aveuglément les ordres du président des États-Unis et rapporter au pays ce qu’il avait demandé, hors de toute espèce de considération morale. J’étais un psychopathe parce que j’ai appris à tirer d’abord et à interroger après, comme un malade et non comme un soldat professionnel qui ne doit affronter qu’un autre soldat. Or, s’il fallait tuer des femmes et des enfants, nous le faisions. Par conséquent nous n’étions plus des soldats, mais des mercenaires.

Rosa Miriam Elizalde : Comment êtes-vous parvenu à cette conclusion ?


Jimmy Massey
: À la suite de plusieurs expériences. Notre travail consistait à entrer dans des quartiers urbains déterminés et à nous occuper de la sécurité des routes. Il y a eu un incident, parmi tant d’autres, qui m’a mis au bord du précipice : une voiture qui transportait des civils irakiens. Tous les rapports des services secrets qui nous tombaient entre les mains disaient que les voitures étaient chargées de bombes et d’explosifs. Nous ne recevions pas d’autre information. Les voitures arrivaient et nous tirions quelques salves d’avertissement ; si elles ne ralentissaient pas pour rouler à la vitesse que nous indiquions, nous tirions sans hésiter.

Rosa Miriam Elizalde : Avec des mitraillettes ?

Jimmy Massey : Oui, et nous attendions des explosions puisque les véhicules étaient criblés de balles. Il n’y a jamais eu d’explosion. Après, on ouvrait la voiture, et que trouvait-on ? Des morts et des blessés, mais pas une seule arme, aucune propagande d’Al Qaeda, rien. Des civils arrivés au mauvais endroit et au mauvais moment.

Rosa Miriam Elizalde
: Vous racontez aussi que votre peloton a mitraillé une manifestation pacifique. Comment cela s’est-il passé ?


Jimmy Massey : C’était aux abords du complexe militaire de Rasheed, au sud de Bagdad, près du Tigre. Il y avait des manifestants au bout de la rue. C’étaient des jeunes, et ils n’avaient pas d’armes. Nous avons avancé et nous avons vu un char stationné sur un côté de la rue. Le conducteur du char nous a dit qu’il s’agissait de manifestants pacifiques. Si les Irakiens avaient voulu faire quelque chose, ils auraient pu faire sauter le char, mais ils ne l’ont pas fait. Nous étions tranquilles, nous pensions : « s ‘ils avaient eu envie de tirer, ils l’auraient déjà fait ». Ils étaient à environ deux cents mètres...

Rosa Miriam Elizalde : Et qui a donné l’ordre de mitrailler les manifestants ?


Jimmy Massey :
Le haut commandement nous a indiqué de ne pas perdre de vue les civils, parce que pas mal de feddayins de la Garde républicaine retiraient leur uniforme et s’habillaient en civil pour lancer des attaques terroristes contre les soldats étasuniens. Les rapports de renseignement étaient connus de chacun des membres de la chaîne de commandement. Tous les Marines avaient une idée très claire de la structure de la chaîne de commandement organisée en Irak. Je crois que l’ordre de tirer provenait des hauts fonctionnaires de l’Administration, tant des centres de renseignement militaire que gouvernemental.

Rosa Miriam Elizalde : Qu’avez-vous fait ?

Jimmy Massey : J’ai regagné mon véhicule, un humvee (une jeep fortement équipée) et j’ai senti passer une balle au-dessus de ma tête. Les Marines ont commencé à tirer et moi aussi. Il n’y a pas eu de riposte de la part des manifestants. J’avais tiré douze fois, et pas une riposte… J’ai voulu m’assurer que nous avions tué selon les normes de combat de la Convention de Genève et les procédés réglementaires des opérations. J’ai essayé d’oublier leurs visages et je me suis mis à chercher leurs armes, mais il n’y en avait pas une seule.

Rosa Miriam Elizalde : Comment ont réagi vos supérieurs ?


Jimmy Massey
: Ils m’ont dit : « Ça arrive de merder ».

Rosa Miriam Elizalde : Quand vos camarades ont appris qu’ils avaient été trompés, comment ont-ils réagi ?

Jimmy Massey : J’étais chef en second. Mes Marines me demandaient pourquoi on tuait tant de civils. « Tu ne peux pas parler au lieutenant ? » me disaient-ils. « Dis-leur qu’il nous faut un matériel adapté ». La réponse a été : « Non ! » Quand mes Marines se sont rendus compte qu’il s’agissait d’un grand mensonge, ils sont devenus comme fous.
Notre première mission en Irak n’avait pas pour objectif d’apporter une aide alimentaire, comme le disaient pourtant les médias, mais d’assurer le contrôle des exploitations pétrolières de Bassora. Dans la ville de Karbala nous avons utilisé notre artillerie vingt-quatre heures d’affilée. C’est la première ville que nous avons attaquée. Moi, je croyais que nous devions apporter de l’aide médicale et alimentaire à la population. Non. Nous avons suivi notre chemin jusqu’aux exploitations pétrolières. Avant l’Irak, nous étions allés au Koweït.

Nous sommes arrivés en janvier 2003. Nos véhicules étaient pleins de vivres et de médicaments. J’ai demandé au lieutenant ce que nous allions en faire, parce qu’avec tout ce matériel à bord il n’y avait presque plus de place pour nous. Il m’a répondu que son capitaine lui avait donné l’ordre de tout laisser au Koweït. Peu après, nous avons été chargés de tout brûler : toutes les vivres et tout le matériel médical humanitaire.

Rosa Miriam Elizalde : Vous avez aussi dénoncé l’usage d’uranium appauvri...

Jimmy Massey
: J’ai 35 ans et ma capacité pulmonaire a été réduite de 20 %. Selon les médecins, je souffre d’une maladie dégénérative de la colonne vertébrale qui s’accompagne de fatigue chronique et de douleurs dans les tendons. Autrefois, je courais tous les jours dix kilomètres pour le plaisir, et maintenant j’arrive tout juste à marcher sur cinq ou six kilomètres. J’ai même peur d’avoir des enfants. J’ai des inflammations du visage. Regarde cette photo (il me montre celle qui apparaît sur son badge du Salon du livre), elle a été prise peu après mon retour d’Irak. Je ressemble à une créature de Frankenstein et cela, je le dois à l’uranium appauvri. Imagine un peu ce que les Irakiens ont dû endurer...

Rosa Miriam Elizalde : Que s’est-il passé à votre retour aux États-Unis ?

Jimmy Massey
: Je passais pour un fou, un lâche, un traître.

Rosa Miriam Elizalde : Vos supérieurs disent que tout ce que vous dites n’est que mensonge.


Jimmy Massey : Mais les preuves contre eux sont accablantes. L’armée nord-américaine est épuisée. Plus cette guerre durera, plus ma vérité aura de chances de se faire jour.

Rosa Miriam Elizalde : Le livre que vous avez présenté au Venezuela existe en espagnol et en français. Pourquoi n’a–t-il pas été publié aux États-Unis ?

Jimmy Massey : Les éditeurs ont exigé que les noms des personnes impliquées soient retirés et que la guerre en Irak soit présentée dans une sorte de brouillard, de manière moins crûe. Or, je n’y suis pas disposé. Des maisons d’édition comme New Press, censées être de gauche, ont refusé de me publier de crainte des poursuites judiciaires, les gens concernés par le livre pouvant porter plainte.


Rosa Miriam Elizalde : Pourquoi des médias comme le New York Times et le Washington Post ne reproduisent-ils pas votre témoignage ?


Jimmy Massey : Je ne répétais pas l’histoire officielle, selon laquelle les troupes étaient en Irak pour aider le peuple, je ne disais pas non plus que les civils meurent accidentellement. Je refuse de le dire. Je n’ai jamais vu de tir accidentel contre des Irakiens et je refuse de mentir.

Rosa Miriam Elizalde : Cette attitude a-t-elle changé ?

Jimmy Massey
: Non, ils ont ouvert leurs pages à l’objection de conscience : les opinions et les livres de personnes qui sont contre la guerre mais qui n’ont pas vécu ce genre d’expérience. Ils ne veulent toujours pas regarder la réalité en face.

Rosa Miriam Elizalde
: Avez-vous des photographies ou d’autres documents qui prouvent ce que vous racontez ?

Jimmy Massey : Non. Tout ce qui m’appartenait m’a été retiré quand j’ai reçu l’ordre de rentrer aux États-Unis. Je suis revenu d’Irak avec deux armes : ma tête et un couteau.

Rosa Miriam Elizalde : Y a-t-il une issue à la guerre, à court terme ?

Jimmy Massey : Non, ce que je constate, c’est que républicains et démocrates sont d’accord sur cette politique. La guerre est une grande affaire pour les deux partis, qui dépendent du complexe militaro-industriel. Il nous faudrait un troisième parti.

Rosa Miriam Elizalde
: Lequel ?


Jimmy Massey : Celui du socialisme.

Rosa Miriam Elizalde : Vous avez participé à un débat qui s’intitulait : « États-Unis : la révolution est possible ». Y croyez-vous vraiment ?


Jimmy Massey : Elle a commencé. Dans le Sud, où je suis né.

Rosa Miriam Elizalde
: Mais le Sud est, traditionnellement, la région la plus conservatrice du pays.

Jimmy Massey : Après l’ouragan Katrina, les choses ont changé. La Nouvelle-Orléans ressemble à Bagdad. Les gens du Sud s’indignent et se demandent tous les jours comment il est possible qu’on investisse des fortunes dans une guerre inutile à Bagdad et qu’on ait pas un sou pour la Nouvelle Orléans. Rappelez-vous que c’est dans le Sud qu’a commencé la plus grande rébellion du pays

Rosa Miriam Elizalde : Iriez-vous à Cuba ?

Jimmy Massey : J’ai beaucoup d’admiration pour Fidel Castro et pour le peuple de Cuba. Si je suis invité, bien sûr que j’irai. Je me fiche de ce que dit mon gouvernement. Personne ne décide où je peux ou ne peux pas aller.

Rosa Miriam Elizalde : Savez-vous que le symbole du mépris impérial envers notre nation est une photographie de Marines en train d’uriner sur la statue de José Marti, le Héros de notre indépendance ?


Jimmy Massey : Bien sûr. Lorsque j’étais au Corps des Marines on nous parlait de Cuba comme s’il s’agissait d’une colonie des États-Unis et on nous enseignait un peu d’histoire. Un Marine est censé apprendre des choses sur le pays qu’il va envahir, comme dit la chanson…

Rosa Miriam Elizalde : La chanson des Marines ?


Jimmy Massey : (Il chante) « From the halls of Montezuma, to the shores of Tripoli… » (Depuis les salons de Montezuma jusqu’aux plages de Tripoli...)

Rosa Miriam Elizalde
: Autrement dit, le monde entier...


Jimmy Massey : Le rêve est effectivement de dominer le monde... même si pour le réaliser nous devons tous devenir des assassins.

05.11.2007

Why we fight

Note de P&P : Jean Pierre Petit vient de publier sur son site web cette excellente analyse des mensonges et des manipulations qui permettent de mener des peuples vers la guerre.

Why we fight (pourquoi nous nous battons) - 30 octobre 2007. 

Petit à petit les documents vidéos sont mis en ligne, deviennent accessibles. J'ai souhaité pendant des années que celui-ci le soit. Un lecteur m'a d'abord trouvé une bande-annonce, en français, de ce film d'une heure trente, initialement diffusé sous le titre " Le Nerf de la Guerre ".


Le choix du titre n'est pas le fait du hasard. Pendant la guerre et dans l'immédiat après-guerre, le cinéaste Américain Frank Capra produisit une série de sept films destinés à expliquer le pourquoi de l'effort militaire entrepris pour vaincre les puissances de l'Axe. Je me souviens parfaitement, étant enfant, avoir vu ces films.

why_we_fight

 

Ce film est visible en deux parties, aux adresses :

http://www.dailymotion.com/moebyous/video/xqvqf_why-we-fi...

http://www.dailymotion.com/moebyous/video/xqw0a_why-we-fi...

C'est un de mes lecteurs, Stéphane Roussel, qui a déniché ces fichiers. Je dispose fort heureusement d'un très bon système de documentation. Le film débute par le discours d'adieu, historique, du Président Eisenhower, s'adressant à la nation américaine à la télévision.

 

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Dwight Eisenhower

 

Vous entendrez son avertissement solennel concernant la naissance du complexe militaro-industriel des Etats-Unis. Puis vous entendrez les déclarations successives de présidents des Etats-Unis :

:

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Kennedy

- Nous payerons le prix qu'il faudra et nous supporterons les fardeaux pour la survie et le succès de la liberté.

 

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Lyndon Johnson :

- Nous ne nous battons pas pour des territoires ou des bases. Nous nous battons pour l'auto-détermination.

 

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Ronald Reagan :

- La puissance de l'armée des Etats-Unis est une source de paix, pas de conflits.

 

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Clinton

- Avec une armée forte, employée là où il faut, les Américains jouent un rôle chez eux et dans le monde.

 

Et pour finir, en voix off, George Bush déclarant

- Notre cause est juste. Peu importe le temps qu'il faudra : nous vaincrons les ennemis de la liberté.

 

On enchaîne ensuite avec la prise de conscience dramatique d'un brave flic new-yorkais, à la retraite, qui effectuait le 11 septembre 2001 un trajet dans le métro aérien de New York et qui aperçut soudain les tours du World Trade Center en flammes.

 

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Son fils travaillait dans l'une d'entre elles. Il ajoute :

- Je me suis dit que mon fils ne devait pas être là, ne pouvait pas être là, parce que les gens qui se trouvaient dans ces tours allaient mourir.

Vous le suivrez, au long de ce film. Dans un premier temps il pense "il faut que les gens qui ont fait une telle chose paye. Je veux les voir mourir". Alors, convaincu que l'Irak était derrière ces attentats il effectue des démarches auprès de l'armée pour que le nom de son fils soit peint sur une des bombes destinées à l'Irak. Il finit par obtenir satisfaction. Puis, vous l'entendrez dire :

- J'avais fait la guerre au Vietnam. J'étais très jeune et j'ai été placé comme mitrailleur sur un hélicoptère. A chaque mission je tirais sure des petits points qui s'enfuyaient. Nous savons aujourd'hui que Johnson avait menti et que le guerre fut déclenchée sur la base de représailles vis à vis d'actions contre la marine des Etats-Unis qui ne s'étaient jamais produites.

 

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Notre brave flic, du temps où il était mitrailleur à bord d'un hélicoptère, au vietnam

Plus loin, il dira :

- Quand j'ai entendu George Bush dire qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak, je suis resté abasourdi. Vous savez, moi je suis un homme de la vieille école. S'il est un homme qui ne peut pas mentir, c'est le Président des Etats-Unis....

Puis on voit une scène où George Bush est sur les décombres des tours du World Trade Center, tenant familièrement un pompier par l'épaule.

 

bush1

George Bush

- Je vous entends, le Monde vous entend, et les gens qui ont détruit ces tours vont bientôt entendre parler de nous.

 

Vous avez entendu ces phrase en 2001, rappelez-vous. L'intérêt de ces archives vidéo, accessibles, est que les choses restent. A travers des images d'archives le réalisateur évoque les interventions précédentes des Etats-Unis :

 

guatemala1954

- Guatemala, 1954 : Les Etats-Unis sont intervenus pour protéger leurs intérêts vitaux (...)

 

liban1958

- 1958, Liban. La politique américaine au Moyen-Orient est menacée.

 

interventions_laos_congo_bresil

- Nous sommes intervenus un