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07/06/2009

Eva Joly, quand les héros sont contraints à l'exil

 



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© TF1

 

 

Comme vous l’avez certainement remarqué, nous dédions généralement nos colonnes aux stigmates d’un Etat totalitaire toujours plus oppressant, à la propagande colportée par des médias serviles, au moult mensonges proférés par nos dirigeants ou aux collusions entre les différentes sphères de pouvoir.

Une fois n’est pas coutume et aujourd’hui nous dérogeons à la règle pour mettre à l’honneur une personnalité exceptionnelle qui tout au long de sa carrière a fait preuve d’un courage, d’une intégrité et d’une persévérance hors du commun.

Qualités rares qui auraient bien pu lui coûter la vie et qui l’ont obligée à s’exiler loin, très loin de la France à qui elle a pourtant tellement donné.

Cette personnalité exemplaire est Eva Joly. De l’affaire Elf à la condamnation de Bernard Tapie, de la Françafrique aux paradis fiscaux en passant par le Crédit Lyonnais ou l’affaire des frégates de Taiwan, elle a rétabli justice et équité là où ambition, prédation et mensonges sont les maîtres mots.

Nous aurions pu dresser un inventaire exhaustif des périples et rebondissements qui ont émaillé la carrière juridique de Eva Joly.

Mais à quoi bon, d’autres ont déjà décrit tout cela dans le détail et finalement c’est toujours la même histoire : une juge seule contre tous, des circuits de corruption qui remontent au plus hauts sommets du pouvoir, des puissants qui ont recours littéralement à tous les moyens (séductions, faux-témoignages, menaces, mensonges…), les médias et la magistrature à la botte des escrocs en cols blancs et limousines, le pouvoir politique qui fait tout pour étouffer les affaires…

Alors plutôt que vous livrer une liste à le Prévert des patrons escrocs, de condamnations suivies de non-lieux, des désinformations distillées sans scrupules par les médias, nous allons nous pencher sur la vision macrosociale particulièrement pertinente qu’Eva Joly a forgée pendant ces années d’enquêtes, de solitude et de peur.

Bien heureusement, les pouvoirs en place n’ont pas totalement réussi à museler Eva Joly qui a réussi à écrire et faire publier deux livres retraçant son parcours.

La censure n’ayant pu fonctionner, la machine à calomnier a tourné à plein régime pour discréditer l’intéressée et le contenu de ces ouvrages qui en disent long sur la société dans laquelle nous vivons et sur la véritable nature de nos élites.

En 2000 Eva Joly a publié « Notre affaire à tous », suivi en 2003 de « Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? ».

Nous ne saurions trop vous recommander la lecture de ces ouvrages passionnants et … édifiants.

Il existe un premier dénominateur commun aux affaires traitées par Eva Joly : à contrario de la plupart de ses collègues, elle a osé s’attaquer aux dossiers les plus sensibles, et ce avec un professionnalisme et une probité rarement rencontrés.

A l’opposé d’un système où les juges sont censés regarder ailleurs et donner au peuple l’illusion que justice est rendue en lui jetant en pâture quelques bandits de seconde zone, Eva Joly a compris que pour combattre le Mal il faut s’attaquer au sommet de la pyramide, cibler cette poignée d’hommes de pouvoir qui, sans foi ni loi, formatent, asservissent et gangrènent nos sociétés :

Aujourd'hui, je me rends compte du tabou que j'ai brisé. J'avais quitté les rivages ordinaires de la justice. Lorsque j'étais substitut du procureur et que je poursuivais des dealers, c'était une situation acceptée par tout le monde. Mais tout ce qui était admis pour les trafiquants de drogue devenait soudain scandaleux appliqué aux corrupteurs et aux corrompus.
.(Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent", Le Monde, 3 juin 2000)

Mais on n’arrive pas par hasard au sommet de cette hiérarchie, celui qui réussit voit son parcours jonché de mensonges, de trahisons, de cadavres, de manipulations, d’ambitions, de séductions, de promesses… Des traits qui ne peuvent que nous rappeler le profil du psychopathe en col blanc établi par les Dr. Hare et Babiak dans « Snakes in Suit ». D’ailleurs Eva Joly a bien noté l’une de ces caractéristiques, cette capacité à mentir sans ciller, à nous faire douter des faits les plus solides :

En tant que magistrat, j'avais l'habitude de rencontrer des criminels qui reconnaissaient leurs actes. Un délinquant financier, lui, n'avoue jamais, même si nous arrivons à lui glisser devant les yeux la preuve du versement illicite de plusieurs millions sur son compte bancaire. Il trouvera toujours une nouvelle fable, sans exclure l'existence d'une machination destinée à l'enrichir à son insu ! Combien d'interrogatoires où j'entendais des protestations véhémentes :"Madame, je ne peux rien vous dire, mais je suis un catholique pratiquant, je jure sur la tête de mes enfants et sur tout ce que j'ai de précieux que ce que je vous dis est vrai." Et au fil de l'enquête, nous remontions la trace de plusieurs millions de francs détournés sur des comptes personnels en Suisse. Je devais sans cesse revenir aux faits pour m'assurer que je ne fantasmais pas.
(Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent", Le Monde, 3 juin 2000)

Outre les traits psychopathiques des personnalités rencontrées, le problème avec ces « grands délinquants » est qu’au sommet de la pyramide les pouvoirs convergent, ainsi celui ou celle qui a le courage de s’y confronter sera de facto isolé et devra lutter contre l’ensemble d’un système collusif unissant les sphères politiques, judiciaires, médiatiques, et même juridiques !

Dans les hivers sans soleil de Scandinavie, le froid peut tuer un être humain en moins de six heures. En norvégien, on dit de quelqu'un qu'il a «passé une nuit d'hiver dehors» pour dire qu'il a survécu à une épreuve redoutable.

J'ai vécu, à ma manière, une nuit d'hiver dehors. En faisant simplement mon métier, j'ai été menacée de mort. J'ai avancé sous la surveillance des officines et des services secrets, soumise à une pression que je n'aurais jamais imaginée possible: j'ai été vilipendée et accusée des pires méfaits. Comme si le danger était du côté de la justice… Mais lorsque le cyclone s'abat sur vous, lorsque vous subissez cette suite de manipulations et d'intimidations, lorsque se lèvent contre vous des forces aussi puissantes, les mots n'ont plus tout à fait le même sens. Car la cible, c'était moi.
(Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, p. 16-17)

Un peu plus loin Eva Joly se penche sur les raisons qui font qu’un juge s’approchant un peu trop de la vérité chez les plus puissants se retrouve attaqué, assailli, accablé de toutes parts.

Sur ce point elle semble avoir délibérément botté en touche. Savait-elle que livrer le fond de sa pensée sur ce point lui fermerait instantanément la porte de toutes les maisons d’édition ? On ne peur qu’émettre des hypothèses.

Se perdre dans les questions sans fond du pourquoi et du comment n'apporterait rien. A chaque fois qu'un magistrat s'approche du pouvoir, qu'il soit officiel ou occulte, il est pris dans un engrenage qui le dépasse. C'est sans doute l'ordre des choses.

S’agit-il vraiment d’une question sans fond ?

Pourquoi dés qu’un juge s'approche du pouvoir, qu'il soit officiel ou occulte, il est pris dans un engrenage qui le dépasse ?

Dans « Ponérologie Politique », Andrew Lobaczewski donne une réponse une très claire à ces interrogations essentielles : la plupart des sociétés modernes sont ponérisées, c’est-à-dire qu’elles sont aux mains de psychopathes.

La vraie dualité n’est pas entre droite et gauche, pauvre ou riche, blanc ou noir mais entre une minorité de psychopathes détenant le pouvoir et une majorité d’individus normaux asservis et aveuglés qui s’approprient progressivement les valeurs, les pensées, les modèles de ces leaders pathologiques.

Le problème est qu’ils savent se reconnaître et s’entraider, l’autre problème est que leur absence de conscience en fait des virtuoses du mensonge, de la manipulation, de la séduction.

Les citoyens de leur côté n’ont nullement conscience de cette dualité et ils prêtent à autrui ses propres qualités en terme d’honnêteté, de parole donnée, de compassion, de conscience…

Les citoyens se retrouvent dans un monde illusoire qu’ils prennent pour la réalité : médias indépendants, véritable démocratie, justice équitable, société plus juste, … sont quelques unes des illusions masquant une réalité totalement contrôlée, préfabriquée et injuste dont une petite minorité psychopathique contrôle et orchestre tous les détails.

Il y a donc un cercle intérieur psychopathique constitué de quelques pourcents de population totale et concentrant l’essentiel des ressources, des richesses, et des pouvoirs. Et il y a le cercle extérieur constitué de l’immense majorité de la population dont les fruits du labeur viennent enrichir en grande partie le cercle intérieur.

L’ordre normal des choses est le suivant :
le cercle intérieur dicte les règles, le cercle extérieur les exécute
le cercle intérieur crée la réalité, le cercle extérieur la croit
le cercle intérieur pointe du doigt les coupables, le cercle extérieur les lapide
le cercle intérieur s’engraisse, le cercle extérieur s’échine
le cercle intérieur déclare des guerres, le cercle extérieur fournit la chair à canon
etc.

La plupart d’entre nous se refusent aux cooptations, mensonges, renvois d’ascenseur qui leur permettraient de se rapprocher du cercle intérieur.

Pourtant refuser ces compromissions ne suffit pas à entraver ce système particulièrement injuste. Notre passivité suffit à le faire prospérer. « Qui ne dit mot acquiesce », ce dicton est encore plus vrai lorsque des individus normaux sont confrontés aux diktats du psychopathe.

Ceux qui ferment les yeux à la réalité contribuent, volontairement ou non, aux machinations du cercle intérieur, ne serait-ce qu’en étant des moutons soumis à leurs ordres, ou les témoins insensibles des pires exactions.

Le problème d’Eva Joly est qu’elle a tout fait à l’envers : elle a fait appliquer la justice aux élites (quelle hérésie !) et elle a grimpé les échelons sans aucune cooptation (bien au contraire) jusqu’à devenir le seul juge d’instruction à ne pas être passé par l’ENA.

Voici un extrait de la biographie d’Eva Joly publiée par l’Express du 23/10/2003 qui met en lumière comment après avoir été jeune fille au pair, styliste de mode, décoratrice d’intérieur et avoir préparé sa licence de droit tout en travaillant, elle a réussi à force de courage et de volonté à devenir juge d’instruction.

Motzfelds Gate, un quartier pauvre d'Oslo. Nous sommes dans les années 1950. C'est là que Gro Farseth - elle ne choisira son second prénom, Eva, qu'à l'occasion de son mariage, en 1967 - habite avec ses sœurs. La vie est dure. Le froid, omniprésent. Le père, Eyvind Farseth, employé dans une fabrique d'uniformes militaires, fait ce qu'il peut pour nourrir sa petite famille. Autant dire que chez les Farseth, on ne roule pas sur l'or.

…[En] février 1964, la jeune Eva débarque d'Oslo, après trente-six heures de train, pour devenir fille au pair dans une famille bourgeoise du VIe arrondissement. D'emblée, le fils aîné, Pascal, s'entiche d'Eva. La réciproque est vraie.

[…] Finalement, en juillet 1967, malgré l'opposition de ses beaux-parents, Eva épouse, en grande pompe, à Oslo, le séduisant Pascal. A Paris, le couple, qui habite un studio, mène une existence spartiate. Tout en poursuivant ses études de droit, la nouvelle Mme Joly décroche son premier job en 1970, chez Eddie Barclay, le pape de la variété française. Déjà, elle montre son caractère, en créant une section CFDT dans l'entreprise...

[…] Seule certitude, l'agit-prop de la camarade Joly se termine mal : elle est licenciée de chez Barclay. Que faire ? Va pour la décoration d'intérieur. Pas pour longtemps. La voici désormais styliste de mode. Le 3 décembre 1971, c'est le grand jour : grâce à un ami qui a gentiment mis son appartement à sa disposition, Eva, secondée par Pascal, présente sa collection. C'est le succès. Les commandes affluent. Au bout de deux ans, Eva, qui aspire à une autre vie, cesse cette activité.

Le jeune couple abandonne alors Paris pour s'établir dans une maison située en pleine campagne, dans le petit village de Bouray, à quelques encablures d'Etampes (Essonne). Désormais, Pascal exerce son activité de médecin. «Le médecin des paumés», se souvient leur fille, Caroline, aujourd'hui avocate. De fait, il soigne les toxicomanes, les SDF et les gens du voyage. Quant à Eva, qui ne travaille plus, elle supporte de plus en plus mal cette oisiveté. Jusqu'au jour où sa licence en droit, obtenue à force de sacrifices, lui ouvre les portes de l'hôpital psychiatrique d'Etampes. Conseillère juridique, elle va y rester six ans, côtoyant des malades mentaux, des dépressifs, parfois spoliés par leur famille. Six ans pendant lesquels Eva s'emploie, dans des conditions difficiles, à redonner dignité et courage de vivre à ces gens torturés par la vie et détruits par l'angoisse.


C’est peut-être dans ces moments où Eva Joly a côtoyé la souffrance, le dénuement d’autrui qu’elle a trouvé la volonté d’œuvrer à un monde plus juste et plus équitable.
Evidemment, il faut avoir une conscience pour avoir la capacité de se mettre à la place des autres et de partager leur souffrance tout en les aidant à se libérer, chose que les « pathocrates » (les psychopathes au pouvoir) sont incapables de faire.

Un jour de 1980, passant devant le panneau d'affichage de la mairie de Bouray, elle lit ces lignes: «Devenez juge, une profession dynamique.» Juge ? Elle n'y a jamais pensé. Le juge n'est-il pas le chien de garde de l'ordre établi ? Certes. Mais c'est aussi un métier respecté, qui offre des perspectives de carrière. Avec, en prime, la stabilité de l'emploi. C'est décidé : Eva va passer le concours de la magistrature. Elle est reçue dans un rang honorable: 30e. Après un stage pratique à Sens, la voilà nommée substitut à Orléans, en novembre 1981.

Quelques années plus tard Eva Joly, l’étrangère, la pauvresse, la jeune fille au pair, la non-énarque, deviendra juge d’instruction.

Pavé dans la mare du Landerneau juridique français où de tels postes à responsabilité sont soigneusement réservés à celui qui a montré patte blanche et qui à force de compromissions, de cooptations et de trahisons a démontré qu’il ne serait nullement une menace pour le cercle intérieur mais, qu’il le défendrait et renforcerait encore son pouvoir et son impunité au prix de la justice, de l’équité et de l’intérêt collectif.

En tant que juge d’instruction Eva Joly va avoir accès à des dossiers cruciaux et son enquête va lui révéler toute l’horreur de la situation :

Cette instruction dévoile un monde édifiant : caisses noires, prélèvements en tout genre, sociétés écrans, dépenses privées somptuaires... Une élite revendique l'impunité : une manière de vivre au-dessus des lois parce qu'on est plus fort que la loi.

Ils ne sont pas seulement au-dessus des lois ils en sont également les auteurs, directement ou indirectement. Ils sont à la fois justiciables, législateurs, enquêteurs, greffiers et avocats.

A ce jour une quantité terrifiante de postes de pouvoir sont occupés ou contrôlés (les fameux hommes de l’ombre) par des individus aux tendances psychopathiques marquées, et ce dans le domaine privé comme dans le domaine public :

L'Etat accepte pourtant de s'être fait voler sans réagir. Nous devons traiter ce dossier comme un dépôt de bilan ordinaire. Laurence Vichnievshy et moi-même sommes chargées chacune, en plus de ce dossier, de soixante autres instructions. Et nous n'avons droit qu'à un inspecteur et demi pour retrouver la trace des milliards envolés. Notre dénuement est le symbole de la volonté française de garder les paupières closes. Ne rien voir, ne rien savoir.


Ce pillage en règle de l’Etat qu’Eva Joly a justement signalé n’est nullement le fruit du hasard, la petite élite psychopathe qui a orchestré l’inefficacité et la passivité des organes de contrôle de l’Etat et de son système juridique est la même qui va bénéficier des détournements de fonds.

Rien de nouveau sous le Soleil, Naomi Klein a démontré avec brio dans « La stratégie du choc » comment depuis plus de 50 ans ces mêmes élites organisent et profitent du pillage des nations, au détriment des peuples, bien entendu.

Face à une opposition si puissante, tel David combattant Goliath Eva Joly a pourtant obtenu des/du succès à faire pâlir la plupart des magistrats de notre pays.

Au-delà des ces dossiers majeurs qui ont démontré la corruption généralisée au plus hauts niveaux politiques et économiques, Eva Joly a également révélé à l'opinion le délabrement de la justice spécialisée dans la délinquance en col blanc :

Sur un plan matériel, la situation était presque comique. Le moindre gérant d'un magasin de chaussures possédait déjà un ordinateur pour sa comptabilité et son courrier administratif. Les PME utilisaient des ordinateurs de traitement de texte avec imprimante, acheté 10 000 francs pièce toutes taxes comprises, en vente dans les hypermarchés. Les marchés financiers fonctionnaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, reliés par satellites. Et je découvrais un cabinet d'instruction financière sans télécopie, sans Minitel, avec des téléphones antiques et une machine à écrire Olivetti qui avait coûté 12 000 francs à l'administration et qui comportait seulement quatre cent signes de mémoire, faisait un bruit infernal et mobilisait du carbone et un tube de blanc pour corriger les fautes de frappe ! Notre travail n'intéressait personne.
(Eva Joly, une juge contre les "crimes d'argent"
,
(Le Monde, 3 juin 2000)

Eva Joly a l’élégance ou la diplomatie de mettre ce manque de moyens sur le compte d’un vague désintérêt général, seul un esprit paranoïaque aurait pu croire que les « puissants » avaient délibérément orchestrés le sous-équipement de la brigade financière pour pouvoir plus aisément passer entre les mailles des filets tout en favorisant les BACS, CRS et autres unités ciblant le menu fretin et donnant au citoyen l’illusion que la délinquance se résume aux dealers de shit et brûleurs de voitures dans les cités et que l’Etat fait de son mieux pour lutter contre ces terribles fléaux urbains qui menacent l’honnête travailleur.

On la porte aux nues ou on la déteste. Ses partisans louent son courage, ses détracteurs raillent sa mégalomanie. Pendant dix ans, elle a fait trembler le gotha de la finance, les politiques et les grands patrons. Pendant dix ans, elle n'a pas hésité à s'opposer à sa hiérarchie, à pourfendre ses collègues jugés trop timorés ou à se coltiner avec les avocats de ses mis en examen.

N’est-il pas étonnant qu’un juge comme Eva Joly, auréolée de résultats professionnels exceptionnels se retrouve contrainte à « s’opposer à sa hiérarchie » ?

Celle-ci se trouvait-elle menacée par les recherches d’Eva Joly ? Ou peut-être partageait les mêmes intérêts et objectifs que les élites ciblées.

Le passage suivant issue de l’ouvrage de Robert CANUP, « The Socially Adept Psychopath » [Le psychopathe socialement adapté ] nous éclaire sur la véritable nature de certains magistrats :

La plupart des gens ont entendu parler de Ted BUNDY, le tueur en série exécuté en Floride il y a plusieurs années. Peu sont cependant conscients du fait que BUNDY avait suivi des études pour devenir procureur, et qu’il espérait un jour devenir juge. Ceux qui le savent voient cela comme un trait étrangement ironique – une bizarrerie inexplicable chez BUNDY. Cela ne leur effleure pas l’esprit que le meilleur endroit de la société où se cacher pour un tueur en série psychopathe est de devenir procureur ou juge ; et je vous assure que c’est ce que font les psychopathes du monde entier.
[...]
John a un grand rêve : devenir juge. C’est la plus grande récompense possible pour un psychopathe : revêtir la robe royale de la Justice – devenir un demi-dieu – voir les autres L’implorer et quémander Son indulgence ; voir tout le monde se lever par révérence et respect quand il entre dans la pièce, car Ses mots sont littéralement la Loi ; être en mesure d’infliger aux hommes toutes sortes de souffrances, juste parce
qu’Il le peut ; punir sommairement quiconque afficherait un mépris mérité à son égard ; avoir pouvoir de vie et de mort sur le peuple ; être gratifié du seul titre royal qu’on puisse accorder aux États-Unis : « Votre Honneur »
.


Isolée, menacée, cilbée par les pouvoirs juridiques, médiatiques, politiques, Eva Joly a été contrainte à l’exil.

On peut constater quelques similitudes troublantes avec la situation de Thierry Meyssan qui a décrit « une France, placée sous le contrôle des services étatsuniens, où une opinion publique anesthésiée n’a pas conscience du contrôle politique. Selon lui, il y avait péril en la demeure et la menace qui l’a contraint à partir ne tardera pas à s’exercer sur d’autres. »

De même Eva Joly se retira de la vie juridique française en 2002 en déclarant : « J'ai quitté la France. Je suis partie parce que je ne voulais laisser à personne les moyens et le temps de se venger. »

Il est piquant de constater que cette même année 2002 Nicolas Sarkozy était nommé ministre de l’Intérieur. Evidemment, la synchronicité entre l’exil forcé d’Eva Joly craignant des vengeances et la nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur est purement fortuite.

Voici donc la France dans laquelle nous vivons : les pires escrocs comme Pasqua ou Tapie cumulent la gloire et la fortune tandis que ceux et celles qui ont osé défendre la vérité et la justice se retrouvent calomniés, menacés et contraints de s’exiler pour sauver leur vie.

Que vont donc devenir tous ceux qui, comme Eva Joly luttent pour que la justice regagne la place qu’elle mérite, et pour que les élites au pouvoir cessent de détruire nos consciences ? Devons-nous tous opter par l’exil ? Non, nous ne le croyons pas.

Une solution collective est indispensable. Dans l’histoire de France et du monde, nous avons vu de nombreux exemples de leaders qui, malgré tous leurs efforts et leurs meilleures intentions, ont fini par s’exiler ou ont été victime d’un « accident » ou d’un assassinat à la barbe et aux yeux de tous.

Nous devons empêcher que l’histoire se répète. Pour cela, nous ne pouvons pas lutter seuls comme l’ont fait tous ces héros. Si la plupart de la population prend conscience du problème de la psychopathie au pouvoir, il suffira de dire NON en masse pour qu’un changement ait lieu. La connaissance à ce propos pourrait protéger non seulement nos vies mais aussi celles des prochaines générations.

 

Commentaires

J'adhère à 100 % au contenu de ce papier. Eva Joly est un être remarquable dont le seul défaut en cette société machiste dans laquelle nous vivons est d'être une femme. J'ai déploré récemment son alliance avec Cohn Bendit mais comme tout être humain, pourquoi n'aurait elle pas droit à l'erreur ? En tout cas, si cette femme se présentait en 2012, je voterais sans hésiter pour elle.

Écrit par : simone | 13/06/2009

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