26.04.2009
Bassam Abu assassiné par les forces d'occupation israéliennes
Protection Palestine
Vendredi 17 avril 2009
Lors de la manifestation non violente hebdomadaire de Bil’in d’aujourd’hui (17 avril 2009) Bassam Abu Rahme 29 ans a été assassiné par l’armée israelienne lorsqu’il a essayé de rejoindre ses terres qui se trouvent derrière le Mur de l’ Appartheid.

Photo : Haytham Al Khateeb pour IMEMC
Basem Abu Rahme a été touché à l’estomac par un tir de de bombe lacrymogène a haute vélocité et presque à bout portant, une nouvelle sorte de munition utilisée par l’armée israelienne. La 150è mission CCIPPP participait à la manifestation.
Cet assassinat intervient dans un climat très tendu. En effet, hier des juifs israéliens ont tenté de pénétrer sur l’esplanade des mosquées en vue de manifester et revendiquer ce lieu ! La police a fait barrage et les a empêchés de pénétrer sur l’esplanade, mais immédiatement la nouvelle s’est répandue créant des attroupements de palestiniens. L’armée et la police ont immédiatement "bouclé" toute la vielle ville et Jérusalem est...
A Naplouse, dans les écoles on a informé les enfants et les jeunes de cet incident survenu sur l’esplanade des mosquées.
On sait que la deuxième intifada a été déclenchée par la provocation d’Ariel Sharon qui s’est "promené" sur l’esplanade des mosquées avec toute une troupe d’Israéliens, policiers et militaires...
Compte tenu des orientations affichées du nouveau gouvernement israélien, les Palestiniens vivent dans un climat où la tension est monté encore d’un cran... (ndlr)
Récit de T.
Jeudi 16 avril
Une nuit de plus a Cheikh Jarrah a Jérusalem, avec les familles palestiniennes, qui sont à ce jour aussi proche que nos véritables familles. Hier soir nous avons fait à manger avec ma camarade de la 149e mission et avons invité toutes les familles. C’est pour des moments comme cela que l’on voudrait arrêter le temps. Ensuite c’est l’heure de se reposer, a tour de rôle on fait la garde pour surveiller la maison en cas d’arrivée de l’armée israéliennes pour expulser notre famille de chez eux, et j’ai bien dit "notre" famille. Cette nuit, le calme plat, rien a signaler à Sheikh Jarrah.
Vendredi 17 avril
Donc avec mes camarades de mission on se dirige vers Ramallah, et puis Bil’in pour y manifester. Jusque là tout va bien. Une fois la prière terminée, avec les gens du village et les internationaux on se dirige vers le mur, le mur de la honte où nous attendent une trentaine de soldats israéliens armés jusqu’aux dents. Une fois presque arrivés au mur, des jeunes ouvrent le portail, pour que nous puissions passer, car le but de la manifestation est que nous passions de l’autre côte pour être au plus près des soldats et leur manifester la situation dans laquelle vivent les Palestiniens.
Suite à cela, les soldats sionistes ont recu l’ordre d’ouvrir les hostillités, gaz lacrymogènes, bombes assourdissantes, balles …. Je suis très près des soldats, mais tirs obligent, je recule, tout en avalant les gaz lacrymogènes et me réfugie derrière un rocher. Les soldats sionistes sont sans pitié que se soit avec les internationaux ou bien les journalistes ou les Palestiniens, c’est pareil.
10 minutes plus tard, un soldats touche un palestinien au torse, le jeune Palestinien est à 3 mètres de moi. Je le vois s’effondrer sur le sol, mais je n’arrive plus a respirer pour aller lui porter secours. Quelques secondes plus tard je me précipite vers lui, bien que l’armée continue a tirer. Le jeune Palestinien agé de 29 ans perd son sang, on appelle les secours pour l’évacuer au plus vite. En ce moment même où j’écris, j’ai cette image du jeune en train d’agoniser devant moi et je suis impuissant devant ça.

Le projectile qui a tué Bassem - photo : ccippp
Une voiture d’une personne du village arrive et l’emmène a l’hôpital, lui et une amie française qui a été touchée a la tête juste au-dessus de l’oreille par un débris de bombe lacrymogène, mais elle n’a rien de grave (plus de peur que de mal).
Mais ce n’est toujours pas fini entre l’armée israélienne et les manifestants, on essaye toujours de se rapprocher au maximum. On n’arrive plus a respirer, on n’y voit plus rien, la plupart des manifestant et journalistes sont accroupis par terre derrière un rocher, pour essayer de trouver de l’air frais, pendant que l’armée sioniste n’hésite pas a tirer. C’est impressionnant on croirait qu'il y a 2 armées qui se battent, alors que nous n’avons rien fait, nous nous sommes juste présentés en temps que les manifestants comme tous les vendredis. Une demi-heure plus tard nous rentrons vers le village sous l’ordre de l’organisateur de la manifestation.
Trés fatigué, très choqué, très triste, je m’avance vers le village et j’entends par le haut parleur de la mosquée que le jeune palstinien qui s’appelait Bassam est mort en route pour aller a l’hôpital.
La tristesse m’envahit, je ne sait plus ou aller, je ne sait plus quoi faire, donc je m’assoie contre un mur et je pleure. La scène du jeune Bassam en train de mourir devant moi ne cesse de repasser dans mon esprit.
Pour mon dernier jour de mission, sa se termine très mal. Malgré la fin de la mission on décide avec mes camarades de rester a Bil’in, pour l’enterrement du jeune martyr Bassam qui aura lieu demain samedi après la prière du midi.
Toufic.
Après le récit de T., voici celui de B.,G. et P., également présents à la manifestation :
Vendredi 17 avril
4 ans de manifestation hebdomadaire a Bil’in pour refuser le "mur de la honte", symbole de l’apartheid.
4 ans de manifestations jusque-là heureusement sans mort, malgré les violences, les tirs de grenades lacrymogènes et les balles en caoutchouc.
Mais ce vendredi 17 avril 2009 a Bil’in, le drame est arrivé.
La colonne de 60 a 70 manifestants s’ebranle après la prière de 13H30 du centre du village à destination de la porte du Mur.
En tête, deux personnalités du village entourées de beaucoup de jeunes villageois, des affiches tenues a bout de bras, entre autre l’une célébrant le plus vieux prisonnier palestinien ; de nombreux drapeaux palestiniens, des internationaux, quelques pacifistes israéliens. Des reporters photographes.
Nous cheminons vers le Mur sur une petite route bordée d’oliviers. Paysage bucolique. Mais la promenade chaque vendredi, ici, n’est pas champêtre.
La porte est située en hauteur dans l’intérieur d’un virage. Belvedère pour un poste de garde couvert de filets de camouflage où nous étions attendus : des véhicules militaires et de nombreux soldats. Tràs rapidement, nous entendons des messages en hébreu ou en arabe diffusés au porte-voix, nous déconseillant certainement d’approcher.
Cette porte du mur est une barrière agricole qui permet aux palestiniens de se rendre dans leurs champs de l’autre coté. Les deux personnalités en tête de la manifestation ouvrent le premier portail et s’avancent avec quelques palestiniens dans le no man’s land.
Derrière le groupe de tête et encore à l’extérieur de la barrière, une dizaine de manifestants avec drapeaux. Les journalistes filment ou photographient. Beaucoup de cris en direction des militaires du Mur. De part et d’autre, des jeunes avec leurs frondes jettent des pierres.
Mais très rapidement apres l’ouverture de la barrière, peut-être une minute, les premières grenades lacrymogènes fusent.
Les manifestants de tête reculent, les grenades les accompagnent. La fumée des "lacrimo’ tourbillonne, les courants d’air sont capricieux dans ce coin du vallon.
Et soudain le drame. De la première ligne des manifestants, des cris s’elèvent. Instinctivement nous comprenons qu’il se passe quelque chose de grave.
Les grenades longue distance continuent, nous contraignant a nous abriter contre un petit muret, pleurant et crachant.
Une vieille Simca roule deja vers le blessé. Pas de Croissant Rouge à cette manifestation.
Pour nous, instant de trève. Nous essuyons les yeux avec des serviettes d’alcool qu’on s’échange. Instant de solidarité. Des questions, l’identité du blessé, un palestinien, un international, est-ce grave ?
Le blessé évacué, la tension montant chez les manifestants et particuliérement chez les jeunes des premieres lignes, les tirs de "lacrimo" longue distance reprennent de plus belle.
C’est encore pendant plusieurs minutes des dizaines de grenades lacrymogènes, tombant de plus en plus loin, tant sur la route que dans les champs d’oliviers de part et d’autre. Quelques tirs de balles en caoutchouc, le claquement de la percussion, le sifflement dans les branches. Une sourde angoisse. Face a un tueur invisible.
Ces tirs réussissent ce pour quoi ils sont faits. Les quelques derniers groupes sporadiques de manifestants reculent. Des jeunes résistent encore avec leur fronde, arme dérisoire et héroïque.
Une demi-heure après, qui a pu par instant sembler longue, tout est fini.
Nous remontons lentement vers le village, tournant de temps à autre la tête vers le mur.
C’ est a l’entrée du bourg que nous apprenons le décès de Basem Abou Rhame.
Le premier mort des manifestations contre le Mur à Bil’in.
Basem Abou Rhame, 29 ans, a été tué a bout portant par une grenade lacrymogène en pleine poitrine, dans les premieres minutes de la manifestation.
Mission 150. B., G. et P.
2 coordinateurs CCIPPP et une amie, N., se trouvaient aussi à Bil’in les 17 et 18 avril : témoignages
Vendredi 17 avril
Le vendredi matin, la manifestation se prépare. Nous nous retrouvons avec tous nos amis du village, nos frères de lutte. Parmi eux, le frère de Bassam qui nous prend par l’épaule chaleureusement,… tous nos frères.
« Bassam, je l’ai croisé au départ de la manifestation. Il m’a crié « Honneur à la France et que Dieu protège la France ». Nous avons échangé un sourire. Et puis j’ai appris sa mort à l’hôpital de Ramallah devant lequel une partie de sa famille était réunie : des images de douleur bouleversante. » (N.)
Il a été tué alors que nous nous repliions un peu vers l’arrière vers l’Imam qui fait office de secouriste pendant les manifs pour faire soigner notre amie, qui venait d’être touchée par le même type de « balle lacrymo » que celle qui a tué Bassem et blessé grièvement l’américain de Nil’in : elle a perdu pas mal de sang mais elle l’a échappé belle (5 mm plus à gauche et elle aurait été tuée, elle aussi). Après nos premiers soins, elle a été évacuée, en même temps que Bassem pour l’hôpital de Ramallah.
A sa sortie, elle est restée parmi les proches de Bassem et une partie du village, devant l’hôpital puis est revenue à Bil’in ; En fin d’après-midi nous nous rendons dans la maison de sa maman avec toutes les femmes du village qui accompagnent un moment la famille dans sa douleur. Silence, recueillement et pleurs... Nous ne pouvons retenir nos larmes.
Dans les rues, sur les maisons, sur les voitures, on installe des drapeaux palestiniens pour accueillir le shahid Bassam qui était aimé par tous les villageois et par tous les internationaux qui l’ont connu.
Bassam, ton nom et ton portrait sont maintenant sur les murs de Bil’in, ils resteront gravés dans nos cœurs et nos pensées : nous continuerons la lutte ensemble, à Bil’in, à Nil’in, à Gaza, à Jérusalem, à Sheikh Jarrah…
Samedi 18 avril
10h : Tout le village attend l’arrivée de Bassam.
Les femmes et des petites filles cueillent des fleurs et préparent des couronnes en l’honneur du shahid Bassam.
Elles partent en cortège et se rassemblent dans la cour de l’école a l’entrée du village.
Peu a peu les hommes arrivent ainsi qu’une foule de personnes venues des villages des alentours.
Nous reconnaissons des personnes déjà croisées les années précédentes, internationaux, anticolonialistes israéliens...

Un banc est occupé par quelques vieillards, au dessus d’eux, côte à côte, les bannières de presque tous les partis, Fatah, Hamas, FPLP, Al Mubadara,... L unité nationale retrouvée, le temps des obsèques... - photo : ccippp
Des klaxons, des voitures pavoisées, l’ambulance qui transporte le corps de Bassam.
Un cortège se forme derrière elle. Des visages fermes, d’autres pleins de colère, nous traversons tout le village jusqu’à la maison de Bassam puis vers la mosquée.
Des prières dans la mosquée et en dehors, toutes religions melées, nous nous recueillons nous aussi, en pensant a ce garcon, Bassam, que nous avions côtoyé il y a plus d un an, soirée pleine de vie et de gaité avec lui, un homme d’une extrême générosité, aimé de tous...

Photo : ccippp
Le corps est porté par ses amis de la mosquée vers la tombe. Nous regardons pour la dernière fois le visage de notre ami Bassam ... il restera gravé en nous à jamais.
Un long moment se passe, des prières pendant l’ensevelissement, puis un chant diffusé par des haut parleurs dont on nous traduit le sens : la Palestine se meurt, pays arabes, où êtes-vous ? Nous pensons à nos pays européens : eux aussi, où sont-ils ?
Avant de partir, nous déposons un rameau d’olivier sur la tombe de notre ami et pensons très fort a lui, à son frère, à toutes les personnes que nous allons quitter dans quelques jours.
Ce sont nos frères et nos sœurs de lutte, pour un autre monde, sans murs quels qu’ils soient et ou qu’ils soient et nous savons que Bassem sera à nos côtés pour continuer ce combat.
Adieu, Bassam et que la paix que tu n’as pas connue de ton vivant soit avec toi.
M, A et N
19:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : palestine, israël, manifestation, apartheid, mur, bil'in, bassam



Écrire un commentaire