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11/02/2009

Un best-seller controversé ébranle les fondations de l’État israélien

Sott.net

Joshua Holland
AlterNet
mercredi 28 janvier 2009

Et si tout le récit de la diaspora juive était historiquement faux ?

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Et si les Arabes palestiniens qui vivent depuis des décennies sous la botte de l’État israélien moderne descendaient en fait de ces mêmes « enfants d’Israël » décrits dans l’Ancien Testament ?

Et si la plupart des Israéliens actuels ne descendaient pas du tout des anciens Israélites, mais étaient en réalité un mélange d’Européens, de Nord-Africains et d’autres peuples ? Et s’ils n’étaient pas « revenus » sur le bout de terre que nous appelons maintenant Israël pour y établir un nouvel État consécutivement à la tentative d’extermination dont ils avaient fait l’objet pendant la Seconde Guerre mondiale, mais étaient arrivés dans ce pays pour y déporter de force des gens dont les ancêtres vivaient là depuis des millénaires ?

Et si le récit de la diaspora juive – l’histoire que les juifs du monde entier racontent tous les ans lors de la Pâque juive, et qui détaille l’exil des juifs antiques hors de Judée, les années passées à errer dans le désert, leur évasion hors des griffes de Pharaon – était entièrement faux ?

C’est la thèse explosive de l’ouvrage Comment le peuple juif fut inventé, de la plume de l’universitaire de Tel Aviv Shlomo Sand (ou Zand). Un ouvrage qui a provoqué des remous dans toute la société israélienne lors de sa publication l’an dernier. Après avoir passé 19 semaines sur la liste des best-sellers en Israël, ce livre est maintenant traduit dans une douzaine de langues et sera publié cette année aux États-Unis chez Verso.

Sa thèse a des répercussions qui vont bien au-delà de quelque débat académique antédiluvien. Peu de conflits modernes sont autant attachés à l’histoire antique que ce cycle de bains de sang entre Israéliens et Palestiniens, qui dure depuis des décennies. Chaque groupe revendique le même lopin de terre – que les trois grandes religions abrahamiques tiennent pour sacré – en se fondant sur les liens antiques qui les unissent à ce territoire et sur les identités nationales formées sur de longues périodes. Il n’y a probablement pas d’autre endroit sur Terre où le présent est aussi intimement lié au passé antique.

Au coeur de l’idéologie sioniste, on trouve le récit – connu de toutes les familles juives – de l’exil, de l’oppression, de la rédemption et du retour. Bouté hors de son royaume par les Romains il y a environ 2000 ans, le « peuple juif » - les fils et filles de la Judée antique – a erré sur la Terre, sans racines, et, en tous lieux, dut subir une cruelle répression – de l’esclavage en Égypte aux massacres espagnols du XIVe siècle et aux pogroms russes du XIXe siècle, en passant par les horreurs du Troisième Reich.

Cette vision de l’Histoire anime tout autant les sionistes que la minorité influente mais réactionnaire – aux États-Unis comme en Israël – qui croit que Dieu a légué un « Grand Israël » – une terre qui englobe l’État actuel ainsi que les Territoires Occupés – au peuple juif, et qui résiste à toute tentative pour créer un État palestinien sur la terres biblique.

Inventer un peuple ?

L’argument central de Sand est que les Romains n’ont pas expulé des nations entières hors de leurs territoires. Sand estime que peut-être 10 000 Judéens antiques furent vaincus au cours des guerres romaines, et que les habitants restants de l’antique Judée y démeurèrent, se convertirent à l’islam et se mélangèrent à leurs conquérants quand les Arabes conquirent la région. Ils devinrent les ancêtres des Arabes palestiniens d’aujourd’hui, dont beaucoup sont maintenant des réfugiés, exilés de leur patrie au cours du XXe siècle.

Tom Segev, un journaliste israélien, a résumé cette thèse dans une critique du livre publiée dans Ha’aretz :

« Il n’y a jamais eu de peuple juif, uniquement une religion juive, et l’exil n’a jamais existé – et donc, il n’y a pas eu de retour. Sand rejette la plupart des récits bibliques sur la formation de l’identité nationale, y compris l’Exode hors d’Égypte et –ce qui est tant mieux – les horreurs de la conquête sous Josué. »

Mais cela soulève la question suivante : si l’antique peuple de Judée n’a pas été expulsé en masse, alors comment se fait-il que le peuple juif soit dispersé de par le monde ? Selon Sand, qui relate en détail l’histoire de plusieurs groupes appartenant à ce que l’on nomme de façon conventionelle la diaspora juive, certains étaient des juifs qui émigrèrent de leur plein gré, et, par la suite, la majorité étaient des convertis au judaïsme. A contrario de la croyance populaire, Sand soutient que le judaïsme était une religion évangélique qui, à ses débuts, recherchait activement de nouveaux adeptes.

Ce récit a une signification très importante en regard de l’identité nationale israélienne. Si le judaïsme est une religion plutôt qu’ « un peuple » qui descend d’une nation dispersée, alors cela remet en question la justification centrale au fait que l’État d’Israël reste un « État juif ».

Et cela nous amène à la deuxième affirmation de Sand. Il soutient que l’histoire de la nation juive – la transformation du peuple juif en tant que groupe partageant une identité culturelle et une foi religieuse en un « peuple » vaincu – est une invention relativement récente, initiée au XIXe siècle par des érudits sionistes et développée par les universitaires israéliens. Selon Sand, il s’agit d’ une sorte de conspiration intellectuelle. Segev déclare : « Tout cela n’est que pure fiction et mythe qui servirent de prétexte à l’établissement de l’État d’Israël. »

Sand se fait taper sur les doigts ; ses arguments sont-ils valables ?

Les répercussions de l’argumentation de Sand vont très loin ; « les chances que les Palestiniens soient les descendants de l’antique peuple judaïque sont bien plus grandes que celles que vous ou moi soyons ses descendants, » a-t-il déclaré à Ha’aretz. Sand soutient qu’Israël devrait être un État au sein duquel tous les habitants de ce qui était autrefois la « Palestine britannique » partagent tous les droits et responsabilités de la citoyenneté, plutôt que d’être maintenu comme État « juif et démocratique », tel qu’on le définit actuellement.

Comme on pouvait s’y attendre, Sand a été mis au pilori suivant la formule éprouvée. Ami Isseroff, rédacteur de ZioNation, le blog sur Israël/ le sionisme, a invoqué l’imagerie habituelle de l’Holocauste, accusant Sand d’offrir une « solution finale au problème juif », une solution qui « ne nécessite aucun autodafé, aucun assaillant cosaque , aucune chambre à gaz, aucun crématorium fétide ». Un autre fervent idéologue a qualifié l’ouvrage de Sand de « manifestation supplémentaire du trouble mental qui affecte l’extrême gauche universitaire israélienne. »

Ce genre de rhétorique surchauffée fait partie des paralogismes standards utilisés lors des débats sans fin sur Israël et les Palestiniens – et elle est facilement écartée. Mais l’ouvrage de Sand a également fait l’objet de critiques plus sérieuses. Dans un article critique renommé, Israel Bartal, doyen des Humanités à l’université hébraïque, a sévèrement éreinté la seconde affirmation de Sand, selon laquelle les universitaires sionistes auraient supprimé la véritable histoire de l’expansion du judaïsme par émigration et conversion, privilégiant une version qui légitimerait la quête d’un État juif.

Bartal soulève des questions importantes sur la méthodologie de Sand et souligne l’apparente légèreté de certains détails du livre. Mais, de façon intéressante, en défendant la communauté universitaire israélienne, Bartal soutient la thèse centrale de Sand, lorsqu’il écrit : « Bien que le mythe d’un exil hors de la patrie juive (la Palestine) existe effectivement dans la culture populaire israélienne, il est quasi-inexistant dans les discussions sérieuses sur l’histoire juive. » Bartal ajoute : « aucun historien du mouvement national juif n’a jamais vraiment cru que les origines des juifs soient ethniquement et biologiquement “pures”. » Il fait remarquer que « des groupes importants au sein du mouvement [sioniste] ont exprimé des réserves concernant ce mythe, ou l’ont complètement réfuté. »

« En ce qui me concerne, ce livre ne contient pas une seule idée qui n’ait déjà été présentée » dans les études historiques antérieures. Segev ajoute que « Sand n’a pas inventé [sa] thèse ; 30 ans avant la Déclaration d’Indépendance, elle avait été adoptée par David Ben Gourion, Yitzhak Ben-Zvi et d’autres. »

On peut raisonnablement prétendre que ce mythe antique d’une nation juive exilée jusqu’à son retour au XIXe siècle est de peu de conséquence ; que le peuple juif partage une ascendance génétique commune ou soit constitué d’une mosaïque de peuples éloignés partageant la même foi, une identité nationale commune s’est bien développée au fil des siècles. Mais l’argument central de Sand reste valable, et a d’importantes implications pour le conflit actuel entre Israël et les Palestiniens.

Changer la conversation ?

La raison principale pour laquelle il est si difficile de discuter du conflit israélo-palestinien est que ceux qui défendent le contrôle israélien des Territoires Occupés (y compris Gaza, toujours occupé de facto) ont accompli un travail remarquablement efficace en assimilant tout soutien à l’autodétermination des Palestiniens à un désir de voir Israël détruit. Cette tactique amalgame efficacement toute défense des droits des Palestiniens au spectre de l’extermination des juifs.

Elle a été employée pour les arguments en faveur d’un État unique comme solution au conflit israélo-palestinien. Jusqu’à récemment, défendre la solution d’un « État unique » – un État binational où tous les résidents de ce qu’on appelle aujourd’hui Israël et les Territoires Occupés partageraient tous les droits et responsabilités de la citoyenneté – était une position relativement dominante. En fait, c’était l’un des plans parmi plusieurs envisagés par les Nations Unies quand elles créèrent l’État d’Israël dans les années 1940.

Mais, plus récemment, l’idée d’un seul État binational s’est vue marginalisée – écartée comme une tentative pour détruire Israël littéralement et physiquement, plutôt que comme une entité politique fondée sur l’ethnie et la religion ; une entité héritant d’une population de citoyens arabes de deuxième classe et responsable de la déportation d’une population de réfugiés – les plus anciens réfugiés du monde.

Une conclusion logique à cet ouvrage qui révèle la mythologie à la base de la fondation d’Israël serait peut être de redonner à l’idée d’une solution à État unique sa place légitime au coeur du débat sur cette région problématique. Après tout, même si, en un sens, l’ouvrage de Sand brouille les pistes – en soulevant les questions bibliques antiques relatives à l’origine réelle des « enfants d’Israël » – d’un autre côté, il souligne les points communs entre juifs israéliens et Arabes palestiniens. Ces groupes revendiquent tous deux la même terre, ont tous deux subi une répression et une déportation historiques, et chérissent tous deux l’idée d’un « droit au retour ».

Et si les deux groupes partagent en fait des liens bibliques communs, cela soulève alors cette question : pourquoi l’intégralité de ce qui était la Palestine sous mandat britannique devrait-elle demeurer un refuge pour les gens d’une religion, au lieu d’être un pays dans lequel juifs et Arabes bénéficient d’une égale protection – égale protection sous les lois d’un État dont la légitimité ne serait plus jamais remise en question.

Commentaire Sott : Rien de tout ceci n’est nouveau pour les lecteurs de SOTT. On a déjà montré qu’Israël n’était pas une véritable nation, mais un "véhicule" permettant aux psychopathes de mettre en pratique leurs penchants meurtriers.

Ce qui est ahurissant, c’est la façon dont la plupart des gouvernements et des médias les aident à perpétrer cette escroquerie.

Peut-être le livre de Sand apportera-t-il la vérité à davantage de gens. Une autre étincelle de lumière.

Traduction : Henri R. pour Futur Quantique

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