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21/01/2009

« Nous sommes tous des Palestiniens » : Gaza, la guerre et la solidarité internationale

David Wiebe

Global Research

Vendredi 16 Janvier 2009

The Bullet

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© Jordanian Times

Les Jordaniens manifestent contre le massacre.


Aux quatre coins de la planète, les bombardements israéliens sur Gaza ont provoqué horreur et consternation. Le nombre élevé de victimes dans les territoires occupés à la densité démographique record a déclenché une vague mondiale de condamnations et de manifestations. En Europe, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Amérique Latine, en Afrique et en Asie, des millions de personnes ont manifesté contre la version israélienne de la doctrine « choc et effroi ». Le nombre et la taille des manifestations témoignent de la solidarité internationale pour la cause palestinienne, et ouvrent de nouveaux fronts contre le sionisme et la politique étrangère des États-Unis dans cette région.

Solidarité internationale envers la Palestine

Au Moyen-Orient, par exemple, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées et ont battu le pavé au Liban, en Turquie, en Syrie, en Jordanie, à Dubaï, en Arabie saoudite, en Libye et en Égypte. À de nombreuses reprises, ces manifestations ont critiqué la collusion des régimes arabes avec Israël et les États-Unis, ce qui a provoqué une sévère répression. Des manifestations et des émeutes ont également eu lieu dans les territoires occupés de la Cisjordanie et ont subi une répression organisée par Israël et le Fatah. À l’intérieur même des frontières d’Israël, se sont aussi déroulées des manifestations mobilisant des Arabes, des communistes, des anarchistes et des juifs, émaillées par quelques actes de « désobéissance civile ».

Les témoignages de solidarité à l’extérieur du Moyen-Orient n’ont pas été moins impressionnants, en particulier en termes de participation, d’implication et de représentation politique.

Dans le cadre de la journée mondiale de manifestation du 3 janvier, plus de 60 000 personnes se sont rassemblées dans les rues de Londres pour protester contre la guerre et la complicité du Royaume-Uni. Après la manifestation, plus d’un millier de chaussures ont été lancées sur la façade de la résidence du Premier ministre à Downing Street. Des manifestations de solidarité ont également eu lieu dans des villes anglaises plus modestes comme Birmingham, Manchester, Liverpool ou Newcastle. Le 10 janvier, plus de 100 000 personnes ont manifesté bruyamment et énergiquement à Londres.

La taille et la magnitude de ces manifestations ne peuvent être surestimées : pour la première fois, elles placent la lutte palestinienne comme symbole central et rassembleur du mouvement pacifiste en Grande-Bretagne, même dans les petites villes et agglomérations.

Les manifestations dans le reste de l’Europe ont été similaires. Le week-end des 3 et 4 janvier, plus de 20 000 personnes ont défilé dans les rues de Paris, et 10 000 à Berlin et à Francfort. Des manifestations ont également eu lieu à Stockholm, Helsinki, Rome, Lyon, Madrid, Amsterdam et d’autres grandes villes du vieux continent. Après une manifestation à Athènes devant les ambassades d’Israël et des États-Unis, une marionnette à l’effigie de Georges Bush a été brûlée, ainsi que de nombreuses banques. Fortes d’une longue tradition de solidarité avec la Palestine, les villes de Belfast et de Dublin ont organisé des manifestations. Le 8 janvier, en Norvège, au moins 40 000 personnes ont battu le pavé à Oslo et dans 5 autres villes dans le cadre d’un défilé organisé par près de 80 organisations. Le week-end dernier, les cortèges à Paris, Berlin et dans les autres grandes villes européennes ont rassemblé un nombre élevé de participants, dont 100 000 manifestants à Madrid. En Grèce, une manifestation prévue pour le 15 janvier a obligé le gouvernement à annuler un contrat avec l’armée étasunienne, qui espérait utiliser le port d’Astakos comme point de transit pour une livraison supplémentaire d’armements à destination d’Israël.

Ces manifestations en Europe ont projeté le problème palestinien sur l’avant-scène du mouvement pacifiste et ont déclenché de nouveaux appels à une campagne de boycott et de désinvestissement, et à une condamnation des dirigeants israéliens pour crimes de guerre. Les manifestations ont également obligé de nombreux gouvernements européens à demander un cessez-le-feu immédiat à Gaza et à geler le nouvel accord commercial liant Israël à l’Union Européenne.

Dans l’hémisphère Sud, des manifestations ont également eu lieu à Sydney et à Melbourne, en Australie, ainsi qu’à Auckland, en Nouvelle-Zélande, où un monument dédié à Israël a été couvert de sang et de peinture.

Dans la même veine, le 5 janvier, les étudiants de Delhi, en Inde, ont jeté 200 chaussures sur l’ambassade israélienne avant d’être arrêtés. Au cours des deux dernières semaines, à Srinagar, au Cachemire, la police a eu recours à plusieurs reprises aux gaz lacrymogènes et aux matraques contre des centaines de manifestants qui chantaient « Tous avec les Palestiniens » et « À bas Israël ».

En Afghanistan, des manifestations ont été organisées autour des mosquées de Kaboul et d’Herat où des milliers de personnes ont entonné : « Mort à Israël, aux États-Unis et à la Grande-Bretagne ».

Des manifestations ont également eu lieu la semaine dernière en Corée du Sud, en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande où des milliers de personnes ont exprimé leur colère.

En Amérique Latine, les gouvernements équatoriens et brésiliens ont accusé Israël de « crime contre l’Humanité » et de « terrorisme d’État », tandis que le président vénézuélien Hugo Chavez et le président bolivien Evo Morales expulsaient les ambassadeurs israéliens. Les citoyens ont manifesté dans tout le sous-continent américain, au Mexique, au Nicaragua, en Colombie, en Bolivie, en Argentine, au Costa Rica et à Cuba.

Les manifestations en Amérique du Nord

Même en Amérique du Nord, la colère contre les bombardements et l’invasion terrestre s’est clairement exprimée. Au Canada, des centaines de personnes se sont rassemblées à Ottawa, Halifax, Winnipeg et Vancouver. À Toronto, plus de 10 000 personnes ont participé à la manifestation du 3 janvier organisée par une large coalition de groupes pacifistes et d’organisations de soutien à la Palestine. Le 7 janvier, 8 femmes juives ont été arrêtées après avoir occupé le consulat israélien dans le centre ville de Toronto. À Montréal, 4 000 personnes se sont rassemblées pour une manifestation d’urgence contre la guerre. Jeudi dernier, 30 personnes ont occupé le consulat d’Israël à Montréal pour demander l’expulsion du consul général et l’arrêt immédiat de l’invasion israélienne et du siège de Gaza. Au Canada, ces manifestations et la campagne « Boycott, désinvestissement esanctions » ont été soutenues par nombre d’organisations syndicales, dont le syndicat canadien des postiers et le syndicat canadien de la fonction publique, qui ont tout deux diffusé un communiqué dénonçant les actions perpétrées par Israël à Gaza.

Le plus étonnant, peut-être, concerne les manifestations aux États-Unis. Dans plus de 100 villes étasuniennes, petites ou grandes, des milliers de personnes ont rejoint les manifestations depuis le début des bombardements le 27 décembre.

Par exemple, il y a deux week-ends, plus de 20 000 personnes se sont rassemblées dans le quartier de Manhattan à New York. Ce fut la manifestation de soutien à la Palestine la plus importante jamais organisée dans cette ville, elle a mobilisé de nombreux groupes issus des communautés arabes et des partis de gauche.

San Francisco en particulier a été le théâtre de manifestations animées. Au cours des deux dernières semaines, des centaines de personnes se sont lancées dans des manifestations et des actes de désobéissance civile, dont un « sit-in » dans la rue, organisé par 50 activistes juifs s’opposant à l’occupation. Les cortèges ont également rassemblé un nombre record de participants à Boston, Houston, Washington, Seattle, Chicago, Cleveland, Minneapolis, Nashville, Denver, Kansas City, la Nouvelle Orléans, Portland, Orlando, Philadelphie, Los Angeles, Atlanta, Greenville, Sioux Falls, Toledo, Dayton, Raleigh, Des Moines et Oklahoma City, sans compter les autres villes. Plus récemment, le 14 janvier, 15 activistes juifs ont tenté de paralyser le consulat d’Israël à Los Angeles en bloquant sa route d’accès et en s’attachant au portail d’entrée.

L’importance du mouvement grandissant de soutien à la Palestine.

Ces manifestations sont importantes à plus d’un titre.

Premièrement, elles ont à nouveau galvanisé une bonne partie du mouvement pacifiste qui était relativement inactif depuis la défaite du sénateur John Kerry, candidat démocrate aux élections présidentielles de 2004.

Deuxièmement, ce sont les premières manifestations sur le sol étasunien qui mettent la Palestine au cœur du mouvement pacifiste. Dans le passé, le mouvement avait été gravement divisé sur le fait d’inclure ou pas le problème de la Palestine dans une campagne plus large ciblant la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient. Dans un tel contexte, les manifestations actuelles constituent un moment critique où le problème de la Palestine peut devenir le thème majeur défendu par le mouvement pacifiste. Tandis que l’UFPJ (United For Peace and Justice – Unis pour la paix et la justice) a pour l’instant évité d’organiser une manifestation de grande ampleur, il a appelé ses sympathisants à participer à la manifestation organisée à Washington par ANSWER (Act Now to Stop War & End Racism – Agir maintenant pour arrêter la guerre et mettre fin au racisme) et de nombreuses organisations arabes, musulmanes et palestiniennes. La pression et la mobilisation provenant de la base devront être maintenues afin que les grandes organisations pacifistes restent focalisées à long terme sur la Palestine.

Troisièmement, ces manifestations reflètent un changement important dans la manière dont le peuple perçoit la politique israélienne. D’après un sondage mené par l’institut Rasmussen, les Étasuniens sont extrêmement divisés quant au conflit actuel, avec 44% qui y sont favorables et 41% qui s’y opposent. Toutefois, parmi les sympathisants démocrates, 55% s’opposent à l’opération israélienne contre 31% qui la soutiennent. Ces chiffres ont une très grande importance étant donné le soutien total offert à Israël par les leaders du parti démocrate, les membres du Congrès et les grands médias. En effet, ce sondage suggère qu’un nombre croissant d’Étasuniens remettent en question et s’opposent au consensus des élites sur la question israélienne.

Quatrièmement, ces manifestations font naître l’espoir que le mouvement pacifiste soit indépendant de la future administration Obama. Bien que ce dernier ait un long historique d’échanges avec les communautés palestinienne et arabes de Chicago, et a promis une nouvelle approche de la politique étrangère des États-Unis au Moyen-Orient, ses dernières prises de position sur l’Afghanistan, l’Iran, l’Iraq et la Palestine exigent du mouvement pacifiste des protestations etune stricte opposition. Par exemple, la décision d’Obama de rester silencieux sur le conflit actuel qui sévit à Gaza contraste fortement avec ses condamnations des attaques terroristes de Bombay, et ressemblent à une approbation implicite des actions israéliennes. Dans un tel contexte, il est bon que les pacifistes et les activistes soutenant les Palestiniens aient d’ores et déjà manifesté devant l’hôtel de villégiature d’Obama à Hawaï et devant son quartier général temporaire à Washington. Ces manifestations entretiennent l’espoir que le mouvement anti-guerre ne sera pas récupéré et marginalisé par l’administration Obama, qui est remplie de vétérans issus des gouvernements Clinton et Bush II.

Cinquièmement, ces manifestations se trouvent justifiées par les actions de soutien à la Palestine qui sont organisées à l’échelle localedepuis quelques années. Toutes les grandes villes étasuniennes (et canadiennes, ainsi que la plupart des villes européennes) disposent d’un large éventail d’actions de soutien à la Palestine, depuis les festivals de films ou les groupes de poésie jusqu’aux campagnes sur le droit au retour des réfugiés, le siège de Gaza, et le « Boycott, désinvestissement, sanctions ». Des manifestations sont organisées régulièrement devant les consulats israéliens et des campagnes de boycott ciblent de nombreuses sociétés liées à Israël.

Les activistes palestiniens et arabes issus de la diaspora dirigent ces luttes à travers l’Amérique du Nord et sont généralement unis autour de (1) la critique d’Israël et de l’apartheid ; (2) l’appel à un boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël et (3) , pour résoudre le conflit, la demande d’n seul État avec bi-nationalité et d’un droit au retour pour les réfugiés palestiniens.

Comme démontré par ces manifestations, cette dynamique autour de la Palestine a gagné en ampleur et en signification. En fait, il est tout à fait possible que la Palestine devienne bientôt le problème central du mouvement pacifiste et de la gauche radicale aux États-Unis. Tandis que les médias et les élites politiques continuent à soutenir inconditionnellement Israël comme principal allié de l’impérialisme étasunien au Moyen-Orient, émergent parmi les activistes de base de tout le pays des signes distincts d’opposition à cette alliance et à l’oppression du peuple palestinien.

Aux États-Unis et dans le reste du monde, nous assistons à l’émergence d’un mouvement global de solidarité pour la cause palestinienne. De New York à Londres, de Caracas à Beyrouth, ce mouvement rallie des individus de toutes nationalités et de toutes confessions ; il affirme que « Nous sommes tous des Palestiniens »  et soutient le droit à la résistance contre l’occupation, la colonisation et le terrorisme d’État.

En tant que telles, ces manifestations posent les fondations potentielles permettant d’isoler et de sanctionner Israël à travers une campagne de boycottet de désinvestissement, comme demandé par les institutions civiles palestiniennes aux quatre coins de la planète. Tout comme le massacre de 1976 à Soweto, en Afrique du Sud, qui entraîna l’imposition de sanctions contre le régime de l’apartheid, la guerre contre Gaza pourrait déclencher le même type de réaction internationale à l’encontre de l’État sioniste.

La dimension mondiale des dernières manifestations fait naître l’espoir d’une telle perspective.

David Wiebe est écrivain, chercheur et activiste de gauche, il est originaire du Canada mais vit aujourd’hui aux États-Unis. The Bullet est un projet du Projet Socialiste.

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique

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