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06.11.2008
Milices sarkoziennes à l'oeuvre
«Je m'appelle Patrick Mohr. Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève. Je suis acteur, conteur, metteur en scène et auteur. A Genève, je dirige une compagnie, le théâtre Spirale, et m’occupe également du festival « De bouche à oreille». Je viens régulièrement au festival d’Avignon pour y découvrir des spectacles du « in » et du « off ». Notre compagnie s’y est d’ailleurs produite à trois reprises. Le Lundi 21 juillet, je sors avec mon amie d’une représentation et nous prenons le frais à l’ombre du Palais des Papes. Il y a foule sur la place, nous assistons avec plaisir à un spectacle donné par un couple d’acrobates. J’entends le son d’un Djembé derrière moi. Le percussionniste est accompagné par un joueur de Kamele Ngoni. A peine les musiciens africains commencent-ils à jouer, qu’un groupe de C.R.S se dirige vers eux pour contrôler leur identité.
J'ai pensé que l’on se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie, et que j’avais le droit de m’exprimer face à ce qui me semblait une injustice. Il s’agissait pour moi d’un acte citoyen. J’ai donc abordé un des C.R.S et lui ai demandé :
« Pourquoi contrôlez vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent sur la place? »
« Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regardes! »
J’ai poursuivi : « Justement ça me regarde. Votre attitude me semble discriminatoire. »
« Tes papiers ! »
« Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture. »
« Mets-lui les menottes ! »
« Mais vous n’avez pas le droit de… »
Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres.
« Tu vas voir si on n’a pas le droit.»
Et brusquement ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon ami et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé, choqués, alors qu’ils me projetaient au sol, me plaquaient la tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces, les bras en arrière et m’enfilaient des menottes. Les bras dans le dos, ils m’ont relevé et m’ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte gauche m’a tordu le poignet et a pénétré profondément mes chairs. J’ai hurlé : « Vous n’avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras ! » « Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos ! Sur le ventre ! Sur le dos, je te dis, plus vite, arrête de gémir ! » Et ils me frottent la tête contre les pavés me tordent et me frappent, me traînent, me re-plaquent à terre. Des gens s’indignent, sifflent, mais personne n’ose interrompre cette interpellation.
Je suis traîné au sol et malmené jusqu’à leur fourgonnette qui se trouve à la place de l’horloge 300 mètres plus bas. Là ils me jettent dans le véhicule, je tente de m’asseoir mais l'un des policiers me donne un coup pour me faire tomber entre les sièges, face contre terre, il me plaque un pied sur les côtes et l’autre sur la cheville il appuie de tout son poids contre une barre de fer. "c'est pour ma sécurité " déclare il narquois. Jusqu’au commissariat de St Roch le trajet est court mais il me semble interminable.
Je vous passe les détails de l’interrogatoire que j’ai subi dans un état lamentable.
« Vous êtes de quelle nationalité ? » « Suisse. »
« Vous êtes un sacré fouteur de merde »
« Vous n’avez pas le droit de m’insulter »
« C’est pas une insulte, la merde » (Petit rire.)
Je comprends qu’ici on ne peut pas s’exprimer librement.
Ils font volontairement traîner avant de m’enlever les menottes.
Font semblant de ne pas trouver les clés. Je ne sens plus ma main droite.
Fouille intégrale. On me retire ce que j’ai, bref inventaire, le tout est mis dans une petite boîte.
« Enlevez vos vêtements ! » J’ai tellement mal que je n’y arrive presque pas.
« Dépêchez-vous, on n'a pas que ça à faire. La boucle d’oreille ! »
J’essaye de l’ôter sans y parvenir.
« Je ne l’ai pas enlevée depuis des années. Elle n’a plus de fermoir. »
« Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l’enlever, c’est tout ! »
Je force en tirant sur le lob de l’oreille, la boucle lâche.
« Baissez la culotte ! »
Je m’exécute. Après la fouille ils m’amènent dans une petite cellule de garde à vue.L’attente commence. Pas d’eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour faire désenfler mon bras. Je n’écris pas tout cela pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal.J’ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu’un de profondément non violent, par conviction. Après une nuit blanche vers 9h du matin on vient me chercher pour prendre mes empreintes et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. « Hee bien, ils vous ont pas raté. C’est les CRS, haa bien sur. » J’apprends que je suis poursuivi pour : « outrage, incitation à l’émeute et violence envers des dépositaires de l’autorité publique ». C’est vraiment le comble. Je les aurais soi disant agressés verbalement et physiquement. Je raconte ma version des faits. Ma déposition est transmise au procureur et vers midi je suis finalement libéré. J’erre dans la ville comme un boxeur sonné.
Je marche péniblement. Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la place des papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins. Ils certifient tous que je n’ai proféré aucune insulte, ni n’ai commis aucune violence. Les témoignages soulignent l’incroyable brutalité de l’intervention des CRS. J'espère toujours trouver quelqu'un qui ait filmé ou photographié la scène. Après 5 jours de recherches, soudain, un monsieur africain m’a abordé, c’était l’un des musiciens qui avait été interpellé. Il me cherchait depuis plusieurs jours. Il était profondément touché et surpris par mon intervention et m’a dit qu’il habitait Grenoble, qu’il avait 3 enfants et qu’il était français. Qu’il
viendrait témoigner pour moi. Qu’il s’appelle Moussa Sanou.
« Sanou , c’est un nom de l’ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo-Dioulasso ? »
« Oui. » M’a-t-il répondu surpris.
Nous nous sommes souri et je l’ai salué dans sa langue en Dioula.
Il se trouve que je vais partir créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au Burkina-Faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l’auteur Mozambicain Mia Couto s’appellera « Chaque homme est une race » et l'un des artistes avec lequel je vais collaborer se nomme justement Sanou. Coïncidence ? Je ne crois pas. Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore.
La pièce commence par ce dialogue prémonitoire.Quand on lui demanda de quelle race il était, il répondit : « Ma race c’est moi. » Invité à s’expliquer, il ajouta « Ma race c’est celui que je suis. Toute personne est à elle seule une humanité. Chaque homme est une race, monsieur le policier. »
Article original : Contre journal Libération
10:08 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mohr, crs, violence, police, sarkozy
05.11.2008
Flashback : Obama et les sionistes
Note de P&P : pour ceux qui croiraient qu'Obama est le "sauveur" qui amènera paix, changement et prospérité en Amérique, au Moyen-Orient et dans le monde, gageons que l'article qui suit (publié il y a quelques mois) leur ouvrira les yeux – il semble (malheureusement, mais logiquement) qu'Obama ne soit qu'un pion de plus, une entreprise de diversion pour les masses, qui croient avoir échappé au pire avec l'éviction du duo de fanatiques religieux McCain/Palin. L'élection d'Obama a déclenché cris de joie et soupirs de soulagement, aux US et ailleurs. Les gens sont prêts à se rendormir en croyant qu'ils sont maintenant entre de bonnes mains. Plus dure sera la chute. Cette espèce d'hystérie contagieuse qui envahit les foules à l'annonce de la victoire d'Obama a de quoi inquiéter. On baisse sa garde, sans se rendre compte que peut-être, on est menés de Chraybde en Scylla, échappant aux bras d'un nouvel Hitler pour se retrouver dans ceux d'un nouveau Staline. Compte tenu de la façon dont fonctionne ce monde, et du fait qu' "en politique, rien n'arrive par hasard", on peut être certain que si Obama a été 'élu' président, c'est que ça faisait partie du plan des Pouvoirs occultes qui tirent les ficelles en coulisse. Reste à observer les événements qui vont suivre cette élection, et à redoubler de vigilance. Hélas, rien n'est encore fini, loin de là ! D'autant plus que l'investiture d'Obama n'a lieu que fin janvier 2009... qui sait ce qui peut se passer d'ici là ?
APRÈS DES MOIS d’une course rude et âpre, un combat sans concession, Barak Obama a fait mordre la poussière à sa formidable adversaire, Hillary Clinton. Il a réalisé un miracle : pour ma première fois dans l’histoire, un noir devient un candidat crédible à la présidence du pays le plus puissant du monde.
Et quelle est la première chose qu’il a faite après son étonnante victoire ? Il s’est précipité au congrès du lobby d’Israël, AIPAC , pour prononcer un discours qui pulvérise tous les records de servilité et de soumission.
Cela est déjà assez choquant. Ce qui est encore plus choquant, c’est que personne n’ait été choqué.
CE FUT un congrès triomphaliste. Même cette puissante organisation n’avait jamais rien vu de tel. Sept mille délégués juifs de l’ensemble des États Unis se sont rassemblés pour recevoir l’allégeance de l’ensemble de l’élite de Washington venue se prosterner à ses pieds. Chacun des trois candidats à la présidence a prononcé un discours, chacun s’efforçant de surpasser les autres en flatterie. Trois cents sénateurs et membres du congrès emplissaient les couloirs. Tous ceux qui souhaitent être élus ou réélus à quelque fonction que ce soit, et même tous ceux qui nourrissent une ambition politique, étaient venus pour voir et se faire voir.
Le Washington de l’AIPAC ressemble à la Constantinople des empereurs byzantins à son apogée.
Le monde regardait, plein d’étonnement. Les média israéliens étaient aux anges. Dans toutes les capitales du monde on suivait attentivement les événements et on en tirait des conclusions. Tous les médias arabes en ont rendu compte largement. Al Jezira a consacré une heure de discussion au phénomène.
Les conclusions les plus extrêmes des professeurs John Mearsheimer et Stephen Walt ont été entièrement confirmées. Á la veille de sa visite en Israël, jeudi prochain, le lobby d’Israël occupait le centre de la vie politique des États Unis et du monde entier.
POURQUOI EN RÉALITÉ ? Pourquoi les candidats à la présidence des États Unis considèrent-ils que le lobby d’Israël est un facteur tellement essentiel à leur élection ?
Les votes juifs sont importants, naturellement, en particulier dans plusieurs États hésitants dont le vote peut décider du résultat. Mais les Afro-américains votent aussi, tout comme les hispaniques. Obama a fait venir sur la scène politique des millions de jeunes électeurs. Numériquement, la communauté arabo musulmane des États-Unis ne représente pas un facteur négligeable.
Il y a des gens qui disent que c’est l’argent juif qui s’exprime. Les Juifs sont riches. Peut-être donnent-ils plus que d’autres pour des causes politiques. Mais le mythe de la toute puissance de l’argent juif a une connotation antisémite. Après tout, d’autres lobbies et, de façon plus décisive, les grandes compagnies multinationales, ont versé des sommes d’argent considérables à Obama (comme à ses adversaires). Et Obama lui-même a fièrement annoncé que des centaines de milliers de citoyens ordinaires lui ont apporté de petites contributions qui ont représenté des dizaines de millions de dollars.
Il est vrai qu’il a été démontré que le lobby juif peut presque toujours empêcher l’élection d’un sénateur ou d’un membre du congrès qui ne danse pas, et avec ferveur, au rythme de la musique israélienne. Dans certains cas exemplaires (qui étaient réellement conçus pour faire des exemples) le lobby a causé la chute de politiciens populaires en apportant son soutien politique et financier à la campagne électorale d’un rival pratiquement inconnu.
Mais dans une course présidentielle ?
LA TRANSPARENTE allégeance d’Obama au lobby pro-Israël est plus frappante que les démarches semblables d’autres candidats.
Pourquoi? Parce que sa réussite étonnante aux primaires tenait entièrement à sa promesse d’apporter un changement, de mettre un terme aux pratiques corrompues de Washington et de remplacer les vieux cyniques par quelqu’un de jeune et d’honnête qui ne transige pas avec ses principes.
Et voyez donc, la première chose qu’il fait après avoir obtenu sa désignation par son parti est de transiger avec ses principes. Et de quelle manière !
La chose remarquable qui le distingue aussi bien d’Hillary Clinton que de John McCain est une opposition absolue à la guerre en Irak depuis le tout début. C’était courageux. C’était impopulaire. C’était en totale opposition au lobby d’Israël, dont toutes les tendances poussaient instamment Georges Bush à entrer en guerre pour libérer Israël d’un régime hostile.
Et voici qu’arrive Obama qui rampe dans la poussière aux pieds de l’AIPAC et qui s’écarte de sa route pour justifier une politique en contradiction complète avec ses propres idées.
C’est bien qu’il promette de défendre la sécurité d’Israël à tout prix. C’est habituel. C’est bien qu’il profère des menaces sévères à l’encontre de l’Iran, même s’il avait promis de rencontrer ses dirigeants pour régler pacifiquement tous les problèmes. C’est bien qu’il ait promis de ramener nos trois soldats enlevés (pensant, par erreur, qu’ils sont tous les trois détenus par le Hezbolah – une erreur qui montre, soit dit en passant, combien sa connaissance de nos affaires est sommaire.)
Mais sa déclaration à propos de Jérusalem passe les bornes. Il n’est en aucune façon exagéré de dire que c’est un scandale.
AUCUN PALESTINIEN, aucun arabe, aucun musulman ne fera la paix avec Israël si le Haram-al-Sharif ( aussi appelé Mont du Temple), un des trois lieux saints de l’islam et le symbole le plus marquant du nationalisme palestinien n’est pas placé sous la souveraineté palestinienne. C’est l’un des éléments centraux du conflit.
C’est sur cette question que la rencontre de Camp David en 2000 a échoué, même si le Premier ministre de l’époque, Ehoud Barak, consentait d’une certaine façon à partager Jérusalem.
Et voici qu’arrive Obama qui ressort des poubelles le slogan éculé “Jérusalem indivise, capitale d’Israël de toute éternité”. Depuis Camp David, tous les gouvernements israéliens ont compris que ce mantra représente un obstacle insurmontable à tout processus de paix. Il a disparu – tranquillement, presque secrètement – de l’arsenal des slogans officiels. Seule la droite israélienne (et juive d’Amérique) s’y accroche, et pour la même raison : étouffer dans l’œuf toute chance de paix qui exigerait le démantèlement des colonies.
Lors des campagnes présidentielles précédentes aux États-Unis, les candidats en présence pensaient qu’il suffisait de promettre que l’ambassade des États-Unis serait transférée de Tel Aviv à Jérusalem. Une fois élu, aucun des candidats n’a jamais rien fait pour mettre cette promesse à exécution. Tous se sont laissés convaincre par le Secrétariat d’État que cela nuirait à des intérêts américains fondamentaux.
Obama est allé beaucoup plus loin. Il est fort possible qu’il s'agisse que de simples paroles et qu’il se soit dit : eh bien, il faut que je dise cela pour me faire élire. Après cela, à la grâce de Dieu.
Mais même dans ce cas le fait ne saurait être ignoré : la crainte de l’AIPAC est si terrible que même ce candidat qui promet le changement dans tous les domaines n’ose pas l’affronter. Dans ce domaine, il accepte les pires pratiques traditionnelles de Washington. Il est prêt à sacrifier les intérêts américains les plus fondamentaux. Après tout, les États Unis ont un intérêt vital à aboutir à une paix israélo palestinienne qui leur permettrait de trouver le chemin des cœurs des masses arabes de l’Irak au Maroc. Obama a abîmé son image dans le monde musulman et hypothéqué son avenir – pour le cas où il serait élu président.
IL Y A SOIXANTE CINQ ANS, pendant que l’Allemagne nazie exterminait leurs frères et leurs sœurs en Europe, les membres de la communauté juive américaine n’ont rien fait pour leur venir en aide. Ils ont été incapables de convaincre le président Franklin Delano Roosevelt de faire quelque chose d’important pour arrêter l’Holocauste. (Et au même moment, beaucoup d’afro-américains n’osaient pas approcher des bureaux de vote par crainte des chiens que l’on lâchait contre eux.)
Qu’est-ce qui a entraîné l’étourdissante ascension au pouvoir de l’establishment juif américain ? Un talent d’organisation ? L’argent ? La montée dans l’échelle sociale? La honte pour leur manque de réaction pendant l’Holocauste ?
Plus je pense à ce phénomène étonnant, plus se renforce ma conviction (sur laquelle j’ai déjà écrit dans le passé) que ce qui compte en réalité est la similitude entre l’aventure américaine et l'aventure sioniste, à la fois au plan spirituel et au plan pratique. Israël est une petite Amérique, l’Amérique est un énorme Israël.
Les passagers du Mayflower, dans une large mesure comme les sionistes de la première et de la seconde aliya (vague d’immigration), ont fui l’Europe, portant en eux une vision messianique, qu’elle soit religieuse ou utopique. (En vérité, les premiers sionistes étaient en majorité athées, mais les traditions religieuses avaient influencé fortement leur vision.) Les fondateurs de la société américaine étaient des "pèlerins", les immigrants sionistes se nommaient eux-mêmes "olim" – l’abréviation de "olim beregel", pèlerins. Les uns comme les autres voguaient vers une "terre promise", se considérant comme le peuple élu par Dieu.
Les uns comme les autres ont connu beaucoup de souffrances dans leur nouveau pays. Les uns et les autres se sont vus comme des "pionniers" faisant fleurir le désert, "un peuple sans terre dans une terre sans peuple". Les uns comme les autres ont ignoré les droits des populations indigènes qu’ils considéraient comme des sous-hommes et des assassins. Les uns et les autres voyaient dans la résistance naturelle des populations locales la preuve de leur caractère meurtrier inné, ce qui justifiait même les pires atrocités. Les uns et les autres ont chassé les indigènes et se sont accaparé leurs terres comme la chose la plus naturelle à faire, s’établissant sur chaque colline et sous chaque arbre, avec une main sur la charrue et la Bible dans l’autre.
C’est vrai, Israël n’a pas commis quelque chose à la mesure du génocide perpétré contre les indigènes américains, ni quelque chose qui ressemble à l’esclavage qui a persisté pendant plusieurs générations aux États Unis. Mais, puisque les Américains ont refoulé ces atrocités de leur conscience, rien ne s’oppose à ce qu’ils se comparent aux Israéliens. Il semblerait que dans l’inconscient des deux nations il y ait un ferment de sentiment de culpabilité refoulé qui s’exprime par la négation de leurs mauvaises actions passées, par de l’agressivité et par le culte du pouvoir.
COMMENT SE FAIT-IL qu’un homme comme Obama, le fils d’un père africain, s’identifie de façon aussi complète aux actions des générations de blancs américains qui l’ont précédé ? Il montre une fois de plus la capacité d’un mythe à s’enraciner dans la conscience d’une personne, au point qu’elle s’identifie à 100% au récit imaginaire de l’histoire nationale. Il faut ajouter à cela le désir inconscient d’appartenir au camp des vainqueurs, dans la mesure du possible.
Par conséquent, je n’accepte pas sans réserve l’idée : "Eh bien, il lui faut tenir ce discours pour se faire élire. Un fois à la Maison Blanche, il redeviendra lui-même."
Je n’en suis pas sûr. Il peut s’avérer que ces choses aient une emprise étonnamment forte sur son univers mental.
Il y a une chose dont je suis certain : les déclarations d’Obama au congrès de l’AIPAC sont très, très mauvaises pour la paix. Et ce qui est mauvais pour la paix est mauvais pour Israël, est mauvais pour le monde et mauvais pour le peuple palestinien.
S’il maintient ces déclarations une fois élu, il sera dans l’obligation de dire, s’agissant de la paix entre les deux peuples de ce pays : « Non, je ne peux pas. »
Article en anglais, "No, I Can't!", Gush Shalom, le 7 juin 2008.
Traduit de l'anglais pour l'AFPS : FL.
Source : Mondialisation.ca
16:11 Publié dans Ponérologie étasunienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, sionisme, israel, aipac, palestine
Les Américains ont réalisé la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité
Emmanuel Todd, la Tribune de Genève
Pour l’historien Emmanuel Todd, l’élection de Barack Obama « redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire ». Elle ne suffira pas cependant à restaurer l’autorité d’une puissance en voie de déclassement.
L’élection annoncée de Barack Obama sera interprétée comme une régénération de la démocratie américaine, affirme Emmanuel Todd. Suffira-t-elle pourtant à opérer les ruptures espérées ? Historien, démographe, auteur en 2002 d’« un « essai sur la décomposition du système américain », Todd ne cache pas sa perplexité. S’il accueille avec enthousiasme l’accession d’un président noir à la Maison-Blanche, il craint, dit-il, que l’événement ne s’inscrive dans un « processus de dislocation ».
Voilà six ans, vous dressiez le tableau d’un pays devenu « un facteur de désordre international ». Une élection de Barack Obama pourrait-elle modifier ce constat ?
Elle donnera dans un premier temps l’image d’une Amérique qui rebondit. Avec Bush, on a eu le pire des présidents - une sorte de Rantanplan, qui fait la guerre, qui par sa maladresse accélère la destruction de l’empire américain. Avec Obama, resurgit le visage d’une Amérique optimiste et dynamique. Une Amérique civilisée, à la politique étrangère plus raisonnable, qui aspire à se retirer d’Irak, qui ne veut pas déclarer la guerre à l’Iran. Une Amérique qui pourrait néanmoins rester aussi anti-russe que la précédente, les démocrates ciblant la Russie comme le seul véritable adversaire stratégique des Etats-Unis.
Dans le climat actuel de débâcle, de déroute financière et morale, et compte-tenu de la responsabilité inouie de l’Amérique dans le désordre du monde, la victoire d’Obama va permettre aux pro-Américains des pays occidentaux de dire que l’Amérique est redevenue merveilleuse. Elle redonnera quelques années de vie supplémentaires à l’empire.
L’accession d’un élu noir à la Maison-Blanche ne confirme-t-elle pas les mutations intervenues au sein de la société américaine ?
Il se produit des événements vraiment extraordinaires aux Etats-Unis. L’implosion du système financier et du mythe économique, d’un côté ; l’implosion de la structuration raciale, de l’autre. On comprend dans ces conditions que les Américains vivent dans une sorte d’état d’apesanteur. Cela dit, si l’affaissement du sentiment racial est évidemment une bonne nouvelle, le racisme aura vraiment disparu le jour où les électeurs n’attendront rien de particulier d’un président noir. Obama est un homme politique américain. Son discours est truffé des habituelles références aux valeurs religieuses. Il est entouré des personnalités issues de l’establishment démocrate - ces mêmes démocrates qui ont, plus nombreux encore que les républicains, voté les subventions au système bancaire.
L’élection de Barack Obama ne plaide-t-elle pas pour la vitalité de la démocratie américaine ?
Ce qui se passe est étrange, et paradoxal. Si l’on observe l’histoire des Etats-Unis, on constate en effet que le racisme n’est pas du tout un petit défaut de la démocratie blanche : il en est le fondement. Au départ, les colons anglais n’attachaient pas une grande importance à la valeur de l’égalité, que ce soit dans la famille ou ailleurs. Ce qui a permis alors d’assimiler des Européens d’origines très diverses, c’est la fixation de la différence sur les Indiens et les Noirs. Dans l’Amérique jacksonienne, le président était un héros des guerres contre les Indiens. Le racisme a été le moteur de l’émergence démocratique. Aujourd’hui, on assiste à l’avènement d’une ploutocratie irresponsable : la montée des inégalités constitue la dynamique fondamentale de la société américaine.
L’Amérique cesse d’être démocratique au sens économique du terme. Le racisme y est en baisse, mais la démocratie est malade. Elle pourrit sous nos yeux. Dès lors, j’ai peur que l’on tombe très vite de haut. Une partie de l’oligarchie est derrière Obama. Il a du reste ramassé plus d’argent chez les riches que McCain. Son élection sera interprétée comme une regénération de la démocratie américaine. J’ai quant à moi le sentiment qu’elle fait plutôt partie d’un processus de dislocation.
Les Etats-Unis comptent certaines des meilleures universités du monde. Ils attirent de partout les capitaux, les chercheurs, les entrepreneurs de la nouvelle économie. Ces atouts-là ne leur assurent-ils pas une place centrale dans la compétition internationale ?
Quelques universités sont en effet très bonnes. Mais la majorité d’entre elles est d’une médiocrité absolue. Sur le terrain de la production scientifique et technologique, les chiffres sont sans équivoque : l’Europe est redevenue le centre de gravité du monde. Ce sont les Européens qui savent construire les centrales nucléaires modernes, ou qui fabriquent des avions gros porteurs - même avec retard.
L’ouragan Katrina avait en 2005 constitué un premier moment de vérité. On a compris tout à coup que les Américains ne disposaient pas d’assez d’ingénieurs pour protéger les villes, ou les reconstruire. Je pense aussi que le conflit au Caucase a contribué au cours de l’été dernier à précipiter la crise financière. L’inexistence de l’Amérique a été perçue comme un moment d’atterrissage dans la réalité.
Il reste pour l’industrie américaine des secteurs porteurs. L’informatique, la Silicon Valley...
Si l’on songe à ce qu’étaient les Etats-Unis en 1945, il serait étonnant qu’il ne reste rien de leur puissance industrielle et technologique. Mais alors qu’ils étaient excédentaires dans tous les domaines, ils enregistrent aujourd’hui un déficit commercial de 800 milliards de dollars. La vitesse de régression est hallucinante, et elle n’épargnera pas l’informatique : l’Inde va bientôt porter l’estocade.
Le projet économique du candidat démocrate peut-il contrecarrer la dépression qui menace ?
Il n’a pas de programme économique. Au début de sa campagne, il a bien proposé quelques mesures protectionnistes, mais le déficit commercial est tel que le protectionnisme entraînerait dans une première période une baisse dramatique du niveau de vie.
Obama se confond avec son image. Or les difficultés américaines vont bien au delà d’une image. Pour le moment, le dollar tient, car à l’extérieur, des institutions, des gens riches, des Etats veulent que les Etats-Unis restent au centre du monde. Mais la situation ne changera pas : elle devrait même se dégrader encore. La question est maintenant de savoir comment, avec la fin de la mécanique des subprimes, on va donner aux Américains les moyens financiers de continuer à vivre aux frais de la planète.
Les Etats-Unis gardent une forte capacité d’influence sur les leaders d’opinion du monde occidental. Leur image est-elle en train de se troubler ?
L’Amérique, c’est une image. On ne peut en parler sans évoquer le cinéma, les scénarios de feuilletons télévisés, Hollywood. Il y a dans tout ce qui est américain un côté extraordinairement virtuel. Et voilà que par étape on voit émerger la réalité. Il sera en ce sens très intéressant de suivre l’évolution de l’opinion dans les oligarchies financières occidentales. Elles éprouvent un sentiment de solidarité avec l’Amérique. Mais elles viennent aussi de se faire plumer... Je n’aimerais pas être en ce moment un ploutocrate français de la sphère financière.
La notion d’« hyperpuissance » a-t-elle un sens pour vous ?
Dans le domaine militaire, le monde est déjà multipolaire. L’incertitude tient aux illusions que les Américains entretiennent encore sur eux-mêmes. Ils sont un peu comme les Russes, au moment de l’effondrement du communisme. Lorsqu’ une puissance de cette nature possède encore une armée, elle n’est pas à l’abri de réactions irrationnelles. Les Etats-Unis ont également perdu la place centrale qu’ils occupaient sur le terrain économique. Avec l’aventure des subprimes, ils ne viennent pas moins de réaliser la plus grande escroquerie financière de l’histoire de l’humanité. Autrement dit, ils ne sont plus dans ce domaine une hyperpuissance, mais compte-tenu de l’absence de régulation de l’économie mondiale, ils détiennent une « hypercapacité de nuisance ».
Propos recueillis par Jean-François Verdonnet et Oliver Bot - La Tribune de Genève
* Emmanuel Todd vient de signer chez Gallimard Après la démocratie
Voir aussi : Après l’empire - Essai sur la décomposition du système américain publié en 2002 aux éditions Gallimard.
Publié sur Le Grand Soir
Source : Alterinfo
14:58 Publié dans Ponérologie étasunienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : todd, élection, obama, amérique, crise, racisme, économie


