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30/12/2008

Nous devons agir face aux massacres de Gaza

 

© Hatem Omar/MaanImages

27 décembre 2008, des Palestiniens transportent le corps d’une victime d’un bombardement israélien à Rafah dans le sud de la bande de Gaza.

 

« Je vais écouter de la musique et fêter les bombardements menés par l’armée de l’air israélienne ». Ce sont les mots qu’Ofer Shmerling, représentant de la défense civile israélienne à Sderot, quartier adjacent à Gaza, a prononcé aujourd’hui sur Al Jazeera, alors que des images des derniers massacres perpétrés par Israël ont été diffusées aux quatre coins de la planète.

Peu de temps auparavant, des chasseurs F-16 et des hélicoptères Apache ont largué plus de 100 bombes sur des dizaines de cibles dans la bande de Gaza occupée par Israël, tuant au moins 195 personnes et en blessant des centaines de plus.[NdT : au 29 décembre, le nombre de Palestiniens tués par Israël s’élève désormais à 315]. Nombre de ces cibles étaient des postes de police situées, comme tous les postes de police du monde, au milieu de zones civiles. Le gouvernement étasunien a été l’un des premiers à déclarer son soutien aux attaques israéliennes, et d’autres suivront.

D’après les comptes-rendus, la plupart des victimes sont des agents de police palestiniens. Parmi ces personnes étiquetées comme « terroristes » par Israël, on trouve une douzaine d’agents de police chargés de la circulation qui suivaient leur formation. Un nombre encore inconnu de civils ont été tués ou blessés, Al Jazeera a diffusé les images de plusieurs cadavres d’enfants, sachant que les attaques israéliennes ont eu lieu à l’heure où des milliers de jeunes Palestiniens étaient dans les rues, rentrant de l’école.

La joie de Shmerling a trouvé écho parmi les Israéliens et leurs partisans à travers le monde ; leur violence est une violence juste. Il s’agit de « légitime défense » contre des « terroristes », ce qui la justifie. Les bombardements menés par Israël – comme les bombardements de l’Iraq et de l’Afghanistan par les États-Unis et l’OTAN – sont des bombardements pour la liberté, la paix et la démocratie.

La justification des massacres perpétrés par Israël, d’ores et déjà fidèlement relayée par les médias anglophones [NdT : et francophones], est qu’Israël « riposte » contre les tirs de roquettes palestiniens qui ont augmenté depuis la fin du cessez-le-feu le 19 décembre (jusqu’à ce jour, aucun Israélien n’avait été tué ou blessé par ces récents tirs de roquettes).

Mais l’horrible attaque perpétrée aujourd’hui par Israël marque un changement par rapport à la méthode jusqu’alors utilisée par Israël pour éliminer les Palestiniens. Au cours des derniers mois, ils mouraient généralement en silence, en particulier les plus âgés et les plus malades, privés de nourriture et de médicaments par le blocus israélien initié il y a deux ans dans le but de répandre souffrance et désolation parmi les 1,5 millions de Palestiniens – essentiellement des réfugiés et des enfants – enfermés dans la bande de Gaza. En ce lieu, les Palestiniens mourraient en silence, par manque de médicaments de base : insuline, anticancéreux, produits pour les dialyses, dont l’accès était interdit par Israël.

Ce qui n’est jamais remis en question par les médias est la manière dont Israël conçoit la trêve. Au cours d’une trêve à l’israélienne, les Palestiniens ont le droit de se taire tandis qu’Israël les fait mourir de faim, les abat et continue à violemment coloniser leurs terres. Non seulement Israël a interdit la nourriture et les médicaments à Gaza pour briser les corps, mais en plus il souhaite affamer les esprits : il n’y a même pas d’encre, de papier ou de colle pour fabriquer les livres scolaires.

Comme l’a déclaré John Ging, directeur des opérations de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), auprès de The Electronic Intifada, en novembre dernier : « au cours des derniers mois, il y a eu 5 mois de cessez-le-feu, dont les Palestiniens n’ont pas bénéficié ; rien n’est venu amélioré la dignité de leurs existences. En fait, les apports de vivres destinés à l’ONU ont été également bloqués pendant la durée du cessez-le-feu, jusqu’à ce que nous nous retrouvions dans une situation extrêmement précaire et vulnérable, où, après quelques jours de blocus, nous n’avions plus rien à manger. »

Voilà ce qu’est une trêve à l’israélienne. Une quelconque réponse aux attaques israéliennes – même une manifestation pacifique contre le mur de l’apartheid à Bilin et à Nilin, en Cisjordanie, déclenche tirs et bombardements. Il n’y a pas de roquette tirée depuis la Cisjordanie, et pourtant, les attaques israéliennes, les meurtres, les expropriations, les pogroms et les kidnappings menés par les colons n’ont pas cessé un seul jour pendant la trêve. L’autorité palestinienne à Ramallah a accédé à toutes les demandes émises par Israël, allant jusqu’à mettre sur pied des « forces de sécurité » pour lutter conte la résistance à la place d’Israël. Aucune des ces concessions n’a protégé ne serait-ce qu’un seul Palestinien, ou ses terres, ou ses moyens de subsistance, de la colonisation brutale et effrénée menée par Israël. Cela n’a pas empêché, par exemple, que la famille Al-Kurd, qui vit dans territoires occupés de Jérusalem-Est, voie sa maison de 50 ans démolie le 9 novembre, afin que le terrain sur lequel elle était construite soit récupéré par des colons.

Une fois de plus, nous assistons à des massacres à Gaza, comme en mars dernier, lorsque 110 Palestiniens – dont des dizaines d’enfants – furent tués par Israël en l’espace de quelques jours. Une fois de plus, les gens éprouvent de la rage, de la colère et du désespoir en voyant cet État illégitime commettre de tels crimes en toute impunité.

Mais partout dans les médias et les sites Internet arabes, cette rage ne cible pas seulement Israël. Elle vise plus que jamais les États arabes. Les images qui restent sont celles de Tzipi Livni, ministre israélienne des Affaires étrangères, au Caire le jour de Noël. On la voyait assise et souriante avec le président égyptien Hosni Mubarak. Et puis, il y a ces photos de Livni et du ministre égyptien des Affaires étrangères, se souriant et se tapant dans les mains.

Aujourd’hui, le quotidien israélien Haaretz a rapporté que mercredi dernier, le « cabinet israélien avait autorisé le Premier ministre, le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères à déterminer le timing et la méthode » de l’attaque israélienne contre Gaza. Tout le monde se demande ce que Livni a pu dire aux Égyptiens, et, plus important, ce qu’ils ont pu lui raconter. Israël a-t-il reçu le feu vert pour faire à nouveau couler le sang dans les rues de Gaza ? Rares sont ceux qui sont prêts à accorder le bénéfice du doute à l’Égypte après qu’elle a aidé Israël à assiéger Gaza en fermant le poste frontière de Rafah pendant plus d’un an.

En plus de cette colère et de cette tristesse insondables, nombreux sont ceux qui éprouvent de la frustration face aux nouveaux meurtres de masse perpétrés par Israël, car il semble y avoir si peu de solutions qui permettraient de canaliser cette colère vers une décision politique qui ferait changer le cours des événements, mettre fin à la souffrance et faire régner la justice.

Mais il existe des solutions, et il est temps de les étudier. J’ai d’ores et déjà reçu des messages annonçant des manifestations et des actions de solidarité dans des villes aux quatre coins de la planète. C’est un point important. Mais que se passera-t-il après que les manifestations se seront dispersées et que la colère sera passée ? Continuerons-nous à laisser Gaza mourir en silence ?

Partout, les Palestiniens demandent de la solidarité, une véritable solidarité, concrétisée par une action politique durable et déterminée. Le groupe One Democratic State (Un État démocratique), basé à Gaza, a renouvelé cet appel aujourd’hui en « demandant à toutes les organisations de la société civile et à tous ceux qui aiment la liberté d'agir immédiatement, par tous les moyens possibles, pour exiger de leur gouvernement qu'il rompe ses relations diplomatiques avec le régime de l’apartheid qu’est Israël, et que des sanctions soient prises. »

 

Le Comité national palestinien pour le Boycottage, le Désinvestissement et les Sanctions (BNC) offre ce cadre d’action. Il est désormais temps de canaliser nos émotions vers un engagement durable, pour faire en sorte qu’il n’y ait plus jamais d’« autre Gaza »

 

Ali Abunimah est le cofondateur de The Electronic Intifada et l’auteur de One Country : A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse ((Metropolitan Books, 2006).

 

Source : The Electronic Intifada

Traduction : Axel D. pour Futur Quantique

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