26.12.2008
Et comme reverbère quotidien, je m’offrirai madame Thatcher.
Anne Ladonne, une Parisienne, mère de trois enfants, regarde défiler la campagne du Kent à travers la fenêtre de l'Eurostar, tout en réfléchissant à voix haute à sa liste de courses : "Pain de mie tranché de chez Marks and Spencers [notre équivalent n'est pas aussi moelleux]. Crackers au fromage pour Noël, sablés au beurre, sauce pour les pâtes Marks and Spencer…" Anne Ladonne, directrice de communication, s'est rendue compte que faire son shopping à Londres et se procurer des articles exotiques qu'elle ne trouvait pas à Paris devenait tout à coup envisageable. La chute de la livre [20 % par rapport à l'euro depuis le début de l'année] est devenue synonyme de bonnes affaires, d'autant que la Grande-Bretagne raffole des promos. "Des pyjamas Primark", songe-t-elle soudain avec enthousiasme.
Londres, autrefois réputée pour ses prix incroyablement élevés, est-elle en train de perdre cette image pour devenir une destination de shopping bon marché ? On se rapproche dangereusement de la parité entre la livre sterling et l'euro alors que la devise de Sa Très Gracieuse Majesté valait encore 1,50 euro en janvier 2007. Les expatriés britanniques payés en livres sterling, qui ont longtemps joui d'un niveau de vie plus enviable qu'en France, sont maintenant à plaindre, tandis que les consommateurs français avisés, s'ils ont les moyens de s'offrir le voyage de Londres, profitent de l'aubaine.
A Kensington High Street, le rendez-vous shopping de nombreux riches expatriés français, Jean-Luc Vuhal, gérant de restaurant, médite sur son triste sort. "C'est dur quand je rentre en France avec des livres, se plaint-il. En revanche, toute ma famille française vient faire des courses ici, acheter des vêtements, des cadeaux de Noël, tout." Ayant détourné les yeux des vitrines parisiennes ces dernières semaines, je remonte cette rue commerçante pour voir dans quelle mesure les bas prix londoniens peuvent remonter le moral des Français.
D'énormes pancartes – de tous les formats – affichent la baisse de la TVA accordée par Gordon Brown [deux points de TVA en moins, dans le cadre du plan de relance]. La réduction incluse, une robe de soirée M&S coûte 55 livres (soit 61 euros). A titre de comparaison, j'ai été horrifiée par le prix de deux robes du même genre dans un grand magasin parisien, le BHV : 89,95 et 145 euros.
Mais le vrai comparatif consiste à faire une pause-café avec pâtisserie. Chez Phillies, situé dans une rue qui donne sur Kensington High Street, où un cinquième de la clientèle est française, l'expresso coûte 1,70 livre (1,90 euro), contre 2,50 euros à la terrasse de mon troquet du coin à Paris. Une part d'excellente tarte Tatin est à 4,50 livres (5 euros), à peu de choses près le même prix qu'à une terrasse de café à Paris. Autre test incontournable : une baguette est en promo chez Tesco à 89 pence [0,99 euro], contre 1,10 euro chez le boulanger*. Mais je sais laquelle je préfère. A Paris, j'avais déjà affronté le Salon des viticulteurs indépendants pour acheter quelques bouteilles de mousseux d'Alsace à moins de 8 euros la bouteille. Tesco propose du cava [vin mousseux catalan] millésimé à 5,99 livres [6,68 euros].
Il y a tout de même quelques avantages à être Britannique, pour peu que vous soyez payé en euros. Un diplômé de l'université de Newcastle de 24 ans, qui tient à garder l'anonymat de peur de passer pour un m'as-tu-vu, explique que son emploi à Paris et sa paie en euros l'aident à rembourser le prêt étudiant qu'il avait contracté en Grande-Bretagne. "Mon salaire et mon pouvoir d'achat augmentent quand je transfère l'argent en livres, explique-t-il. J'ai l'intention de rester plus longtemps en France pour finir de rembourser mes dettes. A ce rythme-là, j'en ai pour trois ans, pas plus."
Article original : Courrier International
Note de P&P : Vous souvenez-vous il y a quelques années ? Les médias reprenaient en chœur l’ « ode à Albion », il n’était plus possible de créer ou de développer une entreprise en France.
L’Angleterre était devnue le nouvel eldorado entrepreneurial, tellement plus attractive avec ses formalités administratives simplifiées, son boom économique, ses financements pléthoriques et surtout ses charges allégées.
Le message subliminal était bien sûr que l’on devait fuir la France au plus vite, cette vieille nation au bord de la ruine, minée par une fiscalité stratosphérique, plombée par son système de retraite, son assurance maladie et son assurance chômage, traînant comme un boulet trop lourd ses écoles et ses trains publics…
De l’autre côté de la Manche, l’histoire était tout autre.
Il y a près de trente ans, Margaret Thatcher arrivait au 10, Downing Street. A l’issue de son premier mandat sa côte de popularité était au plus bas en raison d’une politique ultra-libérale qui avait laissé exsangue la société anglaise.
Le hasard faisant souvent bien les choses, du moins pour nos chères élites, le conflit des Malouines émergea comme par miracle. Soudain l’Angleterre s’entichait d’un bout de cailloux désertique balayé par les vents glaciaux des 50e hurlants.
Quoi de mieux qu’une bonne guerre pour exalter les sentiments patriotiques et resserrer les rangs derrière le leader, défenseur de la fierté nationale et garant de la victoire à venir ?
Quelques centaines de morts plus tard, l’Angleterre sortait victorieuse de ce triste conflit et Thatcher emportait haut la main les élections qui s'ensuivirent.
Elle avait alors quasiment le champ libre. Elle écarta aisément le dernier obstacle qui s’opposait à elle. Les syndicats furent brisés par des mesures ultra-autoritaires, qui après les Malouines ne furent plus perçues comme les excès d’une dirigeante froide et haineuse mais comme la force salvatrice de celle qui avait vaincu le perfide Argentin.
Alors prit place la longue entreprise de démantèlement de la nation anglaise, grande braderie des biens publics, construits, financés, améliorés par des générations de citoyens.
De Thatcher à Brown en passant par Major et Blair, les services publics du pays furent livrés à une privatisation inexorable et particulièrement injuste puisqu’elle transférait les biens du peuple (hôpitaux, écoles, trains) aux plus nantis - les PDG, banquiers, lords dont l’entregent et/ou la fortune permettait de participer à la vente aux enchères du patrimoine public.
Le peuple s’appauvrissait mais le nombre de milliardaires lui ne cessait de croître.
Comme dans les dizaines de pays qui connurent le choc néolibéral, ce pillage fut accompagné par les banquiers qui ouvrirent en grand les vannes de l’argent facile.
Le peuple croulait sous des dettes toujours plus importantes mais les chiffres d’affaire stimulés par les achats à crédit ne cessaient de croître.
Evidemment, ces régimes fondés sur la croissance exponentielle des inégalités et des taux d’endettement ne peuvent durer bien longtemps.
Certes les médias font montre de trésors d’ingéniosité pour dissimuler les atrocités induites par le néolibéralisme lorqu'il sévit au Chili, en Argentine, au Brésil ou en Indonésie. Les « success stories » et les dysfonctionnements des reliquats d’un système public obsolète font les grands titres tandis que la hausse constante des taux de suicide, des sans-abris ou des affaires de corruption est soigneusement passée sous silence.
Mais lorsque ce désastre touche un pays comme l’Angleterre, voisin direct de la France, éternel rival, creuset d’une culture millénaire, il est plus difficile de masquer l’atroce réalité.
Car, en l’espace de quelques années le vent a tourné et l’Angleterre qui, comme les Etats-Unis a adopté le dogme néolibéral à bras ouvert, se retrouve dans une indicible crise de solvabilité. L’Etat, les banques, les entreprises, les particuliers ne sont plus en mesure d’honorer leurs dettes pharaoniques alors que quelques milliardaires, intimes du pouvoir, continuent à accroître leur fortune.
Dans ces pays, à contrario des sociétés ayant préservé leurs services publics, la chute déchenchée par la crise économique n'est nulllement amortie par les prestations chômages, les assurances-maladies, les pensions de retraite non capitalisées, les hôpitaux et les trains indépendants des trous d'air du marché. La crise économique y est intégralement transformée en crise sociale.
Pendant ce temps en France, la police matraque, les SDF crèvent de froid, les rangs de chômeurs s’étoffent, les élites s’engraissent, les droits reculent alors que Sarkozy suit scrupuleusement la voie qui a mené l’Angleterre droit au désastre.
Un dicton anglo-saxon affirme : "un idiot n'apprend rien de ses erreurs, une personne intelligente apprend de ses propres erreurs, un génie apprend des erreurs des autres."
Mainfestement Sarkozy est bien loin de tout éclair de génie. A moins que ce que le peuple perçoit légitimement comme une terrible erreur ne soit considéré par ceux qui l'ont mis au pouvoir comme un immense succès.
12:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thatcher, angleterre, néolibéralisme, sarkozy, crise, argentine



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