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07/10/2008

La bombe des hedge funds

Qui seront les prochains à exploser ? Tous les regards se tournent vers l'industrie des hedge funds. Ces fonds spéculatifs sont peu connus en France, si ce n'est d'un microcosme de professionnels de la finance. Du coup, ils ont mauvaise réputation.

Or, il n'y a pas de fumée sans feu. Est-on en train de découvrir qu'ils méritent cette réputation ? Peut-être.

Tirs de mortiers dans le paysage des hedge funds
Le petit monde de la finance bruisse de rumeurs. L'une d'elle porte sur Wyser-Pratte Management Co., illustre inconnu jusqu'à aujourd'hui. Ma recherche sur Internet m'a laissée sur ma faim. Pas de site Internet consultable. J'apprends juste qu'il s'agit d'un fonds d'investissement dans des sociétés européennes sous-évaluées. Son patron est un franco-autrichien né en 1940 à Vichy – cela promettait – naturalisé Américain. L'homme s'est créé une réputation d'investisseur aux dents longues en rachetant des boîtes américaines dans les années 1970 et s'est lancé à la conquête du Vieux Continent dans les années 1990. Récemment, le fonds a pris des participations dans le capital de Valeo, de Maurel & Prom, d'Ingenico, de TUI.

Mais ses affaires ont l'air d'aller beaucoup moins bien, laissent entendre les rumeurs. Des fonds auraient été gelés. Plus moyens d'obtenir une date et une valeur pour retirer son argent.

En France, la société de gestion ADI est sur la sellette. Il s'agit de l'une des principales sociétés de gestion alternative de l'Hexagone. Elle gérait 4,4 milliards d'euros fin août. Combien lui en reste-t-il un mois plus tard ? Sans doute bien moins. ADI a fermé 5 fonds, ce qui représente 10 % de ses encours.

Ce gel s'appelle lock-up dans le jargon. Ceux qui ont mis leurs billes dans ces fonds doivent ronger leurs freins. Ils se précipiteront sans doute dès la réouverture pour récupérer leur argent. Une sortie massive de cash qui ne fera qu'empirer la situation des ces fonds.

Une salve de faillites n'est pas à exclure. Ce ne sera sans doute pas une exception dans le paysage des hedge funds. Beaucoup en sont conscients, peu en parlent. Notre confrère, L'Agefi Hebdo, a senti le vent tourner. Il vient de sortir un dossier sur cette « industrie en danger ». Une mine de citations toutes plus anxiogènes les unes que les autres. La palme revient à Ken Heinz, président du Hedge Fund Research Inc : « 350 fonds ont été liquidés au cours du premier semestre 2008, soit une croissance de 15% sur un an. Et à ce rythme, nous anticipons la disparition de 700 fonds pour cette année. »

Cela va faire très mal dans le petit monde de la finance. 700 dépôts de bilan sur quelque 7 652 hedge funds enregistrés fin juin dernier, cela fait un taux de faillite de 10% environ. Même les banques s'en sortent mieux.

Qui plus est, les hedge funds n'auront pas la chance des banques d'être généreusement renfloués voire nationalisés, au motif que leur banqueroute ne risque pas de renverser le système.

Raccourci idiot. Les hedge funds sont de véritables pieuvres : ils ont étendu leurs tentacules dans de nombreuses entreprises. Ils sont devenus un maillon indispensable du financement de l'activité industrielle. Sans ces ressources financières, de nombreuses entreprises risquent d'aller encore plus mal qu'elles ne vont. Pas de quoi rassurer !

Et d'où vient leur argent ? Des retraites des petits ouvriers californiens. Sans rire, les hedge funds sont à l'origine des fonds de pension qui complètent le système anglo-saxon. Bien évidemment, les gérants de hedge ont aussi excellé dans l'invention de produits financiers nébuleux.

L'année dernière, on a découvert que des produits pourris avaient été dispatchés de par le monde, croyant que l'on en réduirait ainsi les vices cachés. Cela a donné la crise des subprime : à trop vouloir se débarrasser du risque, on se l'est repris en pleine tête.

Avec les hedge funds, on risque le même retour de boomerang. On découvre que ces fonds ont aussi des avoirs un peu magouillés mais nul ne sait dire combien et quand ils vont nous exploser à la tête. Il n'y a pas de fumée sans feu. Les hedge funds sont les nouveaux diables.

Article original : Money Week.

 

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