15.05.2008
Aidez le Réseau Voltaire
Note de P&P :
Vous vous souvenez certainement de la récente tentative de démantelement de l'excellent site d'information Alterinfo en parallèle du procès intenté au site d'information SOTT.
Visiblement la vaste opération de destruction des quelques véritables médias alternatifs se poursuit. Le Réseau Voltaire est la nouvelle cible de ce vaste mouvement de censure.
S'il vous plaît, aidez le Réseau Voltaire. je n'ai pas d'actions chez eux, je ne les connais, mais j'ai beaucoup de difficultés à imaginer une France où les seuls médias accessibles soient détenues par les quelques privilégiés qui sont passés maitres dans l'art de créer notre réalité.
Depuis sa création, le Réseau Voltaire n’a cessé d’ouvrir des débats et de susciter des polémiques. Ses adversaires ont lancé des campagnes visant à l’intimider ou à le discréditer. Aujourd’hui, ils veulent le faire disparaître.
Au cours des six dernières années, le département US de la Défense a interdit aux grands médias d’évoquer notre action sous peine de suppression de leurs accréditations ; le département d’État nous a classé parmi les « principales sources de désinformation anti-américaine dans le monde » (probablement un hommage du vice à la vertu) ; des émissaires du Conseil de sécurité nationale des États-Unis nous ont présenté des offres de corruption ; une unité spécialisée de Tsahal a hacké notre site Internet ; des contrats ont été lancés contre notre président et contre certains de nos collaborateurs sud-américains. Cependant, jusqu’en mai, les autorités françaises ont garanti notre sécurité physique, notre liberté de circulation et d’expression. Il en va autrement aujourd’hui : les pressions sont plus fortes, elles s’étendent à notre entourage, et nous ne pouvons plus compter sur la bienveillance de la France.
Nos principaux collaborateurs parisiens ont non seulement été placés sur écoutes, mais ont fait l’objet de filatures permanentes pour identifier nos sources d’information. De proche en proche, cette surveillance s’est étendue à nos familles et à nos amis.
Le 17 juillet et le 1er août, George Bush a signé deux décrets présidentiels (Executive Orders 13438 et 13441) criminalisant les opposants à sa politique en Irak et au Liban. Les comptes bancaires de nos collaborateurs résidant au Moyen-Orient ont immédiatement été bloqués et l’accès au territoire US leur a été interdit, à eux et à leurs familles. Selon nos informations, les autorités états-uniennes faisant jouer les accords de défense mutuelle ont demandé à leurs homologues françaises, courant août, de prendre des mesures identiques à l’encontre de nos collaborateurs français qui sont déjà interdits d’accès au territoire US.
Au cours des mois d’août et septembre, des fonctionnaires français et états-uniens, utilisant abusivement les dispositions légales réprimant le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ont procédé à des enquêtes pour tenter d’identifier nos donateurs réguliers et faire pression sur eux.
De plus, des menaces crédibles ont été adressées oralement par des fonctionnaires français et états-uniens à certains de nos rédacteurs.
En définitive, nous avons dû prendre des mesures draconiennes et onéreuses pour garantir la sécurité de nos collaborateurs et correspondants, et la confidentialité de nos donateurs. L’interruption de toute aide financière pendant les mois nécessaires à l’installation de notre nouveau dispositif a mis en danger la continuation de notre action en Europe, dans le monde arabe et en Amérique latine.
Depuis le 11 septembre 2001, nous dénonçons la manipulation du terrorisme par les États-Unis et son usage pour justifier de guerres à l’extérieur et de répressions à l’intérieur. Notre travail s’est inscrit dans la durée et a rencontré un large écho (2 à 2,5 millions de visiteurs distincts par mois sur notre site web principal, Voltairenet.org, dont 92 000 abonnés aux listes de diffusion). Nos idées sont maintenant reprises à travers le monde, y compris aux États-Unis, malgré les efforts déployés pour nous dénigrer.
Le Réseau Voltaire est un outil international de lutte contre la propagande et d’émancipation des esprits. Il agit en Europe, mais aussi depuis et en direction de pays du Sud dont les ressources économiques sont faibles. Nos lecteurs du Sud ont besoin que le Réseau Voltaire existe. Lecteur d’un pays du Nord, vous ne soutenez pas le Réseau Voltaire uniquement pour vous : vous le faites aussi pour les citoyens de pays moins fortunés que le vôtre.
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L'Iran va rejoindre l'Afghanistan, l'Iraq et le Liban
15/5/8 - Article original : Réseau Voltaire , traduction : Marie-Ange Patrizio
Silence assourdissant en Italie sur les perspectives d’une grande guerre moyen-orientale amorcée par une attaque balistique et aérienne états-unienne et israélienne contre une présumée base iranienne d’entraînement des terroristes qui tuent les GI’s en Irak. Silence du gouvernement Berlusconi, silence de la majorité et de la minorité parlementaire, silence des politologues et experts militaires, silence des mass médias. On en parle et on en écrit aux États-Unis et en Europe, pas en Italie. La dernière, et la plus alarmante, annonce d’une apocalypse éminente a été donnée par le périodique de droite The American Conservative : sous le titre « La guerre avec l’Iran peut être plus proche qu’on ne l’imagine » Philip Giraldi, ex fonctionnaire de la CIA, se réfère à une réunion du Conseil de sécurité nationale qui a approuvé les plans d’attaque par missiles Cruise contre une base d’Al-Qods (les gardiens de la Révolution) où seraient entraînés les militants irakiens engagés dans la guérilla contre les troupes d’occupation. La secrétaire d’État Condoleeza Rice, le secrétaire au Trésor Henry Paulson, le conseiller pour la Sécurité nationale Stephen Hadley, le président Georges Bush et le vice-président Dick Cheney ont approuvé le plan opérationnel, tandis que le secrétaire à la Défense Robert Gates s’est exprimé en faveur d’un renvoi de l’opération. Deux jours avant, le 7 mai, la Maison-Blanche, par l’intermédiaire des dirigeants de la région kurde en Irak, avait envoyé une communication officielle au gouvernement iranien, demandant à ce dernier d’admettre ses interférences dans le pays voisin et de prendre l’engagement formel d’interrompre son appui aux différents groupes de militants qui se battent contre les troupes d’occupation. Réponse immédiate de Téhéran : aucune discussion n’est possible tant que les États-Unis ne suspendront pas les infiltrations d’agents et le soutien qu’ils fournissent aux dissidents iraniens. D’où la décision de l’Administration Bush d’envoyer un signal « non équivoque », c’est-à -dire balistique, à la direction iranienne. On peut présumer — conclut la note informative de The American Conservative — qu’il s’agira d’une attaque de précision ciblée contre les dispositifs d’Al-Qods sur une base aux environs de Téhéran, qui évitera des pertes chez les civils : il reviendra au président de donner l’ordre de mission dès que les préparatifs seront au point.
Le 10 mai, la Maison-Blanche a admis officieusement qu’une réunion du Conseil de sécurité nationale avait eu lieu et qu’elle avait eu pour thème la visite du président à Jérusalem cette semaine, pour participer aux célébrations du 60ème anniversaire de l’État d’Israël, ainsi que pour relancer les négociations de paix, argument repris ensuite par Georges Bush le 12 mai.
Non moins alarmants sont les développements de ces dernières semaines : un second porte-avions avec chasseurs bombardiers et navires d’appui a rejoint l’imposant déploiement aéronaval états-unien dans le Golfe Persique ; on voit croître de jour en jour le barrage de dénonciations contre le gouvernement de Téhéran, de la part du Département d’Etat, pour de présumées interférences militaires en Irak, alors que se montent désormais à 5 les interceptions d’unités légères iraniennes dans les eaux territoriales par des unités de la marine US ; de vastes champs de mines ont été installés aux frontières ; et malgré les démentis de l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique (AIEA) et de seize agences de renseignement états-uniennes, le vice-président Cheney et le secrétaire d’État Rice ont continué, de concert avec le gouvernement israélien, à dénoncer la potentielle menace nucléaire de Téhéran ; la tentative manquée au Liban de neutraliser le Hezbollah, prélude probable d’une seconde offensive israélienne, peut avoir induit Washington à accélérer le calendrier de l’offensive contre l’Iran.
Gary Leupp, professeur d’histoire à la Tufts University, orientaliste et expert des questions moyen-orientales, a tracé, à partir des révélations publiées par The American Conservative, les possibles conséquences catastrophiques de l’attaque états-unienne prévue : d’une réaction militaire iranienne spasmodique et généralisée, à l’engagement dans la guerre de la Syrie et du Liban ; des insurrections armées chiites au renversement des régimes pro-occidentaux jusqu’à de nouvelles alliances, impensables aujourd’hui, comme celle de Téhéran et des Talibans sunnites. Gary Leupp est on ne peut plus pessimiste sur l’éventuelle opposition de l’opinion publique états-unienne qui serait prise dans une grande flambée patriotique de soutien à « nos boys au front » ; quant aux deux candidats démocrates à la présidence, tant Hillary Clinton que Barak Obama ont déjà assuré que, contre l’Iran, « toute option est valable » ; sans parler du républicain McCain, qui a même été décrit par un de ses partisans comme « un Bush aux stéroïdes ». Une grande guerre moyen-orientale rendrait certaine sa déjà probable victoire en novembre ; elle aiderait les États-Unis à dépasser leur plus grave crise économique depuis celle des années Trente ; et dans le projet insensé des neocons, l’interruption des flux énergétiques moyen-orientaux vers la Chine, l’Inde et l’Europe, ainsi qu’une utilisation possible d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran, renforcerait l’hégémonie politique militaire du grand empire d’occident sur le monde entier.
Et l’Italie ? « L’Italie fera sa part » comme l’a anticipé l’ex-ministre de la Défense et ultra atlantiste Martino, avec sa proposition de changer les règles d’engagement au Liban, et d’employer directement nos valeureuses troupes sur les champs de bataille afghans. Tous les autres, opposition et gouvernement, journaux et télé journaux préfèrent ignorer le drame imminent qui risque de s’abattre sur l’humanité. C’est ainsi que nous ne savons pas si nous avons augmenté —comme tous les autres pays européens— nos réserves stratégiques de pétrole, si le ministère de la Défense a déjà préparé des plans d’évacuation pour nos soldats dépourvus de tous moyens militaires propres à combattre dans une guerre ouverte, en Afghanistan et au Liban, et de ces centaines de carabiniers et forces spéciales employées à l’entraînement de l’armée et de la police en Irak.
Le gouvernement du bel paese et l’opposition de Sa Majesté préfèrent s’occuper de la nécessité urgente de bâillonner Travaglio [1], de réduire à néant Anno Zero [2]et d’actualiser les diktats contre les femmes de Joseph Ratzinger [3].
| Lucio Manisco Journaliste ; il a été le correspondant de la Rai, et de titres de la presse écrite, pendant plusieurs dizaines d’années aux États-Unis ; ex-fondateur du quotidien Liberazione (organe du Prc), et ancien député européen. |
[2] Émission politique de la chaîne RAI Due, qui a donné plusieurs fois à Travaglio un droit de réplique.
[3] Le 22 mai sera le 30ème anniversaire de la loi 194, autorisant l’interruption volontaire de grossesse en Italie. En recevant avant-hier 800 représentants du Movimento per la vita, qui demande l’abrogation de cette loi, le pape Benoït XVI a ouvert sa remise en question. Une manifestation à l’appel de nombreuses associations laïques, féministes, gays et de centres sociaux, est organisée sous le nom de « Pride laico » en défense de la loi 194, à l’occasion de la visite du pape à Gênes, samedi 17 mai, voir dirittinrete.org
17:21 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : irzan, iraq, afghanistan, invasion, guerre, cheney, cia
13.05.2008
Sauvons la recherche
Dans la continuité du discours de N. Sarkozy sur la recherche et l'enseignement supérieur, le gouvernement poursuit une politique qui se caractérise notamment par une focalisation sur la recherche qui lui apparaît, aujourd'hui, comme utile, et par une limitation de l'investissement public à cette seule partie de la recherche, ainsi qu'au soutien aux entreprises, au détriment notamment de l'emploi scientifique. Le contrôle étroit de l'activité de recherche par le politique et l'économie est contreproductif et dangereux, l'histoire nous l'a largement appris.
Pourtant, c'est manifestement l'objectif principal de notre gouvernement. Une des façons d'y aboutir est de fragmenter le CNRS Instituts qu'il veut rendre plus facilement orientables. Cette fragmentation du CNRS devrait être décidée par son conseil d'administration, le 19 juin. Elle aurait des conséquences dramatiques, en particulier pour l'avenir de secteurs jugés "inutiles" comme la biologie la plus fondamentale ainsi que pour une grande partie des SHS (Sciences Humaines et Sociales).
La question se pose en effet de leur maintien au sein du CNRS, avec tout ce que cela suppose comme intégration à la politique scientifique et comme moyens humains et budgétaires. Quant aux personnels, c'est évidemment un non-sens de prétendre investir dans le domaine de la connaissance en refusant de proposer des conditions de travail dignes aux jeunes qui veulent s'y investir, et à qui on offre de plus en plus de courts CDD, dont la plupart n'ont pas de débouchés stables.
La politique du gouvernement en matière d'enseignement supérieur et de recherche ces dernières années a conduit la France à la 14e place en termes de dépenses de recherche et développement. Elle mène droit dans le mur non seulement les personnels qui y travaillent, les étudiants, mais toute la population qui a besoin que ce secteur soit en bonne santé. Nous vous appelons donc à vous joindre à nous à deux occasions en ce mois de mai.
- 15 mai : Journée de grève avec manifestations, pour défendre et améliorer la fonction publique. La recherche et l'enseignement supérieur font partie de ces services publics que le pouvoir actuel est en train d'affaiblir. Dans notre secteur, aucune création de postes n’a été prévue alors que les manques en personnels de toutes catégories sont criants. La priorité donnée à la réussite en licence, les conditions d’études afférentes, ne pourront se concrétiser sans création de nouveaux emplois scientifiques. Pour soutenir nos services publics, nous défilerons le 15 mai, à l'appel de SLR et de nombreux syndicats.
Voir http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1879
- 15 mai, 17h15 à 20h15 : les sciences humaines et sociales - quelle place, quel avenir, quels enjeux ? Réunion nationale à Paris sur la place des SHS, et plus largement des thématiques non-prioritaires aujourd’hui. Voir http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1876
- 27 mai : Academic Pride (La marche de tous les savoirs) à l'appel de SLR et de plusieurs syndicats. Nous, chercheurs, enseignants-chercheurs et ITA, marcherons le 27 mai, parce que nous sommes fiers de nos recherches, des plus discrètes jusqu’aux plus visibles, qui obtiennent des récompenses internationales (Médaille Fields en 2006 ou le prix Nobel en 2007) et qui consacrent le travail de très longue haleine mené par des équipes. Il faut que nous soyons nombreux dans la rue ce jour-là pour dire que nous sommes fiers de nos métiers, et que nous défendons un certain nombre de valeurs qui sont indispensables à ce type d'activité. Voir http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1875 et http://www.academicpride.fr.nf/
Vous trouverez sur notre site plusieurs articles sur ces questions :
- sur la découpe de la recherche :http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1854
- l'appel sur les SHS : http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1867
- une comparaison internationale des réformes universitaires en cours : chronique des ravages annoncés de la "modernisation" universitaire en Europe : http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1872
- le début d'une série d'articles analysant la réalité du budget de la recherche : http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1878
Note de P&P : Sarkozy et ses sbires poursuivent leur entreprise de démantèlement de la recherche publique française avec une attention particulière portée aux sciences sociales. Cette spécificité résonne fortement avec ce passage de Ponérologie Politique qui fut pourtant écrit il y a plusieurs décennies :
La situation des sciences sociales et médicales, ainsi que des personnes qui y travaillent, ne peut être comprise que quand on a saisi la vraie nature de la pathocratie à la lumière de l’approche ponérologique. Imaginons donc quelque chose qui n’est possible qu’en théorie, c’est-à -dire un pays soumis à une règle pathocratique, mais où il est autorisé de développer librement ces sciences, de laisser circuler tout aussi librement de la littérature scientifique, et d’avoir des contacts avec les hommes de science d’autres pays. La psychologie, la psychopathologie, la psychiatrie, seraient florissantes et produiraient des représentants remarquables. Quels seraient les résultats ?
Cette accumulation rapide de connaissances utiles permettrait d’entreprendre des études dont nous saisissons la portée. Les éléments manquants et les questions insuffisamment approfondies seraient complétés et approfondis grâce à des recherches détaillées. Le diagnostic de la situation pourrait donc avoir lieu, disons, dans la première douzaine d’années de formation d’une pathocratie, particulièrement si cette dernière est imposée. La base du scénario de déduction serait significativement plus large que tout ce que l’auteur peut présenter ici, et ces scénarios seraient illustrés grâce à un riche corpus de matériel analytique et statistique. Une fois communiqué à l’opinion mondiale, ce diagnostic serait promptement intégré, ce qui aurait pour résultat d’expulser de la conscience de la société les naïves doctrines politiques et la propagande.
Il atteindrait les nations faisant l’objet de visées expansionnistes de la part de l’empire pathocratiques. Cela rendrait pour le moins caduque toute idéologie élaborée sur le modèle d’un Cheval de Troie pathocrate. En dépit de leurs différences, les pays gouvernés par des systèmes normaux seraient solidaires devant un danger déjà compris, leur solidarité étant semblable à celle qui lie les gens normaux forcés de vivre sous une règle pathocratique. Cette conscience, répandue dans les pays affectés par ce phénomène, renforcerait simultanément la résistance psychologique des sociétés normales et leur fournirait de nouveaux moyens d’autodéfense. Est-ce qu’un empire pathocratique peut se risquer à permettre cela ?
Pendant les périodes où les disciplines susmentionnées se développent avec rapidité dans un certain nombre de pays, le problème de la prévention de la menace psychiatrique devient une question de vie ou de mort pour la pathocratie. Tout risque de voir émerger une telle situation doit donc être étouffé dans l’oeuf, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’empire.
10:24 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sauvons la recherche, cnrs, ponérologie, lobaczewski, sciences socials, sarkozy, shs
Les contradictions d'Amnesty International
Salim Lamrani s’interroge sur cette étrange conception selon laquelle tout État aurait le droit de se protéger des ingérences étrangères, sauf lorsqu’elles proviennent des États-Unis et visent à imposer leur idéologie et leur modèle économique.

Amnesty International (AI) est sans aucun doute la plus célèbre organisation de défense des droits de l’homme à travers le monde. Créée en 1961 par l’avocat britannique Peter Benenson, cette organisation non gouvernementale dispose de sections dans plus de cinquante pays et de plus de deux millions d’adhérents à travers la planète. Son travail remarquable en faveur de l’abolition de la peine de mort et de la torture, contre les crimes politiques et pour la libération des prisonniers d’opinion lui a permis de bénéficier du statut d’organisme à caractère consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies, de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe et de l’Organisation des États américains, entre autres [1].
Les « prisonniers d’opinion »
AI publie chaque année un rapport sur la situation des droits de l’homme dans le monde. Presque aucun pays n’échappe à son regard vigilant. Concernant Cuba, l’organisation internationale fait état de « 69 prisonniers d’opinion » dans son rapport 2007 et explique que ces derniers sont incarcérés pour « leurs positions ou activités politiques non violentes ». Le gouvernement cubain récuse cette charge et accuse AI de partialité. Les relations ont été rompues entre l’organisation et les autorités du pays depuis 1988, date de la dernière visite de AI à Cuba [2].
Dans une déclaration du 18 mars 2008, AI a cette fois-ci dénombré « 58 dissidents toujours emprisonnés à travers le pays ». L’organisation souligne que « le seul crime commis par ces 58 personnes est d’avoir exercé de manière pacifique leurs libertés fondamentales ». Kerry Howard, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International, note qu’elle « les considère comme des prisonniers d’opinion. Ces personnes doivent être remises en liberté sans délai et sans condition [3] ».
Dans son communiqué, l’organisation internationale reconnaît que « la plupart ont été inculpés d’’actes contre l’indépendance de l’Etat’ ». Amnesty International reconnaît également que ces personnes ont été condamnées « pour avoir reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba [4] ».
Pour se convaincre d’une telle réalité, en vigueur depuis 1959, il suffit de consulter, en plus des archives états-uniennes partiellement déclassifiées, la section 1705 de la loi Torriccelli de 1992, la section 109 de la loi Helms-Burton de 1996 et les deux rapports de la Commission d’Assistance à une Cuba libre de mai 2004 et juillet 2006. Tous ces documents révèlent que le président des États-Unis finance l’opposition interne à Cuba dans le but de renverser le gouvernement de La Havane. Il s’agit là du principal pilier de la politique étrangère de Washington à l’égard Cuba [5].
Ainsi, la section 1705 de la loi Torricelli stipule que « les États-Unis fourniront une assistance, à des organisations non gouvernementales appropriées, pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba [6] ».
La section 109 de la loi Helms-Burton est également très claire : « Le Président [des États-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba [7] ».
Le premier rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre prévoit la mise en place d’un « solide programme de soutien favorisant la société civile cubaine ». Parmi les mesures préconisées, un financement à hauteur de 36 millions de dollars est destiné au « soutien de l’opposition démocratique et au renforcement de la société civile émergeante [8] ».
Le 3 mars 2005, M. Roger Noriega, secrétaire assistant pour les Affaires de l’hémisphère occidental de l’administration Bush, a signalé que 14,4 millions de dollars avaient été ajoutés au budget de 36 millions de dollars prévu dans le rapport de 2004. M. Noriega a même poussé la sincérité jusqu’à dévoiler l’identité de certaines personnes travaillant à l’élaboration de la politique étrangère états-unienne contre Cuba [9].
Enfin, le second rapport de la Commission d’assistance à une Cuba libre prévoit un budget de 31 millions de dollars pour financer davantage l’opposition interne. De plus, un financement d’au moins 20 millions de dollars annuels est alloué à ce même effet pour les années suivantes « jusqu’à ce que la dictature cesse d’exister [10] ».
Ainsi, aucun doute n’est possible à ce sujet.
Contradictions
AI admet désormais que les personnes qu’elle considère comme des « prisonniers d’opinion » ont « reçu des fonds ou du matériel du gouvernement américain pour des activités perçues par les autorités comme subversives ou faisant du tort à Cuba ». C’est ici que l’organisation internationale entre en pleine contradiction.
En effet, le droit international considère comme illégal le financement d’une opposition interne dans une autre nation souveraine. Une telle politique viole de manière flagrante les principes et les normes qui régissent les relations entre les États. Tous les pays du monde disposent d’un arsenal juridique leur permettant de défendre l’indépendance nationale contre ce type d’agression étrangère, en codifiant comme délits les conduites qui favorisent l’application de telles dispositions menant à la subversion. Il s’agit là d’un devoir primordial de tout État.
La législation cubaine
La législation cubaine punit de sanctions très sévères toute association avec une puissance étrangère dans le but de subvertir l’ordre établi et de détruire son système politique, économique et social. La loi n° 88 de protection de l’indépendance nationale et de l’économie de Cuba a été adoptée le 15 mars 1999, suite à la décision prise par les États-Unis d’accroître les sanctions économiques et le financement de l’opposition interne à Cuba.
Cette législation a pour but, comme le stipule l’Article 1, de « définir et sanctionner les actes destinés à soutenir, faciliter ou collaborer avec les objectifs de la loi ’Helms-Burton’, le blocus et la guerre économique contre [le] peuple [cubain], destinés à briser l’ordre interne, déstabiliser le pays et liquider l’État socialiste et l’indépendance de Cuba [11] ».
La loi prévoit des sanctions de sept à quinze ans de privation de liberté pour toute personne qui « fournirait, directement ou par le biais d’un tiers, au gouvernement des États-Unis d’Amérique, ses agences, dépendances, représentants ou fonctionnaires, des informations pour faciliter les objectifs de la loi ’Helms-Burton’. Cette sanction sera de huit à vingt ans de prison si le délit est commis conjointement par plusieurs personnes ou s’il est stipendié d’une manière ou d’une autre [12].
La législation n° 88 sanctionne d’une peine de trois à huit ans de prison le fait d’accumuler, reproduire ou diffuser du matériel à caractère subversif du « gouvernement des États-Unis, ses agences, dépendances, représentants, fonctionnaires ou de toute entité étrangère » dans le but de soutenir les objectifs des sanctions économiques et déstabiliser la nation. Les peines seront de quatre à dix ans d’emprisonnement si le délit est réalisé avec le concours d’autres personnes ou s’il est rémunéré [13].
Enfin, l’Article 11 stipule que « celui qui [...] directement ou par le biais d’un tiers, reçoit, distribue ou participe à la distribution de ressources financières, matérielles ou autre, en provenance du gouvernement des États-Unis d’Amérique, ses agences, dépendances, représentants, fonctionnaires ou d’entités privées, est passible d’une privation de liberté de trois à huit ans [14] ».
Ainsi, comme l’admet explicitement Amnesty International, les personnes qu’elle considère comme étant des « prisonniers d’opinion » ont en réalité commis un grave délit sévèrement sanctionné par la loi cubaine. Ce faisant, ils sont passés du statut d’opposants à celui d’agents stipendiés par une puissance étrangère et sont donc condamnables au regard de la justice cubaine. Les « prisonniers d’opinion » sont en réalité des mercenaires au service d’une puissance étrangère hostile et belliqueuse.
Spécificité pénale cubaine ?
Il convient également de souligner que les États-Unis ont été historiquement l’ennemi acharné de l’indépendance et de la souveraineté de Cuba. En 1898, Washington est intervenu dans la guerre anticoloniale cubaine pour empêcher les Cubains d’accéder pleinement à l’autodétermination et a occupé le pays jusqu’en 1902. Par la suite, Cuba est devenue une espèce de protectorat dominé politiquement et économiquement jusqu’en 1958. A partir de 1959, les États-Unis ont tout tenté pour détruire la Révolution cubaine : attentats terroristes, invasion armée, menace de désintégration nucléaire, sanctions économiques, guerre politique, médiatique et diplomatique et subversion interne.
Comme tout État responsable, le gouvernement révolutionnaire a adopté des mesures légales pour sa survie contre de tels agissements. Cependant, la législation pénale cubaine dispose-t-elle d’un caractère particulier ? Est-elle unique ? Voyons ce que prévoient les législations occidentales - qui, pourtant, ne font pas face aux mêmes menaces que Cuba - pour les individus qui se mettraient au service d’une puissance étrangère.
Le Code pénal états-unien
Aux États-Unis, de tels agissements sont fortement sanctionnés. Selon le paragraphe 951 du Code pénal, « quiconque, autre qu’un fonctionnaire diplomatique ou consulaire ou attaché, agit aux États-Unis en tant agent d’un gouvernement étranger sans notification préalable au Ministre de la Justice [...] est passible à ce titre d’une peine pouvant atteindre dix ans de prison ». Le point e/2/A du paragraphe précise que « toute personne engagée dans une transaction commerciale légale doit être considérée comme un agent d’un gouvernement étranger [...] s’il s’agit d’un agent de Cuba ». Ainsi, un Cubain qui achèterait un appareil médical aux États-Unis pour un hôpital de La Havane est légalement passible d’une peine pouvant atteindre dix ans de prison [15].
Le paragraphe 953, connu sous le nom de loi Logan, stipule que « tout citoyen des États-Unis, quel qu’il soit, qui, sans autorisation des États-Unis, entreprend ou maintient, directement ou indirectement, une correspondance ou une relation avec un gouvernement étranger ou tout fonctionnaire ou agent de celui-ci, dans l’intention d’influencer les mesures ou la conduite d’un gouvernement étranger ou de tout fonctionnaire ou agent de celui-ci, par rapport à un conflit ou une controverse avec les États-Unis » est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison [16].
Si une telle loi était appliquée à Cuba, l’immense majorité de ce que la presse occidentale considère comme étant la « dissidence cubaine » se trouverait sous les verrous. En effet, les opposants cubains se réunissent régulièrement avec le représentant des États-Unis à La Havane, Michael Parmly, dans les bureaux de la Section d’intérêts nord-américains (SINA) ou même dans la résidence personnelle de celui-ci.
Le paragraphe 954 prévoit une peine de dix ans de prison pour toute personne qui émettrait de « fausses déclarations » dans le but de porter atteinte aux intérêts des États-Unis dans ses relations avec une autre nation [17]. Là encore, si l’opposant Oswaldo Payá - qui accuse le gouvernement cubain d’être responsable de disparitions et d’avoir assassiné plus de « vingt enfants » - était soumis à une législation aussi sévère que celle des États-Unis, il serait actuellement en prison, sans susciter aucun émoi auprès des âmes bien-pensantes occidentales. Pourtant le plus célèbre des dissidents cubains n’a jamais été inquiété par la justice cubaine, car celle-ci n’a pas de preuves qu’il reçoit de l’argent d’une puissance étrangère. À titre de comparaison, Raúl Rivero, qui était un opposant relativement modéré et frileux par rapport à Payá, avait été condamné à vingt ans de prison (et libéré un an plus tard) car il avait accepté les généreux émoluments offerts par Washington [18].
Le paragraphe 2 381 stipule que « quiconque, devant allégeance aux États-Unis, mène une guerre contre le pays ou s’associe à ses ennemis, en leur fournissant une aide et un soutien aux États-Unis ou ailleurs, est coupable de trahison et est passible de la peine de mort, ou d’une peine de prison supérieure à cinq ans [19] ».
Ainsi, si des citoyens états-uniens avaient eu les mêmes agissements que les individus reconnus coupables d’association avec une puissance étrangère par la justice cubaine, ils risqueraient la peine capitale. Le paragraphe 2 385 prévoit une peine de vingt ans de prison pour toute personne prônant le renversement du gouvernement ou de l’ordre établi [20].
Comme cela est aisément constatable, le code pénal états-unien est, à maints égards, bien plus sévère que la législation cubaine.
La legislation pénale française
Le Code pénal français prévoit également des sanctions extrêmement sévères en cas d’association avérée avec une puissance étrangère. Selon l’article 411-4,
« Le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende.
Est puni des mêmes peines le fait de fournir à une puissance étrangère, à une entreprise ou une organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou à leurs agents les moyens d’entreprendre des hostilités ou d’accomplir des actes d’agression contre la France [21] ».
La loi française est, à cet égard, plus sévère que la législation cubaine.
La loi espagnole
Le Code pénal espagnol de 1995 prévoit des sanctions sévères pour ces mêmes délits. Selon l’Article 592, « les personnes maintenant des intelligences ou des relations de tout type avec des gouvernements étrangers, avec leurs agents ou avec des groupes, organismes ou associations internationales ou étrangères, dans le but de porter préjudice à l’autorité de l’État ou de compromettre la dignité ou les intérêts vitaux de l’Espagne, seront punis d’une peine de prison de quatre à huit ans [22] ».
L’Article 589 prévoit une peine de un à trois ans de prison pour « toute personne qui publierait ou exécuterait en Espagne n’importe quel ordre, disposition ou document d’un gouvernement étranger qui porte atteinte à l’indépendance ou à la sécurité de l’État, s’oppose au respect de ses lois ou provoque leur violation [23] ». Si les fameuses Dames en Blanc cubaines avaient eu le même comportement en Espagne, elles seraient privées de liberté.
Le Code pénal belge
Le Chapitre II de la législation belge qui traite « des crimes et des délits contre la sûreté extérieure de l’État » et plus précisément l’Article 114, stipule que « quiconque aura pratiqué des machinations ou entretenu des intelligences avec une puissance étrangère ou avec toute personne agissant dans l’intérêt d’une puissance étrangère, pour engager cette puissance à entreprendre la guerre contre la Belgique, ou pour lui en procurer les moyens, sera puni de la détention de vingt ans à trente ans. Si des hostilités s’en sont suivies il sera puni de détention à perpétuité [24] ».
La législation italienne
Selon l’Article 243 du Code pénal italien, « quiconque entretient des intelligences avec l’étranger dans le but qu’un État étranger déclare la guerre ou réalise des actes d’hostilité contre l’État italien, ou bien commette d’autres faits dans le même but, est puni à une réclusion non inférieure à dix ans. Si la guerre s’ensuit, la peine de mort est appliquée ; si les hostilités se vérifient, la réclusion criminelle à perpétuité est appliquée. [La peine de mort est supprimée et substituée par la réclusion à perpétuité] [25] ».
L’Article 246 traite du financement du citoyen par une puissance étrangère : « Le citoyen, qui, même indirectement, reçoit ou se fait promettre de l’étranger, pour lui-même ou pour autrui, de l’argent ou n’importe quel article, ou en accepte seulement la promesse, afin de commettre des actes contraires aux intérêts nationaux, est sanctionné, si le fait ne constitue pas l’acte le plus grave, de la réclusion de trois à dix ans ». La peine est augmentée si « l’argent ou l’article sont remis ou promis par le biais d’une propagande avec le moyen de la presse [26] ».
Ainsi, la législation italienne est bien plus sévère que la loi cubaine. Si les célébrissimes dissidents tels que Payá, Marta Beatriz Roque ou Elizardo Sánchez se trouvaient en Italie, ils seraient en prison et non pas en liberté.
La loi suisse
Même la pacifique Suisse prévoit des sanctions pour délit d’association avec une puissance étrangère. L’Article 266 du Code pénal stipule que :
« 1. Celui qui aura commis un acte tendant à porter atteinte à l’indépendance de la Confédération ou à mettre en danger cette indépendance, ou à provoquer de la part d’une puissance étrangère, dans les affaires de la Confédération, une immixtion de nature à mettre en danger l’indépendance de la Confédération, sera puni d’une peine privative de liberté d’un an au moins.
2. Celui qui aura noué des intelligences avec le gouvernement d’un État étranger ou avec un de ses agents dans le dessein de provoquer une guerre contre la Confédération sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au moins.
Dans les cas graves, le juge pourra prononcer une peine privative de liberté à vie ».
L’Article 266 bis est également très clair :
« 1 Celui qui, à l’effet de provoquer ou de soutenir des entreprises ou menées de l’étranger contre la sécurité de la Suisse, sera entré en rapport avec un État étranger, ou avec des partis étrangers, ou avec d’autres organisations à l’étranger, ou avec leurs agents, ou aura lancé ou propagé des informations inexactes ou tendancieuses, sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire.
2 Dans les cas graves, le juge pourra prononcer une peine privative de liberté d’un an au moins [27] ».
La législation suédoise
En Suède, le Code Pénal prévoit une peine de deux ans d’emprisonnement pour « celui qui perçoit de l’argent ou d’autres dons d’une puissance étrangère ou de quiconque agit dans l’intérêt de celle-ci, afin de publier ou diffuser des écrits, ou d’influencer de quelque façon que ce soit l’opinion publique en ce qui concerne l’organisation interne de l’État [28] ».
Cette démocratie scandinave sanctionne également « celui qui propage ou transmet à des puissances étrangères ou à leurs agents des informations inexactes ou tendancieuses, dans le but de créer des menaces pour la Sécurité de l’État ». Enfin, une peine allant de dix ans à la réclusion criminelle à perpétuité est appliquée à « celui qui constitue une menace contre la sécurité de l’État pour avoir utilisé des moyens illégaux avec l’appui d’une puissance étrangère [29] ».
Agents au service d’une puissance étrangère et non « prisonniers d’opinion »
Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Dans n’importe quel pays du monde, l’association avec une puissance étrangère est sévèrement sanctionnée par la loi et il n’est donc point possible d’accorder le qualificatif de « prisonniers d’opinion » aux individus stipendiés par un gouvernement étranger, comme cela est le cas pour les détenus cubains, ce que reconnaît d’ailleurs très honnêtement Amnesty International.
Amnesty International est une organisation réputée pour son sérieux, son professionnalisme et son impartialité. Mais le traitement qu’elle réserve à Cuba est sujet à caution. Afin de continuer à jouir du même prestige et de la même objectivité, AI serait avisée de reconsidérer, sans plus attendre, son jugement à l’égard de ceux qu’elle considère comme étant des « prisonniers d’opinion » à Cuba, car la double mesure n’est pas acceptable.
| Salim Lamrani Enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis. Auteur de Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’État, dernier ouvrage publié en français : Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme. Les articles de cet auteur Envoyer un message |
[1] Amnesty International, « L’histoire d’Amnesty International », pas de date. (site consulté le 23 avril 2008).
[2] Amnesty International, « Cuba. Rapport 2007 », avril 2007. (site consulté le 23 avril 2008).
[3] Amnesty International, « Cuba. Cinq années de trop, le nouveau gouvernement doit libérer les dissidents emprisonnés », 18 mars 2008. site consulté le 23 avril 2008).
[4] Ibid.
[5] Salim Lamrani, Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008), pp. 45-55.
[6] Cuban Democracy Act, Titre XVII, Section 1705, 1992.
[7] Helms-Burton Act, Titre I, Section 109, 1996.
[8] « Le plan Powell pour l’après-Castro », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 16 juin 2004. Voir en annexe de l’article, le document téléchargeable : Commission for Assistance to a Free Cuba, par Colin L. Powell (Washington : United States Department of State, mai 2004).
[9] Roger F. Noriega, « Assistant Secretary Noriega’s Statement Before the House of Representatives Committee on International Relations », Department of State, 3 mars 2005. (site consulté le 9 avril 2005).
[10] « Le nouveau plan de Bush pour renverser les institutions cubaines », par Salim Lamrani, Réseau Voltaire, 2 août 2006. Voir en annexe de l’article, le document téléchargeable : Commission for Assistance to a Free Cuba, par Condolezza Rice & Carlos Gutierrez (Washington : United States Department of State, juillet 2006).
[11] Gaceta Oficial de la República de Cuba, Ley de protección de la independencia nacional y la economÃa de Cuba (LEY NO 88), 15 mars 1999.
[12] Ibid.
[13] Ibid.
[14] Ibid.
[15] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 45, § 951.
[16] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 45, § 953.
[17] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 45, § 954.
[18] El Nuevo Herald, « Mensaje de Payá destaca que en la isla hay desaparecidos », 18 mars 2005, p. 23A.
[19] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 115, § 2381.
[20] U.S. Code, Title 18, Part I, Chapter 115, § 2385.
[21] Code Pénal Français, Livre IV,Chapitre I, Section 2, Article 411-4.
[22] Code Pénal Espagnol de 1995, chapitre II, Article 592.
[23] Code Pénal Espagnol de 1995, chapitre II, Article 589.
[24] Code Pénal Belge, Chapitre II, Article 114.
[25] Code Pénal Italien, Livre II, Titre I, Chapitre I, Article 243.
[26] Code Pénal Italien, Livre II, Titre I, Chapitre I, Article 246.
[27] Code Pénal Suisse, Article 266.
[28] Code Pénal Suédois, Chapitre 19, Article 13.
[29] Code Pénal Suédois, Chapitre 19, Article 8.
09:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amnesty international, espions, services secrets, cuba, etats-unis
12.05.2008
Jénine...Jénine
Quelques jours après l’invasion de Jénine par l’armée israélienne, un vieil homme se fraye un chemin parmi les décombres des habitations du camp de réfugiés et implore Allah. Dans cette petite enclave palestinienne mise à feu et à sang, des hôpitaux ont été éventrés sous les bombardements aériens et un nombre important d’habitants dont des enfants, des femmes, des vieillards et des handicapés ont été touchés par l’offensive de l’armée israélienne. Choqués par la densité du drame, des résidents témoignent des atrocités et des massacres commis; ils expriment leur révolte contre l’oppression et contre les humiliations subies. Les traumatismes liés à l’agonie d’enfants et à la mort d’innocents s’ajoutent aux ambitions, aux espoirs et aux rêves annihilés. Impuissant, le peuple palestinien crie sa souffrance et sa colère au reste du monde.
Interdit en Israël, un document-choc, tourné à chaud et dédié au producteur Iyad Samudi, tué par les soldats israéliens quelques jours après la fin du tournage. Prix du meilleur film au Festival international du film de Carthage en 2002, Prix International du Documentaire et du Reportage Méditerranéen 2003.
Biographie: Mohamed Bakri est né en 1953 en Galilée. En 1976, il est diplômé de l’Université de Tel-Aviv. Acteur de théâtre et de cinéma, il a tourné avec Costa Gavras, Rashid Masharawi, Ali Nasser et Uri Barrabash.
15:53 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : génocide, palestine, occupation, israël, résistance, réfugiés, camps
09.05.2008
Après un an d'accoutumance, comment cesser d’être sarkomane ?
Un an. La mémoire collective retiendra que le 6 mai 2007 a généré deux nouvelles entités. Première, dans le temps officiel: naissance de Rue89, à 18 heures. Seconde, deux heures plus tard, quand le flipper claque le score: avènement d’un hyperprésident. Depuis le début de l’année, et à l’aune des quantités de livres qui paraissent, le Cabinet de lecture livre régulièrement son diagnostic. Un an, ça se fête. Nous continuons les soins avec deux ouvrages originaux.

Après quelques pamphlets (Rambaud), essais (Mona Chollet, Howlett, Léotard) et romans (Pascale Clark), le Cabinet de lecture a choisi, en cette date-bilan, de sélectionner des essais récents aux accents pamphlétaires. Pour un anniversaire qui est, en tout point, le nôtre et le vôtre. Pour, au bout d’un an d’une déferlante ahurissante de livres sur l’occupant de l’Elysée, en finir avec la sarkodépendance.
"C’est la part la plus mauvaise de nous-mêmes qui s’est hissée au sommet de l’Etat"
Le livre le plus marquant est subtilement pérecquien: "Il faut qu’il parte" de Sébastien Lapaque. Critique littéraire au Figaro, ne voulant se situer politiquement, Lapaque se dit lui-même "littérairement proche des écrivains qui étaient du côté du Général: Bernanos, Mauriac, Malraux". De culture catholique, Lapaque est de ceux qui exigent une religion discrète. L’ire lui est venue avec "le discours de réarmement identitaire catholique prononcé le 20 décembre 2007 en la basilique Saint-Jean-de-Lattran à Rome", où Bernanos (dont il fut offert un livre au pape) "sert de cache-misère au pharisaïsme".
La cible? Cette "hyperclasse politique" qui préfère les livres de management à Montesquieu et Aristote. Les livres à rendement visible et immédiat. Un nihilisme qui gouverne les discours ("L’absence d’arrière-pays littéraire, historique et philosophique autorise nos élites déculturées à manier des images dont elles ignorent
le sens complet"), et cisaille le rapport entre notre inconscient culturel collectif et réalité sociétale.
Quand il reprend le dramatique discours de Christine Lagarde ce 10 juillet 2007 à l’Assemblée ("Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire: assez pensé maintenant. Retroussons nos manches!"), la chose est claire: en France, actuellement, la nature grignote du terrain à la culture.
Lapaque place son livre dans l’Histoire: la droite sarkoziste est une copie déculturée de la bourgeoise au pouvoir… sous Louis-Philippe! Quelques valeurs contre-révolutionnaires en moins, le nihilisme en plus. Ce nihilisme de l’inconscient, un homme l’incarne assurément: Sarkozy. Qui, pour faire avancer le vide et triompher la finance, envahit tout l’espace.
"Il faut qu’il parte", virulent défenseur de l’inconscient historique et de la culture, mi-moraliste mi-pamphlet, parvient pourtant à ne jamais nommer Sarkozy. La couverture même du livre témoigne de l’entreprise: c’est la photo officielle, de laquelle Photoshop a effacé Sarkozy… Une disparition à la Pérec. L’ouvrage, profondément immergé dans la culture et dans l’Histoire, désincarne l’homme pour proposer une lecture ultra-critique de la dépolitisation de son exercice de la politique. Cinglant.
Ce rapport entre omniprésence du Président et désincarnation de son propre statut, c’est aussi ce qui est à l’œuvre dans l’ouvrage du psychiatre Serge Hefez, "La Sarkose obsessionnelle".
Fumer du Narcisse nuit à la santé
"Quand je pense à lui, je me sens envahie par une substance obscène dont je ne parviens pas à me débarrasser."
Il y a quelques mois, on avait eu vent que de plus en plus de gens rêvaient de Sarkozy. Que nous étions de plus en plus sarkotox. Le psychiatre avait entendu ces témoignages dans son propre cabinet. Pour lui, le déséquilibre entre notre propre image et le lien non pas œdipien (ce qui aurait une logique), mais narcissique, avec le président élu est un symptôme typique de la névrose. Une sarkoze qui "consiste en une obstruction imaginaire par l’épopée sarkozienne et se traduit par l’impossibilité de détourner ses pensées de la figure du chef de l’Etat". L’heure est décidément bien grave.
Toute la démonstration de l’ouvrage repose sur la notion de perversion narcissique, qu’il illustre et démontre. Pour les "Homo Narcissus " que nous sommes, Sarkozy incarne l’enracinement et la personnification même d’une névrose propre à nos anticivilisations de la marchandise. Celles où l’avancée d’une société se mesure à l’avancée d’une maladie et non à celle du progrès…
"Car ce narcissisme qu’il exhibe à son paroxysme nous est très familier. Dans cette immense révolution des valeurs que représente le passage à nos sociétés individualistes, notre référent ultime est la figure de l’Individu tout-puissant, contenant en lui-même l’humanité entière, incarnation de l’autonomie absolue."
Libido, pulsions, frénésie. Et vulgarité.
Une perversion narcissique qui, en tant que telle, interroge notre propre complicité, consciente ou inconsciente. De nos jours, le narcissisme est collectif, consenti. Dans une démocratie représentative où Lapaque stigmatise le "substrat royaliste" (entendez, l'Ancien Régime"), il se réalise dans un homme qui n’est plus forcément un dictateur:
"La Sarkoze obsessionnelle, c’est la rencontre entre un peuple d’Homo Narcissus et un président hypernarcissique qui se gavent mutuellement des émotions l’un de l’autre."
Auparavant, le président entrait dans notre imaginaire par les voies autoritaires du surmoi. Sarkozy, lui, envahit notre psyché collective par effraction: par le "ça", cette espace psychanalytique où reposent libido, pulsions, désirs, frénésie. Et signe la prédominance de l’émotion sur la réflexion. D’où, aussi, sa vulgarité.
De même, pour Hefez, lorsqu’il investit le terrain de l’enfance (épisode de la mémoire de la Shoah dans chaque élève de CM2), il ne faut pas y voir autre chose qu’une "inflation narcissique par laquelle il peut embarrasser, humilier, blesser, tout en exultant de ses actions et de ses valorisations personnelles. Le narcissisme poussé à l’extrême, c’est utiliser les êtres humains comme des instruments de son propre pouvoir et comme un décor de son propre destin, de sa propre jouissance."
Par de multiples microdémonstrations, Hefez démonte la façon dont Sarkozy parvient à faire prédominer la puissance individuelle sur la puissance du collectif. Coupant le lien social. Fin du fin de la politique libérale. Hefez signe ici une surpuissante démonstration psychanalytique et politique.
Les deux ouvrages réfléchissent avec profondeur sur le politique dans notre civilisation. "C’est la part la plus mauvaise de nous-même qui s’est hissée au sommet de l’Etat", écrit Lapaque. Concernant le rapport entre cette droite financière et le désamour très thatchérien du pays à présent sous son joug, on trouvera chez Lapaque de nombreux parallèles avec le visionnaire "Misère du sarkozysme – cette droite qui n’aime pas la France" de Paul Ariès, paru en 2005 (éd. Parangon).
Et après?
"La Sarkose obsessionnelle" se lira accompagné de la "Psychanalyse d’un président" du journaliste Yann de l’Ecotais et du psychanalyste Jean-Jacques Moscovitz. Une confrontation des discours journalistiques et psychanalytique qui retisse les liens entre ses surexploitées blessures d’enfances, la judéité des ancêtres et le rapport au corps de notre jogger à talonnettes.
Pour finir en beauté, donc en colère, on pourra lire la lettre de Thierry Desjardins. Même à la retraite, l’ancien rédacteur en chef du Figaro continue d’écrire aux Présidents -une spécialité maison: "Galipettes et cabrioles à l’Elysée" revisite l’année qui s’est achevée hier. Une colère qui ne nous apprend rien, mais une rage qui fait un peu de bien et se pose en complément de "L’Aube, le soir ou la nuit" qui était le premier travaillant notre rapport au boss. C’était il y a longtemps déjà …
► Il faut qu’il parte de Sébastien Lapaque - Stock - 137p. – 12€.
► La Sarkose obsessionnelle de Serge Hefez - Hachette Littératures - 117p. - 12,50€.
► Psychanalyse d’un président de Jean-Jacques Moscovitz et Yann de l’Ecotais - L’Archipel - 213p. - 17,95€.
► Galipettes et cabrioles à l’Elysée de Thierry Desjardins - Fayard - 240p. - 16€.
18:39 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, anniversaire, rambaud, chollet, howlett, léotard, clark
08.05.2008
Tunguska, les cornes de la Lune et l’évolution
![]() ©Peter Grego Impression de l’événement lunaire de 1178 La dernière fois, j'annonçais mon intention de vous exposer la manière dont nos « glorieux leaders » vous haïssent, vous méprisent et comment ils complotent votre mort tandis que la plupart d’entre vous sont dans un tel état de confusion que non seulement vous ne vous en rendez pas compte, mais aussi que vous vous dirigez allègrement vers un désastre pour vous-mêmes et vos enfants. Je vais y venir, mais tout d’abord, je voudrais peaufiner quelques détails et réitérer quelques points. Comme je le mentionnais dans mon précédent article sur ce sujet « La comète Biela et la vache de Mme O’Leary », l’émission spéciale de Discovery Channel, « Super Comet – After the Impact », simule la comète qui a éliminé les dinosaures à notre époque moderne, en utilisant le même type de corps cométaire supposé avoir causé leur extinction : même taille, même point d’impact, en utilisant toutes les modélisations informatiques réalisées au sujet de cet événement passé pour essayer de montrer ce qui pourrait arriver (et ce qu’ils pensent être arrivé à cette époque). Des études de l’histoire de la Terre par diverses méthodes scientifiques nous montrent qu’il y a des périodes relativement longues d’ « évolution » ponctuées par des changements rapides et écrasants que nous appelons des catastrophes. De nombreux scientifiques ont noté la périodicité de ces événements. Ce que personne ne semble connaître à coup sûr est le mécanisme qui induit ces catastrophes absolument périodiques. On suggère que la périodicité de ces événements est reliée aux cycles galactiques et des preuves convaincantes sur ce point de vue ont été présentées par Victor Clube dans son livre « The Cosmic Winter » (L’hiver cosmique). (Vous pouvez vraiment oublier le non-sens tournant autour de la « Planète Nibiru » et du « Projet Camelot »). L'auteur suggère que les marées galactiques induisent des comètes géantes dans notre système solaire et que ce sont leurs produits de désintégration qui agissent fortement et directement sur la Terre avec des résultats variables à différentes (et très fréquentes !) périodes, en conséquence de quoi les données présentent des variations dans les archives géologiques. Clube démontre que la fragmentation d’une comète géante produit une grande variété de débris depuis des objets de 10 km, à des centaines ou des milliers de corps d'un km d'envergure, et à des essaims multiples de corps de moins d’un kilomètre. Beaucoup de ces corps ont des surfaces noires comme de la suie, ce qui les rend presque impossibles à voir et beaucoup d’entre eux se trouvent sur une orbite très similaire aux chutes de météores des Taurides, quoique quelques-uns puissent être sur une orbite orientée à 90 degrés environ. Clube avance que beaucoup (sinon la plupart ou la totalité) d'astéroïdes dans le système solaire proviennent de la fragmentation d’une ( ou d'un grand nombre de ) comète(s) géante(s) , il y a des milliers ou des dizaines de milliers d’années. Ce sont les flux de débris qui représentent les menaces les plus sérieuses et immédiates pour notre planète. Par exemple, un des grands astéroïdes sur une orbite croisant celle de la Terre est appelé Héphaïstos. Il fait environ 10 km de diamètre, à peu près la même taille que l’astéroïde qui est décrit comme frappant la Terre dans le film mentionné ci-dessus (le modèle d’extinction des dinosaures). Il est vrai que les effets de l’impact d’un tel corps seraient ressentis globalement, mais on ne peut affirmer qu’il serait aussi « global » que décrit dans le film.
©William Hartmann Une peinture montrant à quoi pouvait ressembler l’impacteur KT. Néanmoins, la connexion entre un seul impacteur et les extinctions en masse du passé a été faite et largement popularisée, et cela peut être malheureux si l’on considère les problèmes des événements plus fréquents et moins « globaux » que Clube signale. Le problème est, comme Clube le fait remarquer, qu’il est tout à fait improbable qu'un important impact solitaire se révèle du point de vue astronomique être le seul organisme responsable de ce type d’extinction. En outre, quand on considère les détails des preuves, à la fois astronomiques et géologiques, de nombreuses incohérences dans le scénario de l’impacteur solitaire commencent à apparaître. Quand les Alvarez, père et fils, découvrirent la couche d’iridium à la limite de l’extinction K-T, et annoncèrent que l’iridium dans ces quantités ne pouvait avoir été expulsé que du fait de l’impact d’une grande météorite, cette idée choquante fut accueillie allègrement par la presse et tout le monde se mit à chercher de l’iridium. Clube fait remarquer que plusieurs problèmes se posent, avec l’interprétation « impact unique » de la présence de l’iridium à la limite de l’extinction. Le premier problème est que la concentration de l’élément est trop élevée. Pourquoi ? Parce que s’il ne se produisait qu'une unique collision, un tel astéroïde excaverait plusieurs centaines de fois son volume de croûte terrestre et l’enverrait dans l’atmosphère, mélangée avec son propre matériau. Cela signifie que l’iridium serait significativement dilué et ne produirait pas sur la planète des concentrations de précipité telles qu’on en découvrit. Cependant, sur beaucoup de sites examinés, il est noté que l’iridium a été dilué à seulement 20 fois son volume (gardons à l’esprit que l’iridium dans la comète/astéroïde n’est déjà qu’un pourcentage du volume total du corps extraterrestre !) En outre, d’autres produits chimiques en liaison avec l’événement du soi-disant impact unique ne s'associent pas très bien avec la théorie de la météorite rocheuse. Il existe une abondance d’éléments rares comme l’osmium et le rhénium ; des éléments communs énormes et en surabondance comme l’antimoine et l’arsenic. Par rapport à cette découverte, Clube met en exergue le fait qu’après l’éruption du Kilauea en janvier 1983, des particules collectées du volcan contenaient des concentrations élevées en arsenic, sélénium et autres éléments trouvés en abondance à la limite de l’extinction. Ces particules volcaniques furent aussi analysées comme très riches en iridium. Clube suggère que l’anomalie de l’iridium peut, en conséquence, être une fausse piste. Il note : « …il est intéressant de spéculer sur ce point : si une source volcanique d’iridium avait été connue en 1980, est-ce qu’un impact de météorite aurait été suggéré par les Alvarez ? » Probablement pas. Ce fut donc probablement une bonne chose d'attirer l’attention de la presse sur le sujet, puisque Clube fait aussi remarquer qu’il existe une quantité impressionnante de preuves montrant que l’extinction ne fut pas qu’un processus de changement et de dégénérescence lors du processus diachronique d'évolution. Des changements catastrophiques – un choc écologique profond – eurent lieu dans la limite Crétacé-Tertiaire, et la dévastation fut certainement soudaine. La théorie des Alvarez ouvrit donc la porte pour considérer cela dans un monde qui était profondément enfermé dans l’Uniformitarisme. Parmi les découvertes intéressantes à ce niveau de l’histoire de la Terre, de grandes quantités de suie sont aussi présentes à la limite de l’extinction. La conclusion est, bien sûr, que des incendies firent rage au cours de l’événement de l’extinction. Le film essayait de dépeindre cela avec des modèles informatiques (faits selon l’hypothèse d’un impact de grand astéroïde unique) qui chauffaient toute l’atmosphère de la Terre à un point tel que tout s'embrasait spontanément. Cela ne peut être exactement un compte-rendu des évènements , même avec un impact dû à un énorme météore.
©Canadian Museum of Nature, Ottawa La mince couche qui marque la frontière entre les roches du Crétacé et du Tertiaire. Cette couche a été trouvée à beaucoup d’endroits sur toute la Terre. C’est une mince couche de matériau sur toute la surface terrestre qui contient une grande quantité du rare élément iridium, et de la suie provenant de vastes incendies. Un autre point que Clube souligne est qu’il n’y a pas de trace de débris météoriques sous forme d’inclusions pierreuses dans les sédiments. Je ne vais pas entrer dans les détails ; il suffit de dire qu’on commence à penser au fait que l’impact accidentel d’un seul astéroïde d’une envergure de 10 km ne soit pas en fin de compte la cause de l’extinction globale . Qu’est-ce qu’un scénario réaliste ? Clube présente les preuves que cette extinction fut un épisode de bombardements de nombreux (de douzaines, de centaines, de milliers...) fragments cométaires et/ou decorps de type météorite, certains d’entre eux de grande taille, libérant de copieuses quantités de poussière météorique dans l’atmosphère terrestre, beaucoup d’ autres explosant en altitude et se manifestant sous forme de pluies de feu. Ces essaims nageraient dans les flots de poussière de comète – des tonnes – qui chargeraient aussi l’atmosphère et précipiteraient sur la Terre au fil des mois et des années. Les hautes concentrations en iridium trouvées à la limite de l’extinction des dinosaures sur plusieurs sites, et l’absence de gros débris météoriques, sont difficiles à expliquer en termes d’un seul Big Bang, mais facilement compris en termes de poussière zodiacale comme cause initiale. De plus, des preuves croissantes de multiplicités d’impacts à la limite de la période d’extinction des dinosaures se font jour, de même qu’à d’autres moments de catastrophe globale comme l’événement d’extinction Permien-Triasique (P – Tr). La théorie de l’essaim rend compte aussi facilement des énormes quantités de suie à cette limite. Une Terre en feu est dans la capacité d’un essaim exceptionnellement intense, mais probablement au-delà de celle d’une seule impacteur de 10 km de diamètre. En bref, l’extinction des dinosaures peut très bien avoir été une affaire complexe, traumatique et prolongée.
©Inconnu Qu’ont vu les dinosaures ? Clube propose que la Terre elle-même soit un entrepôt d’informations sur ses interactions avec la Galaxie, et c’est la Galaxie elle-même, et sa position intérieure, qui pilote les cycles d’extinctions, principalement parce que les cycles des événements sont ajustés aux cycles galactiques connus. Ce qui ressort de toutes ces preuves est l’importance de très grandes comètes qui entrent dans le système solaire et se fragmentent, laissant des flux de débris qui interfèrent avec notre planète au cours de millénaires après que le corps parent ait été capturé et déchiré par les forces du système intra-solaire. Que ce type de bombardements de la Terre se soit produit à d’autres époques devient plus largement reconnu, en témoigne l’ouvrage de Richard Firestone, Alan West et Simon Warwick-Smith qui ont identifié les Carolina Bays comme des cratères d’« impact aérien » d’explosions cométaires en altitude exactement comme celle de la Tunguska. En fait, des « cratères » similaires furent trouvés dans la région de la Tunguska ayant exactement la même morphologie. Cela a même été daté de 12 500 ans et déclaré global en étendue, avec des effets cataclysmiques . La vie sur Terre arriva presque à sa fin. Ce qui est effrayant en ce qui concerne cet événement est le nombre absolu de cratères – jusqu’à 50 000.
©Inconnu Cette image montre de nombreux cratères dans le comté de Robeson en Caroline du Nord
©Inconnu Photo aérienne des cratà |








