02/04/2008
Platon et Phaeton
Photographie de la comète Mc Naught au-dessus du Chili
Un des prêtres, très âgé, lui dit alors : « Ah ! Solon, Solon, vous autres Grecs, vous demeurez des enfants, et il n’est point de vieillard en Grèce. » À ces mots, Solon lui demanda ce qu’il entendait par là. « Ce que je veux dire, c’est que vous êtes tous restés jeunes en esprit, répondit le prêtre ; car vous ne l'avez instruit d’aucune opinion qui soit fondée sur une antique tradition, ni d’aucune science blanchie par le temps. Et en voici la raison.
L'humanité a subi bien des destructions, et en connaîtra encore, sous de nombreuses formes ; les plus grandes par le feu et l’eau, et les moindres par mille autres choses. Prenez par exemple l’histoire, qu’on raconte même chez vous, de Phaéton, le fils du Soleil qui, ayant un jour attelé le char de son père et ne pouvant le maintenir dans le sillage paternel embrasa tout ce qui était sur terre et périt lui-même foudroyé. Elle a, il est vrai, l’apparence d’une fable ; mais la vérité qu'elle recèle, c’est que les corps qui circulent dans le ciel autour de la terre dévient de leur course et qu’ils produisent, à de larges intervalles, de grandes conflagrations qui détruisent tout ce qui est à la surface de la terre. Alors ceux qui habitent les montagnes et les endroits élevés et arides sont plus exposés à la destruction que ceux qui demeurent aux rivages des fleuves et de la mer. Nous autres, nous avons le Nil, notre fidèle et constant sauveur, pour nous préserver de cette calamité.
Quand, d’autre part, les dieux submergent la terre pour la purifier sous les eaux, les habitants de vos montagnes, bouviers et pâtres, échappent à la mort, mais ceux qui résident dans vos villes sont emportés par les fleuves vers la mer. Chez nous au contraire, ni dans ce cas, ni dans aucun autre, l’eau ne dévale des hauteurs sur les campagnes ; elles montent naturellement toujours d'en-bas. C’est pourquoi sont conservées chez nous les traditions les plus anciennes. Mais en réalité, dans tous les lieux où le froid ou la chaleur excessive ne s’y opposent pas, la race humaine subsiste toujours, plus ou moins nombreuse. Aussi tout ce qui s’est fait de beau, de grand ou de remarquable, soit chez vous, soit ici, soit dans tout autre pays dont nous ayons entendu parler, tout cela se trouve ici consigné par écrit dans nos temples depuis les temps immémoriaux, et reste ainsi préservé. »
Platon, Timée, d’après la traduction d'Emile Chambry pour la version ici présentée.
10:41 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : platon phaeton, timée, critias, grèce, comète, astéroides, phaeton



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