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29/01/2008

La thèse du coupable fou, subalterne et isolé

ecdf2fbf819f7d34fbc664a339650e59.jpgIl se révait en «trader d'exception», doué d'un «feeling des marchés» qu'il brûlait de voir reconnu par son employeur. Comme nous l'écrivions lundi, Jérôme Kerviel, 31ans, a été présenté hier en début d'après-midi à deux magistrats du pôle financier. En début de soirée, il a été mis en examen pour «abus de confiance» et laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Les juges n'ont pas retenu les chefs de mise en examen «d'abus de confiance aggravé» et de «tentative d'escroquerie» requis par le parquet.

Note de P&P : Manifestement le parquet n’a pas « chargé » Jérôme Kerviel comme le procureur l’aurait souhaité, cette décision sera gênante pour défendre avec un minimum de crédibilité la thèse du bouc émissaire, du trader fou, subalterne et isolé.

 

Ce dernier qui avait pourtant requis le placement en détention provisoire, va faire appel de la décision de mise en liberté.

Note de P&P : Ce détail est intéressant. Nous apprenons donc que Jérôme Kerviel a demandé à être placé en détention provisoire. Si vous étiez mis en examen, demanderiez-vous une détention provisoire plutôt qu’une mise en liberté ? Probablement non, à moins peut-être que vous ne sachiez qu’en restant dehors vous pourriez être l’objet de « pressions ».

 

Tout au long du week-end, le trader de la Société générale a retracé devant les enquêteurs de la brigade financière le scénario de sa lente dérive initiée, semble-t-il, dès la fin 2005. «C'est à cette époque, explique le procureur de la République, Jean-Claude Marin, que Jérôme Kerviel a peu à peu commencé à prendre des positions de pure spéculation, ce qui a généré un certain nombre d'opérations profitables pour son employeur.» De la sorte, l'homme, qui semble avoir souffert d'être cantonné pendant plusieurs années à des fonctions jugées peu valorisantes, souhaitait apparemment démontrer sa capacité à «sentir le marché».

Note de P&P : Au-delà des brillantes assertions psychologiques développées par le procureur il serait intéressant que des preuves tangibles soient produites.

Il eut également été appréciable que la présomption d’innocence soit respectée. Avez-vous remarqué comment avant tout procès, avant toute enquête le complexe politico-médiatico-juridique désigne ses propres coupables ?

Lynchage médiatique, diffusion d'informations personnelles concernant l'intéressé, inquisition collective menée par les politiques. Tout cela nous rappelle les heures les plus glorieuses de la grande aventure humaine.

Dans l’affaire de Villiers Le Bel aussi, le procureur connaissait les coupables, les circonstances des décès, les mobiles avant tout enquête ou procès.

 

Le trader, dont le salaire annuel ne dépasse pas 100 000 euros, espérait d'ailleurs percevoir une prime de 300 000 euros au titre des positions prises en 2007. «Son but était manifestement de faire une sorte de démonstration, et non de spolier la banque», relève Jean-Claude Marin.

Note de P&P : Il serait intéressant que le Figaro cite les déclarations où Jérôme Kerviel révèle cet objectif de faire une démonstration. Ou bien s’agit-il seulement des interprétations de la psychologie de Jérôme Kerviel proposée par le procureur ?

 

Mots de passe informatiques

Interrogé par les policiers sur le détail des opérations financières litigieuses, Jérôme Kerviel a admis avoir dépassé les autorisations qui lui avaient été accordées par la Société générale et accompli «un certain nombre d'actes et de faits pour dissimuler des prises de position aventureuses sur les marchés» . En pratique, il aurait notamment emprunté les mots de passe informatiques de certains collègues et créé de faux mails confirmant des opérations fictives. Lorsque, à plusieurs reprises, des alertes ont été lancées par les services comptables, le «middle-office» ou le «service risques» de la banque, il reconnaît aussi avoir fourni des justificatifs mensongers pour éviter d'être démasqué. Interrogé en novembre 2007 sur d'importantes positions prises sur le marché Eurex, il aurait ainsi produit un échéancier fictif dans l'espoir de convaincre ses employeurs que celles-ci seraient bientôt «couvertes» par d'autres opérations.

Pour sa défense, Jérôme Kerviel indique aujourd'hui avoir bénéficié d'«une certaine tolérance» de la part de sa hiérarchie, liée selon lui au bénéfice que la Société générale comptait tirer de son activité.

Note de P&P : Si je comprends bien lorsque les traders prennent des risques et que ça marche la Société Générale encaisse avec plaisir les profits générés, si les spéculations génèrent potentiellement des pertes alors elle se retourne contre ses opérateurs et les jette en pâture aux médias, aux politiques et aux procureurs.

 

D'ailleurs, a-t-il assuré aux policiers, le dépassement par certains traders des autorisations qui leur sont assignées ne constituerait pas un phénomène exceptionnel.

Note de P&P : Si ces pratiques sont généralisées alors la responsabilité ne repose pas sur les épaules d’un des traders mais bien sur ceux qui définissent la politique d’investissement de la banque c'est-à-dire les administrateurs.

 

Par ailleurs, le financier souligne que ses opérations clandestines affichaient au 31 décembre 2007 un solde positif de 1,4 milliard d'euros, tandis que le gain enregistré au titre des opérations «classiques» était de 55 millions d'euros.

Dépassé par les événements

Début 2008, c'est en pensant anticiper sur un retournement du marché, alors extrêmement bas, que Jérôme Kerviel aurait engagé les importantes opérations mises au jour le week-end dernier. «Considérablement dépassé par les événements» , selon un magistrat, il peinerait aujourd'hui à cerner précisément son degré de responsabilité. Aux policiers, il a certes concédé: «J'ai explosé ma ligne de crédit.» Cependant, il souligne que la banque ne perdait pas d'argent vendredi 25 janvier en milieu de journée et estime qu'en prenant plus de temps pour solder ses positions, la Société générale aurait vraisemblablement limité le montant de ses pertes.

Note de P&P : Mais si la Société Générale avait soldé proprement des positions qui étaient encore bénéficiaires le 25 janvier alors elle ne disposait plus du bouc-émissaire sur qui faire reposer la responsabilité de l’immense désastre financier dont seulement une fraction a été révélée à ce jour.

 

 «Cependant , nuance le procureur de la République, la banque était en risque de perdre de l'argent. Elle n'était certes pas obligée de vendre, mais une telle position spéculative sur les marchés ne pouvait qu'accroître la perte au-delà des cinq milliards et donc, stratégiquement, il était insensé de rester en position de risque sur un tel montant.»

Note de P&P : En parlant de pertes, le procureur devrait peut-être se pencher sur les 1300 milliards de créances doutes détenues par le système bancaire et sur leur incorporation (titrisation) dans une multitude de « produits financiers dérivés ». A ce sujet, la Société Générale est un des leaders mondiaux des produits action dérivés

Depuis des années les dirigeants bancaires, aux plus hauts niveaux, ont imposé des politiques d’investissement totalement suicidaires. 

Ces choix délibérés visant à enrichir encore plus une petite minorité, sont en train de mettre l’économie mondiale à genoux et de déclencher l’une des plus grandes crises que nous n’ayons jamais connue. 

Jérôme Kerviel est un épiphénomène, un bouc émissaire, une marionnette. Daniel Bouton est un fusible de plus et la Société Générale est l'arbre qui cache la forêt bancaire en feu.

Le cataclysme vers lequel nous avançons à grand pas est le fruit d’une politique menée par les plus grands dirigeants de la finance et eux ne seront jamais inquiétés.

 

Estimant que de nombreux volets de cette affaire restent à explorer, qui portent notamment sur le fonctionnement des systèmes de contrôles internes à la Société générale , Jean-Claude Marin a ouvert hier une information judiciaire dont il a saisi les juges du pôle financier Françoise Desset et Renaud Van Ruymbeke. En position délicate depuis qu'il est visé par des poursuites disciplinaires en marge de l'affaire Clearstream, ce dernier, magistrat emblématique de la lutte contre la corruption, aujourd'hui âgé de 55 ans, revient ainsi sur le devant de la scène judiciaire.
Note de P&P : Il est intéressant que Clearstream soit mentionné dans le cadre de cette affaire. Si vous vous souvenez bien, selon la thèse officielle l’intégralité de l’affaire Clearstream était le fruit des errements d’Imad Lahoud un informaticien fou, subalterne et isolé.

Si le fusible Kerviel ne suffit, c’est le fusible qui se trouve au niveau supérieur qui sautera. Dans ce cas il s’agit du PDG Daniel Bouton, comme Jean-Louis Gergorin vice-président d’EADS avait été sacrifié à l’époque de l’affaire Clearstream.

Avez-vous remarqué comment les aliénés subalternes isolés ont façonné l’histoire ? Sirhan Sirhan dans des circonstances dont il ne se souvient pas même sous hypnose a assassiné RFK, Lee Harvey Oswald grâce à sa balle magique a éliminé JFK, Van der Lubbe, pyromane communiste inconnu a mis le feu au Reichtag…

Les grands désastres de l’humanité ne sont jamais le fruit de décisions concertées, collectives et secrètes.

Ah si, au fait, il existe un complot homologué par l’histoire officielle, c'est celui de ce barbu saoudien ex-agent de la CIA qui du fond de sa caverne afghane a organisé avec ses lieutenants, ses pilotes, ses logisticiens, ses financeurs, ses coordinateurs, ses experts en maniement du cutter et en dissimulation de passeports et dans le plus grand secret les attentats du 11 septembre.

Article initial publié par Le Figaro

 

 

 

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