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07/01/2008

Les pompiers pyromanes

Il y a un mois, la banlieue nord prenait feu - une fois de plus. C’était à Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007. Le fait brut : deux adolescents de 15 et 16 ans sont morts, à bord de leur mini-moto, après avoir percuté (ou été percutés) par un véhicule de police en patrouille. Cela s’est passé le 25 novembre, vers 17 heures et, très rapidement, les informations distillées par la police précisent que les deux jeunes circulaient sur une moto volée. Premier mensonge. Pour la procureure de la République de Pontoise, qui s’exprime avant même que la moindre enquête a débuté : « C’est un simple accident de la route. »

Note de P&P : A quoi bon financer des avocats, des experts, des enquêteurs lorsque avant toute enquête ou procès le procureur détient la vérité ? L'incquisition avait cette qualité-là elle était fort économe en terme de coût et de durée. Un bon tortionnaire pour obtenir des aveux, un bon inquisiteur pour donner un semblant d'équité et le tour était joué.  

 

Il n’en faut pas plus pour mettre le feu aux poudres, alors que les jeunes de cette banlieue sont en émoi. Déjà, le porte-parole du syndicat Alliance de la police nationale tient à décrire les jeunes de ce quartier comme des « voyous ». Evidemment, les deux victimes sont bien connues des services de police. Avant même que la violence ne déferle sur Villiers-le-Bel et les communes limitrophes, des renforts de police ne tardent pas à arriver en nombre, après qu’un commissaire de police qui, semble-t-il, s’appliquait à calmer les esprits, a été lourdement tabassé.

Dans la nuit, alors que de nombreux bâtiments, dont un commissariat de police et une école, flambent à Villiers-le-Bel, le préfet du Val-d’Oise explique prudemment qu’il n’est pas possible de déterminer les circonstances de ce qu’il qualifie d’ »accident ». une certitude, pourtant, le choc a du être d’une grande violence, vu l’état du véhicule de police - ce dont témoignent les images rapidement vues à la télé. Il est important de noter que, dès le drame, et dans le calme, des jeunes du quartier montent une garde vigilante autour de la voiture des policiers, expliquant que c’est une pièce à conviction qu’il ne faut absolument pas déplacer. , et qu’il faut garder en l’état pour l’édification des enquêteurs.

Le 26 novembre, alors qu’a été abandonnée l’affirmation selon laquelle la mini-moto aurait été volée, les autorités policières s’appliquent désormais à vouloir démontrer que la capot du véhicule de police a été abîmé à coups de barres de fer, ce qui a pour but évident de faire croire que le choc n’aurait pas été tellement violent avec les deux victimes. Deuxième mensonge, qui apparaîtra rapidement, car la presse écrite et la télévision se sont procuré un document vidéo réalisé dans les minutes qui ont suivi la collision. Il est évident que la vue du capot, ouvert, ne peut que démentir l’affirmation des policiers, car des coups de barres de fer auraient plutôt écrasé le capot.

Lorsqu’il devient de plus en plus évident que la responsabilité des policiers est engagée, la procureure du Val d’Oise annonce l’ouverture d’une enquête pour homicide involontaire, et non-assistance à personnes en danger. En revanche, alors que, durant les nuits du 25 et du26 novembre, des policiers ont été blessés avec des plombs de fusils de chasse, cela est immédiatement qualifié de « tentative d’assassinat. » Dans le premier cas les policiers, - couverts par leur hiérarchie - ne risquent pratiquement rien, puisqu’il y aura sans doute non-lieu, tandis que les tireurs présumés peuvent être condamnés à dix ou quinze ans de prison - même si les preuves sont approximatives. Il n’en reste pas moins que, selon le l’IGPN, qui n’a pas encore divulgué le moindre résultat d’enquête : « La responsabilité des policiers ne serait pas engagée... »

Note de P&P : Lorsqu'une même clique contrôle les sphères médiatiques, juridiques, politiques, économiques et judiciaires alors toutes notions de droit, de liberté, de défense du citoyen deviennet caduques. Le juridique devient partialité, le judiciaire devient violence, l'économique devient exploitation et le médiatique devient propagande. L'édifice collectif dans son ensemble se transforme en un instrument au service des intérêts de la minorité qui le contrôle. 

 

Dès le 25 novembre, dans la soirée, nombreux sont les « grands frères », les familles, les élus locaux qui, rapidement, tentent de calmer les esprits. Ce qui n’est pas du goût des CRS venus « sécuriser » les quartiers. Le père de l’une des victimes, qui va passer la nuit à raisonner les jeunes, dans les rues de Villiers-le-Bel, s’entend dire par des policiers : « Rentrez chez vous, espèce de con ! » (Libération, 27 novembre 2007). De son côté, la procureure se laisse aller à décrire les deux adolescents comme des « individus ». (France 3, 27 novembre 2007)

Une certitude. Trop souvent, les véhicules de police provoquent des collision, en dehors même de leurs heures de service. Comme si la priorité leur serait due en tout temps et en tout lieu. Par ailleurs, une fois de plus, il n’est pas possible de ne pas rappeler cette attitude des policiers consistant à stopper de possibles délinquants., circulant sur des deux roues, quitte à provoquer de graves accidents - afin que force reste à la loi. Il n’en reste pas moins que les policiers récusent la thèse de la course poursuite alors que des témoins affirment que ces jeunes avaient déjà été contrôlés trois fois au cours de cette journée. Rien n’est exclu mais nul ne se risque plus à évoquer le refus de priorité des jeunes. Et pas davantage à quelle vitesse circulaient les policiers - même si la ministre de l’Intérieur affirme légèrement qu’ils ne roulaient qu’à 40 km/heure. Ce qui est peu crédible, vu l’état de leur véhicule. Ici, on ne ment plus, on élude.

Note de P&P : Certains chefs d'état ont tout intérêt à soutenir plus ou moins directement les violences policières celles-ci ont plusieurs "vertus" d'une part elles déclenchent des réactions de la part des victimes et renforcent la thèse officielle du dangereux immigrés d'autre part elles renforcent la peur nourrie par la population et réduit d'autant sa capacité à penser et à agir avec discernement.

 

Retour de Chine, le 29 novembre, alors que la banlieue est redevenue calme, Nicolas Sarkozy s’applique à jeter de l’huile sur les braises fumantes. Sans faire dans le détail, il s’applique à décrire globalement les jeunes des quartiers « sensibles » tels les membres d’une « voyoucratie » organisée, menaçant les institutions. Laissant même entendre que toute une population serait sous la coupe de trafiquants de drogue. 

Note de P&P : Sarkozy a tout intérêt a stigmatiser une prétendue voyoucratie, il entretient ainsi les peurs populaires qui constituent son fond de commerce politique. Nombre de français ont cru à la thèse de Sarkozy sur le dangereux immigré, la racaille comme il aime les appeler. Comme un autre dirigeant, quelques décennies avant lui, avait obtenu  ses suffrages en attisant la peur des juifs. Sarkozy comme ce triste prédécesseur, se présentent en hommes providentiels, seuls capables de lutter contre la peur qu'ils ont eux-même créée.

 

Le 4 décembre, pour mieux semer le doute, et la haine, entre les habitants de cette banlieue, la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, justifie l’appel à la délation lancée par les autorités policières : « Cela est inscrit dans la loi », nous précise la première flic de France. 

Note de P&P : Voilà une autre croyance qui aura fait bien des dégâts, cette croyance selon laquelle la loi est systématiquement bonne. Qui fait les lois ? Croyez vous vraiment qu'une poignée de priviliégiés oeuvrent dans l'objectif d'élaborer des lois qui soient bonnes pour le peuple ? Croyez vous que le traité européen soit bon pour le peuple ? Croyez vous que la radiation d'un chômeur après deux refus d'offre d'emploi soit bonne pour le peuple ? La loi n'est rien d'autre que le paravent de légitimité derrière lequel se cache une poignée d'individus dénués de conscience.
 

Comme l’a fort bien formulé Hamé, porte parole du groupe de rap La Rumeur : "on est sarkozyste, ou l'on est un voyou !"

 Note de P&P : Et l'on retrouve ici un grand classique de la pensée ponérisée. C'est exactement la dialectique des faucons de Washington dans leur prétendue guerre contre le terrorisme : "vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous". Cette vision duelle du monde est erronée et elle nie l'existence même d'une majorité de français qui ne sont ni sarkozystes ni voyou. Du reste ne serait-il pas possible d'être sarkozyste et voyou (comme l'ex chef de cabinet de Christine Boutin par exemple ?) 

Article original issu du blog e-torpedo.

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