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13/12/2007

Procès Colonna : triomphe de la déraison de l’Etat

Note de P&P : Ce jeudi 13 décembre 2007 le verdict du procès d'Yvan Colonna est tombé. celui-ci est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Ses avocats ont immédiatement fait appel. L'article ci-dessous donne un éclairage différent à cette affaire où les principaux médias ont généralement décrit Yvan Colonna comme le coupable avant même qu'il ne soit jugé. 

 

Des témoins oculaires qui ne reconnaissent pas l’accusé, des témoins à charge qui ont menti sous serment, une enquête qui ne relève pas les contradictions des témoignages des membres du commando et de leurs épouses, pas de reconstitution qui aurait permis d’avérer la thèse du médecin légiste formel sur la taille du tireur, pas d’élément de téléphonie, pas d’ADN, des empreintes ne sont pas celles d’Yvan Colonna, des témoignages spontanés et recueillis de manière isolés permettant d’affirmer que le prévenu n’était pas à Ajaccio le soir du meurtre, pas plus qu’à Pietrosella le soir de l’attentat, à la veille du verdict dans le procès Colonna, que reste-t-il à l’accusation?

Des aveux - rétractés, des rétractations - aveux et une fuite. Analyse.

Le contexte des aveux est très clairement un contexte de pression et de manipulation, le procès a démontré que le nom de Colonna n’a pas été donné spontanément, mais a été largement suggéré. Le procès a démontré aussi que les gardes à vue ont été musclées et psychologiquement très difficiles. 

Morceau choisi : Me Lemaire : «  Et vous Madame quelle était votre conviction à ce moment-là, M. Colonna est-il coupable selon vous ou pas ?  » Réponse : « Ma foi, la police le disait... moi je voulais juste rentrer chez moi et retrouver mes enfants (...). Ils me disaient qu’ils allaient les mettre à la DDASS  ».

La seule vraie question qui pourrait donner à l’accusation un commencement de preuves est donc de savoir : Pourquoi le nom d’Yvan Colonna ?

En effet, il y a pression, certes, mais pourquoi lui ? 

On oublie alors qu’avant Colonna ce sont les noms de Marcel Lorenzoni , puis de Finidori qui ont été lancés, puis ceux d’Andreuzzi et de Castella... Rappelons ici, juste pour mémoire, qu’après l’arrestation de Finidori, comme aucun élément ne parvenait à étayer la thèse de sa culpabilité, la police antiterroriste a placé des explosifs chez lui. L’affaire était bouclée. Les preuves étaient là. Le seul hic est l’aveu d’un des policiers qui reconnaît avoir lui-même placé ces explosifs... Dommage. 

Alors pourquoi ne pas imaginer qu’à ce moment-là, en panne de scénario, la police puisse tout simplement changer de noms, de manière aussi aléatoire que pour les autres... Colonna est militant nationaliste, il est connu pour avoir manifesté de manière très forte lorsque l’Etat a fait enlevé puis tué Guy Orsoni, autre militant nationaliste, il n’a pas bougé pendant la guerre entre nationalistes donc, cible parfaite, on relance du même coup les guerres fratricides... comme à l’époque Bonnet. 

Les fausses preuves, on a déjà fait, alors là on met la barre plus haut et on tape bien fort pour obtenir des aveux... et on les obtient ! Peu importe qu’ils ne soient pas cohérents entre eux, peu importe qu’ils aient été suggérés et non spontanés. Avec le soutien des médias, hommes politiques et grands journalistes d’investigation peuvent y aller de leurs petites phrases assassines qui rendront le verdict implacable et le chemin vers le procès irréversible. La machine est lancée. 

«  Le peuple a faim donnez-lui donc des jeux ». A l’époque romaine, on jetait les hommes dans une fosse à lion, aujourd’hui, on les jette en pâture dans les médias. Et tout le monde y trouve son compte. 

Alors à la question « Pourquoi Yvan Colonna ? », pas de réponse, pas plus que dans l’affaire dite Outreau... et dans cette affaire ce sont des enfants qui ont accusés les parents. On n’a jamais répondu à la question de savoir : Pourquoi eux ? ... Mais on a su, très tard... Trop tard, que ce n’était pas eux. 

Avec les rétractations, l’accusation est face à un problème : s’il y a rétractations, il n’y a plus d’aveux, donc, comme il n’y a rien d’autres dans le dossier, il faut bien analyser ces rétractations qui, de fait, ne peuvent être ni sincères, ni réitérées, ni librement consenties. Elles deviennent forcément contraintes, complaisantes, tardives... Oui, mais alors pourquoi les faire si elles sont à ce point peu crédibles ? Ils n’avaient plus rien à craindre, ils étaient condamnés. Faux, tous se sont rétractés avant le procès. 

A la barre, Ferrandi affirme à Colonna : «  Tu es un homme d’honneur. Si tu avais participé, tu aurais revendiqué. Par conséquent, je peux affirmer que tu n’y étais pas  ». Cet aveu-là est rejeté en bloc parce que considéré comme ambigu. Comment cette phrase qui est dans toutes les bouches depuis des semaines, mise dans celle d’un des assassins du préfet peut soudain à ce point, changer de sens !? On s’est tous dit s’il l’avait fait il l’aurait revendiqué, qu’il n’aurait pas pu regarder la famille et leur dire avec une telle sincérité qu’il n’était pas coupable. 

Pourquoi tous les observateurs se sont concentrés sur ce morceau de phrase en occultant magistralement le « Non tu n’y étais pas » franc et massif, réitéré à la demande de l’accusé ? Et surtout pourquoi l’ont-ils à ce point détourné de son sens premier ? 

Visiblement des aveux consentis sous la pression ont plus de force et de valeur que des rétractations renouvelées, même si, pour certains, celles-ci sont faites du bout des lèvres. Cela suffit-il à condamner un homme à perpétuité ? La Cour tranchera. 

Dernier élément à charge : la fuite. Postulat de départ : s’il avait été innocent, il se serait rendu. 

Logique, dans un pays comme la France, on se présente, on explique qu’on est innocent et que le futur président de la République se trompe et on ressort tranquille après avoir prouvé que notre d’emploi du temps ce soir-là ne permet pas d’être là où l’on pense que vous étiez. Très bien. D’ailleurs tous ceux qui ont été interpellés, considérés comme coupables puis innocentés ont été relâchés : 

- Marcel Lorenzoni  : 18 mois après, 

- Mathieu Finidori : 2 ans après, 

- Jean Castella : 7 ans après, 

- Vincent Andreuzzi : 7 ans après. 

Les craintes d’Yvan Colonna en lisant un matin du 26 mai 1999 dans le journal : « WANTED Yvan Colonna : tueur de préfet », dans un pays où l’on fabrique de fausses preuves pour valider une hypothèse lors d’une enquête, dans un pays où un homme, policiers de son état, en arrive à mettre un calibre sur la tempe d’un enfant de 3 ans pour obtenir d’une mère les aveux qu’il faut entendre, dans un pays où un préfet de la République commet des attentats, ses craintes, ne sont absolument pas fondées ! Il aurait dû se rendre, sa fuite signe bien sa culpabilité. Nous aurions d’ailleurs, dans ce contexte, tous fait la même chose, n’est-ce pas ? 

En fait, dans une affaire aussi facile avec des aveux, francs, massifs, concordants sans aucune contradiction, une fuite signe d’une évidente culpabilité, des rétractations qui ne sont absolument pas spontanées, des témoins oculaires qui ne sont pas crédibles et des témoignages sur l’emploi du temps de l’accusé qui sont forcément complaisants, pourquoi a-t-il fallu à l’instruction quatre ans et demi et un dépôt de plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (délais de détention abusifs) pour qu’une date de procès soit enfin fixée ? 

Pourquoi un tel acharnement politico-médiatique à charge et très rarement à décharge ? 

Pourquoi est-il si important que cet homme que rien dans ce dossier ne permet de condamner à la réclusion criminelle à perpétuité soit déclaré coupable ? 

Beaucoup de questions n’est-ce pas, mais une seule phrase qui résonne comme une inexorable issue : «  Peu importe que cet homme soit coupable ou innocent, il faut qu’il soit condamné ». Il s’agissait alors d’un certain Dreyfus à la fin du XIXe siècle en France ...

 

Article issu du site Agoravox 

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