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27/09/2007

Des missiles nucléaires destinés à qui ?

6 septembre 2007 - Contreinfo

Un bombardier B-52 a survolé les USA en transportant six missiles de croisière armés de têtes nucléaires. S’agit-il d’une erreur ou d’un préparatif d’une attaque de l’Iran révélé par une fuite intempestive ?

Le 30 août, un B-52 parti de la base Minot, dans le Dakota, a traversé le ciel américain avant de se poser à Barksdale en Louisiane. Il emportait six missiles de croisières de type AGM-129, équipés de têtes nucléaires.

C’est le journal Military Times qui a révélé l’information, transmise par trois officiers qui ont demandé à garder l’anonymat.

Le Military Times indique que les missiles transportés faisaient partie d’un lot de 400 « Advanced Cruise Missile » destinés au « décommissionnement » c’est-à-dire, selon le jargon en usage au Pentagone, devant être retirés des arsenaux.

Les missiles étaient montés sur leurs supports sous les ailes des B-52, mais n’auraient pas du emporter leurs têtes nucléaires. En cas d’accident, si aucune explosion n’est à craindre, les matières radioactives pourraient cependant être dispersées dans la nature.

Les têtes nucléaires W-80 qui les équipent ont une puissance allant de 5 à 150 kilotonnes.

Cette erreur a provoqué un certain émoi et les responsables de la base de Barksdale ont entamé une enquête. Plusieurs aviateurs se sont vus retirer leurs certifications pour ce type d’armes.

La version officielle décrit donc une grosse bévue - sans conséquences - sur un type d’arme en voie de démantèlement. Est-ce bien le cas ?

Des missiles obsolètes ?

Le Military Times indique que ces armes sont en cours de « décommissionnement. » Ce n’est pas exactement l’impression que l’on retire à la lecture des documents de l’Air Force.

Les « Advanced Cruise Missile » sont décrits ainsi par l’US Air Force dans sa programmation budgétaire pour l’année 2007.

AGM-129, The Advanced Cruise Missile (ACM), is a low-observable air-launched, strategic missile with significant improvements over the Air Launched Cruise Missile B version (ALCM-B) in range, accuracy, and survivability. Armed with a W-80 warhead, it is designed to evade air and ground-based defenses in order to strike heavily defended, hardened targets at any location within any enemy’s territory. The ACM is designed for B-52H external carriage and there are currently 398

L’AGM-129, le « Missile de Croisiére Amélioré, » tiré depuis un avion, est un missile stratégique qui est peu détectable et présente (...) des améliorations significatives en rayon d’action, précision, et survivabilité. Armé d’une tête W-80 il est destiné à échapper aux défenses terrestres et aériennes afin de frapper des cibles fortement défendues, durcies, situées à n’importe quel endroit du territoire ennemi. L’ACM est destiné a être emporté sous les ailes des B52-H . Il en existe aujourd’hui 398.

ACM in the inventory. The ACM fleet design service life expires between the years 2003 and 2008. A Service Life Extension Plan (SLEP) was developed to meet an AF Long Range Plan requirement to extend ACM Service Life to FY30. The results of Service Life Extension Program (SLEP) studies will identify system components that cannot be sustained beyond the standard service life. The current system is experiencing obsolescence of parts/components. Missile support equipment and components are becoming non-supportable. Service Life Extension of this critical weapon is essential to meet ACC and STRATCOM SIOP commitments.

Le stock d’ACM. La durée de vie planifiée pour la flotte des ACM expire entre 2003 et 2008. Un programme d’extension de durée de vie a été développé pour répondre aux besoins à long terme de l’Air Force afin d’étendre leur durée de service jusqu’en 2030. (...)

Le même document fournit un tableau décrivant l’avancement prévu pour le programme d’extension de la durée de service.

La Federation of American Scientist, une association de scientifiques surveillant les programmes militaires US, indique qu’un programme de démantèlement est pourtant en cours.

Selon Hans Kristensen, 400 missiles déployés sur les bases de Minot et Barksdale, seraient effectivement en cours de désarmement, après une décision de l’Air Force de retirer de l’arsenal une partie de ces armes qui viennent d’êtres rénovées .

Un transport normal ?

Larry C. Johnson est un ancien membre de la CIA qui a occupé le poste de directeur adjoint au Bureau du Contre-Terrorisme du Département d’Etat. Voici ce qu’il écrit

« J’ai appelé un vieil ami, ancien pilote de B-52 pour avoir son avis. Mon ami (...) m’a rappelé que les seules circonstances dans lesquelles on monte des armes sur un avion sont celles des alertes ou des transports en direction d’un site spécifique.

Puis il m’a dit quelque chose que je n’avais jamais entendu auparavant.

La base de Barksdale est utilisée comme point de départ pour les opérations au Moyen-Orient. Pourquoi diable voudrions nous des missiles de croisière nucléaires à Barksdale ? Je ne peux imaginer que nous en ayons besoin en Irak. Pourquoi voudrions nous pré-positionner des armes nucléaires sur une base conduisant des opérations au Moyen-Orient ?

Sa dernière observation est celle-ci : quelqu’un dans la base est évidemment à l’origine de la fuite de l’information selon laquelle les B-52 transportaient des têtes nucléaires. Un B-52 atterrissant à Baksdale est un non-évènement. Un B-52 atterrissant avec des armes nucléaires, c’est autre chose. (...)

Que se passe-t-il donc ? Est-ce que quelqu’un à Barksdale tente d’avertir par la bande que l’administration Bush prépare une attaque nucléaire sur l’Iran. Je ne sais pas, mais c’est une question qui mérite d’être posée. »

La Fédération of American Scientist donne des précisions sur le mode de transport habituel des missiles, qui rendent encore plus inquiètant l’incident de Barksdale.

En effet, depuis un accident survenu à Thulé au Groenland le 21 janvier 1968, plus aucune bombe nucléaire n’a été emportée en vol par un bombardier. Depuis cette date, les bombardiers stratégiques porteurs d’ogives nucléaires restaient en alerte au sol en bout de piste.

D’autre part, les transports de bombes nucléaires sont normalement effectués par des avions cargos C-17.


Hans Kristensen décrit les procédures extrêmement rigoureuses qui accompagnent les mouvements de ces armes, et précise que la décision d’armer un bombardier dépasse selon ces règles le niveau de compétence attribué à un commandant de base aérienne.

Un « Blitz » de trois jours

Il convient d’être prudent, de ne pas tirer de conclusions hâtives. Ce vol armé pourrait n’être effectivement que la énième bourde du gigantesque système bureaucratique qu’est devenu l’armée américaine.

Pourtant, cette mission effectuée en contravention avec toutes les règles en vigueur depuis des dizaines d’années dans le domaine extrêmement sensible du nucléaire, rend cette hypothèse difficilement vraisemblable.

Depuis plusieurs mois, la forme que prendrait une attaque américaine sur l’Iran est connue. Si elle est lancée, cette opération serait un « blitz » durant lequel seraient tirés des centaines de missiles de croisières, larguées des milliers de bombes sur plus d’un millier de cibles, allant largement au-delà des seules installations nucléaires iraniennes. Une attaque viserait à écraser toutes les capacités militaires de riposte, que ce soit sur Israël, sur les troupes américaines en Irak, ou sur le trafic maritime du détroit d’Ormuz.

L’usage d’armes nucléaires tactiques a été plusieurs fois évoquée par les planificateurs américains. Les installations nucléaires de Natanz, enterrées et protégées par une dalle en béton, défendues par des batteries anti-aériennes relèvent typiquement du programme d’emploi des AGM-129.

Certes, préparation ne signifie pas mise en œuvre. L’armée a pour mission de mettre au point des plans d’interventions parant à toute éventualité, et doit se tenir prête à intervenir en cas de décision des politiques.

Mais les plans d’attaques de l’Iran ne relèvent plus désormais de l’exercice d’école. Aussi longtemps que Bush et Cheney resteront aux commandes, le risque du déclenchement de la guerre n’est pas écarté, et le Stratégic Air Command se doit d’agir en conséquence.

Le vol - hautement inhabituel - d’un B-52 armé d’AGM-129 entre les bases de Minot et Barksdale ajoute une dimension terrifiante à cette hypothèse : celle du nucléaire.

Contre Info, avec military Times, Global Security, Larry Johnson, Fédération of American Scientist.

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